Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Shabastet

  • : Danse et... danses!!!
  • : Blog sur la danse en général et l'opéra de paris en particulier rédigé par Valérie Beck, administratrice du forum danses pluriel
  • Contact

contact

Ecrivez moi!
n'hésitez pas à me faire part de vos suggestions, de vos découvertes, ou de vos propres articles!

Rechercher

Noureev

 

Danser, telle la phalène sous la lune, le pinceau du calligraphe, ou l'atome dans l'infini 

                                              

marie-taglioni-in-zephire.jpg

28 mai 2012 1 28 /05 /mai /2012 08:25

 

 images.jpg

 Le Centre national du costume, qui a ouvert ses portes en juin 2006 à Moulins et qui est le premier au monde à conserver les costumes de trois grands centres – la Comédie Française, l’Opéra de Paris et la Bibliothèque de France, propose du 16 juin ou 31 décembre une exposition autour du ballet La Source.

 

 

Un ballet oublié


Cette oeuvre créée le 12 novembre 1866 sur une musique de Delibes et de Minkus – trottait depuis quelque temps déjà dans la tête de JG Bart ancien danseur étoile de l’opéra de Paris, lorsque B. Lefevre, la directrice de la danse,  lui donna l’occasion concrète d’en re-créer la chorégraphie, avec l'aide de  Marc Olivier Dupin qui a assuré la réalisation.

Il ne restait pas grand-chose du ballet de 1866 : quelques dessins, ou illustrations : JG Bart eut donc toute latitude pour donner vie à une création totalement originale.

 

Une oeuvre entre tradition et modernité

 

Autour  de lui s’est rapidement rassemblée une équipe de grands talents : tout d'abord, C Hervieu Léger pour le conseiller dans la dramaturgie, puis Éric Ruf pour les décors, et Christian Lacroix pour les costumes. Ce dernier a déjà travaillé à plusieurs reprises pour les théâtres et pour l’Opéra de Paris. Annie Deniau – l’auteure du magnifique livre sur N. Leriche – fut invitée à réaliser un reportage photos depuis la conception du ballet jusqu’à sa présentation sur la scène. La plupart de ses photos illustrent le catalogue de l’exposition.

C'est la première fois à l’opéra qu’un ballet du 19ème est créé  sans aucune référence à la chorégraphie originale. Pour tous les artistes, il s’agissait de présenter une œuvre d’aujourd'hui, mais en hommage au passé. Tradition et modernité devaient cohabiter dans la fluidité. JG Bart était tout désigné pour utiliser le langage classique qu’il connaît si bien et qu’il aime, en ajoutant des pas faussement empruntés à la danse de caractère comme c’était si souvent le cas dans les grands ballets du 19ème.

Sans doute est-ce la raison pour laquelle le résultat final est conforme aux espérances des créateurs. Eric Ruf , Christian Lacroix et JG Bart  ont su insuffler ce qu’il fallait de modernité à cette oeuvre collective pour l’inscrire dans le  21ème  tout en gardant une esthétique très proche de celles des ballets néo-classiques du 19ème. Par exemple, les cordages qui délimitent l’espace et évoquent la forêt, ont été inspiré à  Eric Ruf par ce qui restait du rideau de l’ ancien opéra qui a brûlé : la référence au passé est là, mais les décors sont résolument contemporains. À cette équipe artistique s’est ajoutée Dominique Brugières aux lumières, qui a réalisé un travail exceptionnel.

  Christian Lacroix a très souvent collaboré à des oeuvres théâtrales. Il est passé maître dans l'art de créer des costumes  colorés, gais, vivants, qui emportent  pour le spectateur dans un monde poétique, où l'oeil se délecte de la richesse de son imagination, toujours au service de l'histoire à raconter.


        Christian Lacroix réinvente l'orientalisme 


Christian Lacroix s’exprime ainsi :

« J’avais envie de donner l’impression que ces costumes, comme le ballet, avaient été sortis d’un long sommeil, dans les-Nymphes.JPGleur fraîcheur et leur mémoire, avec des aspects rustiques contrastant avec l’opulence des brocarts, des ornements, des bijoux »

 

Les Nymphes, vêtues de longs tutus romantiques aux jupes d’organza japonais - le tissu le plus léger du monde qui flotte autour d’elles au moindre mouvement, accentuant toute l’irréalité des personnages - sont coiffées de très délicates coiffures ornées de strass Swarowski. Un partenariat, mis en place depuis quelques années avec les ateliers Swarowski, spécialisés dans la création de cristaux, a resserré ses liens plus précisément sur cette œuvre.

Les odalisques, parées de pantalons et de tuniques taillés dans des saris anciens, côtoient des Caucasiens aux grands et somptueux manteaux. Leurs compagnes portent des robes colorées, composées de riches brocards, qui rappellent les vêtements traditionnels. Nous sommes au cœur du travail de Christian Lacroix qui réinvente l’orientalisme. Cette esthétique a soufflé sur les ballets du 19ème, influencés par la découverte des cultures « exotiques » parfois imaginaires, qu’ont décrites Hugo ou Nerval, qu’ont peintes Delacroix, Fromentin ou Gérôme,   ou qu’a mises en musique Félicien David. Ici, l’orientalisme est un peu russe, et son le coloris rappelle davantage un Borodine qu’un Delibes ou un Minkus. C’est ce qui rend l’œuvre particulièrement originale.

 

les-Odalisques.JPGPar ailleurs, C Lacroix s’inspire aussi d’une très riche iconographie qui sera en partie présentée au public de l’exposition, ainsi que des costumes ethniques prêtés par le musée du quai Branly. Une fois dessinés, les costumes ont ensuite été créés dans les différents ateliers de couture de l’opéra Garnier, répartis entre l’atelier du  « flou » - les jupes des tutus par exemple – l’atelier tailleur, pour les costumes plus masculins, l’atelier décoration pour les bijoux, les accessoires, les teintures, les patines,  et l’atelier modiste pour les coiffes, les chapeaux.  Tout est réalisé à la main, à l’opéra, comme dans les plus grandes maisons de couture. Il est amusant de savoir que des mannequins capables de prendre des positions de danseurs ont été spécialement créés pour réaliser ces costumes par Daniel Cendron, artiste plasticien spécialiste de la fabrication de faux corps.)

 

L’exposition est comme un grand voyage qui plonge le spectateur des ateliers jusqu’à la scène. Les maquettes des décors sont visibles elles aussi – Eric Ruf les a créés dans sa loge à la Comédie Française.

Elle est complétée par  des projections videos à l'auditorium, des ateliers de pratique, un centre de documentation où l'on peut trouver de nombreux ouvrages sur les costumes et leur histoire.

 

 

A lire prochainement  sur ce blog : La Source, de JG Bart : hommage ou  nostalgie?

 

 


 

 

 

Informations pratiques :

 

 CNCS :  Quartier Villars- Route de Montily - 03000 Moulins

TEl : O4 70 20 76 20

 

ou www.cncs.fr

 

 

les-Caucasiens.JPG

 

 

 

les-caucasiennes.JPG

 

 


Partager cet article
Repost0
26 mai 2012 6 26 /05 /mai /2012 09:04

 

La Meilleure danse 2012 : demi-finale

 

 

BLAZIN_portrait_w858.jpgDe beaux moments de danse, une fois de plus, dans ce quatrième volet du concours initialement organisé par M6 et qui a « déménagé » en cours de route vers W9…

Une partie du  public a fui  l’émission à cause de la publicité qui prend la quasi-totalité de la première heure  pour quatre minutes de danse seulement.

Je suppose qu’il ne reste à présent devant leur poste que les « mordus » de danse, tous styles confondus !

 

Dix groupes ou solistes s’affrontaient, et comme toujours, par duo autour d’un thème imposé : magie,  fantasme, car wash, M Jackson, escalier, lit. Les candidats avaient quatre jours pour créer une chorégraphie. Il semble que certains ont leur propre chorégraphe comme les deux enfants ou les New insane.

Ayant pris l’émission en cours de route, je n’ai pas vu le premier passage, mais j’ai découvert au repêchage,  Massilia Force, groupe familial de hip hop marseillais : deux adultes et deux enfants, dont le plus jeune,  5 ans,   est déjà très à l’aise avec son corps et les déplacements. C’était une belle prestation de danse, avec ce qu’il faut d’énergie et de professionnalisme dans la synchronisation.

 

Le premier duo – John et Manu- a mis en scène l’ombre d’un  homme âgé qui se met à danser, lui  restituant ainsi sa jeunesse. Tout aussi poétique et créatif était leur second passage, intégrant  un landau. J’ai particulièrement aimé leur mouvement de bras très rapides, et parfaitement synchronisés. Ces garçons débordent d’imagination et de sensibilité. Leur chorégraphie sont de véritables petites histoires qui   mêlent simplicité, maîtrise et talent. Ils ont été évincés au premier « tour » par Soria et Mehdi, sublissimes dans leur duo très sensuel et toujours aussi synchro même dans les sauts arrière… impressionnant de perfection et de beauté, avec des émotions puissantes…

 

Le second thème – le car wash, opposait les New Insane aux Blazin.  Peps, féminité, humour, glamour sans vulgarité, la chorégraphie des premières offrait beaucoup d’inventivité et comme toujours une synchronisation parfaite et c’est celle que j’ai préférée, pour cette touche d’élégance et la construction de l’ensemble qui m’a séduite.

Mais les Blazin, véritable tornade d’énergie et de joie de vivre, les ont battues.
Il faut reconnaître qu’elles ont le chic pour trouver des enchaînements inédits, comme lorsque en équilibre sur un pied, l’une derrière l’autre tenant le pied levé de la fille devant elle, elles font une vrille parfaitement synchronisée : wouahh !

Le deuxième passage des New Insane, sur le thème de la balance et du dictat de la maigreur imposée aux danseuses, était plus banal et traité de façon  bien moins fine… dommage.

