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Shabastet

  • : Danse et... danses!!!
  • : Blog sur la danse en général et l'opéra de paris en particulier rédigé par Valérie Beck, administratrice du forum danses pluriel
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Noureev

 

Danser, telle la phalène sous la lune, le pinceau du calligraphe, ou l'atome dans l'infini 

                                              

marie-taglioni-in-zephire.jpg

3 janvier 2013 4 03 /01 /janvier /2013 10:33

Les photos viendront plus tard!

 

 

 

La danse à tout prix, émission de France 2 du 26 décembre 2012

 

 

 

   Quelle curieuse idée de diffuser si tard ce reportage  grand public  si plaisant, si fascinant, qui pendant quelques mois a suivi quatre danseurs du corps de ballet de l’Opéra de Paris : François Alu, Pierre Arthur Raveau, Héloïse Bourdon et Léonore Baulac.  L’idée étant de filmer le quotidien de ces jeunes jusqu’au fameux concours de promotion qui a lieu chaque année, et qui, seul, permet à un danseur de changer de grade.

Il y a quatre états dans le corps de ballet :

Quadrille (Léonore Baulac)  coryphée (François Alu) sujet ( Héloïse Bourdon – P. A. Raveau)  Premier danseur. Les premiers danseurs ne passent pas de concours pour devenir étoile. On devient étoile sur proposition du directeur de la danse, et avec accord du directeur de l’opéra de Paris.

Pour ce concours, le danseur doit interpréter une variation imposée commune à tout son grade, et une libre. Souvent l’imposée montre ou non sa maîtrise technique un jour de concours, tandis que  la libre  révèle plutôt son potentiel artistique. Pour travailler celle-ci, le danseur sollicite parfois un danseur de la compagnie qui l’a déjà dansée en spectacle, donc  une étoile ou un premier danseur. Qu’on ne s’y trompe pas : le temps de travail est toujours très rapide à l’opéra. Les danseurs n’ont droit – au mieux – qu’à quelques heures de travail réparties en une ou deux séances de travail.  


  P.A. Raveau travaille seul en studio sa variation de l’Oiseau de feu de M. Béjart avec l'aide d’une vidéo. Les danseurs sont tellement habitués à  apprendre et à mémoriser les pas que n’est pas là pour eux l’essentiel de leur travail. Il s’agit avant tout de s’approprier le style de la variation pour pouvoir l’interpréter au plus juste, exactement comme dans ces concours de musique où la grande difficulté reste l’interprétation et non pas le «  texte ».

A noter qu’il y a trois oiseaux parmi les candidats : un cygne blanc (Bourdon), un cygne noir (Baulac) et un Oiseau de feu. Le présentateur explique simplement ce que représente chaque variation. Le ton est simple, il s’agit d’intéresser le « grand public » à des danseurs d’un autre   "temps » : ceux de l’opéra de Paris. Et si le ton est agaçant, le reportage lui, est très vivant et bien fait.

 

 Certains danseurs restent toute leur vie dans le plus petit grade, «  quadrille »  que les danseurs intégrent à leur sortie de l’école de danse, s’ils réussissent le concours d’entrée, ce qui est loin d’être «  automatique ». Agés de 16 à 20 ans, très jeunes,  la plupart continuent à vivre s’ils le peuvent dans leur famille.  Rester toute sa vie quadrille signifie faire uniquement du  corps de ballet, ce qui doit être très difficile moralement, surtout qu’année après année, des jeunes de danseurs de 16 ans intègrent le grade qu'ils quittent au bout d’une année ou deux, ou trois, suivant.

Quand un danseur devient sujet – et parfois aussi avant -  il accède à des rôles de demi-soliste ou de soliste.

Inutile de rappeler ici que Noureev qui n’a jamais connu cette hiérarchie à Vaganova où, arrivé à 17 ans, il s’est propulsé directement dans la dernière classe avant de devenir très vite soliste, ne l'a jamais respectée  à l’époque où il dirigeait la compagnie.

 

Nous suivons donc tout au long de l’émission qui désire maintenir le suspens jusqu’à la fin sur le résultat du concours, ces jeunes gens fort sympathiques que j’ai découverts avec beaucoup de plaisir.

Je découvre avec stupéfaction qu’il est tout aussi difficile de trouver un studio libre pour répéter que pour n’importe quel danseur lambda ; même à l’opéra. Ainsi, y a-t-il des séances de travail ultra-matinales (Baulac avoue s’être levée à 6heures pendant toute cette période pour travailler) ou bien jusqu’à l’heure des spectacles ; car pendant ce temps, la compagnie continue de se produire sur scène.

En réalité, le travail de captation a commencé à la fin de la saison précédente (une saison à l’opéra se finit mi-juillet pour reprendre courant septembre, vers le 20) et l’on peut voir ainsi P.A. Raveau travailler la fille mal Gardée, où il danse un rôle de soliste : Colas. (Avec M. Froustey pour partenaire). Le montage a décidé de garder le travail de P.A sur le « manège » qu’il exécute au cours d’une variation. Un manège - morceau de bravoure d'une varation - est une série de pas qui alterne différents grands sauts entrecoupés parfois de pirouettes de liaison, en formant une ronde de très grande amplitude.  P. A. cherche  dans l’espace l’endroit précis où il doit finir ces sauts en boucle. Par deux fois, il tombe. Et oui,  sur scène on les voit s’élancer, ça semble évident…. Et pourtant.

Très sympathique, Pierre Arthur Raveau  joue aussi du violon et du piano, plus que très bien ! Il exécute brillamment le finale  d'une sonate de Beethoven. Où trouve-t-il le temps? Vraiment doué pour la musique aussi! 

Le jour J, on ne le verra pas comme les autres d’ailleurs exécuter sa variation et je le regrette. Entre temps, on l’aura suivi chez lui, compati devant l’affreux petit déjeuner qu’il ingurgite pour avoir de l’énergie pendant six heures, suivi dans les ateliers de costume où il découvre horrifié que le costume de l’oiseau de feu exige un corps «  sans un poil de graisse ».  On apprend – et je m’étais toujours posé la question – que les costumes que revêtent les danseurs le jour du concours, sont ceux faits sur mesure pour les danseurs de la compagnie qu’on leur prête. Le danseur en essaie donc plusieurs –   celui de Mathieu Ganio puis de Karl Paquette - On ne verra pas avec qui il travaille la variation et je ne suis même sûre qu’il y ait eu quelqu’un.   «  Il faut que je demande à un danseur pour la position des bras, car j’ai trouvé deux vidéos avec des positions de bras différentes » déclare-t-il. Un peu plus tard " J’ai demandé à un danseur pour les bras, je sais à présent quelle position choisir" dit-il un peu plus tard. A-t-il pu répéter sa variation avec un danseur en particulier? Rien n'est moins sûr!


P.A. Raveau   n’a pas été promu cette année (mais il a été classé second, ce qui veut dire que s’il y avait eu deux postes, il serait devenu premier danseur) mais il a dansé cet hiver, parait il avec grand talent,  Don Quichotte avec M. Froustey.

