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Shabastet

  • : Danse et... danses!!!
  • : Blog sur la danse en général et l'opéra de paris en particulier rédigé par Valérie Beck, administratrice du forum danses pluriel
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Noureev

 

Danser, telle la phalène sous la lune, le pinceau du calligraphe, ou l'atome dans l'infini 

                                              

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26 octobre 2013 6 26 /10 /octobre /2013 09:13
Le lieu de mémoire consacré à Noureev a ouvert ses portes au Centre National du Costume de Moulins il y a quelques jours. Cela apparemment n’a pas été une mince affaire, et je suppose que ce lieu doit beaucoup à l’obstination et à la persévérance de ceux et celles qui souhaitent vraiment conserver la mémoire de cet être qui a filé comme une étoile, illuminant pendant vingt cinq ans environ le monde de la danse de sa créativité, de sa passion, et de sa volonté à rendre le ballet classique «  moderne » tout en étant ouvert à toute la création de sa génération.
A une époque où la mémoire des gens s’étiole  et où l’on considère que au final  Noureev n’a pas fait grand-chose puisque les ballets sont de Petipa et que sa technique, superbe jusqu’à la fin des années 70, a ensuite décliné rapidement à cause de sa maladie longtemps cachée, il est bien qu’un lieu comme celui-ci rende hommage à cet exilé qui a tout sacrifié pour la danse.

                                                                        Salon de Noureev quai Voltaire
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Excessif, passionnée, démesuré, Noureev l’était, comme le sont toujours  ceux  qui   apportent de l’air frais sur un art en passe de se momifier, ce qu’était devenu en Occident le ballet classique dans les années 60. Qu’un transfuge de l’Est  apporte  dans leur intégralité des ballets inconnus ou perdus pour «  l’Ouest »  dans les années 1960 était un vrai miracle pour bons nombres de compagnies de  danse, qui savaient que seul l’Est détenait ces ballets.
Car on l’oublie trop souvent : Noureev n’était pas qu’un danseur. Il remontera avec passion, ardeur et intelligence aussi, tous les grands ballets que sa mémoire phénoménale a conservé précieusement, étant capable non seulement de danser les rôles masculins mais aussi les rôles féminins, réglant les ensemble parfaitement, lui qui arrive à l’école Vaganova en 1955  âgé déjà de 17 ans,  devient soliste deux ans plus tard, et quitte définitivement la Russie six ans après, en ayant déjà énormément dansé, assisté et mémorisé nombres de  ballets et commencé  une petite révolution dans son propre  pays en bousculant la tradition.
 
Destin unique et fascinant que celui de cet enfant d’origine musulmane et très pauvre, qui va10454968954_ba300607cd_o-copie.PNG accéder en quelques années à un statut de star – il l’était déjà dans son pays, mais la Russie a soigneusement gommé toute trace de son souvenir après son passage à l’ouest -  et bouleverser le métier de danseur, le faisant financièrement véritablement «  décoller ».
Noureev s’achète maisons, appartements et objets d’art partout où il danse ou presque. Beaucoup ont encore en mémoire les images de cet homme seul et fatigué sur son île au large de l’Italie, voyageant d’un bout à l’autre du monde presque jusqu’à la fin de sa vie, et remontant, malade, pour l’Opéra de Paris, la Bayadère à la toute fin de sa vie.
 
Le Centre du costume de Moulin a pu acquérir des objets, du mobilier, des costumes qui ont traversé la vie de Noureev et les  présente dans une scénographie due à l’un des plus fidèles et plus talentueux collaborateur de Noureev : Ezio Frigerio.
Il a  réalisé un superbe tombeau de mosaïque comme vous pouvez le voir dans cette vidéo : j'ai moi même déposé la rose sur ce tombeau.       Tutu d'Odette de N Pontois




 
 
Il reste à espérer que peu à peu le musée fera d’autres acquisitions et saura toujours rendre vivant cet héritage culturel exceptionnel, car Noureev n’aimerait sans doute pas voir sa mémoire se momifier puis tomber en poussière...
 
Martine Kahane et Delphine  Pinasa ont déjà publié un catalogue de cette collection
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25 octobre 2013 5 25 /10 /octobre /2013 07:25

Dans un de ces films, Woody Allen fait dire à un de ses personnages qui se promène  dans les rues de Beverly Hills:  mais, ils n'ont pas de poubelles, ici?

Ce à quoi on lui répond : non, ils les sortent à la télé!

 

Voilà ce que j'ai toujours pensé de la programmation de la télé française ces derniers temps, et plus précisément, de TF1 qui tient le "record de déchets" en la matière

 

Alors oui, à force d'entendre dire " tu verrais les stars qui dansent, ça n'est pas mal du tout"!  ou encore " il y a Pietra cette année encore, elle est sympa!", j'ai fini par aller jeter un oeil sur ce " danse avec les stars"!

 

Déjà, première constatation, les stars, elles sont où?

 

Pas parmi les candidats, dont je ne connaissais pas un seul nom, ou peut s'en faut.... ( ah si, Alizée, elle chantait il y a dix ans une chanson de Mylène Farmer... ça, c'est une référence, c'est sûr)

A part Alizée au parcours musical impressionnant et digne d'une Kate Bush ou d'une Tori Amos, tous les autres m'étaient parfaitement inconnus.... Je vous ai mis un lien, comme cela vous verrez  par vous même, il suffit de cliquer sur le lien!


Marie-Claude-Pietragalla-Danse-avec-les-Stars-27-octobre-20.jpgCôté jury, ma foi, ce n'est pas mieux.... qu'est ce que Pietra fait là?

Sans doute cette fille qui tient à bout de bras sa compagnie a t'elle besoin d'argent pour continuer à la faire tourner, ou à monter ses propres spectacles....  et pourquoi pas, après tout?

Mais c'est drôle de voir comme elle a décidé de monter un gentil visage d'elle même : " je fus étoile, certes, mais j'ai un grand coeur, et je suis là pour encourager la danse..." semble t'elle dire à chaque passage de candidat : sourire, brosse à reluire, elle sort tout son attirail de "gentille" et met des notes élévées en veux-tu en voilà!

 

Les autres jurys? De quoi pouffer.... Shym, que je ne connaissais pas non plus est juste là parce qu'elle a gagné le concours l'année d'avant. Il parait qu'elle est chanteuse. Inutile de préciser qu'elle ne connaît rien à la danse. Bon. Si elle chante comme elle s'habille, j'imagine très bien. Seins à l'air, sourire ravageur, battements de cil, et j'en passe...

 

Quand aux deux autres, J M Généreux et C Marquès - qui s'est fait un look " plus ringard tu meurs" comme les danseurs du film   Ballroom dancing, ils ont des titres en danse de salon. Ils dansent sans doute bien, mais côté vocabulaire : Généreux hurle plutôt qu'il ne parle des " j'achète" à tire larigot, dès qu'un candidat lui plaît - il n'est pas très difficile -  et l'autre garde le même masque du Joker de Batmann tout du long....

 

 

ça aurait pu être une émission comique... !

 

Passons à présent aux   danseurs-répétiteurs-chorégraphes-créateurs-professeurs.

 

Les stars auraient pu éventuellement être de ce côté là, car je remarque au passage un ou deux danseurs avec beaucoup d'âme et de technique... Il y a notamment Grégoire  Lyonnet, qui danse avec conviction  et qui essaie d'insuffler un peu de poésie à Alizée.

 

Mais horreur... j'aperçois Fauve, candidate d'une ancienne émission qui passait sur la 2; la danseuse est Fauve1.jpgméconnaissable dans cette émission; Fauve, c'était la grâce, la poésie, la précision rythmique, la fluidité, l'instinct.

Et que vois je?

Une fille déguisée par TF1 d'un collant moullant transparent et body assorti tout aussi transparent, d'une vulgarité affligeante, qui danse en force et pousse de grands éclats de rire....

Elle doit sûrement elle aussi avoir besoin d'argent; en revanche, son image est dégradée dans cette émission, et c'est bien dommage : elle vaut mieux que cela.

 

Quand au concours lui même!

 

Navrant, affligeant, désolant, et encore, je suis loin de la vérité

 

On veut nous faire croire qu'en une semaine, une chorégraphie de danse de salon est mise au point, puis apprise par des gens qui prétendent ne pas danser....

TF1 connaît donc bien son public  : on peut lui faire gober n'importe quoi!

Alors des bouts de répétition sont montrées, avec un scénario bien huilé, bien rôdé pour faire croire que voilà, les " stars" répétent dur! On y met des petites blessures - foulure de cheville, lumbago - histoire de pimenter le tout et de dire " pourra -t-elle/Il danser ce soir?" Alors qu'on voit bien que les candidats n'ont rien, que tout a été réglé d'avance. Alizée nous dit qu'elle dansera le soir une chorégraphie qu'elle n'a répété " que dans sa tête"! Et bien, ça, c'est la meilleure quand on voit que le pas de deux en lui même demande plus d'une heure de répétition.

