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Shabastet

  • : Danse et... danses!!!
  • : Blog sur la danse en général et l'opéra de paris en particulier rédigé par Valérie Beck, administratrice du forum danses pluriel
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Noureev

 

Danser, telle la phalène sous la lune, le pinceau du calligraphe, ou l'atome dans l'infini 

                                              

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23 décembre 2022 5 23 /12 /décembre /2022 10:56
Le ballet de l'opéra de Paris : quelques réflexions sur les changements, lettre ouverte à José Martinez et Germain Louvet

Il y a actuellement des débats au sein du ballet de l’opéra de Paris sur un certain nombre de questions. Au gré des interviews des danseurs, on voit nombre de questions et de sujets qui sont soulevés, tous intéressants car en phase avec cette société en pleine mutation qui a du mal à se recréer. On en sent l’urgence, mais on voit bien qu’il y a aussi des limites difficiles à surmonter pour changer de fond en comble cette société figée dans le passé qui n’arrive pas, par exemple,  à régler la question climatique...

 

Les questions qui reviennent le plus chez les danseurs sont celles liées :

  1. à l’origine et à la couleur de peau, autrement dit à la diversité,
  2. au sens des ballets classiques et à leur raison d’être aujourd’hui,
  3. au wokisme comme un nouvel éclairage pour l’art,
  4. au concours qui n’a plus de raison d’être, ou en tous cas qui n’est pas si juste que ça
  5. à la hiérarchie, bizarrerie française au sein d’une compagnie de danse qui divise les danseurs en 5 groupes : quadrilles, coryphées, sujets, premiers danseurs/ étoiles (sur nomination)

 

Dans son livre, Germain Louvet soulevait ces questions, mais dans le même temps, il distribuait d’un ton péremptoire des leçons de morale « à tous les vieux cons du monde, hétéro, blancs, friqués » (c’est moi qui l’écris, je traduis sa pensée). Sans doute est-ce la fougue de la jeunesse qui lui souffle de refaire le monde ? Car en 1980, pas argentée du tout, en analyse, car j'ignorais si j'étais fille ou pas, avec des amis gay et lesbiens en veux-tu en voilà, j’allais tout le temps à l’opéra de Paris et dès la maternelle, je prenais la défense des enfants de couleur dans la cour de l’école et même face à mon père militaire hyper raciste qui m'en a collé plus d'une dans la vie!  Hey ! Germain ! Es-tu sûr de connaître ton public ??? Moi aussi je suis syndiquée  et si je gagne mieux ma vie aujourd’hui, ça ne me permet pas de m’offrir les catégories optima, 1er ou 2e ! Je me rabats plutôt sur la 4e ou 5e….

Ce ton moralisateur m’avait insupportée, car il ne laissait aucune place au débat, mais c’est dommage, car les questions posées enrichissent plus l’esprit que des réponses toutes faites.

Et tu sais, Germain, Verdi appelait déjà l’opéra de Paris «  la grande boutique » ça ne date donc pas d’aujourd’hui, cette vision d’une vitrine à fric… !

 

 

Voilà pour le préambule !

 

J’ai envie à travers une série d’articles de soulever les questions posées aujourd’hui dans cette compagnie (j’ai vu mon premier spectacle en 1974 avec Bessy, Motte et Pontois) et de donner « un point de vue » rien d’autre.

 

Commençons par  le point numéro 4 !

 

Le concours :   beaucoup de danseurs y sont défavorables. Ils expliquent qu’ils sont ensemble depuis l’école de danse, et qu’ils ont du mal à être en compétition avec ceux qui sont souvent leurs amis ; d’autres expliquent que le stress est si intense qu’ils en perdent leurs moyens ; ils sont des artistes, pas des bêtes à concours. D’autres ne veulent tout simplement plus les passer : une réponse à une hiérarchie à laquelle ils ont décidé de s’opposer. Mais pas seulement, on va le comprendre dans la suite.

 

Tous frais émoulus de l’école de danse (au minimum 6 ans souvent en internat c'est-à-dire dans un monde clos) ils ont, à l’issu de la première division dont ils ont réussi le passage, réussi le redoutable concours d’entrée dans le corps de ballet de l’opéra ; ils l’ont eu ; ils sont ravis, enfin leur rêve se concrétise ! Ils vont danser ! Ils ont entre 16 et 18 ans, sont pleins de passion, de désir de danse.

 Et puis non. On ne leur donne rien du tout à danser. La première année se passe, et ils ne dansent plus qu’une heure et demie (leur cours du matin) quand ils faisaient 6 heures de danse à l’école. Leur grade ne leur permet pas vraiment d’aller en scène sauf en renfort des grands ballets classiques. Ils sont juste là en plus au cas où . Pour remplacer quelqu’un qui se blesse. Sinon, rien. On le voyait déjà dans le film de Nils Tavernier «  tout près des étoiles » ; d'ailleurs, une jeune quadrille avait fini par partir pour Lyon.

