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Shabastet

  • : Danse et... danses!!!
  • : Blog sur la danse en général et l'opéra de paris en particulier rédigé par Valérie Beck, administratrice du forum danses pluriel
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Noureev

 

Danser, telle la phalène sous la lune, le pinceau du calligraphe, ou l'atome dans l'infini 

                                              

marie-taglioni-in-zephire.jpg

10 mai 2012 4 10 /05 /mai /2012 08:09

  Histoiredemanonprogramme.jpg

Dix ans après avoir vu Guillem/Hilaire/Romoli/Gillot, j’ai enfin revu Manon, de McMillan, d’après l’Abbé Prévost. Ce chorégraphe a l’art de narrer une histoire avec mille détails. ;  mieux que personne il donne de l’épaisseur à ses personnages qu’on suit dans leur méandre psychologique, dans leur questionnement, leur doute, leur choix, leurs émotions aussi facilement que si on lisait un livre. Les rôles secondaires tirent les ficelles, ce qui fait que tout le monde est important même si le ballet repose énormément sur les deux héros. Le plateau grouille de vie, car il y a toujours une intrigue, une confidence, un jeu quelque part sur scène pendant que d’autres dansent.

Ce qui parait blanc ne l’est pas, ce qui parait noir ne l’est pas non plus. Au final, on est face à des héros très humains, faits de grandeurs et d’une certaine bassesse aussi. Ainsi la pureté de Desgrieux se trouble-t-elle lorsqu’il triche aux cartes pour gagner de l’argent et récupérer Manon. Une autre facette surgit alors. Mais à la fin, c’est son courage et son amour qui l’emportent. Lescaut est un être somme toute assez abject mais il nous bouleverse par sa mort, dramatique, cruelle, injuste. Manon a plusieurs visages qui évoluent tour à tour au cours de l’histoire. Malgré son goût de l’argent, d’une vie facile, elle reste terriblement attachante : son amour pour Desgrieux est profond, sincère, même si elle fait d’autres choix : elle l’aime. Et cet amour entre les deux héros donne ce souffle unique à ce récit qui décrit les turpitudes  grandes ou petites des uns et des autres et les actes héroïques inattendus.L’univers de McMillan n’est jamais tendre ; sur scène, il y a trois morts et un viol. Cela rappelle un peu les ambiances «  shakespeariennes » qu’il affectionne.

Pour le langage chorégraphique, McMillan reste toujours très sobre ; il fait beaucoup avec peu. Ses pas de deux sont de véritables défis aux lois de l’équilibre. Les danseurs ont la redoutable tâche d’en gommer toute la virtuosité, toute la difficulté pour n’en montrer que l’émotion, le lyrisme, ou le drame.

Quand je lis ici et là, «  le rôle de Manon n’est pas technique », je me dis que les gens qui écrivent cela n’ont jamais dansé. Réaliser toutes les figures acrobatiques des pas deux en leur donnant la justesse de ton, la légèreté, la fluidité, tout en étant en parfait accord avec son partenaire – cela veut dire  lui faire totalement confiance – est un travail de très haut vol. D’ailleurs, notre chère Guillem a pris soin dans les bonus de On the edge, de montrer un  « raté » en répétition, sur un pas de deux de Manon. Ils sont vertigineux, et le pire c’est que le plus redoutable sur le plan technique et dramatique arrive à la toute fin du ballet, après deux heures de danse. Les artistes doivent donc puiser dans leurs dernières forces pour aller au bout sans faiblir.

 

J’avais le souvenir très net des interprétations de Hilaire/Guillem/Romoli et Gillot mais j’avais hâte de découvrir Ganio et Ciaravola qui m’avaient tellement bouleversée dans Onéguine cet hiver et que j’avais adoré dans la Sylphide il y a quelques années. Ils ont littéralement donné leur âme. Le corps de ballet et les autres personnages n’était pas en reste non plus. Mention spéciale à Monsieur de G M, l’excellent Eric Monin – on le dirait tout droit sorti du film de Tavernier «  que la fête commence ! » et à Hugo Viglioti en chef des mendiants. Yann Saiz fut très charismatique aussi et, tout comme son brahmane dans la Bayadère en avril, il a su rendre son Lescaut très ambigu et très attachant. Sa danse offrait beaucoup de présence, de puissance, et son ivresse était bien jouée aussi, sans en faire trop. Pas aussi comique que celle de Romoli vu dix ans plus tôt, mais bien sentie. Seul  le personnage de la maîtresse de Lescaut dansé par Daniel ne m’a pas emballée ; jolie à ravir, sensuelle, ravissante, cette danseuse n’a pas véritablement créé de lien avec Yann Saiz qui lui, en créait un avec elle. Je me rappelle la relation Romoli/Gillot, c’était toute autre chose. Deux vieux lascars s’entendant comme larrons en foire, ils avaient le choix de tirer l’interprétation du côté de la complicité  plutôt que de l’amour.

 

J’adore le premier acte, l’ambiance de la place qui grouille de vie, l’arrivée des calèches, la foule colorée qui emplit peu à peu l’espace. Le premier pas de deux entre Manon et Desgrieux fut tout simplement sublime : le mot qui me reste en tête est « pureté » ; il y a une telle osmose entre les deux artistes qu’ils n’en forment plus qu’un. Manon, charmée par la fraîcheur et l’ardeur de Desgrieux s’abandonne à ce pas de deux avec une joie toute simple qui transporte et nous fait véritablement revivre l’amour tel qu’on l’éprouve quand il nous « tombe » dessus. Le texte dit pudiquement que Manon est «  plus expérimentée » que Desgrieux, et que c’est sans doute à cause de son amour des plaisirs qu’on l’envoie au couvent.