Une personnalité vraiment attachante et un beau talent artistique à suivre!

   

 

Léonore Baulac, 22 ans, passe le concours pour devenir coryphée pour la 4 fois ou 5 fois il me semble ;  pétillante, bourrée d’énergie et d’enthousiasme, on devine quand même à mi-mots que le découragement n’est pas loin, mais qu’elle se l’interdit purement et simplement en poursuivant coûte que coûte son rêve de devenir «  étoile ».  Sa mère semble être d’un grand soutien moral dans ces moments toujours difficiles et douloureux de concours et de compétition entre danseurs. Elle a choisi une variation libre difficile  afin de prouver qu'elle "a de l'ambition et qu'elle a de l'audace". Aurélie Dupont la guide dans son travail pour qu'elle devienne un Cygne noir machiavélique! C’est toujours extraordinaire de voir ce travail de transmission, de réaliser à quel point un rôle passe d’un corps à un autre uniquement par le geste. De découvrir même quand on connaît par cœur ce répertoire des petits détails supplémentaires, et surtout de voir ce que toutes ces variations classiques donnent sur des corps différents. Léonore est jolie comme tout, avec de longues lignes de bras et de jambes, elle a une spontaneïté naturelle, un piquant, un quelque chose de frais et de juvénile. En parallèle de sa préparation au concours, elle répète la chorégraphie Sous apparence de M.A Gillot qui l’a choisie. Baulac, comme beaucoup d’autres danseurs, travaille beaucoup de danse contemporaine et visiblement aime cela autant que le répertoire classique. En répétition, son cygne noir semble beau, mais  là encore impossible de voir la variation en entier !


Toute autre ambiance de travail avec la sage Héloïse Bourdon qui répète sous l’œil avisé d’Agnès Letestu la variation du Cygne Blanc ; c'est à dire le pôle «  douceur » tandis que Baulac a opté pour le plus «  méchant » : ces deux rôles extraits du Lac des cygnes sont dansés par la même danseuse : Odette, la douce princesse prisonnière du magicien Rotbart devient Odile, la créature diabolique créée par ce même magicien pour abuser le prince.

Ce reportage m’a permis de découvrir des facettes d’Héloïse qui m’avaient vraiment échappé à chaque fois que je l’ai vue en scène. Elle a déjà eu droit à des rôles d’étoile, puisqu’elle a dansé au printemps dernier Nikya, dans la Bayadère. Je l’ai récemment vue dans Don quichotte cette année en Reine des Dryades et au printemps dernier dans la première ombre ; j’ai eu un jugement sévère. J’en ai presque «  honte » en découvrant une danseuse douce, douée, et travailleuse… Ah, public !!! Nous sommes intransigeants !

 

C’est pour cela, comme le disait si bien le jeune reporter du film « Presque célèbre », il ne faut jamais devenir intimes avec les artistes, si l’on veut écrire des comptes rendus impartiaux ! Les connaître peut retirer la précieuse objectivité! 

 

Héloïse  posée, studieuse et réservée a des lignes de bras et de jambes, longues et belles. Souvent, d’ailleurs, certains rôles curieusement, rendent mieux en répétition qu’en    costume :   comme si ce travail brut avait une force, une puissance qui s’atténue ensuite en scène,  une fois  intégré au ballet. Je me suis souvent fait cette remarque en assistant à des « passeports » : m’émerveiller sur un danseur et sur une variation qui «  retombe » transposé à la scène.

 

Ni Léonore, ni Héloïse, ni P.A. ne seront promus cette année. L’émission tient le suspens jusqu’au bout et montre la réaction de ces trois danseurs ; habitués qu’ils sont à ce type de concours depuis l’école de danse – on y a d’ailleurs fait un petit tour grâce à Héloïse où l’on découvre l’exigüité des chambres de trois, que trois petits boxes cloisonnent («  on a intérêt à bien s’entendre »  commentait laconiquement Héloïse) – ils ne montrent pas leur immense déception à la caméra. P. A Raveau  se dit  plutôt content de sa seconde place; L. Baulac continuera son travail acharné puisqu’elle veut atteindre le sommet, et H. Bourdon  s'incline avec élégance "devant  la meilleure danseuse qui a obtenu le poste".

 

Si, comme l’expliquait Bourdon, «  on a intérêt à bien s’entendre   quand on partage les petites chambres de l’école de Nanterre »,  j’ajouterais, comme l’expliquait si bien Tavernier dans son film «  Tout près des étoiles » qu’il est impératif de bien s’entendre «  tout le temps » car au moment des concours, ce sont vos collègues qui peuvent être amenés à vous noter. Et danser ensemble, travailler ensemble demande cette entente permanente, au moins sur le plan de la forme.

 

Je n’ai pas parlé encore François Alu ? Mais oui, bien sûr ! Ce jeune danseur de 19 ans a gravi pour l’instant tous les échelons sans problème. Et il sera le seul des quatre à être promu et à devenir  "sujet ».  Sa mère, professeur de danse,  lui   montre un jour une vidéo de P. Dupond pour lui faire comprendre ce qu’est la danse classique masculine – il a des préjugés -   c'est le coup de foudre. Il essaye d’apprendre les variations….  tout jeune, il se lance, fait les mouvements, puis peu à peu, avec le temps, il  les décortique, à cherche  à les comprendre, à les analyser : bigre, il a déjà une sacré maturité pour son âge !  Ce jeune passionné aime tout autant le hip hop que danse professionnellement l’un de ses cousins.

Au cours du reportage, F. Alu se blesse au pied et doit s’arrêter de danser. Quinze jours avant, il reprend le chemin de l’opéra sans savoir   s’il pourra passer le concours. Lorsqu’il revient travailler, c’est une période à la fois de remise en route du corps, mais aussi de préparation au concours ; il a toujours un ligament qui lui fait mal. Il ne peut même plus trouver de studio de répétition libre, ce qui fait qu’il travaille sa variation libre - Le Solor de la Bayadère - pendant les cours collectifs… où on le voit briller. Il a les pires conditions de préparation qu’on puisse imaginer : le corps n’est pas prêt, il n’a pas d’endroit où répéter seul, ni se faire conseiller.

 

Vu cet hiver dans Don Quichotte, c’est surtout l’intelligence de sa danse qui m’a stupéfaite. Il comprend réellement les pas qu’il danse et du coup, leur donne une nuance personnelle sans trahir le texte ; il a de grandes qualités dans la propreté des pas, dans l’exécution des pirouettes, dans le moelleux de ses sauts. Son élasticité naturelle, un peu comme Leriche, lui permet de varier la vitesse d’exécution, ralentissant un saut, accélérant une pirouette, le tout donnant un naturel à sa danse étonnant !

 

 

Alors oui, l’émission avait un ton irritant, a toujours revenir sur «  qui, des 4, réussira le concours ? »….

Mais malgré tout, j’ai aimé le côté moderne de ces jeunes gens, et c’est ce genre d’émission qui peut   amener tout un public à s’intéresser au ballet de l’opéra. Juste dommage pour l’heure tardive ! J’ai bien sûr enregistré ce reportage qui va rejoindre mes nombreuses archives !!!!