 

En outre, des pas imposés sont glissés dans la chorégraphie : pas un seul candidat ne les réussit, et pour cause! Puisque tout et n'importe quoi sont proposés.

 

Dans la Meilleure danse, tout le monde avait l'obligation de glisser les mêmes pas imposés dans sa chorégraphie; là; c'est au petit bonheur la chance : des pas de danse irlandais, de danse classique, et pas des moindres,  de rumba ou de danse irlandaise,  tout y passe!

 

" Mais tu es dure, ce n'est pas si mal" me dit on

 

Bien sûr! Avec huit caméras, des éclairages magnifiques, des montages qui coupent les images toutes les secondes et ne montrent que des bouts de chorégraphies, des tenues achetés à Barbès pour raccoler, et des maquillages outranciers,  pour un public néophyte, qui veut juste passer un moment sans penser devant sa télé, ça peut faire illusion

Mais sinon!

 

 

 

Autant, la Meilleure Danse  qui montrait de vrais danseurs, avec un jury élégant - M A Gillot n'avait pas son pareil pour se montrer à la fois professionnelle, gentille tout en conservant son statut d'étoile - et des candidats créatifs, brillants,  était un vrai moment de danse auquel j'assistais avec plaisir ET émotion, autant là, la vulgarité  et la facilité sont étalées en long,  en large et en travers. J'avais d'ailleurs consacré à la Meilleure danse de nombreux petits articles pour dire à quel point j'aimais l'émission, la créativité de ses candidats! Comme par hasard l'émission a disparu alors que Danse avec les stars en est à sa quatrième saison....

 

 

Alors, pourquoi la meilleure danse s'est elle arrêtée? Pourquoi cette nullité persiste t'elle?

  Parce que la télé n'a plus la vocation qu'elle avait autrefois : amener le spectateur vers plus de beauté ou de culture

 

Il faut l'abreuver d'âneries afin de lui faire perdre toute forme d'intelligence, l'abrutir au maximum.... et avec cette émission, elle y parvient sans problème

 

Du divertissement, pour sûr c'en est; de la danse, sûrement pas, malgré le talent d'un ou deux " professeurs-danseurs" qui ont la lourde tâche de faire " travailler" ce ramassis de gens sans talent

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21 octobre 2013 1 21 /10 /octobre /2013 12:14

 

 

Voilà plusieurs années déjà que je voulais voir Cyrano de Bergerac dans la mise en scène de Podalydès, rêvant à travers la distribution papier d’une sorte de perfection théâtrale.

J’en suis ressortie très déçue ; le texte magnifique de Rostand cohabite avec une mise en  scène curieuse dans sa volonté à la fois de rappeler l'époque à laquelle a été écrite le texte, de  lui donner en même temps un ancrage dans «  l’époque »  de l'histoire, tout en la rendant contemporaine. Trois temps en un qui rendent le tout bancal... par exemple,  le siège d'Arras évoque la guerre 1914... Roxane arrive d'ailleurs non pas " dans un carosse" mais dans un avion...elle porte un costume d'aviateur;  les cadets sont en bleu  dans un décor rouge et rappellent les soldats lors de ce conflit...

A ce méli-mélo temporel se mêle dès l’ouverture un autre méli-mélo de  fort mauvais goût.Cyrano3.jpg

 

Certes, il ne doit guère être facile de donner des corps à toutes ces voix qui fusent au début, et qui  réclament pour entrer au théâtre la gratuité sous les prétextes les plus farfelus. L’ambiance très Baz Lurhmann est pour le moins déstabilisante :  trop de bruit, trop d’effets, et surtout une volonté de gommer l’époque même de Cyrano. On est projeté dans une ambiance à la  Moulin Rouge du même réalisateur que je citais plus haut. Il y a même un écran qui permet de visualiser ce qui se passe une fois l'entrée du théâtre franchi.

 

Si vous ajoutez au tout une musique envahissante, tonitruante - tel le Boléro de Ravel, ou la Valse de Chostakovith - vous aurez compris qu'on est dans un spectacle " pitre" ou rien n'est vraiment sérieux...

 

La scène de l'hôtel Bourguignon  qui  laisse étourdi  permet de  réaliser assez vite qu’on ne trouvera pas là  l’une des  notes essentielles à ce Cyrano : la sensibilité. Ce personnage perd sa souffrance, perd son cœur, pour n’être plus qu’un polichinelle virevoltant, plein de panache et d’esprit. Mais de cœur : point !


Alors oui,  c'est brillant, tourbillonnant, bien joué, mais à aucun moment l’émotion ne se laisse sentir, ni même deviner. A aucun moment le texte de Rostand qui est pourtant gorgé d’émotion sur le fil ne prend son envol.  Il ne reste que la «  farce ».

Cyrano-de-retour-a-la-Comedie-Francaise_large.jpgVuillermoz que j'ai tant aimé dans les Trois Soeurs campe un Cyrano brillant, drôle, ingénieux, mais  il ne souffre jamais même lorsqu’il comprend que Roxane ne l’aime pas. A la limite, cela l’arrange.  Il peut déployer son esprit et son astuce. Il ne déclare donc plus son amour à Roxane, mais se sert de Christian comme prétexte à jouer avec les mots, à faire briller son esprit. L'amour se désincarne et ne devient plus qu'une passion intellectuelle.  La scène du balcon devient clownesque avec une Roxane suspendue dans les airs comme un saucisson, et qui bat des bras pendant tout le dialogue, le tout accompagné par une musique sirupeuse …

Cette Roxane, plus femme de tête plus que de cœur a de l’énergie à revendre. Elle n’est ni une précieuse, ni une jeune femme touchée par l’amour, mais un être épris de liberté qui vit comme elle l’entend. Elle empoigne sa vie à bras le corps, tout comme son brillant cousin Cyrano.

C’est pour ainsi dire son double féminin. On se demande même comment elle peut aimer Christian.

De tous, c’est d’ailleurs ce personnage ( Loic Corbery)  qui m’a le plus convaincue dans son rôle d’amoureux qui ne manque pas de courage mais de mot. Il donne une vraie profondeur à cet cadet amoureux et gauche et on s’y attache. Il est sobre, humain, vivant. Authentique.
Tous les  autres rôles sont déshumanisés si on réfléchit bien, ils sont là pour mettre en valeur un texte mais sans référence à un  univers d'humain. Ils renforcent donc le " théâtre où tout est pour de faux". Il semblerait que ce soit une volonté de Podalydès que de tirer ce Cyrano du côté de la  comedia dell'arte. Les personnages deviennent des sortes de clowns qui pas un instant ne croient en leur réalité, en leur destin. C'est flagrant lorsque Cyrano fait mine de tomber de la lune,  pour retarder de Guiche ( qui ne m'a laissé AUCUN souvenir) et permettre le mariage de sa cousine. Cyrano se pare du  masque du Pulcinella de la comédia. Vuillermoz s'en donne à coeur joie, certes, mais la scène m'a paru bien longue...
 

 

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                                                                     Masque de Pulcinella

 

 

Finalement, l'acte que j'ai préféré est le dernier, lorsque Cyrano va mourir et rend visite à Roxane au couvent même si le côté polichinelle reste jusqu'au bout pour le personnage de  Cyrano, car la mise en scène était plus sobre. On rencontre un peu d’émotion…enfin… il était temps... trois heures ont déjà passé...

 

 

Quel dommage de ne pas avoir réellement rencontré ce soir là «  Ragueneau, mon ami, pâtissier et poète » ou encore Le Bret, camarade de Cyrano «  Dis moi tout bas qu’elle ne t’aime pas » ou bien  la Duègne en manque de plaisir.  « Aimez-vous les gâteaux que l’on appelle petit chou ?

 - J’en suis férue à en périr» sans parler de Lignière...  "j'ai écrit une chanson.... comme c'était méchant!!!"

 

Dommage aussi que les compagnons d’armes de Cyrano ne soient pas plus crédibles, que De Guiche pâlisse face au pitre qu’est Cyrano… 

 

Dans cette mise en scène, la pièce devient creuse, un peu vaine, artificielle. Pour faire briller les mots, on gomme tout le reste. 

 

Pour me consoler, je me suis ruée le soir même sur la plus belle version cinématographique qui soit, celle de Rappeneau,  où l’intelligence de la mise en scène rivalise avec l’intensité et la diversité des émotions présentes…

   

 

Quoi, me direz vous, préférer le cinéma au théâtre où tout vit!

 

Et bien oui, je l'avoue, ce film habite mon coeur à jamais, tandis que la mise en scène, elle,  sera vite oubliée....

 


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Crédit photo R Gaillarde et B Enguérand.

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13 octobre 2013 7 13 /10 /octobre /2013 08:31

 

 

Boléro

 

On ne peut évoquer Boléro sans aussitôt voir Jorge Donn, sa démesure et son génie envahir tout l'espace d'un film de C Lelouch.