Au début, le Desgrieux de Ganio est plein de grâce, d’élégance, et de cet élan du cœur, qui n’est pas encore la passion, mais cette attirance inévitable qui entraîne vers l’autre, sans même qu’on s’ en rende compte. Manon-Ciaravola l’observe, intriguée, puis se laisse à son tour charmer.

Dès le début les deux héros nous touchent, on les aime. J’ai été émue aux larmes par ce premier pas de deux. Il est si rare de trouver cette qualité artistique portée à ce point de perfection. Les qualités de danse et de cœur sont là, qui nous transportent entièrement.

Lorsqu’on les retrouve ensuite dans la chambre, on découvre une Manon heureuse, toute éperdue d’amour, en accord total avec le chevalier. Elle est primesautière, espiègle, toute à sa   passion et à son bonheur. La danse, fluide, donne l’illusion de la simplicité. «  Danser comme on respire » prend ici tout sons sens. L’irruption du frère accompagné de Monsieur de GM qui vient lui offrir une vie de luxe va donner une direction inattendue à l’histoire. Manon hésite, elle est vraiment à deux doigts de refuser mais finalement accepte le marché de son frère. Elle suit Monsieur de GM pour un manteau et un collier. Il faut souligner ici la justesse d’interprétation des trois personnages. Du grand art.

 

Dans le second acte, McMillan instaure une ambiance vraiment très particulière, à mi-chemin entre les liaisons dangereuses de Laclos – qui ne seront écrites que 60 ans plus tard - et le film de Tavernier « que la fête commence ».

Ciaravola a une conception personnelle de Manon. Pas facile de rendre attachante une fille qui aime les plaisirs, quitte son amant sans un mot pour une parure,  devient la maîtresse d’un homme de pouvoir, et entretient des liens ambigus avec un frère qui est une crapule. Seule une artiste de cœur, qui s’engage totalement dans son rôle et a le sens des nuances peut montrer que Manon est plus qu’une simple fille amoureuse des plaisirs de la vie et du luxe.  Ciaravola sait restituer tour à tour être une amoureuse sincère, une manipulatrice, une sœur pleine de tendresse, une amante, une jeune femme espiègle, mais aussi une âme torturée par ses propres choix.  Sa Manon, plus guidée par la peur de la misère que par la quête des plaisirs, forme avec Lescaut son frère un duo plein d’ambiguïté et de tendresse. Elle ne le juge pas, elle l’aime de tout son coeur. Et elle lui fait confiance.

Consciente d’avoir quelque chose d’unique qui attire les hommes – on le ressent vraiment dans la scène où elle passe de bras en bras -  elle en tire profit, comme le lui demande son frère. Elle enjôle Monsieur de G pour mieux parvenir à ses fins : ce n’est pas  la quête des plaisirs qui la pousse. On n’est pas dans un tableau de Boucher, où les femmes libertines relèvent leur jupe et leur chemise, car elles sont faites pour le plaisir charnel. Pendant le long solo, Isabelle Ciaravola, dans sa robe noire, fascinante, a la certitude de plaire, de mener le jeu, et au début du solo, elle se montre déterminée à ne pas changer de destinée quoiqu’il se passe. Elle se détourne sans cesse de Desgrieux et finit par lui expliquer qu’il ne peut pas lui offrir cette vie là. 

Le choix de Ciaravola peut étonner car elle s’éloigne de la Manon faussement candide mais perverse sans le vouloir par goût des plaisirs dont le roman a fait le portrait. Mais c’est si justement interprété, si formidablement traduit par la danse et les émotions qu’elle dégage, qu’on adhère aussitôt à cette conception personnelle du personnage. Au fond, elle me rappelle l’interprétation de Deneuve dans Manon 70 qui ne supporte pas la misère et fait donc un choix d’argent plutôt que de cœur.

Revoir Desgrieux met Manon mal à l’aise non parce qu’elle l’a trahi, mais parce qu’il lui rappelle qui elle est vraiment. Elle ne peut oublier qu’elle aussi l’aime toujours. Elle finit donc par lui suggérer de jouer aux cartes pour gagner de l’argent afin de pouvoir partir avec lui. 

La scène de jeu fut un grand moment. Il  faut voir Ganio tricher aux cartes, prendre un plaisir évident à rouler les joueurs les uns après les autres pour récupérer Manon. Plus question de pureté, de candeur. Par amour, il est prêt à tout. Pendant ce temps, Manon et Lescaut, ses complices donnent le change autour de la table de jeu. M de G M est berné ainsi qu’un de ses amis. On lit la fureur sur leur visage quoiqu’ils se contiennent.

Le pas de deux suivant dans la chambre confirme que Desgrieux n’a plus les illusions du début : Ganio passait d’une émotion à une autre en quelques instants : tout est en contradiction, en ébullition en lui :  partagé entre son amour pour Manon et  sa colère parce qu’elle l’a abandonné, il rit dès qu’elle le taquine, comme un môme,  mais se reprend aussitôt : il voudrait qu’elle change de vie, qu’elle renonce à ses bijoux, mais voilà, c’est sa Manon, elle règne sur son cœur,  et désarme même la violence qui s’empare de lui. L’osmose entre les deux artistes leur a permis de jouer cette scène avec une limpidité confondante. La très grande intensité dramatique qui monte progressivement atteint son point culminant avec l’irruption de M. de GM, sa brutalité, et la mort, bouleversante de Lescaut. Le pouvoir a le dernier.