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27 décembre 2012 4 27 /12 /décembre /2012 10:54

Don Quichotte Pagliero/Paquette – 26 décembre 2012   

 

Kitri : Ludmilla Pagliero

Basilio : Karl Paquette

Espada : Alexis Renaud

La danseuse de rue : Sarah Kora Dayanova

Don Quichotte : G Charlot

Pança/ Gamache/ Le père : Vigliotti, Monin, Saramite

Les deux amies : Clément et Westermann

La reine des Dryades : Laura Hecquet

Cupidon : Mélanie Hurel

Le gitan : Allister Madin

 

 

 

 

 

ludmilaenapesanteur.jpgSi mon troisième et dernier Don Quichotte ne m’a pas permis d’admirer Zakharova, il m’a néanmoins donné l’occasion de  découvrir Ludmilla Pagliero sous un jour nouveau ! Et ce fut assurément une bonne surprise. L’entrée de Kitri énergique, vive, conquérante n’est plus gâchée par une certaine brutalité visible sur les vidéos mises en ligne. L’interprétation a été travaillée depuis et met en lumières de façon plus subtile la pétillante  Kitri, son tempérament de feu, mais aussi sa drôlerie, sa chaleur. Elle aime son latin de père (l’excellent Saramite) de tout son cœur sans le craindre le moins du monde, même quand il vocifère et jette son bonnet à terre ; elle retrouve avec bonheur ses deux amies (Clément et Westermann) avec qui elle pique de bons fou-rires.  Elle raille gentiment Gamache (Monin) que son père veut lui imposer. En somme, c’est une bonne fille avec beaucoup de caractère. A ses côtés, Karl Paquette en confiance, campe un Basilio  plus drôle et plus présent que lors de la soirée du 12 aux côtés de Gilbert.

 Si l’on suit avec autant d’intérêt les péripéties de Kitri et de Basilio, malgré les défauts techniques de ce dernier dans certains pas, c'est parce que les deux danseurs s’entendent artistiquement à merveille. Chacun trouvant ses marques dans l’autre, ils dansent ensemble en toute confiance pour notre plus grand bonheur : enfin une soirée où,  grâce à cette complicité artistique, on ne redoute pas le faux pas, le ratage. 

Dommage qu’il n’y ait pas eu à leurs côtés Froustey et Giezendanner en amies espiègles et railleuses,  Hecquet en danseuse des rues que rien n’impressionne, ou  le bouillonnant F Lorrieux en Espada. Car malheureusement, les seconds rôles,  bien dansés, manquent de ce petit plus qui fait toute la différence. Où sont passées la folle gaité, le petit brin de folie latine et cette  insouciance contagieuse propre à la jeunesse ? Seule, Westermann danse avec conviction et brio.  Dayanova compte sur son beau sourire et sa séduction certaine pour donner vie à son rôle et Renaud manque de ce feu intérieur qui consumait Lorrieux. Clément disparait littérallement derrière son rôle.

 

Pour en revenir à Kitri, Pagliero a dominé aisément toutes les difficultés techniques des variations.  Energique et précise, son travail de pieds est toujours très propre :  batterie  incisive, nette,    équilibres sûrs;  les sauts, les pirouettes se referment sur de belles cinquième. Le haut de son corps commence à se libérer de même que son visage qui offre des expressions plus vivantes et naturelles que par le passé.

Kitri se jette en toute confiance dans les bras de son Basilio  qui la rattrape sans le moindre faux pas  et la hisse à une main sans effort apparent. Il y a de très belles choses dans ce que proposent ce soir là les deux danseurs.

 

Dans le second acte, le pas de deux au châle est particulièrement réussi, lyrique à souhait, et poétique. Dans les mains de Ludmilla, le châle devient émouvant  tout comme le pas de deux au pied des moulins. C’est l’un des plus jolis moments de ce Don Quichotte, empli d’une certaine émotion.

La belle scène des gitans avec un Madin très en forme ne prend pas l’ampleur qu’elle devrait à cause des éclairages, toujours aussi sombres même vus de l’orchestre, cette fois-ci !

 

La scène des Dryades manque toujours autant de poésie, malgré une Laura Hecquet très bien techniquement, - des sauts secondes légers à souhait avec un atterissage coupé -  et une Pagliero-Dulcinée moins crispée que ne l’ont été avant elle Renavand ou Gilbert. Ludmilla arrête comme elle le souhaite les mouvements, les équilibres ; la variation a été bien comprise (travail du rond de jambe, du bassin décalé et  du fouetté, les attitudes arrière ne sont pas trop cassées, le pied est sûr, et les ballonnés sont légers.) il ne manque que cette respiration du haut du buste qui fait toute la poésie de la scène.  

Les Dryades, elles, sont toujours un peu lourdes et un peu raides  et si scolaires dans l’exécution des pas ! Hurel ne me convainc toujours pas en Cupidon.

 

Le troisième acte passera aussi vite que les deux précédents : Pagliero ne montre pas le moindreDon_Quichotte.jpg signe de fatigue ni dans les redoutables équilibres à l’issu du pas de deux, ni dans sa dernière variation où elle fouette tant et plus sans faux pas ! Elle s’amuse à rajouter tout un tas de petits effets avec son éventail ! A noter que dans les retirés, elle est la seule des trois, lorsqu’elle repose les deux pieds, à ne pas refermer ses cinquièmes ou arranger un peu le pied avant de poser le talon. C’est net.  Paquette est lui en prise avec les pas de Noureev mais malgré cela il restera Basilio jusqu’à la fin du ballet.

 

Giezendanner passe comme une libellule en demoiselle d’honneur : un moment de grâce qui suspend le temps !

 

Pagliero a su camper aux côtés de Karl Paquette une Kitri vivante, chaleureuse et sympathique ! Les voir tous les deux en une si belle harmonie a vraiment été le plus de cette soirée.

Pas au point d’effacer de nos mémoires Motte,  Pontois, Loudière ou Letestu dans le rôle… mais quand même !

C’est drôlement bien !

 

Petite synthèse sur ces trois soirées bientôt !

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23 décembre 2012 7 23 /12 /décembre /2012 09:46

 

lesballetonautes-com.jpgJe profite du temps dont je dispose actuellement pour parler d'un blog que je lis régulièrement et que j'adore : les Balletonautes; c'est un blog à trois ou quatre mains, puisqu'il est rédigé par différents auteurs. L'un d'eux Cléopold, est un spectateur à l'oeil avisé et expert et si je vous recommande chaleureusement ce blog ( mis en lien d'ailleurs sur mon site) c'est parce que ses écrits sont non seulement d'une qualité littéraire savoureuse, mais surtout parce qu'ils donnent toujours sur un spectacle un regard éclairé, intelligent et subtil, ce qui manque complètement à une presse ignare d'aujourd'hui.

D'autres blogs sur la danse existent aussi, qui sont intéressants pour différentes raisons, mais celui-là est vraiment spécial et c'est mon préféré. Un peu comme de lire les articles que T. Gautier, grand amoureux de la danse, devait rédiger " à l'époque" pour les journaux qui l'employaient.