 

Donc nos jeunes quadrilles prennent leur barre, regardent les autres danser et attendent. Ils piaffent dans leurs stalles comme de jeunes purs sangs. S’ils réussissent le concours, ils seront coryphées. Ce ne sera pas beaucoup mieux, mais ils iront en scène. Mais voilà. Ils ratent le concours une fois, deux fois… ils ne dansent pas ; ils se sentent exclus, ils remettent en cause leur capacité, leur talent ; ils cherchent alors un sens à leur raison d’être à l’opéra de Paris. Un chorégraphe contemporain passe par là et les choisit. Et         alors, tout s’éclaire : ils retrouvent le plaisir de danser, ET d’exister à travers le regard du chorégraphe, car perdus au milieu de 152 danseurs, ils avaient disparu, ils s’étaient dilués hormis pour leurs amis. Alors, ils se mettent à détester le classique, cette danse élitiste ringarde dont on les a exclus alors qu’ils ont travailllé durs à l’école pour elle.

 

C’est ce mécanisme qu’expliquent à mi-mots certains quadrilles.

 

 

Je serai personnellement favorable à la suppression de ce concours.  Les arguments pour sont qu’il  donne  à tous la possibilité de danser en soliste sur la scène de Garnier. Certes, mais on sait bien qu’un concours ne permet pas de danser dans de bonnes conditions.  Certains sont galvanisés par le public et mortifiés par un jury. D’autres ne supportent pas d’être en concurrence avec des amis, et de devoir prouver qu'on est meilleur que le voisin. Et puis on sait que le concours n’est pas toujours juste ; parfois, on nomme quelqu’un premier danseur pour barrer la route à un autre…

 

Cette troupe nourrie de rivalité, de mise en compétition depuis l’école, est actuellement comme le dit Ghislaine Thesmard « une machine à broyer les faibles ». Des Guillem, des Le Riche vivent tout cela sans problème ; pour d’autres, ils sont broyés. Doivent-ils dans ce cas quitter l’opéra, aller chercher ailleurs ? Ou bien n’est-il pas temps de changer les règles ? Noureev ne se fichait-il pas complètement de la hiérarchie ? Plus d'une fois, il l'a prouvé!

 

Comment éviter les copinages dans ce cas ? 

 

 

Supprimer le concours peut être la porte ouverte à toutes les bassesses auprès du directeur pour obtenir les postes convoités. Sauf si on imagine un collectif, un groupe d’experts qui se réunit une fois l’an et décide en fonction de l’année écoulée ( prise de cours régulier, scène, etc) de qui est apte à «  monter » ( encore que je doive écrire un autre article sur ces cinq grades que je n’aime pas) ; donc un groupe de personnes et pas une seule personne. Comment mettre cela en place ? Et bien en invitant des danseurs à la retraite à assister à un certain nombre de spectacles dans l’année qui compléterait un groupe composé de maîtres de ballet + professeurs qui donnent leur cours, + bien sur le directeur.

 

On pourrait aussi imaginer des soirées Jeunes danseurs tout au cours de l'année. Comme il n’y a que deux salles de spectacles, elles pourraient avoir lieu en banlieue, en province, ou la danse classique est si rare. Cela réglerait aussi la question de l’école de danse qui pourrait recruter partout en France, car l’opéra deviendrait visible car l'école se plaint que seuls certains enfants issus de certains milieux et vivant plutôt dans de grandes villes où il y a déjà des écoles de danse se présentent.

 Je pense sincèrement que cette question est à creuser. Les jeunes qui quittent l'école ont soif de danser, et cela les stimulerait, créerait une émulation. Ils danseraient des pièces faciles à monter, sans trop de décors ni costumes ; des extraits de ballet, des pas de deux, de trois,  comme ceux que j’avais vus à Orléans au palais des sports de ma ville : c’était il y a 48 ans, et je n’en ai rien oublié !

 

Quand je pense qu'actuellement est toujours quadrille Lucie Mateci, une artiste que j'ai toujours énormément aimée, car même " perdue" dans le corps de ballet, elle diffuse une lumière d'une singulière beauté; c'est l'une de ces artistes qui injustement pour moi, justement aux yeux du concours, n'est jamais " monté".

 

 

Rappel des grades

  1. Quadrille, le premier. 
  2. Coryphée
  3. Sujet : possibilité de danser des rôles de solistes
  4. Premier danseur
  5. Etoile ( sur proposition du directeur de la danse
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