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Shabastet

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Noureev

 

Danser, telle la phalène sous la lune, le pinceau du calligraphe, ou l'atome dans l'infini 

                                              

marie-taglioni-in-zephire.jpg

3 février 2020 1 03 /02 /février /2020 16:39

 

Je n’étais pas dans les meilleures conditions pour voir ce ballet, car je ne voyais ni la maison, ni la tombe, un bon quart de la scène m’échappait. C’est là qu’on se rend compte que la scène devient vide dès que l’action se passe précisément dans ces endroits là. On voit les danseurs disparaître et on attend qu’ils réapparaissent en recomposant les pas de mémoires…

 

Ganio et Gilbert ont fait le choix dans cette Giselle de revenir vers une narration simple et d’une grande lisibilité et le trio est complété par le puissant  Hilarion de Bézard : un prince, une paysanne, un garde chasse, des êtres sans complexité ni tourment intérieurs. Et pourtant, tout va basculer.

Giselle est fraîche, naïve, vite confiante, passée quelques réticences, et le prince n’a aucune idée précise en tête en la courtisant ; il la trouve jolie, c’est une raison suffisante en soi pour lui rendre visite en cachant son identité. Il n’y a ni jeu, ni fourberie. Rien. Juste une attirance pour cette jolie paysanne.

Hilarion n’arrive pas à admettre que sa petite protégée sur laquelle il veille avec tant d’amour choisisse un autre homme que lui, car personne d’autre que lui-même ne pourra autant la chérir. Tout cela est d’une grande lisibilité, on est tout à fait dans les romans champêtres de la fin du 18ème. Et c’est pour cela que le drame qui se précipite tout à coup est à la hauteur du talent de ses trois artistes. Il laisse sans voix tant sa violence est puissante. La scène de la folie est à couper le souffle, car tout à coup, Giselle arrive à nous entraîner dans SA folie, dans son monde intérieur, et tout le reste du plateau s’estompe. Elle créée comme autour d’elle un autre espace-temps dans lequel on est littéralement happé. Quand elle meurt brutalement,  personne n’a prévu cette fin tragique, et les deux garçons ne peuvent que constater avec douleur qu’ils ne peuvent plus retourner en arrière. A quoi bon chercher qui est responsable ? Giselle ne reviendra pas. Albrecht est horrifié par ce qui est arrivé, et Hilarion déchiré de douleur.

Tout au long du premier acte, le reste du plateau est très vivant, bien enlevé, poétique.

On s’amuse à regarder les danseurs railler la mère de Giselle et ses stupides histoires de fantômes par exemple… on est tout heureux de retrouver la «  vieille garde » : Bertaud, Lorieux, Quer, Bodet…

Les amies de Giselle sont si fraîches ! Et pourtant, pour une fois, on comprend qu’elles dansent simplement des danses paysannes… idéalisées, certes, mais la " saveur" campagnarde est bien là. 

Quel beau travail pour tout ce premier acte !

  

Quand au deuxième acte, il était vraiment superbe. Magnifique Dorothée, avec des inclinations de cou jamais vus chez personne, si justes, plein d' humilité : Giselle, de l’autre monde, n’a pas de raison de se venger, elle n'est plus qu'un spectre, et elle utilisera la force qu'il lui reste pour protéger.

Tous les pas servent la narration, et c’est d’une poésie à couper le souffle.  La Myrtha de Colosante  hiératique, s’oppose magnifiquement à la douceur de Giselle. On songe en la voyant à la statue du Commandeur, qui, dans Don Giovanni, vient juger le libertin;

Des willis, on sent la froideur glaciale, qui s'échappe de la tombe et  qui vous enveloppe, tout en étant fasciné par l'extraordinaire légèreté de leur danse.

Guérineau éblouit :   on n'a jamais vu de danse avec elle, on bien on se trompe. Pauline Verdusen est en harmonie avec elle.

 

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Une question d'entrechats : 

 

Quant aux "entrechats 6", une exclusité " Noureev", quand Le Riche les dansait, ils disaient  : Myrtha veut que je meurs en dansant, elle m’oblige à danser jusqu’à mes dernières forces, peut-être cette inflexible reine va-t-elle entendre mon cœur qui bat avec toute la force et la passion qui l’anime, et se laisser toucher par la force de mon regret, la force de ce cœur ? La passion qui m’anime va bien réveillera peut-être celle qui autrefois l’animait, et sinon, et bien tant pis, je danserai jusqu’à mourir, peu m’importe, s’il faut mourir, mais je mourrais en aimant !

 

Tandis que Ganio, avec cette élégance qui n’appartient qu’à lui, les délaisse pour dire par une série de sauts qui finissent genoux à terre et buste incliné :   Reine, je danse et je m’incline devant vous, voyez, je suis à genoux, je ne suis pas un méchant homme, et je regrette tant d’avoir, par insouciance fait périr celle que j’aimais !

 

 

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