 

Cléopold a lui aussi très bien connu la période Noureev et  le style de ce danseur-chorégraphe n'a aucun secret pour lui. Il peut ainsi parler de l'opéra de Paris et de ses danseurs en toute connaissance de cause. Il a vu plusieurs générations, tout comme moi. Il connait tout aussi bien les styles Balanchine, Lifar, ou autre. Ses études l'ont conduit en partie vers l'art et la danse. Ses écrits ne sont donc pas de simples comptes rendus de spectateur qui a aimé ceci ou cela, mais des analyses fines et structurées, ou émotion, intelligence, connaissance et compréhension transparaissent à chaque ligne.

 

Le plus interessant pour moi, est que grâce à ses article, non seulement je retrouve le plaisir de lire quelque chose de vraiment littéraire, mais aussi je suis capable de voir avec d'autres yeux pour les raisons citées ci dessus et c'est si rare : pouvoir épouser le temps de la lecture un autre point de vue et comprendre autrement.

On est plus alors dans l'émotion d'un spectacle, mais dans l'analyse et la compréhension d'un rôle ou du choix d'un danseur et c'est très enrichissant pour l'esprit.

 

Les autres blogeurs sont Fenella qui rédige en anglais ( je ne peux donc rien vous en dire du fait de ma méconnaissance de cette langue) et James a la plume souvent trucculente!

Comme ils l'écrivent eux mêmes non sans humour, les balletonautes voyagent, et ainsi, on lit régulièrement sur leur site des comptes rendus de compagnies étrangères.

 

 

En plus des comptes rendus, vous trouverez aussi des articles de " fond" sur la genèse d'un ballet, sur l'évolution d'une chorégraphie, sur l'histoire de la danse...  et c'est toujours  érudit mais terriblement passionnant!

 

Bonne lecture à vous!

 

En cliquant sur l'image, vous accédez directement à leur site!

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21 décembre 2012 5 21 /12 /décembre /2012 18:22

 

 

 renavand alice

Il y avait bien longtemps que j’avais envie de voir Alice Renavand dans un rôle classique. Je l’avais déjà repérée dans le corps de ballet lors d’une Sylphide, en 2005. Elle avait le petit plus qui fait qu’une personnalité émerge naturellement d’un groupe.

Quand à F. Alu j’en avais tant entendu parler que j’avais envie de le voir dans ce type d’œuvre ; il est tout jeune puisqu’il a19 ans !

 

Je dois dire que j’ai passé une soirée savoureuse, en partie grâce à ces deux danseurs : tout était vivant dans ce Don Quichotte du 19 décembre même si techniquement, les rôles titres n’ont pas été « éblouissants » !

 

Dans le premier acte, Renavand a été parfaite ; présence, gaieté, légèreté, enthousiasme.

Elle a beaucoup d’aisance dans les grands sauts, beaucoup d’énergie aussi, mais elle reste féminine, gracieuse. Sa première variation et la variation aux castagnettes étaient très enlevées

 et Kitri était belle et bien là. (Bien plus que D. Gilbert qui ne sautait même pas le 12 !)

 

Son Basilio n’était pas en reste non. Avec F Alu, elle forme un couple vivant, qui déborde d’énergie. Cela doit être contagieux, car tout à coup, tout prend vie sur le plateau.

 En outre, les deux amies étaient les fantastiques Froustey et Giezendanner qui s’accordent à merveille tout en conservant chacune sa personnalité. Féminines, gracieuses, ses danseuses ont une danse fluide, ample, généreuse ; elles dansent « large ».Une belle harmonie et beaucoup de joie de vivre se dégageaient des pas de trois ou quatre ou cinq dont est émaillé ce Don Quichotte.

 

Quand je repense à cette soirée, deux mots me viennent : jeunesse et fraîcheur.    Pendant  le premier acte, on ne pouvait qu’avoir le sourire aux lèvres.

L’Espada de F. Lorieux, à la danse bien plus incisive que celle du lyrique Duquenne  formait un couple bien assorti avec la majestueuse Laura Hecquet, magnifique en danseuse des rues, dont j’avais beaucoup aimé l’interprétation le 12 décembre. Bref, ce premier acte était très réussi.

 

Au deuxième acte, tout cela retombe un peu en partie ; la scène avec les Gitans, aux éclairages trop sombres qui tassent tout le monde, est de ce fait, irrémédiablement gâtée pour moi; du haut du second balcon, toutes les silhouettes sont écrasées, tassées, par ces ombres monstrueuses, il est alors impossible alors de véritablement goûter la danse qui se déploie sur scène car tout est happé – danseurs, couleurs, pas, costumes – pas ces ombres noires qui engloutissent le plateau.

Un  bravo cependant pour le beau et fier Gitan de Mathieu Botto moins virtuose semble-t-il que Madin mais très charismatique. Je dis semble t-il toujours à cause de la raison évoquée plus haut.

 

Dans la scène des Dryades, Renavand, crispée dans la redoutable variation de Dulcinée, perd de son charme ; le haut de son buste se raidit ainsi que ses bras, elle semble montrer ses limites.

Je n’ai pas particulièrement aimé la Reine des Dryades d’Albisson, mais malgré tout, il y avait une certaine poésie ; le Cupidon de Marine Ganio, espiègle et charmeur, m’a envoûtée !

Voilà une danseuse spirituelle, bondissante, légère qui donne à son Cupidon toute son éblouissante technique «  l’air de rien ». Les pas sont ciselés, propres, précis, vifs et donnent à ce personnage de la fantaisie et de l’esprit !

 

Vient ensuite le redoutable troisième acte qui cueille des danseurs fatigués pour les pousser dans leurs limites techniques.

 

 

On retrouve dans la taverne toute la jeunesse réunie : les amies, Espada, Kitri, la danseuse de Rue, Basilio nous enthousiasment comme au premier acte.  Puis vient le mariage.

 

L’orchestre qui ne brillait déjà pas par sa subtilité a vu tout à coup son tuba devenir fou et planter des grosses basses beuglantes hors tempo ! Erreur du chef ? Distraction du musicien ? C’était honteux ! Toute la présentation du couple en a été perturbée !

Les variations très techniques qui exigent une énergie hors du commun ont été exécutées avec   ardeur et intensité à défaut de l’être avec virtuosité.

J’avoue que je n’aurais pas eu un regard aussi complaisant si les deux danseurs avaient été Etoiles. Mais Alu est juste coryphée et Renavand première danseuse. On ne place donc pas dans sa tête la barre aussi « haut » sur le plan technique que pour des étoiles.

Donc un troisième acte techniquement «  honnête » mais là encore, un engagement, des prises de risque de la part de ces deux danseurs qui font fermer les yeux sur les équilibres un peu vacillants ou le manque  d’ampleur de la danse. Au détour d’une pirouette qui s’achève avec un développé attitude, tout à coup, on retrouve chez F. Alu un peu de ce style si particulier à Noureev !  D’ailleurs ce qui m’a le plus séduit chez ce danseur, c’est son intelligence car sa technique encore un peu verte est largement compensée par une vraie compréhension des pas et une façon de les exécuter très claire.