   Le Boléro  de Béjart est une oeuvre qui peut être dansée par un homme ou une femme. 

  Boléro fait partie de ses oeuvres universellement connues... et souvent mal comprises. Elle avait été composée pour Ida Rubinstein, en 1932,qui, sans être une grande technicienne, avait ce quelque chose d'unique qui illuminait la scène, un vrai charisme.

Béjart s'en est emparé et a créé une oeuvre étonnante.

 

 

L'oeuvre de Ravel utilise plusieurs " ingrédients" qui la rendent envoûtante. Deux phrases musicales, très longues, toujours répétées deux fois, l'une jouée en majeur et l'autre en mineur, se déroulent  tout le long de l'oeuvre, soutenues par une   rythmique obsédante, base de cette danse espagnole : immobilité et mouvance créent l'ombre et la lumière de l'oeuvre. Le deuxième thème est plus oriental que le premier, tout entortillé sur lui même. Il évoque presque un serpent sortant de son panier!  La flûte fait une entrée   doucement lumineuse, puis tour à tour les bois entrent, jusqu'à l'irruption étonnante du célesta...  peu à peu, quelque chose d'impétueux, de sauvage va s'emparer de l'orchestre... cela est très net après l'entrée impérial des violons, rendus fougueux par leur longue attente. Le trombonne, ironique et décalé,  y va de son solo un peu jazzy, le hautbois, tout languide,   de son ton un peu triste, toujours si élégant et mélancolique,  le saxophone apporte une touche stylée inattendue, une chaleur inattendue. Peu à peu, tout l'orchestre s'empare de ses deux phrases, si longues, qu'il est difficile de les retenir vraiment... il manque toujours une note quand on les chante...

Cette fièvre qui monte,  et qui emporte l'auditeur jusqu'à une extase sauvage, Béjart a parfaitement su la transcrire en pas et mouvement

 

 

 

 

 

Monotone, Boléro?

non, plein de mystère, de fougue, de poésie, de scintillement, d'humour... Boléro se déroule comme un ciel infini et immuable où passent les nuages... toujours les mêmes mais aux formes sans cesse renouvelées...

 

 

Quand à la chorégraphie...

 

Un homme/femme danse sur un table ronde, au milieu d'un groupe de danseurs. Au fur et à mesure de l'entrée des instruments, les danseurs autour de la table interviendront.

On peut imaginer toutes sortes de choses : une corrida avec mises à mort, un rite sacré très ancien... l'oeuvre peut se livrer aux débordements de l'imagination de chacun.

La danse commence par le jeu du bras qui se lève et s'abaisse... mais peu à peu, elle va devenir sensuelle, violente, sauvage, jusqu'à la possession du danseur par la musique... Le corps se balance, les hanches se meuvent avec sensualité, le buste frémit, le corps tout entier est pris par le rythme lancinant du Boléro et la passion de l'orchestre.

 

Par ailleurs ce qui fait la magie de Bolero est l'aspect féminin/ masculin de la chorégraphie

Les jeux de bassin sont féminins, lascifs parfois, avec une utilisation très orientale. On trouve des accents, des déhanchements, des ronds de bassin dont l'accent se finit sur le côté.  Ce sont presque des emprunts à la danse orientale. L'un des pieds est à plat, l'autre demi-pointe qui induit cet oscillement du corps sur lui même.

Même chose pour le buste qui utilise ( mais pas du tout comme Graham) les contractions et relâchement.  Le balancement du corps, son oscillation, le jeu des bras, tout cela est fluide, souple, du domaine du féminin. Les bras serpentent, les mains et les poignets aussi.

En opposition, la présence des garçons,  le travail de leur buste, la force qui se dégage de leur attitude, de leur pose, leur nombre, apporte un élément masculin puissant.Parfois, la Grèce et ses fresques s'équissent un instant...

Le soliste doit à la fois puiser dans sa féminité pour apporter l'élément " oriental" de la danse, et dans sa force pour, déjà, tenir les quinze minutes, et surtout pour que les sauts, les battements, les jetés de bras, les expressions du visages soient fougueux, passionnés, pleines de force, ce que par exemple Plissestkaia ou Guillem réussissent merveilleusement bien que femme.Sans parler d'Elisabeth Ros sensuelle et guerrière tout à la fois.

Ce double aspect féminin/masculin dans cette chorégraphie est sûrement l'un des aspects le  plus fort, le plus troublant, et qui donne ce côté hautement érotique à l'oeuvre.

 

Cöté garçon, Donn lui donnait son érotisme, son génie, sa sensualité un peu folle,  Leriche, son érotisme,  sa puissance, tout en y exaltant sa féminité.

Plissestkaia apporte sa ferveur presque mystique. Guillem, une forme de domination dont elle se joue, dont elle s'amuse.


 

Savez vous que ?

d'une version à l'autre, Boléro dure de 13' 55 minutes à 16'02...

C'est l'oeuvre la plus jouée dans le monde.

 

 

 

Histoire à suivre!.....

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2 octobre 2013 3 02 /10 /octobre /2013 14:41

 

 

 

 

 

 

Marguerite : Isabelle Ciaravola

Armand : Kar Paquette

Le père : André Klemm

 

Prudence : Nolwen Daniel

Manon Lescaut : Myriam Ould Braham

 

Des Grieux : Fabien Revillon

 

Olympia : Eve Grinsztajn

Gaston Rieux : C Duquenne

 

 

marie-duplessis-by-c3a9douard-vic3a9not.jpgIl y a deux ans et demi, j’avais voulu voir Isabelle Ciaravola dans la Dame aux Camélias ; la belle s’étant blessée, j’avais assisté à une représentation qui m’avait déçue et pire, ennuyée, car la remplaçante – faute de répétition ? – ne s’était vraiment pas montrée à la hauteur.

J’étais ressortie du théâtre en me demandant si c’était le ballet qui était raté, ou bien l’interprétation qui n’allait pas. Toujours est-il que j’avais passé l’une de mes pires soirées à l’opéra.

 

Remis à l’affiche cette année, j’étais bien décidée à ne pas y aller ;  il ne me restait de l'oeuvre  que des longueurs, du bavardage, de l’ennui… seulement, voilà, une petite voix me répétait sans cesse : « va voir Isabelle, va voir Isabelle ». Je connaissais déjà l’Armand de Karl Paquette, ou plutôt  « je croyais connaître l’Armand de Karl Paquette » car aux côtés d’Isabelle, je découvris le 29 septembre un tout autre Armand.

 

Ecrire d’Isabelle qu’elle insuffle à sa courtisane une profondeur extraordinaire ne suffira pas à rendre justice à son talent, à sa poésie, à sa passion et à ce sentiment de solitude qui pèse sur elle tout au long du ballet. Cette artiste sensible  enrichit de mille nuances et contradictions sa Marguerite qui acquiert ainsi une humanité universelle. Pour cela, elle utilise tout son corps comme un musicien le ferait de son instrument, le faisant chanter, parler, modulant les accents, les intonations, et toujours avec peu de choses : un poignet, un mouvement de la tête, du pied, du bras, du buste, du regard. Tout s’exprime chez cette ballerine, mais si naturellement qu’on a sous les yeux un personnage de théâtre ; on oublierait presque qu’elle danse, tant elle met son âme à nue. À ses cotés, Karl Paquette a atteint des sommets de poésie, de désir, de passion, de candeur, d’éloquence, de colère… seuls ou en « pas de deux » les deux artistes ont offert une partition nuancée, pleine d'ardeur et générosité.

C'est sans doute la magie de ce couple, transmise à tout le plateau,  qui a créé cette osmose entre tous les danseurs. Tous les seconds rôles, sans exception, ont pris leur place, pour renforcer la dramaturgie. Un travail « d’équipe » de haut vol, comme on en voit rarement à l’opéra ces dernières années.

 

Mais commençons par le début!

 

Neumeier aime la mélancolie, le souvenir, thèmes qui reviennent chez lui. Réminiscence, passé, nostalgie et douleur hantent souvent ses ballets.

 

Cette Dame aux camélias, qui, en quelques années passe de reine de Paris à courtisane déchue, abandonnée de tous, et meurt solitaire, était faite pour lui. En s’intéressant à ce sujet, Neumeier découvre que le jeune Dumas, fou amoureux de Marie Duplessis, qui lui inspirera roman et pièce de théâtre, était un ardent lecteur de Manon Lescaut. Après un court moment de passion, l’écrivain renonce à sa Marie, trop coûteuse pour lui : il s’est endetté au-delà de ce qui lui est permis. Il s’éloigne d'elle, non sans souffrance ;  lorsqu’il reviendra à Paris, il y apprendra la mort de la courtisane, à 23 ans. Bouleversé, il s’enfermera pour écrire son roman. Qui sera, un an plus, un opéra sous la plume de Verdi.