 

Puis venait Nicolas, le jeune danseur de claquettes qui a construit tout seul sa chorégraphie sur M Jackson. CommeLa-meilleure-danse-2012-on-a-deja-croise-ces-candidats-quel.jpg toujours, j’ai été touchée par sa grâce à la Billy Elliot : ça n’est pas encore complètement maîtrisé, mais il a tout pour devenir le bel artiste qu’il promet d’être ! Au «  repêchage », Nicolas a dansé «  classique » pointes aux pieds,  sur la musique du Lac des cygnes, devant un miroir «  que j’ai longtemps fui car j’avais du mal à accepter mon image, les autres se moquant sans cesse de moi ; et puis j’ai décidé de faire face pour progresser » ; toute sa sensibilité était à fleur de peau. Un moment d’art, de grâce qui m’a beaucoup touchée. 

 

Face à lui, et à l’opposé,  deux enfants sans plus d’enfance qui ont pourtant devancé Nicolas. Une fillette trop maquillée et un garçonnet qui ne l’est plus : leur rock acrobatique était le produit de deux petits singes savants, sans âme. A oublier.

 

Heureusement, venaient ensuite les Hey Crew qui ont dansé sur un escalier double ; ces cinq garçons – hip-hop – ont l’art de créer une histoire, une atmosphère, une ambiance avec peu de choses. Il y a entre eux une harmonie fabuleuse, une osmose ; il se passe toujours quelque chose qui fascine, qui happe littéralement le spectateur. Lors du repêchage, leur chorégraphie très originale, utilisait de la peinture de différentes couleurs dans laquelle ils trempaient les mains pour peindre un mur : cette  belle trouvaille pour dire leur groupe se construit grâce à la personnalité et au talent de tous, a emporté les suffrages du public.

 

L’escalier n’a pas vraiment été exploité par Fabian, le danseur de flamenco contemporain qui m’avait tant exaspérée lors d’une émission précédente, et qui là, a dévoilé une autre facette de lui-même : la fragilité. Il a dansé avec une jupe à la traîne interminable utilisée en flamenco. Il s’agit  par un énergique et subtil travail de jambes, de faire passer la traîne d’un côté ou de l’autre du corps sans se prendre les pieds dedans,   tout en  donnant beaucoup  de noblesse, de fierté. Ce qu’a parfaitement réussi Fabian tout en montant sur les marches des escaliers. Les torsions du buste,  des bras,   les balancements de la traîne étaient plein d’une douleur contenue. C’était beau et émouvant et j’ai adoré ! Cela m’a rappelé l’un des derniers passages de Cristina Hoyas dans ce même genre de jupe.  

 

 

Le thème du lit réunissait Princesse Malinba et Haspop. La princesse a offert une danse ethnique dont elle a le secret, mais elle a révélé qu’elle ne savait pas construire une chorégraphie et créer une histoire ; elle est  danseuse et   il lui aurait sans doute fallu son propre chorégraphe pour mettre en scène ses idées – comme c’était le cas pour les deux enfants et les New Insane.

La prestation d’Haspop était bourrée d’idées, mais j’avais préféré l’univers de son premier passage, plus poétique, plus tendre.

 

Pour clore ce compte rendu, j’ajouterai que les interventions du jury, toujours respectueux, enrichissent vraiment l’émission : de  temps en temps, l’un ou l’autre se lève, demande aux candidats d’essayer ceci ou cela, leur suggère des idées, ou leur propose d’improviser sur tel ou tel thème

Pour Nicolas par exemple – dans sa chorégraphie a un moment donné il dansait entre deux tonneaux de métal sur lesquels il tapait – le jury lui a demandé de refaire le passage avec plus de puissance, sans timidité : et hop ! ça fonctionne et ça devient vivant

 

Il a été demandé à Fabian d’allonger encore plus les bras dans les cambrés arrière et dans les torsions : c’était assez spectaculaire

 

Pour Haspop, Dragone l’a « peinturluré » pour créer une sorte de clown triste afin de rendre son personnage plus théâtral…

 

Ces petits moments mettent en lumière ce qu'un regard extérieur professionnel apporte à un artiste : l' univers s'enrichit et permet aux artistes d’aller encore plus loin avec eux mêmes.

 

 

A lire sur ce blog

 

La  meilleure danse 2012 : émission 2

 

La meilleure danse 2012 : émission 3

  

Partager cet article
Repost0
17 mai 2012 4 17 /05 /mai /2012 10:09

 image131.jpg

 

Je crois que c’est ce mot qui, pour moi, exprime le mieux ce qu’était cette étoile à mes yeux. L’âge fatidique de 42 ans (qu’elle aura dans quelques semaines) la met à la « retraite » en tant qu’étoile de l’opéra de Paris.

Tout le monde s’accorde à dire que c’est dommage, qu’elle est en pleine possession de sa technique, et que son artistique est sublime. Espérons qu’elle sera « invitée » lors de la prochaine saison et surtout, qu’elle continuera à danser sur d’autres scènes que celles de l’opéra. On ne peut pas l’imaginer s’arrêter maintenant, tant elle a encore à apporter à la danse, aux rôles qu’elle endosse.  Sylvie Guillem (47 ans) lui soufflera peut-être quelques conseils pour poursuivre sa carrière quelques années, même si ça n’est plus à l’opéra ?

 

Je me rappelle nettement chacun de ses rôles vus au cours de ces douze dernières années. (C'est à dire depuis que je suis retournée à l'opéra, après que je l'ai fui à la mort de Noureev) J’ai envie, à travers la galerie de personnages que je vais évoquer, de rendre hommage à une artiste vraiment à part, qui a toujours montré une grande discrétion et beaucoup d’humilité

 

J’étais frustrée l’an dernier, de ne pas pouvoir voir sa Juliette, car elle a été retirée des distributions sans que l’on sache pourquoi… j’aurais aimé la découvrir dans ce rôle qu’elle aurait sûrement rendu attachant, émouvant, plein de poésie, de lyrisme, de force et de grâce.

 

La première fois que j’ai vu Clairerarie, c’était dans le documentaire consacré à Nicolas Leriche. Elle était alors sujet, et elle dansait un pas de deux à la Flèche d’or sur une musique de Ravel avec son mari. Je me rappelle très bien ce passage, vu il y a plus de quinze ans. Elle y affichait une liberté de ton qui m’avait plu. Avec ses cheveux mi longs bouclés, sa robe à jupe évasée, elle incarnait la jeunesse, la grâce et une certaine « impertinence » voulue par la chorégraphie. « Voilà une danseuse différente des autres », m’étais-je dit devant mon écran.

Par la suite, j’ai pu la revoir dans de très nombreux rôles où elle m’a chaque fois profondément marquée

 

Elle avait su donner à Marie (Clavigo) une fragilité exceptionnelle et un lyrisme puissant. Je revois trèsclairemarie_osta_-_photo_anne_deniau_-_caligula_400x0.jpg nettement son solo dans la chambre, juste avant le « cauchemar ». Sa Marie se laisse séduire, souffre, meurt. Le spectateur vit chacune de ses émotions avec elle, jusqu’au bout. Ses duos avec Clavigo étaient intenses, pleins de profondeur. Il nous reste à la fin du ballet, l’image d’une jeune fille romantique brisée, partie trop tôt.

 

Dans la Maison de Bernarda de Mats Ek, elle est une sœur bossue bouleversante. On peut toucher du cœur l’âme de cette fille rejetée et mal aimée. Elle est poignante. Dans le solo où elle apparaît dans un académique chair avec le sexe et les seins marqués, son héroïne montre toute sa richesse intérieure, tout son moi profond. Pendant ce solo où elle est nue, elle offre son âme au spectateur, elle la met à nu. Aujourd’hui encore je me rappelle l’intensité de son interprétation, à la fois d’une grande force, mais pleine de souffrances, et de cette envie de dire qui elle est vraiment. 

 Clairemarie a toujours insufflé à ces personnages une profondeur, beaucoup de personnalité, d’intelligence ; elle a construit ses rôles avec une attention, une compréhension   personnelle, subtile, qui révèle une artiste très sensibilité – mais sans aucun pathos – chez qui la grande poésie épouse une imagination débordante.

 

À cette liste de rôles inoubliables, ajoutons sa Lune dans Caligula : comment fait-elle pour rendre aussi évanescente, impalpable ce fantasme convoité par Caligula, qui l’attire hors du  ciel pour mieux la briser ? Ses ports de bras, souples, sa grâce, sa présence irréelle, tout charme Caligula, amoureux d’elle à la folie. Là encore, je m’étonne d’avoir des pans entiers de « vidéos » dans ma mémoire que je peux me repasser à loisir ! Chacun des passages de cette artiste s’est gravé, comme sur un film sur lequel le temps n’a pas de prise. Lorsque je me plonge dans ces souvenirs de danse, tout est intact !

Pourtant, pas de technique à la Zakharova ou à la Guillem ! Une apparence presque frêle sur scène. Mais une intelligence, une compréhension des personnages qu’elle sait rendre uniques ! Et puis une part d’enfance, toujours disponible, de fraîcheur.

 

Je n’oublierai pas non plus son duo dans Appartement. Cette année, son interprétation était plus « cinglante »  que les années passées. Animée d’un grand feu intérieur, elle a donné à ces quelques minutes de duo autour de la cuisinière une intensité encore jamais égalée, malgré le répondant un peu mou de son partenaire (Bélingard au lieu de Belarbi). Son énergie, sa force y étaient totalement déployées dans toute leur puissance.

 

Ajoutons pour compléter cette galerie de personnages tellement attachants, la Ballerine dans Pétrouchka. Là aussi, je suis confondue d’étonnement de revoir très précisément le travail de ses petits pieds qui forgeaient chaque note de la partition comme des colliers de perle ; je revois sans peine son visage, ses expressions, ses grands yeux, sa délicatesse. Sa ballerine enfantine, candide, irréelle et humaine tout à la fois était  tellement attachante !

