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Shabastet

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Danser, telle la phalène sous la lune, le pinceau du calligraphe, ou l'atome dans l'infini 

                                              

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29 décembre 2022 4 29 /12 /décembre /2022 09:23
Lac des cygnes 5 mars 2019 Ganio/Park/Quer

Cela peut paraître curieux, mais je n'avais alors pas posté mon compte-rendu sur ce blog.  J'en ai eu envie cette année au milieu de cette série de Lacs un peu bancale, où il y a toujours quelque chose qui cloche. A l'époque Park n'était pas encore étoile. Sa nomination aura lieu deux ans plus tard.  Comme j'aurais aimé les revoir cette année en plus de ma soirée avec Ould Braham et Moreau.

 

Qu’est-ce qu’une soirée parfaite ? Une soirée dans laquelle tout le monde raconte la même histoire, dans une harmonie et une émotion hors du commun. Ce fut le cas le 5 mars 2019, avec des solistes portés par un corps de ballet lyrique ou dynamique à souhait, suivant les actes.
 
Dès le premier acte, Mathieu Ganio incarne un prince d’une bienveillance absolue avec chacun ; il a un grand cœur, mais pas de sens pratique. Son mentor – excellent JL Quer- essaie de lui insuffler un peu le sens des réalités, des responsabilités, de l’ancrer dans une vie présente,  mais il est en peine, non pas à cause de la mauvaise volonté du prince  mais de l’aspiration de celui-ci vers un ailleurs qu’il est incapable de définir lui-même. La reine lui rappelle pourtant qu’il doit songer à se marier ; Siegfried devient songeur ; il prend conscience que le temps passe, que le devoir le rattrape et un poids semble tout à coup peser sur lui. Seule, la vue de l’arbalète lui rend son sourire : il vit encore dans le monde. merveilleux de l’enfance où tout est possible. Aussi n’est-il guère étonné par sa rencontre avec Odette qui n’appartient pas au monde réel et prosaïque de la cour.

 

Sae eun Park, reine-cygne puissante et incroyablement fragile à la fois, se montre très protectrice avec ses sujets ; mais que le prince ne lui en conte pas : elle ne croit pas à l’amour au premier regard. D’abord, celui-ci s’incline devant elle avec respect en apprenant qu’elle est née princesse. Il la sauvera de l’enchantement et lui jure un amour immortel ; sa candeur, son émerveillement, sa bonté immense, sa tendresse révèlent un être tellement désarmant de gentillesse qu'Odette au terme d’un long d’un pas de deux d’une intense poésie, se laisse fléchir et se met à espérer. Pendant sa coda, ce fragile oiseau blessé ou bien cette princesse  évanescente, évoque Hamsa, le cygne en sanskrit, symbole de pureté et du souffle lui-même. Déterminée, mais fataliste, Odette exprime sa désolation d’être sous le joug du magicien et son peu d’espoir d’être sauvé par Siegfried, éperdu d’amour et d’admiration pour cette créature irréelle, volatile, qui incarne si bien son rêve intérieur.

 

À l’acte 3, Odile charmeuse, enjôleuse, joue avec le prince comme une jeune chatte avec une souris. Celui-ci exprime dans sa variation toute l'ardeur juvénile du premier grand amour.  Mais la supercherie brise net cet élan de vie qui avait tout juste commencé à battre en lui.
 
Au dernier acte, Odette accueille le prince avec douleur, mais aussi une infinie tendresse ; elle ne peut lui en vouloir d'avoir trahi son serment, car dès le départ, elle savait ce qui les attendait l’un et l’autre, pour lui, la mort et pour elle la captivité éternelle ; leurs adieux sont interrompus par le magicien impitoyable.

 

Mathieu Ganio et Sae Eun Park nous ont raconté un conte avec un talent porté à son plus haut point d’expression artistique ; leur  technique est entièrement au service de la narration et des émotions. Ils dansaient, comme le reste du plateau d’ailleurs,  EN musique et non SUR la musique. Tout le plateau a suivi et  la Valse, la danse des coupes, les danses folkloriques étaient un enchantement. Les cygnes avaient trouvé un moelleux et un lyrisme qu’ils n’avaient pas le 17 février. Chose étonnante, comme le chœur antique, il faisait contrepoint aux propos du cygne et du prince, complétait l’histoire.

 

Il faudrait aussi rendre justice à tous les autres solistes : JL Quer, qui a su incarner un Rothbart singulier et puissant  au et un magicien machiavélique et cruel  ; au pas de trois, plein de fraîcheur  ( Philbert, Duboscq, Magliano) ;  aux quatre grands cygnes, qui volaient littéralement  Gorse, Viikinskoski, Hasboun, Boucaud  (d’habitude je trouve cette variation peu gracieuse, là elle était puissante !) et qui faisaient contrepoint aux quatre petits cygnes fragiles et délicats (Ganio, Catonnet, Scudamore, Verdusen) ;   à Scudamore et Docquir  ( Czardas) ; à Ganio et  Vigliotti (Napolitaine) ; à Gorse, Mallen, Lorieux et Chailloux (Espagnols) ; aux six ravissantes fiancées, si fraiches !

 

Mathieu Ganio est un artiste magnifique, et Sae Eun Park s’est révélée d’une grande intelligence dans ce rôle, qu’elle a su faire sien sans le trahir, avec une technique de haut vol.
Eh oui, Cathy : j’ai compté : 16 doubles et 12 simples ! Tout cela dans un mouchoir de poche, et c’était bien le triomphe du cygne noir qui, comme le disait Petipa, tourne sur lui-même en faisant de grands cercles dans l’eau.

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commentaires

I
Superbe commentaire ! Personnellement, je n'avais pas apprécié Sae Eun Park autant que vous.<br /> Je trouve aussi la variation des 4 grands cygnes peu gracieuse, mais parfois elle fait en effet courir un frisson de majesté.
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S
Merci Iléana! Effectivement, certaines danseuses parviennent à donner une impression de puissance et d'envol!