 

Dans le troisième acte, dès les premiers instants, McMillan instaure encore une autre ambiance ; les couleurs ont changé. Les tons dorés, fauves ont disparu. Des gris bleutés, des beiges, des bleus pastel font sentir l’intense lumière du soleil dont on se cache sous les ombrelles. On sent le soleil, la chaleur, l’air saturé du port. On n’est plus que compassion pour les pauvres filles aux cheveux mal taillés, accablées de fatigue qui descendent du bateau, après une traversée qu’on imagine éprouvante sur tous les plans et qui sont malmenées par les officiers du port ; Desgrieux est là, qui veille de tout son cœur sur sa Manon,  épuisée, si frêle sur ses longues jambes, et qui essaie de lui donner sa force et son courage.

La scène avec le geôlier – Aurelien Houette, parfaitement horrible - met mal à l’aise tant elle est réaliste malgré la distance de mise dans un ballet, la fureur de Desgrieux et le meurtre éveille en nous des sentiments de joie sauvage et « primaire », mais la fuite dans le bayou nous serre la gorge et la mort de Manon nous fait verser plus de larmes que jamais. Dans un vert vénéneux, au milieu des marécages brumeux et malsains, Manon reverra des pans de sa vie passée ; les forces la quittent malgré le soutien de son amoureux.

 

Les mots ne rendront pas les émotions qui naissent pendant ce si court troisième acte : la compassion est sans doute celui qui résume le mieux tout ce que l’on peut ressentir face à l’amour intact de Desgrieux qui chérit sa Manon de toute la force de son cœur, qui en prend soin, qui la porte littéralement jusqu’à son dernier souffle

 

Ce dernier pas de deux va rester gravé dans mon cœur pour toujours. La beauté de Desgrieux/Ganio conjuguée à la fragilité de Manon/Ciaravola, qui avance, comme un animal blessé sur ses pointes qui se tordent, la virtuosité des doubles tours dans les portés, l’abandon des deux artistes, leur sublime entente artistique, fait que l’on est alors en fusion totale avec les deux héros. Tout reste cependant sobre, habité, juste. Les distances s’effacent, on ressent ce qu’ils vivent, on souffre avec eux. Et la compassion nous inonde toute entière. Y a-t-il un plus beau sentiment dans l’humanité que celui là ?

 

À leur salut, ils ont reçu une ovation méritée. Ganio avait encore les yeux pleins de larmes – et moi aussi, - et  sur le visage de Ciaravola on lisait encore tout le tragique de sa fin, les violences subies, la mort venue si vite.

Comme toujours ces deux artistes de cœur sont venus saluer et remercier leur public avec une grande humilité. Quelle leçon !

 

Je me désole de la saison de l'opéra de Paris l'année prochaine, qui n'aura pas de rôle de cette sorte à offrir à ces deux superbes artistes.  ( prochain article!)

Je réserve déjà dans ma tête toutes leurs Sylphides à venir!

 

 

 

  

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5 mai 2012 6 05 /05 /mai /2012 08:37

guru-kelu.jpgQui mieux que Kelucharan Mohopatra – beau père de la sublime Sujata Mohapatra – peut parler de l’Odissi ?

Il est l’un de ceux qui ont lutté pour permettre à l’Odissi de renaître en Inde – alors que la domination anglaise avait éradiqué toute forme de danse jugée impudique. Ce danseur et guru est mort en 2004 après avoir  largement contribué à restaurer l’Odissi dès les années 1950. Peut-être que beaucoup de choses furent perdues, mais pas l’esprit de cette danse sacrée.

Kelucharan s’est appuyé sur les textes théoriques et sur les innombrables sculptures des temples de l’Inde du Nord et du Nord-est pour «  recréer » la danse Odissi.

Sans doute les chorégraphies qui se transmettent aujourd’hui de maître à élève et qui ont toutes ou presque été créées par lui,  n’ont-elles pas grand-chose à voir avec celles qui se dansaient il y a deux milles ans dans les temples. Sans doute la musique a-t-elle elle aussi beaucoup changé.

Mais l’esprit fondamentalement reste le même parce que la philosophie indienne s’appuie sur des choses qui sujata.jpgdemeurent les mêmes depuis plusieurs millénaires

Même si d’une école philosophique à l’autre il y a quelques différences, quelques nuances, le propos reste celui-là : tous les individus ne sont qu’un seul et même être relié à une conscience unique. Le sentiment du « Je » Ahamkaram, seul, donne l’impression d’être un individu séparé des autres, mais il n’en est rien.

 

A la lueur de cette explication, la déclaration de Kelucharan s’éclaire d’elle-même.  « The real dance must convey the feeling of undivided existence, that a spectator can feel that he is not different from the thing observed"

La vraie danse doit donner le sentiment de l’existence indivisée,  que ce que le spectateur peut sentir n’est pas différent de ce qu’il regarde.

 

madhavi.jpgAinsi, pour Kelucharan, le danseur permet au spectateur de se « souvenir » de son origine divine commune et de la vivre pendant la prestation du danseur.