 

Je l’aurai vu encore cette année dans Tatiana (Onéguine) où elle donne à son personnage beaucoup de personnalité, de fragilité, de détermination, et de poésie. Là encore, une conception intelligente du rôle : cette Tatiana est déjà très affirmée dès les premières minutes du ballet ; on sent qu’elle a beaucoup lu et compris beaucoup de choses toute seule ; qu’elle porte un regard distant sur le monde,  et que son amour pour Onéguine va venir perturber sa vie à tout jamais.

 

Elle fut aussi le plus joli Cupidon jamais vu dans Don Quichotte ; une précision musicale dans ces variations, avec tout ce qu’il faut de léger, de virevoltant, de précis, de ciselé, d’enjoué, de vivant… Ses mouvements de tête d’une incroyable vivacité et si musicaux, synchronisés avec les coudes, les jambes rappelaient les pinsons qui chantent et sautillent gaiement dans les jardins.

 

828e7039a5509877aa0e83b101f8ba4247ccaf07.jpgA l’opposé, le magnifique premier pas de deux de In the night de Robbins. Impossible de décrire son lyrisme, le moelleux de ses bras et de son buste, l’abandon de ses poses, mais toute en retenue, et sa grâce. Et sa profonde compréhension de la musique, du monde nocturne et romantique.

 

Bouleversante dans la Petite danseuse de Degas, il  n’est pas excessif de dire qu’elle a sauvé à elle toute seule ce mauvais ballet ; là encore, elle insuffle à cette adolescente dominée par une mère diabolique ce qu’il faut de candeur, d’espoir, d’admiration, de jeunesse. Par un regard, un port de tête, elle exprime toutes les nuances et les contradictions du personnage. Sa petite danseuse est un trésor : émouvante au-delà des mots, on suit toutes les péripéties du ballet parce qu’on s’est profondément attachée à elle, et qu’on veut l’accompagner, ne pas la perdre.

 

 

Encore un rôle qui montre à quel point Clairemarie sait être une interprète d’exception : l’Eveil dans un autre mauvais ballet : Siddharta. Elle donne de la consistance à un personnage superficiel, créé par un chorégraphe qui n’a jamais dû se pencher en profondeur sur la spiritualité – ou en tous cas, qui n’en a gardé que l’aspect «  tape à l’œil ».

 

Dans Apollon Musagete, elle est une muse hors : voilà ce que j'ai écrit sur elle" Clairemarie est une interprête de génie qui réveille l'ensemble; elle se révèle bien plus qu'une ballerine : une artiste à part entière (...) dès qu'elle n'est plus sur scène, l'oeuvre retombe dans l'ennui.

 


Je finirai avec sa Carmen : très sincèrement, je ne peux pas dire que j’adhère vraiment à ce qu’elle a fait de ce personnage, le tirant plus du côté du léger, que du fatal! C'est un choix!

Mais l’autre jour, j’ai montré un extrait vidéo à mes élèves : la mort de Carmen -  Nous avions travaillé sur la scène de la manufacture version Rosi (opéra) et version Saura (flamenco). Ils voulaient tous voir comment Carmen mourrait. J’ai tout de suite pensé à elle. Je leur ai lu le texte de Mérimée puis montré l’extrait correspondant. Certains élèves ont été profondément marqués par son interprétation. (Et pourtant des adolescents de banlieue !) Voilà la magie d’Osta !

Cette artiste va beaucoup manquer à l’opéra. Clairemarie est un mélange étonnant d’enfance, d’intelligence, de poésie, d’émotions à vif mais retenues, sur le fil. Elle s’est emparée de tous ces personnages avec son cœur, mettant sa technique   à « leur service », avec toujours une grande simplicité, mais aussi tellement de finesse, de subtilité et surtout de profondeur.   

J’ai eu plaisir ce matin à me remémorer tous ces fabuleux souvenirs. Je n’ai pas vu sa Manon, mais en lisant les articles des uns et des autres, il est clair qu’elle a aussi apporté beaucoup à ce personnage.

 

Ce petit article est un hommage à une artiste qui a profondément marqué la spectatrice passionnée que je suis. Je n'ai commenté que les personnages vu sur scène. Je n'ai pas vu tous ses rôles

Voici sur le site " danser" sa fiche complète : Clairemarie Osta

Partager cet article
Repost0
16 mai 2012 3 16 /05 /mai /2012 09:45

 

Je suis perplexe face à la nouvelle saison "ballet"  2012-2013 qui s’annonce à l’opéra de Paris

La précédente offrait deux ballets néo-classiques (Onéguine et Manon), deux « Noureev » (Bayadère et Cendrillon), un ballet « classique » relégué en fin de saison (la fille mal gardée) et une création qui a fait parler beaucoup d’elle : La Source du danseur étoile JG Bart

A côté de ses œuvres « narratives » des ballets plus abstraits tel  le Phèdre de Lifar, l’Orphée  et Eurydice de Pina Bausch et le très dépouillé Roméo et Juliette de Sasha Waltz (chorégraphe contemporaine)

Pour compléter le tout, une soirée Robbins/ Mats Ek (avec dance at gathering et appartement) une compagnie invitée dans un répertoire romantique (Royal ballet du Danemark avec Napoli) et le Tokyo ballet dans une œuvre de Béjart ( Kabuki)

Il était encore assez facile de trouver son bonheur, même si de part sa programmation, les spectateurs ont pu constater un grand « trou » de deux mois et demi entre le dernier Onéguine, et la première de Mats Ek qui tombait à peu près en même temps que Bayadère :  

 

Mais cette saison, B Lefèvre révèle à quel point elle n'aime pas " le ballet" D'ailleurs, je conseille à l'opéra de paris de cesser de mettre l'onglet ballet sur son site : comme c'est ringard! il faut mettre danse!

Cette directrice  déclare pourtant « que cette année fête le bicentenaire de l’opéra, et qu’il y aura beaucoup de choses variées » Son sens de la fête, tout relatif, doit enchanter le théâtre de la ville et drainera sans doute une partie de ce public vers l’amphithéâtre…

 

Voici la saison :

En danse contemporaine : Trisha Brown, Cherkaoui, Merce Cunningham, Prejlocaj (avec son hideux hélicopter et son infâme Eldorado) et une création de MA Gillot « sous apparence »

À leur côté les néo classiques Kylian et Forsythe et Balanchine

 

Pour compléter le tout,  un Neumeier avec sa 3ème symphonie et non un de ses ballets narratifs

Histoire de dire qu’on ne l’oublie pas, une soirée Petit,   avec le Loup, Rendez vous et Carmen,

Histoire de dire qu’il est passé par là, un seul «  Noureev » avec Don quichotte

La reprise de Signe de Carlson

Et relégué au début de l’été 2013, la Sylphide de Lacotte

 

En fait, presque toutes ces œuvres me plaisent à des degrés divers et variés, mais mises bout à bout dans une même saison, bigre !

L’opéra de fera pas trop de dépense côté décors et costumes !

 

Pour que la saison soit plus équilibrée, il aurait fallu un autre grand classique – la belle au bois dormant par exemple que l’on n’a pas vu depuis plusieurs années ! – il aurait aussi fallu que la Sylphide, ce chef-d'œuvre romantique ait été donné plus tôt dans la saison

Et puis, il manque comme l’an passé un ballet narratif comme ceux de Mc Millan, ou Neumeier, ou Cranko, ou l’un des leurs…

 

Où est l’intérêt de reprogrammer pour la troisième fois dans un laps de temps court O Slozony ? Ou Signes ? Ou encore Rendez vous ?

 

Noureev disait qu’il fallait «  nourrir » les danseurs. Je trouve cette nourriture bien « light »; elle me laisse sur ma faim et elle laissera sans doute les danseurs sur la leur

 

Lefèvre déclarait « les danseuses veulent toutes faire Carmen »

Comme on les comprend : c’est la seule héroïne à interpréter cette année, à part la Sylphide ou Kitri qui est « à part »

 

 

Mais détaillons un peu

 

La saison s’ouvre avec Balanchine  (Agon, sérénade, le fils prodigue) - Bon, pourquoi pas ? Je n’ai jamais vraiment été emballée par ce chorégraphe abstrait ; en général, au bout de vingt minutes, je commence à m’ennuyer ; bien sûr, il y a toujours des soirées servies par des interprètes exceptionnels, qui transforment le temps lui-même,  mais voir toute une soirée où le sujet de l’œuvre est la danse elle-même dans tout son dépouillement… je ne prendrais des places que s’il en reste des pas trop chères, une fois la distribution connue ! L’Apollon musagète d’il y a une ou deux saisons m’a laissé un sentiment très mitigé – Et même le Palais de cristal ou Joyaux ne m’ont pas laissé des souvenirs impérissalbes.

 

Ensuite, aie ! Cunningham/ Gillot

Cunningham, disons le, me barbe profondément ! Pourtant le bonhomme était sympathique comme tout !

Déjà que j’aurai dû me passer de danse « narrative » en septembre, me plonger dans cet univers cérébralement intéressant, mais visuellement rasoir !

C’est d’ailleurs amusant ; pour avoir travaillé avec quelques chorégraphes de la scène contemporaine actuelle (Philippe Ménard, Kubilai Khan investigation) j’ai fait le constat suivant : danser contemporain peut être grisant, mais voir le résultat ennuyeux comme tout !

 

Si je trouve des places pas trop chères ( 12 euros, quoi !) j’irai voir la création de Gillot et prévoirai un livre pendant le Cunnigham : je poserai là un acte créatif d’une très haute intensité. Mentalement, mon acte sera un acte de danse intégré à la soirée : la scène se prolongera jusque dans ma loge où sera la vraie vie, qui sera la vraie danse. Toute seule dans ma loge de côté, quatrième niveau, place à visibilité réduite, je m’intégrerais à la chorégraphie, créant un « happening » dans la mouvance   XX siècle  de l’art qui refuse les codes bourgeois, le beau, l’ordonné, et anonyme, je  participerai au spectacle, déplaçant ainsi le spectacle de la scène vers la salle ! Quel talent j’aurai alors ! Sans bouger, immobile – je poserai mentalement un acte de non-danse ; ce sera si puissant,  que Jérôme Bel me demandera de non créer avec lui  mon oeuvre à Avignon,  et la saison suivante, le théâtre de la ville m’invitera pour redonner ma non-danse qui s’intitulera « chaise pensante à six pieds »

J’aurai bien sûr pris soin d’enregistrer les toux de mes voisins ce soir-là et d’en faire un montage que la technique rendra ensuite aléatoire, pour que mon acte de non-danse sur ma chaise recrée la rencontre fortuite des hasards croises comme dans la vraie vie, car l’art, c’est de la vie fausse, chacun le sait

 

Il me faudra sans doute plusieurs semaines pour m’en remettre, mais ouf, Don Quichotte pointe son nez pour 26 représentations !