 

Au final, j’ai quitté la salle heureuse parce que j’avais vu sur scène une troupe unie et visiblement heureuse de danser, ce qui n’était pas du tout le cas le 12 décembre. On ferme les yeux sur les petits «  ratés » parce que l’essentiel a été atteint: partager avec le public le plaisir de la danse, en portant une œuvre avec enthousiasme, ardeur, conviction et talents.

 

 

 

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21 décembre 2012 5 21 /12 /décembre /2012 08:53

Svetlana_Zakharova_solo_kitry3.JPGLa danseuse annule sa venue à Paris pour cause de maladie...

J'avais pris des places pour la voir dans Kitri

Elle m'avait beaucoup touchée et émerveillée en Nikya ce printemps et j'avais juste envie de la revoir sur scène!

 

Je me réjouissais de voir une autre interprétation que celles déjà vues ( Renavand/ Gilbert) dans ce rôle de Kitri où j'ai vu dans le passé Motte, Pontois, Loudière, Pietragalal, Letestu. Cette dernière aux côtés de Leriche s'y est révélée époustouflante. Celle qui m'avait le moins séduit était Pietra : elle dansait trop en force.


 

Je crains que cela ne soit la même chose avec Pagliero ce 26 décembre puisque c'est elle qui remplacera Zakharova aux côtés de Paquette... le peu que j'ai vu de sa prestation via les videos me laissent augurer qu'il y a du combat dans l'air plus que de la danse.... à suivre!

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19 décembre 2012 3 19 /12 /décembre /2012 07:40

arushi.jpgAuditorium du Musée Guimet le 20 octobre 2012

Arushi  Mudgal : danse Odissi

Sawani Mudgal, chant et nattuvangam

Srinivas Satapati, flûte

Pradipta Kumar Moharana, mardal



Arushi  Mudgal a proposé un récital où alternaient danse pure et danse narrative  (Abhinaya). Je pensais que 1h30 de danse sans décor, sans costume serait peut être long mais tout a été un pur délice. Cette danseuse,  virtuose, dotée d’un  sens théâtral totalement maîtrisé, est capable d’aborder toutes sortes de narrations ; à aucun moment, sa danse ne faiblit, même dans les pièces d’une très grande intensité, qui réclament des frappes de pieds d’une virtuosité hallucinante, ou des déplacements véloces qui exigent du danseur une très grande puissance et une maîtrise parfaite. Arushi a le buste, les bras et les mains totalement déliées ; sa danse respire naturellement; en vérité, c’est le fruit d’une travail long, exigeant, qu’elle mène sans relâche depuis sa toute petite enfance, puisqu’elle a commencé à la danse à 4 ans. Ainsi, Chouka et Tribangha se succèdent sans relâche, avec aisance, beauté, souplesse.

Arushi a dansé huit pièces, toutes  très différentes les unes des autres. Après Mangalacharam  au cours de laquelle la danseuse salue la terre, les dieux, le guru et l’assistance et demande à Ganesh  de «  lever tous les obstacles »,    Arushi  a incarné Shiva et sa puissance absolue, (Shiva tandaram strotam) ; elle s’est montrée autoritaire, terrifiante et superbe !  Puis elle a épousé  la douleur de la belle Radha, trahie par son amant  (Ashtapati). Dans Oriya Champu, elle est devenue une Gopi commère, pleine de verve et d'humour, mais bonne copine quand même,  qui met en garde Radha, amoureuse de Krishna : « tu vas te brûler les ailes, ma fille,  à vouloir aimer un Dieu ! Tu vises trop haut, il n’est pour aucune de nous !  Et ensuite, que feras-tu à part verser toutes les larmes de ton corps ? »  Son visage est expressif ; elle sait donner à son regard, à une inclination de la tête, à un mouvement de cou, à un menton pointé ou bien encore à un haussement de sourcil le sens exact qu’elle désire. Ainsi, sa théâtralité, ses qualités d’interprète  s’accordent à merveille avec la virtuosité de sa danse pure.

Dans Aalhad,  la danseuse  ajuste au millimètre près ses frappes de pied aux percussions, offrant un moment saisissant de perfection.  Arushi déploie ensuite toute  la délicatesse  raffinée dont elle est capable, comme dans Vasant, chorégraphié sur un poème en sanskrit du 6ème.  Enfin,  dans Kumara shambhava elle évoque  avec des mouvements de poignets et des mudras précis et délicats  le   printemps  et ses arbres en fleurs, les lotus épanouis, les parfums suaves,  les fleurs et les oiseaux multicolores et bavards, les abeilles et les amoureux… Shiva et Parvâti.  

Arushi a magnifiquement terminé son récital par une pièce mystique de pure beauté, qui évoque la terrible déesse Durga, (Bhairavi Pallavi) et la lumière s’est estompée sur une pause qui a rappelé la statuaire des temples de l’Orissa et l’origine de cette danse sacrée.

La  danse d'Arushi est pure poésie, pure maîtrise, pure virtuosité ; en outre, elle est d'une expressivité spectaculaire ce qui fait que  tout est très lisible, compréhensible, même pour un public qui ne serait pas du tout initié.Arushi-Mudgal-Odissi-Dancer.jpg

Preuve en est cet Ashtapati - poésie du 13 siècle, - évoquée plus où la gopi Radha, aimée de Krishna attend son retour au petit jour impatiemment ; elle se rend compte que l'amant a été infidèle : son corps porte même les traces de sa nuit d'amour. S'en suit une pièce bouleversante ou Radha,   jalouse et malheureuse, exprime toute sa douleur,   montre à Shiva comme  elle se sent offensée, et l'invite à aller séduire toutes les Gopi ( gardiennes des vaches) si cela l'amuse. Dans sa douleur, elle reste digne...

 

Le père d’Arushi, Padmashree Madhup Mudgal,  musicien et compositeur,   dirige une grande école de musique et de danse à New Dehli ; sa tante, Madhavi, élève  du grand Guru Kelucharan Mohapatra à qui j’ai déjà consacré un article, et qui a chorégraphié la plupart des pièces a été l’une des danseuses les plus réputées ; elle a formé Arushi et l’aide dans son travail chorégraphique.  Sa sœur chante. Elle n'a pas ces voix nasillardes féminines que je déteste; au contraire. Son chant est beau, spirituel,tout comme la flûte qui accompagnait la danse. La musique jouée " live" était un plaisir à elle seule. Il y avait une osmose remarquable entre tous les artistes...

Le résultat est spectaculaire car l’Odissi se trouve remanié par toute cette famille, - on pourrait dire «  modernisé » -  Ces pièces dansées, pour la plupart chorégraphiées par Kelucharan acquièrent une dimension scénique ; certains passages sont coupés, d’autres, transformés, d’autres accueillent davantage de virtuosité. L’exploitation de la scène elle-même est différente : la danseuse l'utilise dans toutes les directions. Les tempi de certains passages sont accélérés pour rendre plus éclatante la virtuosité… bref, difficile dans certaines pièces de reconnaître le travail de Kelucharan, plus sobre, plus intime, plus destiné à une salle plus qu’à une scène.