On n’est donc plus dans un art de divertissement, mais dans une forme de prière dansée, ce qu’affirme Kelucharan :

 

« Odissi is not a mere dance form to entertain people but to inspire and elevate. I don't actually dance but pray in compassion and the spectators say that this `form' is dancing”

 

L’Odissi n’est pas une forme de danse pour divertir les gens mais pour les inspirer et les élever. Je ne danse pas mais je prie dans la compassion et les spectateurs disent que cette forme est de la danse

 

 

 

Les deux chorégraphies que j’ai étudiées – Mangalacharam et Battu m’ont permis de me familiariser avec la technique de la danse pure, et d’aborder un peu l’abhinaya ou «  mime » qui doit conduire le spectateur au rasa. C’est très difficile, le mime, car il faut naturellement faire quelque chose que l’on fait dans la vie  en y mettant la forme juste et l’émotion juste, sans surjouer…

 

Mon professeur a été formée par Magdhavi Mugdal, elle-même disciple de Kelucharan Mohapatra. Le style est pur, très simple et très beau. Et très difficile ! Tout est codifié, tout a une place précise : les doigts, les coudes, le menton, … tout l’art réside dans le fait de rendre cela «  naturel » et simple. Sans fioriture, ni chichi. Parviendrai-je un jour à y arriver vraiment ?

 

 

 

  

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5 mai 2012 6 05 /05 /mai /2012 07:11

SORIA-MEHDI_portrait_w858.jpgEt voilà, la nouvelle est tombée il y a quelques jours, la meilleure danse ne fait pas recette, du coup, M6 annule les trois prochaines diffusions et c'est la petite chaine W9 qui récupère ce qui est déjà mis en boite

 

Pour une fois qu'une émission de danse passait à la télé et me plaisait  ! 

 

J'en suis triste pour les candidats et pour le jury

Quand à moi, il me faudra attendre le 22 mai pour voir la suite - les quarts de final

 

Au fond, et c'est peut être là que le bât a blessé, ce qui compte vraiment ce n'est pas  qui va gagner mais c'est plutôt découvrir l'univers de chaque groupe ou artiste.

Cette émission de " télé réalité" où les spectateurs ne peuvent pas voter en direct ne peut pas marcher, surtout en plus pour de la danse qui n'a jamais fait recette en France....Pour la nouvelle star par exemple, les éliminations se faisaient en direct, il y avait donc une sorte de fièvre qui s'installait sur le plateau et les gens pouvaient voter. Là, impossible, puisque l'émission est déjà toute enregistrée.

 

 Même si  Lors de l'émission du 26 avril,  les candidats offraient des univers moins variés que lors de l'émission précédente,  ce fut encore un beau moment de danse

j'ai juste regretté que la pub se soit largement invitée pendant les trois premiers quarts d'heure, qui n'a offert en terme de danse que deux passages de 2 minutes... de quoi s'énerver devant son poste! 4 minutes de danse en 45 minutes d'émission.... là aussi, pas de quoi fidéliser les gens devant leur télé!

 

Je retiendrai de cette troisième édition deux couples : Sonia et Mehdi qui ont offert plus qu'un duo hip hop, mais un véritable moment de poésie, d'art et d'émotion, avec une maîtrise à couper le souffle. Un couple charismatique, bourré de talents, et dont l'univers simple est chargé de sens- Un grand moment de danse

 

Dans un autre registre, un autre couple, de danse latine cette fois ci : Anthony et Mila, superbes tous les deux. Là, on est plus dans le glamour, moins dans l'émotion sur le fil comme pour Sonia et Mehdi, mais quelle élégance, quelle grâce, quelle légèreté! Mila a une technique sublime - comme ses jambes d'ailleurs - une grâce de ballerine et elle forme avec Anthony un couple esthétiquement très beau.

Mais c'est moins " habité" que Sonia et Mehdi.

 

 

Ensuite, j'ai été fascinée et émue par Hastop, un garçon qui vit aux Etats Unis, et qui là aussi est bourré de talents; sa prestation présente un univers très travaillé, très raffiné, où chaque geste, chaque isolation est maîtrisée d'une façon parfaite; mais surtout, Hastop a un vrai univers d'artiste, une grande sensibilité qui transparaît dans ses personnages qui prennent vie comme s'ils sortaient de jeux videos, à mi chemin entre le cyber-danseur et l'homme réel. Hastop est une sorte de poète des grandes villes...

 

 

Dans un autre style, les Boukan-style on offert une prestation bourré d'humour, d'énergie, d'inventivité; ils fusionnent le LES-BOUKANSTYLES_portrait_w858.jpghip hop, la danse jazz, la danse africaine, en un joyeux mélange magnifiquement construit - même au niveau du montage musical que j'ai adoré!

 

Il faudrait aussi parler d'Ingrid, magnifique danseuse de classique-flamenco, à la technique époustouflante, à la beauté parfaite - elle a pourtant un corps rafistolé à coup de plaques suite à une chute de quatre mètres en scène  et n'aurait du ne plus jamais danser, de Nicolas, le jeune danseur de claquette, plein de poésie et de fraîcheur, de ce trio de rock familial, semant au passage sur le plateau une vague  de bonne humeur contagieuse - qu'est ce qu'ils étaient sympathiques!-  des Heys crews qui ont offert une prestation hip hop magnifique et élégante...

Merci à eux tous pour leurs prestations, leur ardeur, leur investissement, leur passion!

 

Comme toujours j'ai été moins touché par d' autres concurrents :

Les Diablesses, petites filles de 10 ans qui ont fait une prestation jazz qui n'était pas en accord avec leur âge - cela faisait trop show télé à la mode même s'il faut louer leur " professionnalisme"

comparée à la petite Coline de la semaine dernière... voilà! mon choix est fait!