Bon !  Nous serons déjà en décembre !

 

Gageons que les pauvres danseurs qui n’auront rien dansé d’aussi technique depuis leur passage à New York cet été vont tous se blesser à qui mieux mieux, et ce sera à nouveau le jeu des chaises musicales, A remplace B blessé, qui remplaçait C blessé, qui remplaçait D blessé, etc… avec un peu de chance, je pourrai peut être dégoter une place pour Ganio/ Gilbert ?  Il m’étonnerait que Leriche reprenne le rôle de Basilio, et sur un rôle aussi technique, qui d’autre à part Ganio ? (Il a d’ailleurs été nommé sur ce rôle !) Je suis preneuse aussi de Pujol ou de Renavand en Kitri ! pour les garçons ???

 

Comme il y aura 26 représentations, des danseurs premiers danseurs ou sujets, seront peut être sur les rôles-titres.

Ce que j’aime dans ce ballet, c’est qu’il permet aussi de découvrir beaucoup de danseurs/seuses dans des rôles secondaires merveilleux : les deux amies, la reine des dryades, cupidon, la demoiselle d’honneur, le chef des gitans, et les rôles comiques aussi !

Sur youtube, traine une version avec Guillem/ Letestu/Osta absolument sublime dans l’acte du rêve de Don Quichotte !

Et j’ai encore le souvenir de Ciaravola  et Guillem en reine des dryades ! O Temps, suspends ton vol!!!!

 

Après retour vers l’abstrait avec Forsythe – que j’adore - et Trisha Brown

Bon, j’attendrais les distributions, car le Slozony m’avait émerveillée la première fois avec Dupont/legris/ Leriche

Revu par la suite avec d’autres interprètes, ce n’était plus du tout pareil ; toute la magie s’était enfuie

Idem pour Forsythe – Si Ciaravola danse In the middle, je serai là, sinon, et bien, je m’en passerai !

 

Je zapperai sans vergogne la compagnie Prejlocaj (dans Eldorado, les danseurs se roulent sur les tables pendant une heure….)  arte avait consacré toute une soirée à mettre en images les gros egos des deux artistes : Stockhausen et Prejlocaj; juste indigestes!

 

Je me débrouillerai pour prendre des places pour voir Ciaravola en Carmen ! Mais pourquoi ne pas avoir repris le Jeune Homme plutôt que rendez-vous, si longuet ? (Mis à part le pas de deux final !) Quand au Loup… je ne suis pas fan non plus…

 

J’attendrais les distributions pour Kaguyahine de Kylian  et la troisième symphonie ( Malher) de Neumeier !

 

Sauf si Leriche danse le Faune, je n’irai pas à la soirée «  fourre tout » où sont réunis Béjart/ Cherkaoui/ Robbins, Nijinsky  (l’oiseau de feu, le Faune, l’après-midi d’un faune, et la création de Cherkaoui sur Boléro) - Mon dernier Faune version Robbins avec Cozette m'a paru interminable!!!! On a déjà eu droit il y a dix ans au Faune ( Nijinsky) et Faune ( Robbins) et ça n'est pas une bonne idée... !

 

Viendra l’été : ce sera le moment de casser ma tire lire pour voir la Sylphide de Ganio/Ciaravola (en espérant qu’ils la redansent ensemble)  et le tonique Signes de Carlson (mais la aussi, en attendant les distributions, car revue la dernière fois sans Belarbi et sans Gillot, ce n’était plus aussi magique !)

 

Ce sera la fin de la saison…  

 

Ah, on devrait retrouver la belle Eleonora Abbagnato... !

Partager cet article
Repost0
10 mai 2012 4 10 /05 /mai /2012 08:09

  Histoiredemanonprogramme.jpg

Dix ans après avoir vu Guillem/Hilaire/Romoli/Gillot, j’ai enfin revu Manon, de McMillan, d’après l’Abbé Prévost. Ce chorégraphe a l’art de narrer une histoire avec mille détails. ;  mieux que personne il donne de l’épaisseur à ses personnages qu’on suit dans leur méandre psychologique, dans leur questionnement, leur doute, leur choix, leurs émotions aussi facilement que si on lisait un livre. Les rôles secondaires tirent les ficelles, ce qui fait que tout le monde est important même si le ballet repose énormément sur les deux héros. Le plateau grouille de vie, car il y a toujours une intrigue, une confidence, un jeu quelque part sur scène pendant que d’autres dansent.

Ce qui parait blanc ne l’est pas, ce qui parait noir ne l’est pas non plus. Au final, on est face à des héros très humains, faits de grandeurs et d’une certaine bassesse aussi. Ainsi la pureté de Desgrieux se trouble-t-elle lorsqu’il triche aux cartes pour gagner de l’argent et récupérer Manon. Une autre facette surgit alors. Mais à la fin, c’est son courage et son amour qui l’emportent. Lescaut est un être somme toute assez abject mais il nous bouleverse par sa mort, dramatique, cruelle, injuste. Manon a plusieurs visages qui évoluent tour à tour au cours de l’histoire. Malgré son goût de l’argent, d’une vie facile, elle reste terriblement attachante : son amour pour Desgrieux est profond, sincère, même si elle fait d’autres choix : elle l’aime. Et cet amour entre les deux héros donne ce souffle unique à ce récit qui décrit les turpitudes  grandes ou petites des uns et des autres et les actes héroïques inattendus.L’univers de McMillan n’est jamais tendre ; sur scène, il y a trois morts et un viol. Cela rappelle un peu les ambiances «  shakespeariennes » qu’il affectionne.

Pour le langage chorégraphique, McMillan reste toujours très sobre ; il fait beaucoup avec peu. Ses pas de deux sont de véritables défis aux lois de l’équilibre. Les danseurs ont la redoutable tâche d’en gommer toute la virtuosité, toute la difficulté pour n’en montrer que l’émotion, le lyrisme, ou le drame.

Quand je lis ici et là, «  le rôle de Manon n’est pas technique », je me dis que les gens qui écrivent cela n’ont jamais dansé. Réaliser toutes les figures acrobatiques des pas deux en leur donnant la justesse de ton, la légèreté, la fluidité, tout en étant en parfait accord avec son partenaire – cela veut dire  lui faire totalement confiance – est un travail de très haut vol. D’ailleurs, notre chère Guillem a pris soin dans les bonus de On the edge, de montrer un  « raté » en répétition, sur un pas de deux de Manon. Ils sont vertigineux, et le pire c’est que le plus redoutable sur le plan technique et dramatique arrive à la toute fin du ballet, après deux heures de danse. Les artistes doivent donc puiser dans leurs dernières forces pour aller au bout sans faiblir.

 

J’avais le souvenir très net des interprétations de Hilaire/Guillem/Romoli et Gillot mais j’avais hâte de découvrir Ganio et Ciaravola qui m’avaient tellement bouleversée dans Onéguine cet hiver et que j’avais adoré dans la Sylphide il y a quelques années. Ils ont littéralement donné leur âme. Le corps de ballet et les autres personnages n’était pas en reste non plus. Mention spéciale à Monsieur de G M, l’excellent Eric Monin – on le dirait tout droit sorti du film de Tavernier «  que la fête commence ! » et à Hugo Viglioti en chef des mendiants. Yann Saiz fut très charismatique aussi et, tout comme son brahmane dans la Bayadère en avril, il a su rendre son Lescaut très ambigu et très attachant. Sa danse offrait beaucoup de présence, de puissance, et son ivresse était bien jouée aussi, sans en faire trop. Pas aussi comique que celle de Romoli vu dix ans plus tôt, mais bien sentie. Seul  le personnage de la maîtresse de Lescaut dansé par Daniel ne m’a pas emballée ; jolie à ravir, sensuelle, ravissante, cette danseuse n’a pas véritablement créé de lien avec Yann Saiz qui lui, en créait un avec elle. Je me rappelle la relation Romoli/Gillot, c’était toute autre chose. Deux vieux lascars s’entendant comme larrons en foire, ils avaient le choix de tirer l’interprétation du côté de la complicité  plutôt que de l’amour.

 

J’adore le premier acte, l’ambiance de la place qui grouille de vie, l’arrivée des calèches, la foule colorée qui emplit peu à peu l’espace. Le premier pas de deux entre Manon et Desgrieux fut tout simplement sublime : le mot qui me reste en tête est « pureté » ; il y a une telle osmose entre les deux artistes qu’ils n’en forment plus qu’un. Manon, charmée par la fraîcheur et l’ardeur de Desgrieux s’abandonne à ce pas de deux avec une joie toute simple qui transporte et nous fait véritablement revivre l’amour tel qu’on l’éprouve quand il nous « tombe » dessus. Le texte dit pudiquement que Manon est «  plus expérimentée » que Desgrieux, et que c’est sans doute à cause de son amour des plaisirs qu’on l’envoie au couvent.

Au début, le Desgrieux de Ganio est plein de grâce, d’élégance, et de cet élan du cœur, qui n’est pas encore la passion, mais cette attirance inévitable qui entraîne vers l’autre, sans même qu’on s’ en rende compte. Manon-Ciaravola l’observe, intriguée, puis se laisse à son tour charmer.

Dès le début les deux héros nous touchent, on les aime. J’ai été émue aux larmes par ce premier pas de deux. Il est si rare de trouver cette qualité artistique portée à ce point de perfection. Les qualités de danse et de cœur sont là, qui nous transportent entièrement.