 

Neumeier a son fil : il mettra face à face les deux couples – Manon/ Des Grieux et Marguerite/ Armand, le premier montrant comme en un miroir le destin du second. Il fera cohabiter un espace 18ème siècle, celui de Louis XV et ses plaisirs licencieux avec le 19ème et sa morale bourgeoise. Ce n’est pas un hasard si le père d’Armand est tout engoncé dans ses vêtements noirs, avec un chapeau haut de forme qui fait de lui un homme « tout en longueur ». Ce rôle n’est pas dansé, mais n’en est pas moins le rouage essentiel du drame qui se jouera. Car il représente la morale bourgeoise, sévère, des messieurs en habit noir qui s’encanaillent la nuit, mais montrent un visage moralisateur le jour.

 

Pour la musique, le chorégraphe jette son dévolu sur Chopin, compositeur romantique, qui tout comme Marie Duplessis est tuberculeux, vivra vite, seul au milieu des autres de par son exil forcé  et confiera quotidiennement sa vie à son piano, comme à un journal intime. Justement, Marguerite tient le sien  qu’elle léguera à Armand  après sa mort.

Le ballet commence  par la fin : on vend les derniers effets de Marguerite, une robe, un tapis, un divan, un portrait…

Armand et son père sont là ; ils retournent dans le passé, et se souviennent, ils racontent…

 

Commence alors le long et magnifique concerto pour piano n° 2 de Chopin, qui va servir de fil narratif pour évoquer la rencontre de Marguerite et Armand  et accompagner tout l’acte 1

 

Précisément, tous deux assistent à une représentation de Manon Lescaut. Marguerite s’amuse, elle taquine Armand, qui est gauche, maladroit ; mais elle se trouble aussi. Dès l’apparition de Manon, son masque tombe. « Seule au milieu des autres », telle semble être Marguerite. Parée de satin mauve, Ciaravola superbe, souriante, mutine, montre tout à coup un autre visage ; celui de la solitude. Cette femme porte un regard sur son propre destin et lorsqu’elle réalise ce qu’est sa vie, la tristesse la gagne.

 

Dans ce premier acte, M O Braham et F Révillon composent un couple très Louis XV : frivole, amoureux des plaisirs, complices.

Neumeier mêle deux styles tout en employant les mêmes pas.

 

Tout au long de l'oeuvre, M O Braham fera exister un personnage « fantomatique » qui intervient peu, et seulement comme une marque du destin, avec une redondance qui pourrait lasser. Mais à chaque apparition, la ballerine montre une nouvelle facette de Manon, et  on suit donc son histoire, fascinée.

Elle a donné tant de ferveur à sa Manon qu’il est impossible de l’oublier. D’acte en acte, la frivolité s’effrite, les plaisirs s’éventent, la fraîcheur s’en va. L’œil devient las, le pied moins mutin, une pesanteur parcourt ses membres. Un peu plus tard, la beauté se fane, les cheveux portent la trace de toutes les mains qui l’ont caressée, la robe, de toutes les mains qui l’ont retroussée pour prendre des plaisirs hâtifs, mais largement payés. Au fil des scènes, M O Braham devient  froide comme le    marbre. Les chairs se décolorent, se désincarnent. Elle pressent l’exil en Amérique, et la mort, tragique, dans le bayou.

Elle montre à Marguerite sa future déchéance, sa mort précoce. Un sommet d’intensité et d’émotion pour ces deux artistes.  

 

Le Des Grieux de Fabien Revillon, attachant, candide et bondissant, tout en rond de jambe, montrait aux côtés de Manon, une âme entière, honnête. Au fil des actes, Révillon s'insère sans peine dans la  narration commune et donne de la consistance à un personnage épisodique. Il était encore bien vert en Lenski il y a deux ans. Son Des Grieux, offre une technique plus sûre au fil des actes. Il est parfait en amoureux qui accompagne jusqu’au bout celle qu’il aime.

 

À la fin de l’acte 1, le pas de deux aux portées vertigineux annonce ce que sera l' amour  enfin éclos entre Marguerite et Armand : une passion dévorante, même si pour l’instant, Marguerite se refuse à l’accepter.

Les deux artistes, en parfaite osmose, ont offert un moment de danse hors du temps…

Et pourtant, ces pas de deux... comment peut-on exécuter de telles acrobaties sans que cela tourne au cirque ?  Comment donner autant de sens et d’émotion quand le risque de chute est si grand ?  Aucune erreur, aucun faux pas… la narration encore et toujours qui se déroule sous nos yeux : notre souffle se suspend, on atteint « rasa »….

 

L’acte 1 s’achève sur le départ à la campagne

 

On peut alors admirer la jolie Nolwen Daniel, à la danse toujours belle, onctueuse, qui sait  montrer plus d’une facette de son personnage – Prudence, une amie de Marguerite.

À ses côtés, Duquenne badine et amuse. Quelle jeunesse pour ce danseur qui part à la retraite lui aussi cette année !

Neumeier glisse ces divertissements légers pour qu’ils servent d’écrin au drame qui couve.

 

 On retient surtout de l’acte 2  le « dialogue » entre Marguerite et le père d’Armand, venu plaider la cause de son fils, personnage mimé plus que dansé incarné par André Klemm : c’était d’une beauté à couper le souffle !

D’abord, il y a ce monsieur qui se demande ce qu’il fait chez cette femme de petite vertu, se lève pour partir, change d'avis, mais revient, car finalement, il est là pour son fils. En face de lui, cette courtisane sensible et intelligente, qui devine d’instinct le malaise de son visiteur, et lui dit « dites moi le but de votre visite, je vous en prie ».

Tout au long du pas de deux, le mépris du père devient tendresse puis compassion pour la jeune femme, la révolte de Marguerite s'apaise, elle comprend, elle accepte le sacrifice. Les deux personnages se sépare dans un profond respect mutuel. Kleim et Ciaravola ont fait de ce " duo" un moment d'intensité absolue...

Il fallait voir ces deux artistes donner vie et sens à chacun de leur geste… là encore, O temps, suspends ton vol….

 

Marguerite quitte Armand. Le solo de Karl  Paquette m’a rappelé celui, superbe, de  Kourbsky dans Ivan le Terrible vu il y a dix ans et toujours pas oublié.

Armand découvre que Marguerite est retournée vers ses anciens plaisirs, il est en proie à des sentiments contradictoires. Là où certains danseurs ne sont que désespoir, Paquette a montré la rage, la colère, le désir, le refus, le déni, la révolte, l’incapacité à accepter la vérité, l’amour qui le  brûle  à le rendre fou. Chacun de ses gestes exprimait une nuance différente et absolue dans ce solo magistral, porté par l'un des plus tragiques préludes de Chopin.

 

À l’acte 3, Armand croise un jour Marguerite sur les Champs Elysées. Pour se venger, il badine avec Olympia qu'il entraîne dans sa chambre. Le plaisir pris à la va-vite avec cette courtisane lui laisse un sentiment de dégout. L’Olympia de Eve Grinsztajn est parfaite : cette fille ne s’embarrasse pas de principe, ni d’état d’âme. Elle travaille pour l’argent. Un point c’est tout ! et elle met du coeur à l'ouvrage, mais si tout est faux.

Et puis, c’est les retrouvailles avec Marguerite  après l'humiliation au bal… Le pas de deux sur la ballade en sol mineur, virtuose, d’une rapidité à couper le souffle, est un véritable moment d'explosion. Tout ce qui a été tu éclate à ce moment-là. Le désir flamboie, il brûle tout le reste, il unit les amants dans une étreinte passionnée. Le pianiste épousait parfaitement la respiration des danseurs, musique et pas étaient en osmose… Ciaravola était impressionnante de force, d'énergie, de précision et d'abandon, Paquette de lyrisme. Les portées semblaient si faciles, coulant de source.

 

Mais Manon hante Marguerite ; elle quitte Armand une fois de plus, écoutant sa raison et non son cœur.

 

À la fin de l’histoire, la courtisane est seule, malade, pauvre ; elle tient son journal. Elle enfile avec le peu de force qui lui restent une robe de soirée rouge, pour se rendre au théâtre.  Comme au début du ballet, on y donne Manon Lescaut.

Armand ne la rejoindra pas cette fois-ci. Elle mourra sans le revoir.  Isabelle est à ce moment tellement fragile ! Elle meurt un peu comme la Mélisande de Debussy, sans faire de bruit, léguant à Armand son journal…

 

Citer tous les artistes et tous les moments du ballet rendrait la lecture de ce billet déjà bien long, fastidieuse

Ce qui est sûr, c’est que cette soirée mémorable restera gravée dans mon cœur, parce que portée très haut par une troupe en osmose et des solistes de grand cœur et de grand talent

 

 

Le mot de la fin :

 

Je vais moins à l’opéra, car je suis lassée des spectacles qu’on consomme et qui laissent sur sa faim. Mais avec cette soirée, je retrouve ce que j’aime dans la danse indienne. La dévotion. Bhakti

 

Un danseur d’odissi ne danse pas ; il prie.