 

Les Darks horses qui n'ont pas su me toucher par leur danse; ils se veulent gothiques mais leur danse n'explore pas vraiment cette veine; ça reste " classique"

 

Le duo de barre dansée par Manon et Elynn

 

Les Urbans tribes, filles qui viennent de Norvège et qui assument leur rondeur

 

Ou encore Arthur, avec sa technique extraordinaire mais sans  vraiment d'univers à offrir ce jour là

 

Il me faudra donc attendre le 22 mai pour voir la suite!!!

 

J'attends cela avec beaucoup d'impatience!

 

 

A lire sur ce blog :

 

la meilleure danse - découverte!

 

la meilleure danse : demi finale

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20 avril 2012 5 20 /04 /avril /2012 08:10

7cf63220d57b25f784e7a6f1323be53d4f86aeaf7a721.jpgJ’étais loin de me douter hier, en allumant la télé pour regarder vers 22 heures la fin du programme la meilleure danse, que j’allais être bouleversée à ce point !

Une émission de danse sur la 6, même avec MA Gillot et Redha  en jury restait pour moi une émission( de divertissement!( Petite aparté :  je les adore tous les deux; que de fois suis je restée le nez collé aux vitres des studios harmonic à regarder Redha donner ses cours il y a une vingtaine d'années! et je me disais : tant de talents en France inexploité : quel gâchis! Quand à MA Gillot, elle est pour moi la danseuse la plus atypique que je connaisse et l'une des plus talentueuses!) 

Mais cette Nouvelle danse c’est beaucoup plus que du divertissement, ou en tout cas c’était beaucoup plus que cela hier soir

J’avais «  zappé » la saison de l’année dernière, et je n’avais vu que deux ou trois groupes très «  dans l’air du temps » avec des chorégraphies inspirées du hip hop ou de la Street Dance –

Plaisant, mais pas assez pour me retenir devant mon poste (je ne regarde quasiment jamais la télé)

 

Et puis la semaine dernière, par curiosité, je suis allée sur le site de M6 pour  voir en   « replay » les prestations de quelques candidats, et là, wouahh, j’en découvre deux ou trois qui m’impressionnent et me communiquent ce que j’aime en art : le frisson !

 

Hier, vers 22 heures, je n’avais pas d’attente particulière et j’ai reçu, via mon petit écran, de grandes émotions et des moments de plaisir pur

Les candidats/ groupes s’affrontent deux par deux, se choisissent, et l’un des deux est ensuite selectionné par le jury pour les quarts de final. Quatorze candidats/groupes sont présentés à chaque  émission pour un total de 56 je crois. ( A vérifier !)

 

Il faut dire que la plupart des candidats d’hier vivaient leur passion avec une ferveur, une authenticité extraordinaires

Je n’ai pas retenu le nom de tous les candidats ou groupes, mais se détachent dans mon souvenir ceux-ci ( je n’en ai vu que 10  sur 14)

 

-         Coline, une jeune danseuse de 11 ans, qui pratique le modern jazz et qui a interprété ces deux chorégraphies – la seconde surtout avec son coussin – avec une sincérité, une émotion, un engagement confondants ; c’était une vraie interprétation, et pas seulement les pas d’un petit singe savant - elle m’a émue aux larmes par la pureté de sa danse, sa candeur

-         Un danseur ougandais, qui racontait sa terrible histoire ; la gestuelle était simple, mais c’était bouleversant de voir cet être livrer via la danse un pan de son histoire avec là aussi tant de sincérité, d’engagement – ses yeux exprimaient toute son intériorité ; il y avait quelque chose qui m’a évoqué Alvin Ailey et la chorégraphie Revelation quand trois garçons prennent la fuite sur «  run » et rampent au sol pour s’échapper

-         Very Bad team, un groupe de garçons très sympathiques qui lors de leur deuxième passage m’ont épaté : synchronicité, passion, maîtrise, ces gars là dansent avec toute leur âme à l’unisson ; un grand frisson là aussi. Leur danse fusionne le hip hop à d'autres styles ( danse classique compris puisque l'un des danseurs a fait l'école de M Béjart)

-         «  Princesse Malimba » une danseuse camerounaise qui a offert au public une magnifique danse traditionnelle bourrée d’énergie, d’ode à la terre – c’était inattendu et tellement vivant- j’ai été happée par ma télé à ce moment-là, j’ai oublié où j’étais

-         Quatre filles qui ont dansé avec une virtuosité accomplie ; non pas que les mouvements étaient en eux-mêmes difficiles, mais c’est la rapidité d’exécution qui était vraiment impressionnante d’autant que la synchronicité était parfaite ; la aussi ferveur, passion !

 

 

Voilà pour les candidats qui m’ont puissamment marquée ; à leur côté deux garçons en talons, ma foi, pas une grande technique, mais un travail précis, abouti, décalé (leur gestuelle s’apparente aux chorégraphies de Madonna) ou bien encore ces filles venues de Corse qui dansent les claquettes avec un peps digne des  musicals

 

J’ai été moins touché par le couple Julien-Marie que j’ai trouvé un peu poseur ; même remarque pour le danseur de flamenco qui semblait imbu de lui-même.

 

Et puis les vainqueurs de l’année dernière, un groupe de danse de salon qui lors du deuxième passage a offert une danse d’une qualité et d’une élégance vraiment rare, avec une symbolique particulière puisque l’un des danseurs est sourd ; et la chorégraphie exprimait cet handicap, mais avec vraiment de l’émotion, de la retenue, de la pudeur et de l’élégance, pas facile pourtant, car on peut vite tomber dans le pathos ( ce qu’ont fait Marie et Julien )

 

Voilà, je pleure devant M6 !