Lorsqu’on les retrouve ensuite dans la chambre, on découvre une Manon heureuse, toute éperdue d’amour, en accord total avec le chevalier. Elle est primesautière, espiègle, toute à sa   passion et à son bonheur. La danse, fluide, donne l’illusion de la simplicité. «  Danser comme on respire » prend ici tout sons sens. L’irruption du frère accompagné de Monsieur de GM qui vient lui offrir une vie de luxe va donner une direction inattendue à l’histoire. Manon hésite, elle est vraiment à deux doigts de refuser mais finalement accepte le marché de son frère. Elle suit Monsieur de GM pour un manteau et un collier. Il faut souligner ici la justesse d’interprétation des trois personnages. Du grand art.

 

Dans le second acte, McMillan instaure une ambiance vraiment très particulière, à mi-chemin entre les liaisons dangereuses de Laclos – qui ne seront écrites que 60 ans plus tard - et le film de Tavernier « que la fête commence ».

Ciaravola a une conception personnelle de Manon. Pas facile de rendre attachante une fille qui aime les plaisirs, quitte son amant sans un mot pour une parure,  devient la maîtresse d’un homme de pouvoir, et entretient des liens ambigus avec un frère qui est une crapule. Seule une artiste de cœur, qui s’engage totalement dans son rôle et a le sens des nuances peut montrer que Manon est plus qu’une simple fille amoureuse des plaisirs de la vie et du luxe.  Ciaravola sait restituer tour à tour être une amoureuse sincère, une manipulatrice, une sœur pleine de tendresse, une amante, une jeune femme espiègle, mais aussi une âme torturée par ses propres choix.  Sa Manon, plus guidée par la peur de la misère que par la quête des plaisirs, forme avec Lescaut son frère un duo plein d’ambiguïté et de tendresse. Elle ne le juge pas, elle l’aime de tout son coeur. Et elle lui fait confiance.

Consciente d’avoir quelque chose d’unique qui attire les hommes – on le ressent vraiment dans la scène où elle passe de bras en bras -  elle en tire profit, comme le lui demande son frère. Elle enjôle Monsieur de G pour mieux parvenir à ses fins : ce n’est pas  la quête des plaisirs qui la pousse. On n’est pas dans un tableau de Boucher, où les femmes libertines relèvent leur jupe et leur chemise, car elles sont faites pour le plaisir charnel. Pendant le long solo, Isabelle Ciaravola, dans sa robe noire, fascinante, a la certitude de plaire, de mener le jeu, et au début du solo, elle se montre déterminée à ne pas changer de destinée quoiqu’il se passe. Elle se détourne sans cesse de Desgrieux et finit par lui expliquer qu’il ne peut pas lui offrir cette vie là. 

Le choix de Ciaravola peut étonner car elle s’éloigne de la Manon faussement candide mais perverse sans le vouloir par goût des plaisirs dont le roman a fait le portrait. Mais c’est si justement interprété, si formidablement traduit par la danse et les émotions qu’elle dégage, qu’on adhère aussitôt à cette conception personnelle du personnage. Au fond, elle me rappelle l’interprétation de Deneuve dans Manon 70 qui ne supporte pas la misère et fait donc un choix d’argent plutôt que de cœur.

Revoir Desgrieux met Manon mal à l’aise non parce qu’elle l’a trahi, mais parce qu’il lui rappelle qui elle est vraiment. Elle ne peut oublier qu’elle aussi l’aime toujours. Elle finit donc par lui suggérer de jouer aux cartes pour gagner de l’argent afin de pouvoir partir avec lui. 

La scène de jeu fut un grand moment. Il  faut voir Ganio tricher aux cartes, prendre un plaisir évident à rouler les joueurs les uns après les autres pour récupérer Manon. Plus question de pureté, de candeur. Par amour, il est prêt à tout. Pendant ce temps, Manon et Lescaut, ses complices donnent le change autour de la table de jeu. M de G M est berné ainsi qu’un de ses amis. On lit la fureur sur leur visage quoiqu’ils se contiennent.

Le pas de deux suivant dans la chambre confirme que Desgrieux n’a plus les illusions du début : Ganio passait d’une émotion à une autre en quelques instants : tout est en contradiction, en ébullition en lui :  partagé entre son amour pour Manon et  sa colère parce qu’elle l’a abandonné, il rit dès qu’elle le taquine, comme un môme,  mais se reprend aussitôt : il voudrait qu’elle change de vie, qu’elle renonce à ses bijoux, mais voilà, c’est sa Manon, elle règne sur son cœur,  et désarme même la violence qui s’empare de lui. L’osmose entre les deux artistes leur a permis de jouer cette scène avec une limpidité confondante. La très grande intensité dramatique qui monte progressivement atteint son point culminant avec l’irruption de M. de GM, sa brutalité, et la mort, bouleversante de Lescaut. Le pouvoir a le dernier.

 

Dans le troisième acte, dès les premiers instants, McMillan instaure encore une autre ambiance ; les couleurs ont changé. Les tons dorés, fauves ont disparu. Des gris bleutés, des beiges, des bleus pastel font sentir l’intense lumière du soleil dont on se cache sous les ombrelles. On sent le soleil, la chaleur, l’air saturé du port. On n’est plus que compassion pour les pauvres filles aux cheveux mal taillés, accablées de fatigue qui descendent du bateau, après une traversée qu’on imagine éprouvante sur tous les plans et qui sont malmenées par les officiers du port ; Desgrieux est là, qui veille de tout son cœur sur sa Manon,  épuisée, si frêle sur ses longues jambes, et qui essaie de lui donner sa force et son courage.

La scène avec le geôlier – Aurelien Houette, parfaitement horrible - met mal à l’aise tant elle est réaliste malgré la distance de mise dans un ballet, la fureur de Desgrieux et le meurtre éveille en nous des sentiments de joie sauvage et « primaire », mais la fuite dans le bayou nous serre la gorge et la mort de Manon nous fait verser plus de larmes que jamais. Dans un vert vénéneux, au milieu des marécages brumeux et malsains, Manon reverra des pans de sa vie passée ; les forces la quittent malgré le soutien de son amoureux.

 

Les mots ne rendront pas les émotions qui naissent pendant ce si court troisième acte : la compassion est sans doute celui qui résume le mieux tout ce que l’on peut ressentir face à l’amour intact de Desgrieux qui chérit sa Manon de toute la force de son cœur, qui en prend soin, qui la porte littéralement jusqu’à son dernier souffle

 

Ce dernier pas de deux va rester gravé dans mon cœur pour toujours. La beauté de Desgrieux/Ganio conjuguée à la fragilité de Manon/Ciaravola, qui avance, comme un animal blessé sur ses pointes qui se tordent, la virtuosité des doubles tours dans les portés, l’abandon des deux artistes, leur sublime entente artistique, fait que l’on est alors en fusion totale avec les deux héros. Tout reste cependant sobre, habité, juste. Les distances s’effacent, on ressent ce qu’ils vivent, on souffre avec eux. Et la compassion nous inonde toute entière. Y a-t-il un plus beau sentiment dans l’humanité que celui là ?

 

À leur salut, ils ont reçu une ovation méritée. Ganio avait encore les yeux pleins de larmes – et moi aussi, - et  sur le visage de Ciaravola on lisait encore tout le tragique de sa fin, les violences subies, la mort venue si vite.

Comme toujours ces deux artistes de cœur sont venus saluer et remercier leur public avec une grande humilité. Quelle leçon !

 

Je me désole de la saison de l'opéra de Paris l'année prochaine, qui n'aura pas de rôle de cette sorte à offrir à ces deux superbes artistes.  ( prochain article!)

Je réserve déjà dans ma tête toutes leurs Sylphides à venir!

 

 

 

  

Partager cet article
Repost0
5 mai 2012 6 05 /05 /mai /2012 08:37

guru-kelu.jpgQui mieux que Kelucharan Mohopatra – beau père de la sublime Sujata Mohapatra – peut parler de l’Odissi ?

Il est l’un de ceux qui ont lutté pour permettre à l’Odissi de renaître en Inde – alors que la domination anglaise avait éradiqué toute forme de danse jugée impudique. Ce danseur et guru est mort en 2004 après avoir  largement contribué à restaurer l’Odissi dès les années 1950. Peut-être que beaucoup de choses furent perdues, mais pas l’esprit de cette danse sacrée.

Kelucharan s’est appuyé sur les textes théoriques et sur les innombrables sculptures des temples de l’Inde du Nord et du Nord-est pour «  recréer » la danse Odissi.

Sans doute les chorégraphies qui se transmettent aujourd’hui de maître à élève et qui ont toutes ou presque été créées par lui,  n’ont-elles pas grand-chose à voir avec celles qui se dansaient il y a deux milles ans dans les temples. Sans doute la musique a-t-elle elle aussi beaucoup changé.

Mais l’esprit fondamentalement reste le même parce que la philosophie indienne s’appuie sur des choses qui sujata.jpgdemeurent les mêmes depuis plusieurs millénaires

Même si d’une école philosophique à l’autre il y a quelques différences, quelques nuances, le propos reste celui-là : tous les individus ne sont qu’un seul et même être relié à une conscience unique. Le sentiment du « Je » Ahamkaram, seul, donne l’impression d’être un individu séparé des autres, mais il n’en est rien.

 

A la lueur de cette explication, la déclaration de Kelucharan s’éclaire d’elle-même.  « The real dance must convey the feeling of undivided existence, that a spectator can feel that he is not different from the thing observed"

La vraie danse doit donner le sentiment de l’existence indivisée,  que ce que le spectateur peut sentir n’est pas différent de ce qu’il regarde.

 

madhavi.jpgAinsi, pour Kelucharan, le danseur permet au spectateur de se « souvenir » de son origine divine commune et de la vivre pendant la prestation du danseur.