 

D’une manière ou d’une autre, c’est ce qui s’est passé ce soir-là ; ce n’était pas de la danse, mais de la dévotion que les spectateurs ont pu sentir. « Rasa » est la saveur spirituelle qui doit emmener l’âme du spectateur vers « Dieu ». Paquette, Ciaravola et Ould Braham nous ont offert cela et le reste de la troupe a suivi.

 

Et il s’est passé ceci d’extraordinaire, c’est qu’après la représentation, beaucoup de spectateurs m’ont dit avoir passé une nuit « blanche ».

Eux aussi ont été touchés…

 

Quand l’art rejoint le spirituel… Merci à tous les artistes !

 

 

 


 

 

Ici, un petit compte rendu du même ballet avec Moussin- Paquette  e 1er mars 2010.... et un tout autre ballet!

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25 septembre 2013 3 25 /09 /septembre /2013 20:15

( Cliquez ici pour  le compte rendu de la Soirée du 29 septembre 2013 avec Paquette/ Ciaravola)

 

 

Depuis quelques mois, je n'arrive plus à sortir de ma tanière pour aller voir de la danse à l'ONP

 

Je prends des places à "l'aveugle" puis je découvre la distribution et immanquablement, je revends ma place...

 

Il y a quelques années, j'avais absolument voulu voir Isabelle Ciaravolla dans la Dame... j'avais fait des pieds et des mains et casser ma tirelire pour aller la voir... mais hélas, la belle s'était blessée et avait été remplacée par une autre danseuse.... laquelle m'avait fait passer une soirée d'ennui  mortelle!!!!

 

j'avais donc pris en grippe le ballet, et même Chopin... bref, une de mes pires soirées opéra de Paris

Pourtant Neumeier n'a pas son pareil pour chorégraphier les blessures du coeur, alors quoi?

 

 

Cette année, toute résignée à ne plus mettre les pieds à l'opéra pour aller m'y ennuyer, j'avais renoncé à aller voir cette Dame à l'aveugle. Je m'étais dit " attendons les distributions"

 

Seulement, voilà : une fois les distributions parues, impossible d'avoir une place pour Isabelle!!!  C'est toujours la même histoire dans ce fichu opéra!

Personne n'irait écouter un opéra sans savoir qui chante, ou un film sans savoir qui joue! et pour la danse, et bien on est obligé de prendre sa place au pif si on ne veut pas avoir l'embarras... mais de toute façon, on n'a non seulement pas le choix, mais en plus l'embarras quand on découvre sa distribution, souvent celle que précisément on voulait fuir!!!

 

 

Même en m'inscrivant sur Bourse opéra, toutes les places pour les dates d'Isabelle me passaient sous le nez....

 

 

Jusqu'à ce soir où, O joie! j'ai enfin réussi à avoir une place pour dimanche

 

Alors, quoi? pas la peine d'écrire un article pour si peu! J'ai fait des histoires pour une Dame et une danseuse...

 

 

C'est vrai.... mais depuisdepuis la fin de l'ère " Noureev",  je traîne les pieds pour aller à l'opéra!

 

L'an passé, il n'y a que Don Quichotte qui a réussi à me faire sortir de chez moi! trois fois, et ensuite plus rien!

 

Donc là, m'arracher à mon cocon dimanche soir, et à mes répétitions d'odissi.... vaut un article sur ce blog!

 

, Isabelle... elle a ce charisme si spécial des étoiles, cette aura particulière, qui fait qu'on est attirée par sa lumière... qu'on veut la voir!  C'est devenu si rare, pour moi en tous cas....

 

donc j'ai hâte d'être à dimanche...

 

 

 

Je ne manquerai pas non plus sa Tatiana...   car ensuite, et bien la belle tirera sa révérence... et je verserai plus d'une larme!

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15 mai 2013 3 15 /05 /mai /2013 09:53

 

Cet article fait suite au premier article qui présente le film et les réflexions qu'il m'a inspiré à lire en cliquant sur :

Devdas, au delà du navet

 

 

 

Les danses :

danse-de-la-lampe.JPG

 

Ce Devdas, œuvre excessive mais inventive offre des chorégraphies qui empruntent à plusieurs styles de danse ; certaines sont des danses de temple de par leur origine, commel’Odissi ou le baratha Natyam, d’autres des danses aux influences mélangées, comme le Kathak qui, sous l’influence musulmane, quitta le domaine du temple pour devenir une danse de divertissement. Peu à peu, le tribangha va s’effacer au profit d’une ligne droite des jambes et du buste, et les tours sur l’axe en répétition vont être une de ses caractéristiques, ainsi que des frappes de pied en dialogue avec les percussions et une virtuosité développée à partir de là. Les trois styles ont une gestuelle codifiée pour raconter, narrer, décrire, exprimer.

A ces styles purement indiens bien définis s’ajoutent des emprunts aux danses indiennes populaires, comme le Bangrha où l’on saute beaucoup ou encore aux styles occidentaux, utilisés et exploitées dans les comédies musicales.

 

premiere-danse-de-Chandramuki.JPGBollywood porte donc bien son nom, car Hollywood a influencé tout un cinéma musical dans les années 50,  y compris un cinéma musical arabe, qui est parfois rappelé dans certaines scènes du film, comme le Dola, Dola, final. C’est tardivement que l’Inde a fini par se mettre à l’heure hollywoodienne à la fin du 20ème siècle.

 

 

La plupart des chorégraphies mettent avant toute chose la soliste en valeur en utilisant un  « chœur » de 16 danseuses, voir de 32 comme la splendide chorégraphie finale  «  Dola, dola ».  On ne voit quasiment jamais d’hommes danser, sauf  «  au fond » dans cette même chorégraphie. Chaque personnage a sa «  marque » : pour Parvati, le style s’inspire de l’odissi ou du baratha natyam que l’actrice a pratiqué ;  pour Chandramuki, le  kathak s’imposait, car la belle divertit par sa danse, les hommes qui viennent s’amuser chez elle. 

 

Au total cinq chorégraphies d’environ 5 minutes chacune

1)      la danse de la lampe

2)      Radha et Krishna près de la rivière Yamuna

3)      Chandramuki

4)      La danse du pari de Chandramuki

5)      Dola, dola, finale avec Parvâti et Chandramuki

 

 Dès le  chapitre 2 du film, intervient la «  danse de la lampe », qui symbolise le désir toujoursdevdas2-copie-1.jpg entretenu de Parvâti pour Devdas.

Il y a ici un petit air de famille avec le «  I feel pretty » de West side story, lorsque le chœur chante «  regardez cette folle… » Les danseuses utilisent des éléments issus de l’Odissi : le tribangha, ici symbole du désir amoureux, car l’accent est mis sur le déhanché et la courbe douce du corps, et une gestuelle qu’on y rencontre aussi parfois (évocation du printemps, coordination de mouvements de poignets, de tête, et d’yeux)

Pour le reste, les déplacements sont dans la veine des musicals américains, avec ces lignes qui se font et se défont, les rondes, les spirales, etc. La danse très mouvante exprime tout l’affolement de la jeune femme à l’annonce du retour de son amoureux, et le désir puissant qui l’anime. Plus de trente plans nous permettent de la suivre de pièce en pièce dans sa maison, dans son jardin, sur les marches de sa demeure à l’exotisme «  hollywoodien ».

 

 

Pour la deuxième scène dansée, (minute 44)  la mère de Parvâti, invitée chez Devdas, raconte l’histoire de Radha et Krishna. Pendant que la mère utilise les mudras typiques pour narrer cette histoire,  le duo de Parvâti/ Radha et Devdas/Krishna s’intercale pendant son récit; scène ambiguë, par son message, où au bord d’un ruisseau, Krishna surprend Radha et lui saute dessus, sans que cela soit directement montré.  L’épine fichée dans le pied que Krishna retire, le sang qui coule, les colliers et bracelets arrachés et non pas retirés délicatement,  sont assez éloquents et au final, créée un sentiment bizarre.

 

Scène à rapprocher de celle où Devdas blesse Parvâti au front, répandant le sang sur son front, ce que le mari fait avec de l’alta, le jour du mariage, signifiant que l’hymen sera rompu lors de la nuit de noces.  Symboliquement  cela  se traduit ensuite par le bindu rouge peint sur le front  à la place du cakra Ajna ; il est d’ailleurs significatif de noter que Parvâti porte ce bindu, alors que le mariage n’est pas consommé ; elle le porte car Devdas symboliquement l’a épousée – par un viol, vu la brutalité du geste.