C’est normal, j’ai reconnu dans tous ces candidats ma propre passion, moi qui m’astreins à 50 ans à travailler l’Odissi tous les jours, qui en souffre beaucoup, mais qui suis poussée par une force qui m’oblige à aller au-delà de la douleur, et qui trouve au bout de ma séance d’entraînement une euphorie aussi forte qu’un shoot (je suppose, je n’ai jamais essayé !)

 

Cette passion de tous ces candidats transparait ! Et c’est bouleversant. A eux tous, ils résument la philosophie de ce blog

Tant d’univers, tant de passion, et tout donner en deux ou trois minutes, sans la possibilité de «  tricher »

 

Au fond, cette émission est un peu semblable à l’ancienne Nouvelle Star de  la  saison 3   qui avait été vraiment formidable ( Steeve Estatof)

Avec un jury vraiment adorable !   )

 

 

MA Gillot a un regard passionné, bienveillant et professionnel ; Redha est un poète au grand cœur, et FDragone a la même gentillesse, la même bienveillance

Il n’y a jamais de critiques gratuites, juste des remarques sur ce qui peut être amélioré, ce qui peut être perfectible. Il y a un vrai respect pour ce qui est proposé

Le jury met toujours en avant ce qui leur a plu dans les univers proposés

 

Ajoutons à cela que l’animateur est simple, et présente sans chichi. De la sobriété; ça fait du bien!

 

Donc on est bien loin d’une certaine hystérie d’autres émissions du même type

Il n’y a rien non plus de tape à l’œil

 

Voilà, je serai donc devant ma télé la semaine prochaine ! Et oui !

 

Et je reviendrai sans doute sur cette émission !

 

a lire sur ce blog

 

La meilleure danse passe de M6 à W9

 

La Meilleure danse : demi finale

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5 avril 2012 4 05 /04 /avril /2012 20:26

Zakharova-Tchaikovsky

 

La Bayadère – Zakharova/ Bullion/ Pagliero – 4 avril 2012

 

J’avais longtemps hésité à prendre des places pour cette série. Mes dernières Bayadères étaient décoratives, sans âme, terriblement décevantes.

À cause de distribution tardive, j’ai raté les derniers Solor de Nicolas Leriche et l’ai amèrement regretté.

C’est finalement mon envie de voir Zakharova au moins une fois sur scène qui a eu raison de mes réticences… en vidéo, j’oscillais entre la fascination et un certain agacement devant l’étalage d’une technique grandiloquente, qui nuit à la qualité de l’interprétation…

 

Je n’avais pas particulièrement d’attente, mais beaucoup de curiosité.

 

Que dire d’autre si ce n’est que cette soirée fut un enchantement d’un bout à l’autre ?

 

Zakharova totalement investie dans son personnage avait à ses côtés le Solor de Bullion, plus poète que technicien : leur premier pas de deux fut une merveille de fraîcheur, de jeunesse, de fluidité, de tendresse. Comment ne pas croire que ces deux-là sont jeunes et aiment pour la première fois ?

 

Le brahmane de Yann Saiz était tout en nuances, et en sentiments contradictoires. Mais il fallait être près ou avoir des jumelles, je pense pour apprécier son subtil jeu de scène.

Allister Mandin campait un Fakir expressif, très présent ; il donne de l’épaisseur à ce rôle un peu ingrat, et on a plaisir à le voir à chacune de ses apparitions.

 

On comprend dès l’entrée de Nikya, que la sincérité des émotions l’emportera sur la démonstration de technique. Je ne m’attendais pas à une telle sobriété de sa part, après l’avoir vue danser dans  la Belle au bois dormant d’une façon un peu tape à l’œil, à la télé cet hiver.

Ce fut pourtant son choix ;  poésie, spiritualité, douceur, telle apparaît-elle dès son sa première variation.

Son face à face avec le brahmane, montre toute une étendue d’émotion, qui va de la colère au doute,  de la fragilité à la puissance. Elle est déterminée à ne pas aimer cet homme, terriblement puissant, et face auquel elle vacille parfois, comme la flamme d’une bougie dans un courant d’air;  c’est son amour pour Solor qui  lui donne  la force de s’opposer au brahmane.

Théâtralement, tout le duo mimé est d’une lisibilité confondante ;  face à elle, Yann Saiz sort aussi de sa réserve

 

 

Quant à la confrontation avec Gamzatti,  c’était une vraie réussite.

 

Pagliero campe une princesse imbue d’elle-même, très consciente de sa supériorité, de son statut, de sa richesse ; qui se montre condescendante et faussement généreuse avec Nikya avant de dévoiler son véritable jeu, anticipant finalement par ce jeu la scène où le serpent caché dans les fleurs tuera la Bayadère.

Les émotions montaient vers  les spectateurs en vagues successives de plus en plus fortes, les laissant à la fin de l’acte, la gorge nouée…   

Nikya d’abord intimidée, refuse le bracelet que lui tend Gamzatti avec étonnement ; elle ne comprend pas très bien pourquoi celle-ci l’a fait venir dans son palais, et lui fait ce présent,  mais elle ne se méfie de rien ; lorsque la princesse la projette littéralement devant le portrait de Solor pour lui annoncer avec une joie cruelle ses fiançailles, la Bayadère, totalement bouleversée,   perd pied quelques instants. Mais quand Gamzatti lui dit, «  tout ici est à moi, le palais, les richesses, et Solor, toi, tu n’es qu’une porteuse d’eau, Nikya se rappelle que Solor lui a juré son amour au dessus du feu sacré, et ce souvenir lui donne l’audace de se dresser face à la princesse ; la violence éclate de part et d’autre, jusqu’à ce que dans un moment de rage,  Nikya s’empare d’un couteau et se jette sur Gamzatti, apeurée.