On n’est donc plus dans un art de divertissement, mais dans une forme de prière dansée, ce qu’affirme Kelucharan :

 

« Odissi is not a mere dance form to entertain people but to inspire and elevate. I don't actually dance but pray in compassion and the spectators say that this `form' is dancing”

 

L’Odissi n’est pas une forme de danse pour divertir les gens mais pour les inspirer et les élever. Je ne danse pas mais je prie dans la compassion et les spectateurs disent que cette forme est de la danse

 

 

 

Les deux chorégraphies que j’ai étudiées – Mangalacharam et Battu m’ont permis de me familiariser avec la technique de la danse pure, et d’aborder un peu l’abhinaya ou «  mime » qui doit conduire le spectateur au rasa. C’est très difficile, le mime, car il faut naturellement faire quelque chose que l’on fait dans la vie  en y mettant la forme juste et l’émotion juste, sans surjouer…

 

Mon professeur a été formée par Magdhavi Mugdal, elle-même disciple de Kelucharan Mohapatra. Le style est pur, très simple et très beau. Et très difficile ! Tout est codifié, tout a une place précise : les doigts, les coudes, le menton, … tout l’art réside dans le fait de rendre cela «  naturel » et simple. Sans fioriture, ni chichi. Parviendrai-je un jour à y arriver vraiment ?

 

 

 

  

Partager cet article
Repost0
5 mai 2012 6 05 /05 /mai /2012 07:11

SORIA-MEHDI_portrait_w858.jpgEt voilà, la nouvelle est tombée il y a quelques jours, la meilleure danse ne fait pas recette, du coup, M6 annule les trois prochaines diffusions et c'est la petite chaine W9 qui récupère ce qui est déjà mis en boite

 

Pour une fois qu'une émission de danse passait à la télé et me plaisait  ! 

 

J'en suis triste pour les candidats et pour le jury

Quand à moi, il me faudra attendre le 22 mai pour voir la suite - les quarts de final

 

Au fond, et c'est peut être là que le bât a blessé, ce qui compte vraiment ce n'est pas  qui va gagner mais c'est plutôt découvrir l'univers de chaque groupe ou artiste.

Cette émission de " télé réalité" où les spectateurs ne peuvent pas voter en direct ne peut pas marcher, surtout en plus pour de la danse qui n'a jamais fait recette en France....Pour la nouvelle star par exemple, les éliminations se faisaient en direct, il y avait donc une sorte de fièvre qui s'installait sur le plateau et les gens pouvaient voter. Là, impossible, puisque l'émission est déjà toute enregistrée.

 

 Même si  Lors de l'émission du 26 avril,  les candidats offraient des univers moins variés que lors de l'émission précédente,  ce fut encore un beau moment de danse

j'ai juste regretté que la pub se soit largement invitée pendant les trois premiers quarts d'heure, qui n'a offert en terme de danse que deux passages de 2 minutes... de quoi s'énerver devant son poste! 4 minutes de danse en 45 minutes d'émission.... là aussi, pas de quoi fidéliser les gens devant leur télé!

 

Je retiendrai de cette troisième édition deux couples : Sonia et Mehdi qui ont offert plus qu'un duo hip hop, mais un véritable moment de poésie, d'art et d'émotion, avec une maîtrise à couper le souffle. Un couple charismatique, bourré de talents, et dont l'univers simple est chargé de sens- Un grand moment de danse

 

Dans un autre registre, un autre couple, de danse latine cette fois ci : Anthony et Mila, superbes tous les deux. Là, on est plus dans le glamour, moins dans l'émotion sur le fil comme pour Sonia et Mehdi, mais quelle élégance, quelle grâce, quelle légèreté! Mila a une technique sublime - comme ses jambes d'ailleurs - une grâce de ballerine et elle forme avec Anthony un couple esthétiquement très beau.

Mais c'est moins " habité" que Sonia et Mehdi.

 

 

Ensuite, j'ai été fascinée et émue par Hastop, un garçon qui vit aux Etats Unis, et qui là aussi est bourré de talents; sa prestation présente un univers très travaillé, très raffiné, où chaque geste, chaque isolation est maîtrisée d'une façon parfaite; mais surtout, Hastop a un vrai univers d'artiste, une grande sensibilité qui transparaît dans ses personnages qui prennent vie comme s'ils sortaient de jeux videos, à mi chemin entre le cyber-danseur et l'homme réel. Hastop est une sorte de poète des grandes villes...

 

 

Dans un autre style, les Boukan-style on offert une prestation bourré d'humour, d'énergie, d'inventivité; ils fusionnent le LES-BOUKANSTYLES_portrait_w858.jpghip hop, la danse jazz, la danse africaine, en un joyeux mélange magnifiquement construit - même au niveau du montage musical que j'ai adoré!

 

Il faudrait aussi parler d'Ingrid, magnifique danseuse de classique-flamenco, à la technique époustouflante, à la beauté parfaite - elle a pourtant un corps rafistolé à coup de plaques suite à une chute de quatre mètres en scène  et n'aurait du ne plus jamais danser, de Nicolas, le jeune danseur de claquette, plein de poésie et de fraîcheur, de ce trio de rock familial, semant au passage sur le plateau une vague  de bonne humeur contagieuse - qu'est ce qu'ils étaient sympathiques!-  des Heys crews qui ont offert une prestation hip hop magnifique et élégante...

Merci à eux tous pour leurs prestations, leur ardeur, leur investissement, leur passion!

 

Comme toujours j'ai été moins touché par d' autres concurrents :

Les Diablesses, petites filles de 10 ans qui ont fait une prestation jazz qui n'était pas en accord avec leur âge - cela faisait trop show télé à la mode même s'il faut louer leur " professionnalisme"

comparée à la petite Coline de la semaine dernière... voilà! mon choix est fait!

 

Les Darks horses qui n'ont pas su me toucher par leur danse; ils se veulent gothiques mais leur danse n'explore pas vraiment cette veine; ça reste " classique"

 

Le duo de barre dansée par Manon et Elynn

 

Les Urbans tribes, filles qui viennent de Norvège et qui assument leur rondeur

 

Ou encore Arthur, avec sa technique extraordinaire mais sans  vraiment d'univers à offrir ce jour là

 

Il me faudra donc attendre le 22 mai pour voir la suite!!!

 

J'attends cela avec beaucoup d'impatience!

 

 

A lire sur ce blog :

 

la meilleure danse - découverte!

 

la meilleure danse : demi finale

Partager cet article
Repost0
20 avril 2012 5 20 /04 /avril /2012 08:10

7cf63220d57b25f784e7a6f1323be53d4f86aeaf7a721.jpgJ’étais loin de me douter hier, en allumant la télé pour regarder vers 22 heures la fin du programme la meilleure danse, que j’allais être bouleversée à ce point !

Une émission de danse sur la 6, même avec MA Gillot et Redha  en jury restait pour moi une émission( de divertissement!( Petite aparté :  je les adore tous les deux; que de fois suis je restée le nez collé aux vitres des studios harmonic à regarder Redha donner ses cours il y a une vingtaine d'années! et je me disais : tant de talents en France inexploité : quel gâchis! Quand à MA Gillot, elle est pour moi la danseuse la plus atypique que je connaisse et l'une des plus talentueuses!) 

Mais cette Nouvelle danse c’est beaucoup plus que du divertissement, ou en tout cas c’était beaucoup plus que cela hier soir

J’avais «  zappé » la saison de l’année dernière, et je n’avais vu que deux ou trois groupes très «  dans l’air du temps » avec des chorégraphies inspirées du hip hop ou de la Street Dance –

Plaisant, mais pas assez pour me retenir devant mon poste (je ne regarde quasiment jamais la télé)

 

Et puis la semaine dernière, par curiosité, je suis allée sur le site de M6 pour  voir en   « replay » les prestations de quelques candidats, et là, wouahh, j’en découvre deux ou trois qui m’impressionnent et me communiquent ce que j’aime en art : le frisson !

 

Hier, vers 22 heures, je n’avais pas d’attente particulière et j’ai reçu, via mon petit écran, de grandes émotions et des moments de plaisir pur

Les candidats/ groupes s’affrontent deux par deux, se choisissent, et l’un des deux est ensuite selectionné par le jury pour les quarts de final. Quatorze candidats/groupes sont présentés à chaque  émission pour un total de 56 je crois. ( A vérifier !)

 

Il faut dire que la plupart des candidats d’hier vivaient leur passion avec une ferveur, une authenticité extraordinaires

Je n’ai pas retenu le nom de tous les candidats ou groupes, mais se détachent dans mon souvenir ceux-ci ( je n’en ai vu que 10  sur 14)

 

-         Coline, une jeune danseuse de 11 ans, qui pratique le modern jazz et qui a interprété ces deux chorégraphies – la seconde surtout avec son coussin – avec une sincérité, une émotion, un engagement confondants ; c’était une vraie interprétation, et pas seulement les pas d’un petit singe savant - elle m’a émue aux larmes par la pureté de sa danse, sa candeur

-         Un danseur ougandais, qui racontait sa terrible histoire ; la gestuelle était simple, mais c’était bouleversant de voir cet être livrer via la danse un pan de son histoire avec là aussi tant de sincérité, d’engagement – ses yeux exprimaient toute son intériorité ; il y avait quelque chose qui m’a évoqué Alvin Ailey et la chorégraphie Revelation quand trois garçons prennent la fuite sur «  run » et rampent au sol pour s’échapper

-         Very Bad team, un groupe de garçons très sympathiques qui lors de leur deuxième passage m’ont épaté : synchronicité, passion, maîtrise, ces gars là dansent avec toute leur âme à l’unisson ; un grand frisson là aussi. Leur danse fusionne le hip hop à d'autres styles ( danse classique compris puisque l'un des danseurs a fait l'école de M Béjart)

-         «  Princesse Malimba » une danseuse camerounaise qui a offert au public une magnifique danse traditionnelle bourrée d’énergie, d’ode à la terre – c’était inattendu et tellement vivant- j’ai été happée par ma télé à ce moment-là, j’ai oublié où j’étais

-         Quatre filles qui ont dansé avec une virtuosité accomplie ; non pas que les mouvements étaient en eux-mêmes difficiles, mais c’est la rapidité d’exécution qui était vraiment impressionnante d’autant que la synchronicité était parfaite ; la aussi ferveur, passion !