Et pourtant !!!! Et pourtant, rien n’est trahi, au contraire ! L’esprit de l’Odissi est bien là… si l’on est un peu sensible, Rasa arrive avec la dernière pièce… c’est réel et c’est profond. Chacun le ressent qu’il soit dans une quête mystique ou non. La spiritualité reste bien au cœur de l’Odissi, qui  n’est pas devenue un divertissement de scène pou Occidentaux en mal d’exotisme. Et c’est là que je salue ce travail exceptionnel : restituer l’âme de l’Odissi tout en l’adaptant aux exigences de la scène et à notre époque. Adapter sans trahir les fondements même de l’Odissi, dont la vocation première est d’élever l’âme du spectateur.

Ce  qui me ramène à un article précédent où je m’inquiétais de l’avenir du ballet. Noureev n’est plus là pour donner son souffle, écrivais-je, et les ballets perdent peu à peu leur âme. Mais il suffira qu’un nouveau Noureev naisse pour que le ballet classique retrouve non seulement son éclat, mais surtout, sa raison d’être.

 

Vous trouverez sur Youtube presque toutes les videos que je cite; mais rien ne vaut le direct! impossible de retrouver les énergies du récital via une video...

 

madhavi-mudgal-and-arushi-mudgal-city-center.gif   Arushi et sa tante Madhavi

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17 décembre 2012 1 17 /12 /décembre /2012 06:47

noureev.jpgCher Noureev!

 

 

Nous allons  fêter les 20ans de ta mort… hypocritement, l’opéra de Paris va faire un « gala » alors que tout prouve que l’ONP ne remonte tes œuvres qu’à la va-vite et parce que ça remplit les caisses !

Ce gala est réservé aux membres Arop ou autre, autre hypocrisie  : aucune vente des catégories accessibles à tous n'a été mise en place....

Bien évidemment, aucun de ceux qui ont dansé avec Noureev par le passé ne seront présents : Ni Jude, ni Legris, ni Guillem, ni personne....


Je n’irai pas….

Je serai chez moi : je mettrai ta photo, une bougie, et je te remercierai du fond du cœur pour les émotions uniques de spectatrice  que j’aurai eu entre 1982 et 1993…

Comme je l’avais déjà écrit ici, j’ai été longtemps avant de retourner voir tes ballets à l’opéra.

Il y a eu ces déceptions immenses, indescriptibles entre 1998 et 2003…date à partir de laquelle j’ai commencé à accepter que plus jamais je ne verrai tes ballets tels que tu les avais conçus.

Quand  tes ballets ont été «  réadaptés » à la salle de Bastille et à ses grandes dimensions, j’ai senti déjà une première trahison ; mais il y avait encore sur scène des danseurs qui avaient travaillé avec toi ; au gré des représentations, une certaine magie subsistait…. Une fois Legris parti, c’en fut réellement fini…

Dans un documentaire, on voit P. Ruanne faire répéter ton Roméo et Juliette à Bastille;  Frigerio a d’ailleurs revu les décors pour les adapter à l'immense plateau du théâtre. Patricia Ruanne, elle, se sent perdue ; elle doit prendre seule des décisions, sans toi à ses côtés pour lui indiquer la «  voie ». Elle fait de son mieux… cette ancienne partenaire, c'est toi même qui l'avait appelée à l'ONP  pour qu'elle t'aide  à faire répéter les ballets dès 1987. Elle a donné ses derniers conseils avisés en  2007,  sur Cendrillon. Depuis elle  n’est plus présente pour remonter ou coacher les danseurs.  Elle s’était déjà éloignée de l’ONP vers 1996, mais elle avait conservé un lien avec l’ONP ; c’est à présent fini.

 

 

En regardant des vidéos des mêmes ballets à quinze ans d’intervalles, on voit très bien toute l’évolution et comment ton style part en lambeaux.

 

Alors d’aucun dise : tous ces pas tarabiscotés, il faut cesser !

Ce que ceux là ne comprennent pas, c’est que expliqués, montrés par toi-même, ces pas  « compliqués » avaient un sens, une raison d’être ! Ils étaient toujours au service de tes personnages, que tu rendais vivants, crédibles, avec un cœur, de la chair, des émotions. Les pas n’arrivaient pas comme cela pour faire joli ou difficile, mais parce que  tu matérialisais à travers eux, des éléments psychologiques qui donnaient au personnage une épaisseur, tout de suite perçue, sentie par le spectateur.

 

Quand je revois certaines variations aujourd’hui, oui, les pas sont là, mais les chemins pour les faire ne sont plus les mêmes : il manque un certain  moelleux dans tel plié, ou bien un certain arrondi pour le bras, ou encore un  léger petit décalé du bassin pour le rond de jambe, etc…

Ce serait comme de dessiner une figure géométrique très raffinée en supprimant certains traits, et en ne gardant que la structure la plus grossière.

 

Les  deux videos des dryades ( pour la seconde, prenez à partir de la minute  2'08 environ) qui suivent montrent mieux que mes mots l'évolution du style.

Regardez la première video : ça vit

La seconde ; il n’y a plus de vie !

Vous remarquerez aussi que les tutus ne sont plus les mêmes ; ils retombent en corolle sur les genoux des danseuses à l’époque Noureev, aujourd’hui, ils sont en plateau, raides, comme le mouvement de buste et de bras des danseuses.   D’un côté la danse semble plus « parfaite » mais elle est aussi aseptisée : où sont l’émotion, le cœur, les tripes, l’humain en un mot ?

 

 

http://www.youtube.com/watch?v=Yo2dzoQwK20

 

http://www.youtube.com/watch?v=HUGXNcJ6SlQ

 

 

Aujourd’hui, après avoir vraiment été malheureuse de voir ton héritage être dilapidé par une direction incapable, je me dis qu’hélas, c’est normal, ou en tous cas inévitable ; peu à peu, les choses changent, se déforment, perdent leur authenticité…

Il faudrait peut être qu’un nouveau chorégraphe  de génie s’empare à nouveau de ces grands classiques pour leur insuffler un peu d’air frais, sans quoi, tes ballets  vont perdre encore plus leur vie : ils vont finir comme ces pièces de musée :  figés, sans vie, artificiels.

Les gens continueront à dire «  A quoi bon? » et, hélas,  ils auront raison

Quand on ne peut plus transmettre, il faut dans ce cas là renoncer, et repartir à zéro

 

Si, vue  de loin, la Martha Graham compagny semble bien vivante, - encore qu'elle a failli péricliter à une époque où il y a eu contestation sur les locaux loués par la compagnie, après la mort de Graham,  la Alvin Ailey compagny elle, vit sur son nom….  Et depuis longtemps.... Pauvre Alvin, s'il voyait ce qu'on a fait de son âme; on a gardé le " cirque" mais l'âme d'Alvin est partie.... surtout depuis que Judith Jamison ne dirige plus la compagnie.