La servante intervient à temps, et Nikya réalise l’horreur de son acte et fuit le palais. Gamzatti retrouve sa superbe et se jure de   briser Nikya.

 

Le rideau tombe, et on est cloué sur son fauteuil, submergé par toutes ces émotions…

  

 

 

Le second acte – mis à part les réserves sur les costumes refaits d'une façon honteuse parce qu'ils sont totalement dépareillés!!!! – fut flamboyant

Un corps de ballet très ensemble, très dansant, avec sur les visages une vraie joie de danser !

À noter la très jolie danseuse Manou d’Aubane Philbert accompagnée par deux élèves de l’école de danse pleines de grâce et de vivacité

 

L’idole Dorée d’E. Thibault a un certain panache…même s’il n’a plus l’élevation d’autrefois.

Je goûte toujours aussi peu la danse indienne, qui me rappelle les séances d’aérobie de Jane Fonda, mais bon, je dois convenir qu’hier soir, tout était très enlevé, avec cette joie à danser communicative.

Au milieu de cette euphorie,  l’arrivée de Nikya créée un vrai malaise.

 

La première partie de sa variation tout en douleur et en musicalité a suspendu le temps ; la deuxième partie, avec cette joie un peu hystérique, parce que Nikya reprend espoir et croit que Solor lui restera fidèle, comme il lui a promis, était presque brouillonne ; comme si la Bayadère à cet instant précis perdait la tête.

Pendant cette variation, il se passe beaucoup de choses sur scène : chaque personnage incarne une gamme de sentiments variés qui va de la rage contenue (Gamzatti) au malaise teinté d’un peu de lâcheté (Solor) en passant par “mais on ne va pas la laisser faire !” du Maharadja (Phavorin, très bien !)

 

Par ailleurs, le solo de Solor ne manquait pas de brio, mais on sentait le danseur terriblement concentré ; ce qui a nui à cet abandon dans la danse qui est si jubilatoire pour le spectateur.

 

À la mort de Nikya, Gamzatti et le rajah quittent la scène royalement semblant dire “et bien voilà qui est fait ! bon débarras” tandis que Solor réalise trop tard que l’irréparable vient de se produire

 

D’ailleurs la variation de Gamzatti, odieuse à souhait, - je n’irai pas à dire qu’elle n’a pas à se forcer !!!- était très réussie techniquement parlant – à la fin de cette variation, la demoiselle a eu une façon de se planter sur la scène en laissant les bras en l’air comme pour signifier «  vous avez vu ? » le tout accompagné d’un sourire carnassier… ma foi !

 

 

Le troisième acte passa comme un rêve…c2299e24488dad15916c2c8f53bf14f6.jpg

 

La descente fut belle : prise dans cette soirée magnifique, j’ai fermé les yeux sur les deux ou trois ombres un peu fatiguées, car les autres étaient parfaites

Un grand moment de poésie, qui montre que l’ONP n’a pas dit son dernier mot ! On peut garder espoir ! Le niveau est prêt à « repartir» pour peu qu’il soit relancé…

 

Des trois solistes, c’est Giezendanner et sa joie à danser qui a le plus illuminé la scène d’une présence poétique, légère, gracieuse

Bourdon, terriblement concentrée,  avait un masque en guise d’expression ; sa danse était un peu raide, un peu figée ; par un moment, elle s’est rappelé qu’elle devait sourire, a grimacé un demi-sourire, puis s’est de nouveau concentrée à l’extrême

Laffon fut une ombre élégante et dansante

 

 

Quant à Zakharova, elle avait dû tronquer son corps de chair par un corps empli d’air pendant l’entracte ; quelle légèreté ! Une ballerine en état de grâce !

Elle n’est plus qu’une Ombre au royaume des ombres, évanescente, impalpable, face à un Solor inconsolable, dans un état second.

Les pas de deux auraient encore gagné en beauté si Bullion n’avait pas lui aussi été si concentré, si à l’écoute de sa partenaire ; il était aux petits soins pour elle, à en perdre cet abandon dans la danse qui me fascine tant chez Guillem ou Leriche, ou même cet hiver chez Ciaravolla et Ganio… peut être que quelques répétitions de plus leur auraient permis d’aller plus loin dans la confiance réciproque de l’un pour l’autre…

 

Le pas de deux au voile montrait que les ajustements n’étaient pas tout à fait terminés…

Mais malgré tout, il y avait un charme, une magie, un quelque chose qui passait comme un rêve et nous emportait vers un au-delà sublime…

 

Zakharova m’a  conquise par son sens de la scène, du jeu théâtral,  sa musicalité, et surtout, sa grande simplicité, jusque dans les saluts ! On ne voit jamais l’effort quand elle danse, on ne voit que son personnage.

 

 

Par rapport à nos étoiles ?