 

 

chandramuki.JPGLa troisième chorégraphie, l’une des plus brillantes du film, (minute 67) met en scène Chandramuki, la courtisane, lors de sa première rencontre avec Devdas. Pour «  symboliser » ce personnage, beaucoup d’éléments empruntés au Kathak  ont été réglés par  Birju Maharaj qui est l’un des grands maîtres de cet art. On touche ici véritablement au sublime car toute la scène est construite savamment et brillamment. Du grand art. Comme autrefois dans les musicals américains.

 

 

 La première partie de la chanson chantée par Chuni, le compagnon de débauche de Devdas, présente Chandramuki qui marche avec séduction. Son visage très expressif nuance mille émotions différentes. Le jeu de sourcil que toute bonne danseuse doit maîtriser est utilisé ici avec humour.

Dans la seconde partie, Chandramuki prend la parole ; on retrouve Krishna et Radha, encore taquinée par le Dieu ; le voile glisse, glisse, glisse et Radha proteste. Le tout expliqué avec une gestuelle de main et des expressions typiques des danses classiques indiennes.

Une partie du mime se passe au sol, comme parfois dans les danses classiques indiennes, où tout est raconté avec des «  mudras », des expressions de visage particulièrement, et quelques gestes stylisés.

Pour la troisième partie, purement instrumentale, les danseuses tournent à l’infini, et  les jupes filmées de haut sur des motifs au sol géométrique se déploient en corole.  On a ici un rappel des danses des Derviches qui ont influencé d’une certaine manière le kathak ; à noter que les belles tournent sur un sol aux figures géométriques, comme dans l’art musulman.

Puis le récit de Radha  reprend «  sur le pot de lait, et le cœur qui bat en entendant les pas de Krishna » ce dernier abuse de la pauvre Radha qui  le supplie de ne pas la forcer, - décidement ! - et qui n’a personne à qui se plaindre pendant cette nuit.

La chanson se termine par une coda rythmique où la virtuosité des frappes et des mouvements de bras  explose en un finale éblouissant,  un peu à la façon d’un final de récital de kathak.

 

le-pari.png

 

La quatrième chorégraphie  ( A qui sont ces pas ?) égalemment chorégraphiée par Birju Maharaj  ( voir la photo où le maître fait répéter Madhuri)  intervient lorsque Chandramuki attend que Devdas revienne lui rendre visite ;  un des hommes présents à sa fête lui dit qu’il ne viendra pas ; ils font alors un pari que Chandramuki remporte ;  elle est si heureuse du retour de Devdas qu’elle se met à danser et à chanterBirju-et-Madhuri-2.JPG

 

«  Qui m’a peinte en vert émeraude » demande-t-elle

Le vert est la couleur du printemps et ce thème est souvent illustré dans les danses indiennes.

Une partie de la chorégraphie a lieu au sol, entourée par le chœur des 16 danseuses

Le Kathak insuffle à cette nouvelle chorégraphie une vitalité, une effervescence qui exprime à elle seule la passion de Chandramuki pour Devdas.  Tours virtuoses, sauts, frappes de pieds, gestuelles des bras rapides et précis

Comme précédemment, les passages purement instrumentaux alternent avec les récits chantés. Chandramuki a beaucoup prié pour revoir celui

qu’elle aime.Sa joie a le revoir explose littéralement dans cette chorégraphie somptueuse, énergique, pleine de vitalité. A noter que le choeur est composé de danseuses de kathak issu d'une des grandes écoles du Nord du l'Inde.

 

 

 

chandramuki-groupe-sol-copie-1.JPG

 

  Voici les principaux chorégraphes du film Devdas :

 

Birju Maharaj : Maître de Kathak ( a chorégraphié les danses de Chandramuki la courtisane)

Sarjo khan : chorégraphe feminin de film bollywood

Vaibhavi merchant : chorégraphe féminin de film bollywood

Malu 

 

  

 

A venir : Dola, dola : troisième volet du film Devdas! pour un prochain ( et dernier ? article!)

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12 mai 2013 7 12 /05 /mai /2013 10:13

Devdas

 

 

 

2rr0uap.jpg

 

 

 

Pour la première fois de ma vie, je suis face à une énigme. Elle se nomme Devdas ! Lorsque mon professeur d’Odissi m’a conseillée de voir les chorégraphies du film afin d’observer les attitudes et expressions des danseuses, tout à fait dans la lignée des Gopi amoureuses, j’ai d’abord été sur Youtube, mais ai finalement décidé de m’offrir le double DVD, le second proposant des bonus qui m’intéressaient : interview du réalisateur, de Maria Kiran, et même un double commentaire sur l’une des chorégraphies par Kader Belarbi et Maria Kiran.

 

À peine le début du film commença-t-il que je me suis mise à pouffer ! Quoi ? Devdas sélectionné pour Cannes, un vulgaire Feux de l’amour version indienne ?

Je n’en croyais pas mes yeux : personnages grotesques, mise en scène ridicule, émotions excessives – pendant tout le film, il y a toujours un personnage qui pleure – et puis surtout, le propos machiste du film m’a été insupportable. En outre, la version française est ignoble, mal doublée, et les voix ne vont pas avec les personnages. En version originale, c’est plus acceptable.

 

 

L'histoire

 

 

Parvâti, l’amoureuse de Devdas, qui l’a attendu patiemment dix ans, entretenant symboliquement la lampe à huile sans jamais l’avoir laissée s’éteindre une seule fois, ne reçoit de son amoureux que des blessures morales ou physiques.  Le sommet de sa violence se manifeste dans la scène où il la blesse cruellement au front avec un collier, lui disant que la cicatrice qui la défigurera pour toujours sera la marque de son amour. Croyez-vous que la belle se rebelle ? Non, heureuse de  porter cette cicatrice, elle le remercie de lui avoir fait cette marque !

J’en suis restée sans voix !

La suite n’est guère mieux ! Devdas, qui n’a pas voulu épouser Parvati, car de caste inférieure à la sienne — finit par arriver  de son plein gré chez la belle courtisane Chandramuki et là, à nouveau insultes et mépris alors que la belle le console, le soigne, et dit gentiment qu’elle est habituée à être humiliée.

Le personnage est-il sympathique ? Que nenni : il s’apitoie sur son sort, il geint, se plaint, se noie dans l’alcool, pendant que les deux femmes s’évertuent à trouver des solutions pour le rendre heureux !

Les hommes sont tous monstrueux dans le film : entre le mari de Parvati qui finit par la séquestrer, son beau-frère qui a des vues sur elle, s’encanaille dans les bordels alors qu’il a chez lui une toute jeune et ravissante épousée et finit par l’humilier publiquement, et le père de Devdas qui ne sait que crier et battre ! Quelle société !devdas2.jpg

J’ai passé à la télécommande rapide la dernière demi-heure, car Devdas n’en finissait pas de mourir. La mise en scène atteint le sommet du grandiloquent et du grotesque : ralenti, effet de couleurs tapageur, flots de larmes….

 

La place des femmes dans ce film?

 


À la fin du film, je me suis sérieusement posé des questions sur la place de la femme dans ce genre de cinéma et surtout je me suis demandé comment les femmes reçoivent ce genre de film en Inde.

Le réalisateur prétend qu’il offre un cinéma populaire qu’on va voir en famille. Mais alors, quelles images les femmes ont-elles d’elles-mêmes ? Soumission, amour désintéressé, coups, blessures morales et physiques... Le tout enrobé dans des décors kitschissimes et des costumes somptueux pour faire passer le tout ? 

 

Intriguée, j’ai fini par acheter le roman, espérant trouver des réponses dans la lecture. Ce fut pire encore, car dès l’enfance, on voit Parvâti brutalisée par Devdas (elle rentre un jour chez elle le dos en sang). Elle y est décrite comme orgueilleuse, alors qu’elle souhaite simplement être respectée. Ce qui m’a littéralement interloquée est le mot de la fin de l’auteur qui écrit :

« Je n'ai aucune idée de ce que Parvâti est devenue maintenant à la suite de tant d'années.

Je ne cherche pas à le savoir non plus. Mais c'est pour Devdas que j'éprouve un profond chagrin. Après avoir lu l'histoire tragique de sa vie, vous éprouverez sans doute le même sentiment que moi. Néanmoins, si jamais vous rencontrez un malheureux, un débauché et un pêcheur comme Devdas, alors priez pour son âme. Priez pour que, quoi qu'il advienne, personne ne meure de la même façon pitoyable que Devdas. La mort n'épargne personne. Mais qu'à cette dernière heure, le front du mort reçoive le toucher de doigts affectueux, que la flamme de sa vie s'éteigne sous le regard d'un visage empli d'affection et de compassion, qu'il voie au moins une larme dans les yeux d'un être humain. Ce serait pour lui un bonheur suffisant au moment de son départ pour l'autre monde. "

 

La question est : "Est-ce une déclaration de l’auteur ou du narrateur ? Par un biais subtil, si subtil que je ne le perçois pas, l’auteur dénonce-t-il au final la condition de la femme en Inde ? Veut-il montrer à quel point l’homme est gâté, et la femme soumise ? " Je n’en sais rien ! Le récit, plein d’ambigüités, décrit l’amour-obsession que Devdas et Parvâti éprouvent l’un pour l’autre, dans un jeu de dominant-dominée.  Mais est-ce de l’amour ? Plus tard, Chandramuki la courtisane vouera une passion tout aussi brûlante à Devdas, tentant de le soigner, de le guérir, se transformant à la fois en infirmière, sœur, confidente…

 

Alors, me direz-vous, pourquoi avez-vous regardé jusqu’au bout ?