 

 

Voilà pour les candidats qui m’ont puissamment marquée ; à leur côté deux garçons en talons, ma foi, pas une grande technique, mais un travail précis, abouti, décalé (leur gestuelle s’apparente aux chorégraphies de Madonna) ou bien encore ces filles venues de Corse qui dansent les claquettes avec un peps digne des  musicals

 

J’ai été moins touché par le couple Julien-Marie que j’ai trouvé un peu poseur ; même remarque pour le danseur de flamenco qui semblait imbu de lui-même.

 

Et puis les vainqueurs de l’année dernière, un groupe de danse de salon qui lors du deuxième passage a offert une danse d’une qualité et d’une élégance vraiment rare, avec une symbolique particulière puisque l’un des danseurs est sourd ; et la chorégraphie exprimait cet handicap, mais avec vraiment de l’émotion, de la retenue, de la pudeur et de l’élégance, pas facile pourtant, car on peut vite tomber dans le pathos ( ce qu’ont fait Marie et Julien )

 

Voilà, je pleure devant M6 !

C’est normal, j’ai reconnu dans tous ces candidats ma propre passion, moi qui m’astreins à 50 ans à travailler l’Odissi tous les jours, qui en souffre beaucoup, mais qui suis poussée par une force qui m’oblige à aller au-delà de la douleur, et qui trouve au bout de ma séance d’entraînement une euphorie aussi forte qu’un shoot (je suppose, je n’ai jamais essayé !)

 

Cette passion de tous ces candidats transparait ! Et c’est bouleversant. A eux tous, ils résument la philosophie de ce blog

Tant d’univers, tant de passion, et tout donner en deux ou trois minutes, sans la possibilité de «  tricher »

 

Au fond, cette émission est un peu semblable à l’ancienne Nouvelle Star de  la  saison 3   qui avait été vraiment formidable ( Steeve Estatof)

Avec un jury vraiment adorable !   )

 

 

MA Gillot a un regard passionné, bienveillant et professionnel ; Redha est un poète au grand cœur, et FDragone a la même gentillesse, la même bienveillance

Il n’y a jamais de critiques gratuites, juste des remarques sur ce qui peut être amélioré, ce qui peut être perfectible. Il y a un vrai respect pour ce qui est proposé

Le jury met toujours en avant ce qui leur a plu dans les univers proposés

 

Ajoutons à cela que l’animateur est simple, et présente sans chichi. De la sobriété; ça fait du bien!

 

Donc on est bien loin d’une certaine hystérie d’autres émissions du même type

Il n’y a rien non plus de tape à l’œil

 

Voilà, je serai donc devant ma télé la semaine prochaine ! Et oui !

 

Et je reviendrai sans doute sur cette émission !

 

a lire sur ce blog

 

La meilleure danse passe de M6 à W9

 

La Meilleure danse : demi finale

Partager cet article
Repost0
5 avril 2012 4 05 /04 /avril /2012 20:26

Zakharova-Tchaikovsky

 

La Bayadère – Zakharova/ Bullion/ Pagliero – 4 avril 2012

 

J’avais longtemps hésité à prendre des places pour cette série. Mes dernières Bayadères étaient décoratives, sans âme, terriblement décevantes.

À cause de distribution tardive, j’ai raté les derniers Solor de Nicolas Leriche et l’ai amèrement regretté.

C’est finalement mon envie de voir Zakharova au moins une fois sur scène qui a eu raison de mes réticences… en vidéo, j’oscillais entre la fascination et un certain agacement devant l’étalage d’une technique grandiloquente, qui nuit à la qualité de l’interprétation…

 

Je n’avais pas particulièrement d’attente, mais beaucoup de curiosité.

 

Que dire d’autre si ce n’est que cette soirée fut un enchantement d’un bout à l’autre ?

 

Zakharova totalement investie dans son personnage avait à ses côtés le Solor de Bullion, plus poète que technicien : leur premier pas de deux fut une merveille de fraîcheur, de jeunesse, de fluidité, de tendresse. Comment ne pas croire que ces deux-là sont jeunes et aiment pour la première fois ?

 

Le brahmane de Yann Saiz était tout en nuances, et en sentiments contradictoires. Mais il fallait être près ou avoir des jumelles, je pense pour apprécier son subtil jeu de scène.

Allister Mandin campait un Fakir expressif, très présent ; il donne de l’épaisseur à ce rôle un peu ingrat, et on a plaisir à le voir à chacune de ses apparitions.

 

On comprend dès l’entrée de Nikya, que la sincérité des émotions l’emportera sur la démonstration de technique. Je ne m’attendais pas à une telle sobriété de sa part, après l’avoir vue danser dans  la Belle au bois dormant d’une façon un peu tape à l’œil, à la télé cet hiver.

Ce fut pourtant son choix ;  poésie, spiritualité, douceur, telle apparaît-elle dès son sa première variation.

Son face à face avec le brahmane, montre toute une étendue d’émotion, qui va de la colère au doute,  de la fragilité à la puissance. Elle est déterminée à ne pas aimer cet homme, terriblement puissant, et face auquel elle vacille parfois, comme la flamme d’une bougie dans un courant d’air;  c’est son amour pour Solor qui  lui donne  la force de s’opposer au brahmane.

Théâtralement, tout le duo mimé est d’une lisibilité confondante ;  face à elle, Yann Saiz sort aussi de sa réserve

 

 

Quant à la confrontation avec Gamzatti,  c’était une vraie réussite.

 

Pagliero campe une princesse imbue d’elle-même, très consciente de sa supériorité, de son statut, de sa richesse ; qui se montre condescendante et faussement généreuse avec Nikya avant de dévoiler son véritable jeu, anticipant finalement par ce jeu la scène où le serpent caché dans les fleurs tuera la Bayadère.

Les émotions montaient vers  les spectateurs en vagues successives de plus en plus fortes, les laissant à la fin de l’acte, la gorge nouée…   

Nikya d’abord intimidée, refuse le bracelet que lui tend Gamzatti avec étonnement ; elle ne comprend pas très bien pourquoi celle-ci l’a fait venir dans son palais, et lui fait ce présent,  mais elle ne se méfie de rien ; lorsque la princesse la projette littéralement devant le portrait de Solor pour lui annoncer avec une joie cruelle ses fiançailles, la Bayadère, totalement bouleversée,   perd pied quelques instants. Mais quand Gamzatti lui dit, «  tout ici est à moi, le palais, les richesses, et Solor, toi, tu n’es qu’une porteuse d’eau, Nikya se rappelle que Solor lui a juré son amour au dessus du feu sacré, et ce souvenir lui donne l’audace de se dresser face à la princesse ; la violence éclate de part et d’autre, jusqu’à ce que dans un moment de rage,  Nikya s’empare d’un couteau et se jette sur Gamzatti, apeurée.

La servante intervient à temps, et Nikya réalise l’horreur de son acte et fuit le palais. Gamzatti retrouve sa superbe et se jure de   briser Nikya.

 

Le rideau tombe, et on est cloué sur son fauteuil, submergé par toutes ces émotions…

  

 

 

Le second acte – mis à part les réserves sur les costumes refaits d'une façon honteuse parce qu'ils sont totalement dépareillés!!!! – fut flamboyant

Un corps de ballet très ensemble, très dansant, avec sur les visages une vraie joie de danser !

À noter la très jolie danseuse Manou d’Aubane Philbert accompagnée par deux élèves de l’école de danse pleines de grâce et de vivacité

 

L’idole Dorée d’E. Thibault a un certain panache…même s’il n’a plus l’élevation d’autrefois.

Je goûte toujours aussi peu la danse indienne, qui me rappelle les séances d’aérobie de Jane Fonda, mais bon, je dois convenir qu’hier soir, tout était très enlevé, avec cette joie à danser communicative.

Au milieu de cette euphorie,  l’arrivée de Nikya créée un vrai malaise.

 

La première partie de sa variation tout en douleur et en musicalité a suspendu le temps ; la deuxième partie, avec cette joie un peu hystérique, parce que Nikya reprend espoir et croit que Solor lui restera fidèle, comme il lui a promis, était presque brouillonne ; comme si la Bayadère à cet instant précis perdait la tête.

Pendant cette variation, il se passe beaucoup de choses sur scène : chaque personnage incarne une gamme de sentiments variés qui va de la rage contenue (Gamzatti) au malaise teinté d’un peu de lâcheté (Solor) en passant par “mais on ne va pas la laisser faire !” du Maharadja (Phavorin, très bien !)

 

Par ailleurs, le solo de Solor ne manquait pas de brio, mais on sentait le danseur terriblement concentré ; ce qui a nui à cet abandon dans la danse qui est si jubilatoire pour le spectateur.

 

À la mort de Nikya, Gamzatti et le rajah quittent la scène royalement semblant dire “et bien voilà qui est fait ! bon débarras” tandis que Solor réalise trop tard que l’irréparable vient de se produire

 

D’ailleurs la variation de Gamzatti, odieuse à souhait, - je n’irai pas à dire qu’elle n’a pas à se forcer !!!- était très réussie techniquement parlant – à la fin de cette variation, la demoiselle a eu une façon de se planter sur la scène en laissant les bras en l’air comme pour signifier «  vous avez vu ? » le tout accompagné d’un sourire carnassier… ma foi !