Grâce à Gil Roman, le Béjart Ballet de Lausanne semble trouver son second souffle, mais pour combien de temps?

 

Mais l’ère Noureev et ses fidèles compagnons sont loin à présent. Est-ce que Manuel Legris peut ressuciter un peu de cette magie passée ?

C’est ce que j’irai découvrir aux étés de la danse cet été !

 

Tiens,  justement mon article suivant consacré à Arushi Mudgal va laisser percer une lueur d’espoir !!!

Ah Noureev, tu es peut être désormais loin de tout cela; tu vogues peut être dans des mondes où ça n'a plus d'importance  Vingt ans ont passé, et vois tu, je suis encore capable de m'arracher à ma maison, prendre l'A4, dans la nuit et le froid, pour voir tes ballets avec l'espoir d'un miracle.

  Il y en a de temps en temps : la Bayadère de ce printemps; Zakharova avait déposé un peu de son âme slave sur la troupe; ou encore le Casse-Noisette d'il y a trois Noëls... C'est maigre; mais que ne ferais-je pas pour retrouver une fois encore l'émerveillement qui fut le mien lorsque je découvrais, dès 1981, ton travail de chorégraphe inspiré  à l'ONP?

 

 

 

 

 

 

 

 

  

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16 décembre 2012 7 16 /12 /décembre /2012 08:06

 

 

 

 

Je voudrais juste évoquer rapidement cette danseuse pour qui j’avais une vraie vénération et qui rôle après rôle ne m’apporte que déception

 

Dans les années 2002/2005 environ, je l’ai vue dans différents seconds rôles – la demoiselle d’honneur de Don Quichotte, ou encore la demoiselle qui aime le piano dans le Concert de Robbins, sans parler de son rôle dans Carmen de R. Petit ou elle incarnait une gitane mais où elle éclipsait complètement la Carmen de ce soir là, tant elle pétillait! A chacune de ses apparitions, j’étais émerveillée, enchantée, je ne jurais plus que par elle ; elle assurait la relève des anciennes grandes – de Maurin à Platel en passant par Loudières –  car sa technique était parfaite et sa présence sur scène pleine de charme.

 

C’est donc toute heureuse que je prenais en toute confiance une place pour Casse Noisette

Premier couac : j’ai réalisé qu’elle était incapable d’incarner une jeune fille et sa candeur ; trop femme, trop star… cependant grâce à son merveilleux partenaire – Mathieu Ganio- tous les pas de deux furent des moments bouleversants, comme si Ganio lui communiquait un peu de son âme, de sa fibre artistique

 

L'année suivante, je prends des places hors de prix pour la voir danser Odette/Odile avec Leriche, mais elle se blesse.

 

L’année suivante, je reprends des places avec elle ; elle doit danser Cendrillon avec Leriche ; pas de chance, cette fois ci,  Leriche se blesse dès la première minute et est remplacé par Magnenet. Elle dansera Cendrillon, mais j'ai

  mis sur le compte de ce déroutant changement de partenaire sa mauvaise interprétation du rôle. Mauvaise, j’exagère peut être, mais en tous cas, sans subtilités aucune. Je n'ai pas vu au premier acte une jeune fille douce, pleine de compassion, star, elle l'est au second acte, mais presque " trop" - et il n'y a pas chez elle de ces subtilités que je lui avais trouvées des années plus tôt.

Ce soir là, ce furent encore les seconds rôles qui m’enchantèrent.

 

D'ailleurs, est ce un hasard? Je l'ai adorée dans le rôle de Clémence, où elle a été absolument parfaite, musicale, lyrique, et éblouissante.... c'était non pas le rôle titre, mais un rôle " secondaire".

 

Aussi, quand avant-hier, j'ai vu Kitri  littéralement éteinte, j'ai d'abord mis cela sur le compte du "ce n'est  pas le bon jour" mais au fil du spectacle,  je me suis demandée si sa petite lumière était partie...

Qu’arrive-t-il à l’une des plus talentueuses étoiles de l’ONP ? Pourquoi semble-t-elle tellement  soucieuse de bien danser  plutôt que de danser tout court et d'incarner un rôle ?

 La première fois, on se dit " c'est le stress"; la seconde, " la pauvre doit gérer une situation vraiment terrible, a-t-elle seulement répéter avec Magnenet" Mais la troisième fois, on se dit " il y a quelque chose qui ne va ; comment se fait il qu'une danseuse adorée  pendant dix ans perde à ce point sa flamme?"

 

Noureev dit « "Technique is what you fall back on when you run out of inspiration."  Et quand je vois Gilbert danser, je me dis «  il ne reste QUE la technique ; et encore au premier acte de D Quichotte sa variation d’entrée était plate, et sa variation des castagnettes sans joie !

Sa variation de la vision de D Q était trop sévère, on la sentait crispée, ayant peur du faux pas…

 

Bref…. Voilà maintenant plusieurs années que Gilbert est Etoile …. mais sa lumière semble à présent bien lointaine...

 

Le plus étrange, c'est que, au gré des videos, la petite flamme semble là lorsqu'elle danse à l'étranger....

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15 décembre 2012 6 15 /12 /décembre /2012 12:34

C'est Noureev qu'on assassine! 

C’est Noureev qu’on assassine !

 

Le 12 décembre j’ai assisté à l’une de mes pires soirées à l’ONP de ces dix dernières années !

Etait donné Don Quichotte  dans une mise en scène de Noureev d’après Petipa.

Deux minutes avant le lever du rideau, toutes les distributions – à part les rôles titres – ont été bouleversées

J’ai donc assisté à celle-ci

 

Gilbert – Kitri

Paquette – Basilio

Bourdon – la Reine des dryades

Cupidon - Hurel

Duquenne – Espada

La danseuse de rue – Hecquet

La demoiselle d’honneur – Giezendanner

Un Gitan – Madin

Gamache – Eric Monin

Don Quichotte – Charlot

Les deux amies – Boulène/Dayanova

Sancho Pança- Hugo Vigliotti

 

Je dois dire que Melle Hecquet et Giezendanner ont à elles seules sauver cette sinistre soirée. Un grand merci aussi à Eric Monin, tout aussi convaincant dans son rôle de Gamache – le prétendant ridicule – que dans le rôle du sournois Mr de GM ( Manon de ce printemps)

S. Charlot campe aussi un Don Quichotte bien sympathique

A noter que ces rôles sont du mime pur, et que c’est très difficile de faire ainsi exister des personnages au milieu de tous ces pas classiques ou hispanisant. Hugo Vigliotti apporte de la joie.

Ces trois artistes ont réussi à me faire rire et à m'arracher à l'ennui et la torpeur qu'a généré cette affreuse soirée.

 

Pour le reste, nous avons eu droit à un Paquette brouillon, fatigué, sans ballon, avec des pieds imprécis, qui semblait au bout du rouleau. Il faut dire que le malheureux danse un soir sur deux ou sur trois.... il dansera en tout le rôle 12 fois; voilà où en est l'opéra de Paris!!!! ( cf pénurie de Basilio à l'ONP)

Une Gilbert en méforme aux deux premiers actes, et surtout qui  pas un seul moment n’a interprété Kitri ; elle a DANSE Kitri, mais le personnage n’est jamais apparu

Alors oui, on a eu droit à un beau manège de fouettés et double pirouette à la fin, mais j'aurais préféré en voir moins et voir Kitri à un moment ou à un autre!