 

chandra.jpg

 

Parce que j’ai été fascinée par l’actrice Madhuri Dixit ! Un vrai coup de foudre ! C’est une danseuse exceptionnelle et elle donne au film une indéniable profondeur. Son personnage a un charisme étonnant ; on devine que cette femme n’a pas eu le choix ; que malgré tout, elle est digne ; qu’elle sait en imposer aux hommes ; qu’elle est bonne, charitable, dévouée ; qu’elle a décidé une fois pour toutes d’être heureuse, ou tout au moins de le paraître.

 

Et c’est là qu’il me faut vous parler de la danse dans ce film, une vraie réussite !

Une fois habituée au style musical ‘populaire’ et aux voix aigües des filles, j’ai pu réellement apprécier la beauté des chorégraphies et leur inventivité.  Contrairement aux autres films bollywood, ce ne sont pas des " clips" sortis tout droit de MTV; non, il y a eu un vrai travail chorégraphique fait par des danseurs et chorégraphes rompus aux danses indiennes classiques.

 

devdas3.jpgPour ces deux raisons - l’extraordinaire Madhuri qui insuffle un peu de son âme aux deux poupées de cire que sont Devdas et Chandramuki et les chorégraphies – Devdas a commencé à me hanter. Revu une seconde fois quasiment en entier, puis encore plusieurs fois juste pour les passages dansés,  le film m'est resté indigeste  mais j'ai pu apprécier la magie et la pertinence des danses : elles emmènent le récit vers la mythologie, avec Krishna grand séducteur de gopis  (ce sont les gardiennes de troupeaux avec lesquelles le Dieu batifole tant et plus -, qui trompe sans cesse sa chère Radha, qui se comporte comme un adolescent attardé…

Il parait que c’est ce que souhaitaient les chorégraphes : transposer Devdas/Parvâti/  Chandramuki en Krishna, Radha et Madurai…

Pour ce faire, ils ont largement emprunté à l’Odissi, au Kathak, aux  danses populaires indiennes, le tout mélangé à des influences occidentales…

Vu sous cet angle, le film ne serait alors qu’un prétexte à mettre en danse de façon populaire, colorée, festive, luxueuses, la mythologie bien connue des Indiens ?

 

Cet argument ne tient qu’à moitié car d’une part, le film est réalisé d’après l’œuvre de Chatterjee, au message trouble, deuxièmement, la durée totale des danses représentent environ 35 minutes pour trois heures de film.

 

Il est temps à présent d’entrer dans chacune des chorégraphies  et de les relier aux danses classiques indiennes.

 

L’analyse de tout ceci pour un second article !

 

Prochain article : le détail des danses dans Devdas

 

La danse de la lampe

Radha et Krishna près de la rivière Yamuna

Chandramuki

Le pari

Parvâti et Chandramuki fêtent Durga


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30 avril 2013 2 30 /04 /avril /2013 09:50

Je réédite cet article car l'oeuvre sera redonnée la saison prochaine et d'autres articles vont venir s'ajouter!

Inoubliables Sylvie Guillem et Laurent Hilaire vus en décembre 1991

Inoubliables Sylvie Guillem et Laurent Hilaire vus en décembre 1991

 

Ezio Frigerio et Rudolf Noureev – Autour de Roméo et Juliette.  Volet 1

 

 

 

 

ezio-frigerio.jpgNoureev a principalement travaillé avec deux décorateurs et costumiers : Ezio Frigerio et Nicholas Georgiadhis.

Il connaissait bien le dernier qui oeuvrait pour le Royal Opera Ballet, troupe à laquelle il était rattaché au début de son arrivée à « l'Ouest ».

 

En 1981, pour sa première collaboration à l’opéra, Noureev est appelé par la directrice Rosella Hightower à remonter Don Quichotte, comme il l’a déjà fait pour d’autres compagnies. Il demande à Georgiadhis de faire décor et costumes. Ceux-ci seront conservés jusqu’en 2001, date à laquelle une nouvelle production est commandée… qui est d’ailleurs loin d’être une réussite. Nous sommes nombreux à regretter les magnifiques tutus vert d’eau des Dryades et leur écrin…

 

Ezio Frigerio travaillera une première fois avec Noureev sur Roméo et Juliette. Il raconte : «  Noureev m’a un jour appelé,j'étais à Rome,  et il semblait que ce soit une question de vie ou de mort, il fallait que je vienne immédiatement ! »  Il ajoute : «  Noureev avait une vraie passion pour la Renaissance italienne, mais cette culture s’était faite avec des images d’Epinal qui avaient peu à voir avec la véritable Renaissance. »

Noureev avait dansé son premier Roméo dans la chorégraphie de McMillan avec Margot Fonteyn  (Juliette) et cela avait été pour lui une révélation. Lorsqu’on lui passe une dizaine d’années plus tard la commande d’une chorégraphie nouvelle pour le London festival ballet, il est déjà engagé sur un autre projet, cinématographique celui-là : Valentino. Il créera le rôle de Juliette sur Patricia Ruanne. Je reviendrai sur les conditions  si particulière de cette création dans un autre article.

L’opéra de Paris a gardé quelques maquettes de la chambre de Juliette qui baignait dans un clair de lune romantique.  

chambre-londres.JPG

 

chambre London Festival

 

Frigerio en voyant celles-ci comprend l’ampleur de sa tâche. «  Je l’ai donc emmené se promener au milieu de cette culture si bizarre de la Renaissance Italienne" dit Ezio qui se rend compte que Noureev ne rentre pas dans certaines peintures ou décorations. "Il avait des goûts très arrêtés avec lesquels je  n’étais pas d’accord.   Il voulait que la chambre s’ouvre sur un décor romantique, très 19ème siècle, comme c’était le cas pour la production de Londres.  Il avait une vision de l’art baroque toute personnelle », ajoute-t-il encore. Et il conclut «  J’ai fait au mieux pour à la fois satisfaire son goût oriental de la surcharge, et en même temps pour rester fidèle à mon propre style. Cela a été loin d’être facile, et de tout repos. Mais je crois qu’au final, il était vraiment content »

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Chambre Paris 1984

 

C’est la raison pour laquelle, le tout premier décor prévu pour Garnier, présentait la chambre de Juliette s’ouvrant sur la place de Vérone qu’on devine au loin.  Frigério s’est inspiré de peinture, «  la città ideale » afin d’évoquer Vérone.  Il sait qu’au fond la ville de Vérone est secondaire, car Shakespeare lui-même n’en a qu’une vague idée.   Lorsque le ballet est repris en 1995 pour Bastille, Frigerio revoit ses maquettes avec en tête les derniers souhaits de Noureev qui au fil du temps, a modifié sa conception de Roméo, abandonnant un certain réalisme pour une vision plus allégorique.

 

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Chambre Paris 1995

 

 

 

 

 

 

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Il pense que rendre la  mort  partout présente est la clé de l’œuvre et décide donc que la chambre n’aura plus cette grande baie ouverte sur une ville lumineuse, écrasée de chaleur et de poussière, mais sera cloisonnée par des lambris. Pour Frigerio, cela permettait de donner plus de profondeur, de poids, au drame, et  au spectateur un sentiment d’oppression, de fatalité. Dès le début, le spectateur pressent ce qui attend les héros qui vont mourir les uns après les autres : Mercutio, Tybalt, Pâris, Roméo, Juliette; toute une jeunesse qui disparaît.

J’avoue que la toute première fois, en voyant ce décor, j’ai amèrement regretté la chambre romantique et son ouverture. Mais Frigerio a mille fois raison : le drame shakespearien prend plus de densité de cette façon.

 

Noureev a toujours su d’instinct s’en remettre à des artistes de grands talents ; d’ailleurs, disent ses proches, il avait toujours un goût très sûr lorsqu’il chinait des antiquités. C’est ce qui manque aujourd'hui à l’opéra de Paris et les restrictions budgétaires n’en sont pas les seules raisons.  Il n’y a plus son œil pour tout superviser, un peu comme un Louis XIV  qui, parmi les maquettes du Louvre, a choisi  la plus sobre et la plus puissante, ou encore qui a donné à  Versailles sa grandeur.