 

 

Le troisième acte passa comme un rêve…c2299e24488dad15916c2c8f53bf14f6.jpg

 

La descente fut belle : prise dans cette soirée magnifique, j’ai fermé les yeux sur les deux ou trois ombres un peu fatiguées, car les autres étaient parfaites

Un grand moment de poésie, qui montre que l’ONP n’a pas dit son dernier mot ! On peut garder espoir ! Le niveau est prêt à « repartir» pour peu qu’il soit relancé…

 

Des trois solistes, c’est Giezendanner et sa joie à danser qui a le plus illuminé la scène d’une présence poétique, légère, gracieuse

Bourdon, terriblement concentrée,  avait un masque en guise d’expression ; sa danse était un peu raide, un peu figée ; par un moment, elle s’est rappelé qu’elle devait sourire, a grimacé un demi-sourire, puis s’est de nouveau concentrée à l’extrême

Laffon fut une ombre élégante et dansante

 

 

Quant à Zakharova, elle avait dû tronquer son corps de chair par un corps empli d’air pendant l’entracte ; quelle légèreté ! Une ballerine en état de grâce !

Elle n’est plus qu’une Ombre au royaume des ombres, évanescente, impalpable, face à un Solor inconsolable, dans un état second.

Les pas de deux auraient encore gagné en beauté si Bullion n’avait pas lui aussi été si concentré, si à l’écoute de sa partenaire ; il était aux petits soins pour elle, à en perdre cet abandon dans la danse qui me fascine tant chez Guillem ou Leriche, ou même cet hiver chez Ciaravolla et Ganio… peut être que quelques répétitions de plus leur auraient permis d’aller plus loin dans la confiance réciproque de l’un pour l’autre…

 

Le pas de deux au voile montrait que les ajustements n’étaient pas tout à fait terminés…

Mais malgré tout, il y avait un charme, une magie, un quelque chose qui passait comme un rêve et nous emportait vers un au-delà sublime…

 

Zakharova m’a  conquise par son sens de la scène, du jeu théâtral,  sa musicalité, et surtout, sa grande simplicité, jusque dans les saluts ! On ne voit jamais l’effort quand elle danse, on ne voit que son personnage.

 

 

Par rapport à nos étoiles ?

 

Rien de plus rien de moins, si je m’en réfère à Dupont, Pujol, Ciaravolla, Osta, Letestu au fil des rôles dans lesquels je les ai vues. ( Je n'ai vu que Dupont et Guérin dans le rôle)

C’est juste une question de style, de façon de bouger, plus «  orientale» plus souple au niveau du buste, des bras, du port de tête

 

J’étais heureuse de rencontrer une Bayadère aussi attachante, aussi émouvante…  

photos extraites du site de Zakharova et de celui de Noureev.org sans but commercial.

Le choix de la photo de Zakharova résume toute sa simplicité de cette soirée.

Partager cet article
Repost0
24 mars 2012 6 24 /03 /mars /2012 10:41

Deux nouvelles étoiles ont été nommées récemment : Joshua Hoffalt et Ludmila Pagliero

Je ne fais pas d'articles parce que l'une ne m'inspire rien de bien fôlichon et que je n'ai pas vu danser l'autre depuis les amis de Raymonda ( 2009)  où il avait d'ailleurs montré de belles qualités.

Pagliero récemment dans Robbins m'a paru bien pâle... comme toutes les autres fois où je l'ai vue danser.

Actuellement, un grand malaise au sein de la compagnie

 

Il y a Mats Ek donné à Garnier, magnifique, et une Bayadère de misère où les danseurs se blessent à qui mieux mieux

Mais l'opéra de Paris est passé maître dans l'art des chaises musicales

Visiblement tous les danseurs voulaient être sur le Mats ek ( on les comprend) ou sur le Robbins

Certains sont sur les deux à la fois. Ce sont des oeuvres enthousiasmantes

Mais alors pourquoi avoir programmé Bayadère en même temps? Alors que l'opéra nous a privé de danse en janvier et en février? Qu'il y a eu cette longue période sans spectacle après Onéguine et Cendrillon?

 

Qu'on ne réponde pas que les danseurs étaient en tournée et que le Royal ballet du Danemark est venu :

1) toute la compagnie n'était pas en tournée

2) le Royal Ballet n'a eu que cinq soirées

 

Du coup, les blessures s'enchainent ce qui donne : A remplace B qui remplace C qui remplace D.

Les distributions sont toutes chamboulées; le retrait de Gillot de Bayadère pour assurer tous les Mats Ek n'est qu'un exemple.

Les spectateurs arrivent au théâtre croyant voir tel ou tel danseur; ils ont vérifié la veille sur le site. Et bien non! C'est un autre danseur qui assure le spectacle

 

Karl Paquette a assumé ce rôle de " je bouche les trous " tant et si bien qu'actuellemement il souffre de graves problèmes de dos

D'autres sont blessés : Froustey, Gilbert, Heymann, Pujol, Ciaravolla, plus d'autres que j'oublie.

 

 

Alors hop, face à tous ces blessés, une solution miracle : on nomme des étoiles, comme cela, le public, ce gros beta, n'y verra que du feu : si sur le papier, il est marqué " étoile", c'est que c'en est bien une!

 

Et bien non! Ont donc été nommés comme je l'écrivais au début : Hoffalt et Pagliero sur Bayadère.

Pagliero parce qu'elle a assuré un rôle alors qu'elle n'était pas prévue dessus et qu'elle ne l'avait pas dansé depuis... 2010

On récompense donc actuellement la capacité à gérer la misère....

 

Plusieurs raisons sans doute à ces blessures en rafales depuis plusieurs saisons.

On peut se poser des questions : y a t'il suffisament de kiné? de répétiteurs? de coaching? Car ces danseurs sont des sportifs de haut niveau, ils ont besoin d'un minimum de soins, de conseils, d'écoute. Actuellement,  je crois qu'il n'y a que deux kinés pour 150 danseurs....

Côté répétiteur, on a éloigné volontairement Loudières, Guérin et d'autres....

Khalfouny disait dans le documentaire qu'elle adorerait transmettre certains rôles mais qu'elle sait qu'on ne le lui demandera jamais....

Toute énergique qu'elle soit, Clotilde Vayer qui est maître de ballet, n'a jamais brillé par une technique époustouflante; il suffit de voir sa variation de la deuxième ombre dans la Bayadère qu'elle achève à grand peine

C'est pourtant elle qui fait répéter en grande partie le corps de ballet...

 

 

Comme je l'ai écrit à de  multiples reprises, des talents, il y en a plein à l'opéra; mais ceux ci ne peuvent complètement éclore ou alors éclosent et se blessent, tel Hérvé Moreau, qui a demissionné

Ont aussi démissionné par le passé la sublime Fanny Fiat - un joyau que l'opéra n' a pas su faire éclore, ni même conserver et Yann Bridard

JG Bart aussi a eu une carrière écourtée

 

Mais il suffit de regarder la politique maison pour comprendre

 

Les danseurs dansent de moins en moins de classique et de plus en plus de contemporain; ils aiment, c'est bien, moi aussi j'aime les voir dans ce registre! Leur Mats Ek m'a enthousiasmée!

Mais ensuite, lorsqu'ils reviennent au ballet classique ou pire, qu'ils alternent les deux dans la même période, les blessures inévitables arrivent en légion

Le rapport au sol n'est pas du tout le même dans les deux techniques  : dans l'une c'est l'élévation pure, les sauts, les pointes pour les filles,  dans l'autre au contraire, on danse " avec le sol", le placement est différent, la prise d'équilibre aussi, les filles se retrouvent souvent pied nus... les muscles ne travaillent plus du tout dans la longueur, dans l'allongement; la puissance est puisée d'une autre façon. Le centre de gravité se déplace.

Il ne faut pas oublier aussi qu'ils travaillent plusieurs heures par jour, alternant parfois dans la même journée répétition contemporaine et classique

 

Il suffit de se rappeler l'hécatombe l'année dernière dans le Lac des cygnes; les Odettes se sont toutes blessées, à la fin il ne restait que Cozette!

C'est tout juste au niveau du corps de ballet s'il restait suffisamment de cygnes... 

 

Alors, a présent, c'est comme chez Ikéa : on nomme des danseuses et des danseurs costauds; pas les meilleurs, mais des bien solides, qui tiennent la route, et tant pis pour l'artistique, le charisme, la grâce

 

Les deux seules vraies étoiles nommées  ces quatre dernières années furent Ciaravolla et Gilbert...

 

Du coté des garçons, c'est la misère : plus de Belarbi, Legris, Hilaire, Martinez, Moreau, et bientôt plus de Leriche. Il ne restera que Ganio, car Heymann, certes très doué, est un danseur  un peu à part. D'ailleurs je n'ai toujours pas réussi à le voir danser - ni sur Raymonda, ni sur Cendrillon - car il s'est blessé à chaque fois...

 

Bullion, Hoffat, Paquette, Bélingard,  les danseurs étoiles en titre ont de belles personnalités artistiques, et pour Paquette un charisme extraordinaire; Bullion montre une sensibilité artistique magnifique dans certains rôles... mais la virtuosité n'est pas là. 

Car l'opéra de Paris semble ne plus aimer  le classique. Mais   le classique, ça fait vendre, surtout aux vaches à lait que sont les entreprises, arop  ou autres qui se moquent pas mal du talent, de la virtuosité : aller à l'opéra est un acte social, rien d'autre!

 

Hors la danse classique, c'est la virtuosité, quand on est étoile, un charisme et un artistique hors du commun...

Actuellement, les gens s'habituent et disent   de certaines étoiles bien ternes " mais elle est gentille"  ou " elle est solide, regarde elle a fait toutes les dates qui restaient " ou " ça n'est pas si mal maintenant par rapport à ce qu'elle faisait avant" ou " on va aller la voir pour savoir si elle a progressé"  ou " ce sera interessant de la voir pour comparer"

 

Toutes ces raisons me consternent ou me font rire suivant mon humeur!

 

 

Il suffit aussi de regarder la saison prochaine pour comprendre que les danseurs ne vont pas peaufiner leur technique classique; il n'y aura qu'un misérable Don Quichotte ( qui sera donné 24 fois, eh, que diable, il faut rentabilier!!) tout le reste : de la danse abstraite.... 

 

Il suffit de comparer avec le Royal ballet et sa saison pour voir à quel point l'opéra de Paris... devient la première compagnie classique de danse contemporaine

Partager cet article
Repost0