 

Les deux amies, je préfère n’émettre aucun commentaire là aussi ; les pas sont faits, et c’est à peu près tout, mais des droïdes feraient sans doute aussi bien

 

J’aime beaucoup Duquenne, mais qu’on arrête de le distribuer dans ce genre de rôle ; il n’a pas l’éclat nécessaire ; les rôles lyriques et doux lui vont bien mieux ! Il est cencé être un torréador, mais on voit bien qu'il ne ferait pas de mal à une mouche, alors tuer un taureau! Il a l'air si doux, si paisible!

 

Bourdon, jeune danseuse dont tout le monde dit le plus grand bien incarne une reine des Dryades hideuse, sans poésie et sans finesse ! La réception de ses sauts est d'une lourdeur achevée, et les pieds moulinent autant qu'ils le peuvent pour se mettre au diapason du moulin qui sert de décor juste dans le tableau d'avant, des fois qu'on oublie qu'on regarde Don Quichotte

 

Hurel danse   joli, mais son Cupidon n’a pas la préciosité d’un sèvre ni la vivacité d’un pinson, comme le veut le rôle

 

Quand au corps de ballet : mention spéciale pour le cafouillage des lignes des Matadors ( un vrai serpent, la ligne qui aurait dû être droite) et aux dryades, incapables de conserver leur espace de danse !

 

Ce 12 décembre, l’ONP me semblait être tombé bien bas

 

J’ai trouvé cette compagnie déprimée, fatiguée ; elle danse mais elle n’y croit pas ; il n’y a pas d’ardeur, pas de feux sacrés, pas de lumière ; des fonctionnaires qui font leur métier, voilà l’impression que j’ai eue

 

Alors oui, merci à Laura Hecquet pour sa danseuse de rue à la fois impériale et populaire ; c’était tout à fait cela ; cette danseuse a incarné à la perfection ce rôle, avec juste ce qu’il faut de sensualité, mais l’autorité de ces filles qui ont l’habitude de se frotter à tout public !  A chaque fois que je l'ai regardée, j'ai ressenti ce petit pincement qui vous prend quand un artiste vous emmène là où il veut!

 

Et à Charline Giezendanner, toujours heureuse et lumineuse sur scène, et tellement musicale par rapport aux droïdes que j’ai vu ce soir là !

Ce fut la seule danseuse - mis à part Laura - à écouter la musique et à nous la faire vivre.

 

Je le souligne aussi dans le forum : les éclairages sont aussi moches que certains des costumes !

 

Toute la scène dans le camp gitan est si mal éclairée que je n’ai quasiment rien vu de Madin  (il était «  tassé » par les ombres)  et que ce tableau que j’apprécie d’habitude beaucoup m’a ennuyée au plus haut point

 

Les dryades ne sont pas plus mises en valeur, avec des ombres qui déforment leur buste et les font passer vue du second balcon pour des pots à tabac ! Un comble pour des fées des bois !

 

 

Quand à Kevin Rhodes, il n'a pas réussi à communiquer son enthousiasme de chef à un orchestre poussif et lourd!

 

ah oui, tiens  : le meilleur passage de la soirée!

ha ha : les couacs des cuivres faisant écho à la désorganisation des lignes des matadors!!!  vous imaginez? et bien cela résume bien la soirée! Haha!

 

 

à lire :  sur le forum danse pluriel mon compte rendu

 

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6 octobre 2012 6 06 /10 /octobre /2012 09:02

C'est un comble, n'est ce pas, qu'une maison comme l'opéra de Paris ne puisse pas nous offrir sur la LONGUE série de Don quichotte qui commencera dans un mois et demi un Basilio digne de ce nom!

 

Ce n'est pas la première fois que ce problème surgit, puisque en 2003 déjà, la maison avait du faire appel en renfort à Roberto Bolle et Carlos Acosta.

 

Mais que se passe-t-il donc?

 

Le comble de l'ironie est que nombre de nos étoiles masculines ont été nommées sur ce rôle qu'elles ne dansent plus aujourd'hui pour différentes raisons

 

C'est que Basilio est un pur défi de technique et de virtuosité!

 

Leriche est désormais trop âgé pour le rôle, Heymann, Moreau, Hoffalt, blessés ou pour le moins trop fragiles pour l'instant, Ganio ne le dansera pas, bien qu'il ait été nommé sur ce rôle, Bélingard se la joue " flemme", car il ne danse quasiment plus de rôle classique, sa dernière apparition avait été pour Drosselmeyer, très " approximatif techniquement" mais superbement campé cependant! Et pourtant, il aurait campé un Basilio haut en couleurs!

 

Il nous reste ce pilier qu'est Karl Paquette, étoile attachante s'il en est, mais qui n'a pas le brio nécessaire pour le rôle et le sensible Stéphane Bullion  : même commentaire. Son Solor de ce printemps m'a laissée sur ma faim pendant les variations " techniques" comme celle de l'acte 2. Cela manquait de nerf, d'élévation, de confiance, de bravoure, de défi!

 

Ni l'un ni l'autre ne pourront  égaler sur le plan de la virtuosité un Leriche d'antan, ou un Legris, un  Martinez....

 

Je trouve tout de même fort étonnant que l'opéra ne fasse pas appel sur cette longue série à des " guests" comme cela avait été le cas en 2003

Zakharova est invitée pour Kitri - j'irai la voir!- mais pour Basilio, il faudra se contenter des deux étoiles citées,  plus 

Thibaut - qui n'a plus non plus le brio d'autrefois, si je m'en réfère à son Idole dorée vieillidante de la Bayadère ce printemps dernier

 

D'ailleurs quel Basilio vont-il donner à Zakharova? Bullion parce qu'il a déjà dansé avec elle et que l'entente artistique est belle? Affaire à suivre!...

 

Magnenet? Un peu vert encore, et un peu fade pour incarner le sémillant Basilio!!!

 

J'imagine la tête de Noureev s'il venait remonter son Don Quichotte aujourd'hui!!!

 

Car Don Quichotte est un ballet très gai, très vivant!

Noureev savait l'être lui aussi, il aimait rire.

D'abord, il vomirait d'indignation en voyant les hideux costumes refaits façon " cheap"!

Et puis il hurlerait  de colère  face aux décors refaits eux aussi et pas du meilleur goût, croyez moi!

 

Bref....

 

Je vais une fois de plus formuler le voeu de voir apparaître en 2014 un directeur de la danse digne de ce nom, qui saura redonner l'enthousiasme nécessaire et la flamboyance à cette si belle compagnie qu'est l'opéra de Paris!

 

Un petit souvenir de la création de Don Quichotte à l'Opéra de Paris en 1981

J'y étais! Et j'avais vu Pontois au côté de Fernando Bujones, décédé depuis...

 

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Noureev en répétition avec Pontois

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