 

( à suivre)

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29 avril 2013 1 29 /04 /avril /2013 09:42

 

C’est tout à fait par hasard qu'il y a deux ans, j’ai découvert les Trois sœurs à la Comédie Française. Je ne savais pas trop à quoi m’attendre et j’ai été conquise

 

Par le texte lui-même pour commencer ; simple, sobre, il nous plonge au sein de cette fratrie privée de leurs parents ; trois sœurs et un frère – comme chez les Bronté – qui vivent en Province et ne rêvent que de retourner à Moscou, depuis la mort de leur père, un an plus tôt. On ne sait pas très bien depuis quand la mère est morte, mais l’on suppose que cela fait longtemps, car la vieille nounou qui est là depuis trente ans fait partie de la famille.

Dans cette maison, les officiers de la garnison en place dans la petite ville, viennent souvent en visite, amenant avec eux gaité et chansons

Chacun essaie de trouver le bonheur dans une existence qui n’en donne pas. Personne n’est véritablement malheureux non plus ; non, juste une existence ordinaire dans une ville ordinaire.

 

 54739308.jpg Verchinine, - l'excellet Vuillermoz - le nouveau commandant de la batterie,  qui au détour d’une phrase fait comprendre qu’il a toujours vécu dans des petits meublés minables, aux côtés d’une épouse suicidaire, mais qu’il aime profondément ses « deux petites filles », est l’un des personnages les plus attachants. En dépit d’une vie qu’on suppose difficile, lui qui ne rêve « que d’une maison comme celle-là » alors qu’il va de garnison en garnison, ne se plaint jamais de son sort qu’il essaie  d’accepter. Il pense que  l'existence banale qu'il mène conduira peu à peu   l’humanité future au bonheur.

Dans le passé, ancien camarade du père des trois sœurs, on l’appelait le major amoureux. Rien qu’avec cette évocation, on imagine ce qu’a pu être sa jeunesse : pleine de promesses !

Mais cette époque est bien révolue… aujourd’hui, il trouve du bien-être à venir dans la maison des Prozorov,  auprès des sœurs raffinées – l’une d’elles parle quatre langues, l’autre joue du piano, la troisième enseigne et finira directrice.

Les sœurs sont persuadées qu’en retournant  à Moscou, leur vie prendra enfin son envol. Moscou, c’est aussi la ville de l’enfance, lorsque leurs parents vivaient encore.

Macha, - Elsa Lepoivre, parfaite en femme qui a perdu ses rêves - qui joue avec talent du piano, est mariée à un homme bon, mais qui l’ennuie. C’est le genre d’homme gentil - l'excellent Gilles David -qui veut surtout ne pas déplaire, ni à sa femme, ni à ses supérieurs au lycée ; il finit par couper sa moustache, car le proviseur l’a fait, alors que ce geste l’enlaidit. Olga, - Florence Viala - l’ainée,  enseigne, mais se sent toujours fatiguée, sans entrain ; elle se plaint de maux de tête, de surcharge de travail.    La cadette, Irina, - Georgia Scalliet qui incarne à la perfection l'insouciance qui se voile -  dont c’est la fête lors du début de la pièce,  pense qu’elle trouvera du plaisir en travaillant, en s’occupant. Pour elle, en ce matin de mai, un an après la mort de son père, tout semble possible, une promesse de bonheur flotte dans l’air,   sa vie est en fleur, comme le printemps au dehors.

Quant au frère, c’est un brillant étudiant en sciences et un talentueux violoniste. Tous les espoirs reposent sur lui. ( Stéphane Varupenne- en 2010 et 2011Guillaume Gallienne.)

On comprend que la maison de ces quatre enfants attire les officiers qui viennent y passer leurs après-midi de liberté et à  leurs soirées. On chante, on danse, on devise, on rit, on se chamaille gentiment.

Verchinine, le commandant,  philosophe sans cesse ; plus tard, « dans deux cents ou trois ans » lui-même sera oublié, mais sa vie et celles de ses contemporains auront permis à cette humanité future d’éclore.

 

Natacha, la fiancée du frère, accélérera l’étiolement des rêves de cette fratrie. ( Coraly Zahonero est parfaite en fiancée peu sûre d'elle au début de la pièce qui finit par régner en maître, parfaitement contente de sa vie)

 

Françon  offre à ce texte une mise en scène très sobre et belle tout à la fois, qui renforce le sentiment de chagrin  qui s'étend d'acte en acte sur toute la maisonnée hormis Natacha.

 

Le premier acte, le plus lumineux, offre deux espaces : un grand salon avec un piano, éclairé par une immense 54739353.jpgvéranda qui s’ouvre sur un printemps en fleurs et de grands bouleaux, « mes arbres préférés » dit Vernichine. Les arbres " n'ont pas encore de feuilles" fait remarquer l'une des soeurs.   Il y a des fleurs blanches à profusion, et lorsque le soir arrive, les domestiques allument de nombreuses bougies dans chaque coin de la pièce.

 

 

 

 


Dans le second acte, l’espace est le même, mais le piano qui trônait ne se voit presque plus.  La musique se tait peu à peu. La neige tombe par les fenêtres, à demi-masquées par de sombres rideaux. Il n’y a plus de lumière. Le salon comme la véranda semblent tristes. Les officiers arrivent, pour voir les Masques, mais Natacha les renvoie chez eux, alors qu’elle-même court rejoindre Protopopov, - un personnage qu’on ne voit pas – qui l’invite à faire un tour dans sa troïka et avec qui on comprend qu’elle a une liaison.


Dans le troisième acte, les trois sœurs sont réunies dans une seule chambre ; un incendie a éclaté. Le passé brûle – l’un des officiers a tout perdu dans les flammes. Le caractère de Natacha s’affirme, car elle veut congédier tous les domestiques inutiles, après avoir donné toutes les chambres des sœurs à ses propres enfants.  Le médecin militaire sombre dans un chagrin sans fond devant son incapacité à soigner, à être utile.  

Passé et présent se « télescopent » en cet espace qui est fermé, cloisonné. Tandis qu’en cette nuit d’incendie, la maison sert de refuge à ceux qui n’ont plus de toits – et qu’on ne voit pas – le drame se resserre dans la chambre.

Le frère, qui vit désormais reclus dans sa chambre avec son violon, vient trouver ses sœurs pour qu’elles lui disent ce qu’elles ont sur le cœur ; mais elles se cachent derrière leur paravent ; il déverse des flots de mensonges sur ses motivations, sa vie, jusqu’à ce qu’il avoue tout à coup qu’il a hypothéqué la maison, y compris la part de ses sœurs.

Le quatrième acte se passe à l’extérieur, devant la véranda. Les sœurs sont mises « dehors ». La garnison s’en va dans une autre ville ; c’est l’heure des adieux, mais des décisions aussi.

Et tandis que Natacha décide de couper " toute cette allée de chênes" un duel inattendu entre le soupirant d’Irina qui a quitté l’armée et un officier qui lui a toujours cherché querelle met fin de façon violente aux rêveries sans fondement des sœurs.

Elles qui, comme tous les autres personnages ont toujours plus ou moins cru que les choses se passeraient comme elles le souhaitaient, réalisent à ce moment-là qu’elles doivent prendre leur destin en main. « La musique est si gaie, dit Olga en écoutant la garnison s’éloigner ; il faut vivre ! » 

 

On se demande si elles trouveront la force, si elles auront l’énergie nécessaire pour faire le voyage à Moscou afin de bâtir la vie dont elles ont rêvé.

 

Le plus touchant dans cette pièce est cette dizaine de personnages sans rien de particulier, mais si humains ; le texte de Tchékov est d’une telle modernité qu’on le croirait écrit aujourd’hui. Les personnages font écho à une partie de nous-mêmes ; dans leur quête, leur rêve, leur espoir et leur résignation aussi. « Dieu ne l’a pas voulu » dit parfois l’un d’eux.

54739547.jpgCette résignation attriste, car il semble que quoiqu’ils décident ou fassent, le bonheur espéré ne viendra pas pour aucun des personnages qui aspire à quelque chose d’inaccessible.  Une sorte de paradis perdu, peut-être. Ce qui ne les empêche pas d’avoir des fou-rires, des moments de gaité, de chanter, de danser, au moins au premier acte. Les émotions surgissent, jaillissent spontanément. Et cette spontanéité est pleine de fraîcheur.

 

La Comédie Française offre pour la troisième saison cette pièce sensible, touchante, humaine avec des comédiens de grands talents.  Peut-être y retournerai-je avant la fin de cette reprise.

 

 

 

distribution :

 

Michel Favory : Feraponte

Eric Ruf : Vassili Saliony

Eric Génovèse : Touzenbach

Bruno Raffaelli : Tcheboutukine

Florence Viala : Olga

Coraly Zahonero : Natalia

Michel Vuillermoz : Verchinine

Stéphane Varupenne : Prozorov

Gilles David : Koulyguine

Gerogia Scalliet : Irina

Jérémy Lopez : Fedotik

Danièle Lebrun ; Anfissa

Benjamin Levernhe: Rode

 

 

photos sans but commercial

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