 

Rien de plus rien de moins, si je m’en réfère à Dupont, Pujol, Ciaravolla, Osta, Letestu au fil des rôles dans lesquels je les ai vues. ( Je n'ai vu que Dupont et Guérin dans le rôle)

C’est juste une question de style, de façon de bouger, plus «  orientale» plus souple au niveau du buste, des bras, du port de tête

 

J’étais heureuse de rencontrer une Bayadère aussi attachante, aussi émouvante…  

photos extraites du site de Zakharova et de celui de Noureev.org sans but commercial.

Le choix de la photo de Zakharova résume toute sa simplicité de cette soirée.

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24 mars 2012 6 24 /03 /mars /2012 10:41

Deux nouvelles étoiles ont été nommées récemment : Joshua Hoffalt et Ludmila Pagliero

Je ne fais pas d'articles parce que l'une ne m'inspire rien de bien fôlichon et que je n'ai pas vu danser l'autre depuis les amis de Raymonda ( 2009)  où il avait d'ailleurs montré de belles qualités.

Pagliero récemment dans Robbins m'a paru bien pâle... comme toutes les autres fois où je l'ai vue danser.

Actuellement, un grand malaise au sein de la compagnie

 

Il y a Mats Ek donné à Garnier, magnifique, et une Bayadère de misère où les danseurs se blessent à qui mieux mieux

Mais l'opéra de Paris est passé maître dans l'art des chaises musicales

Visiblement tous les danseurs voulaient être sur le Mats ek ( on les comprend) ou sur le Robbins

Certains sont sur les deux à la fois. Ce sont des oeuvres enthousiasmantes

Mais alors pourquoi avoir programmé Bayadère en même temps? Alors que l'opéra nous a privé de danse en janvier et en février? Qu'il y a eu cette longue période sans spectacle après Onéguine et Cendrillon?

 

Qu'on ne réponde pas que les danseurs étaient en tournée et que le Royal ballet du Danemark est venu :

1) toute la compagnie n'était pas en tournée

2) le Royal Ballet n'a eu que cinq soirées

 

Du coup, les blessures s'enchainent ce qui donne : A remplace B qui remplace C qui remplace D.

Les distributions sont toutes chamboulées; le retrait de Gillot de Bayadère pour assurer tous les Mats Ek n'est qu'un exemple.

Les spectateurs arrivent au théâtre croyant voir tel ou tel danseur; ils ont vérifié la veille sur le site. Et bien non! C'est un autre danseur qui assure le spectacle

 

Karl Paquette a assumé ce rôle de " je bouche les trous " tant et si bien qu'actuellemement il souffre de graves problèmes de dos

D'autres sont blessés : Froustey, Gilbert, Heymann, Pujol, Ciaravolla, plus d'autres que j'oublie.

 

 

Alors hop, face à tous ces blessés, une solution miracle : on nomme des étoiles, comme cela, le public, ce gros beta, n'y verra que du feu : si sur le papier, il est marqué " étoile", c'est que c'en est bien une!

 

Et bien non! Ont donc été nommés comme je l'écrivais au début : Hoffalt et Pagliero sur Bayadère.

Pagliero parce qu'elle a assuré un rôle alors qu'elle n'était pas prévue dessus et qu'elle ne l'avait pas dansé depuis... 2010

On récompense donc actuellement la capacité à gérer la misère....

 

Plusieurs raisons sans doute à ces blessures en rafales depuis plusieurs saisons.

On peut se poser des questions : y a t'il suffisament de kiné? de répétiteurs? de coaching? Car ces danseurs sont des sportifs de haut niveau, ils ont besoin d'un minimum de soins, de conseils, d'écoute. Actuellement,  je crois qu'il n'y a que deux kinés pour 150 danseurs....

Côté répétiteur, on a éloigné volontairement Loudières, Guérin et d'autres....

Khalfouny disait dans le documentaire qu'elle adorerait transmettre certains rôles mais qu'elle sait qu'on ne le lui demandera jamais....

Toute énergique qu'elle soit, Clotilde Vayer qui est maître de ballet, n'a jamais brillé par une technique époustouflante; il suffit de voir sa variation de la deuxième ombre dans la Bayadère qu'elle achève à grand peine

C'est pourtant elle qui fait répéter en grande partie le corps de ballet...

 

 

Comme je l'ai écrit à de  multiples reprises, des talents, il y en a plein à l'opéra; mais ceux ci ne peuvent complètement éclore ou alors éclosent et se blessent, tel Hérvé Moreau, qui a demissionné

Ont aussi démissionné par le passé la sublime Fanny Fiat - un joyau que l'opéra n' a pas su faire éclore, ni même conserver et Yann Bridard

JG Bart aussi a eu une carrière écourtée

 

Mais il suffit de regarder la politique maison pour comprendre

 

Les danseurs dansent de moins en moins de classique et de plus en plus de contemporain; ils aiment, c'est bien, moi aussi j'aime les voir dans ce registre! Leur Mats Ek m'a enthousiasmée!

Mais ensuite, lorsqu'ils reviennent au ballet classique ou pire, qu'ils alternent les deux dans la même période, les blessures inévitables arrivent en légion

Le rapport au sol n'est pas du tout le même dans les deux techniques  : dans l'une c'est l'élévation pure, les sauts, les pointes pour les filles,  dans l'autre au contraire, on danse " avec le sol", le placement est différent, la prise d'équilibre aussi, les filles se retrouvent souvent pied nus... les muscles ne travaillent plus du tout dans la longueur, dans l'allongement; la puissance est puisée d'une autre façon. Le centre de gravité se déplace.

Il ne faut pas oublier aussi qu'ils travaillent plusieurs heures par jour, alternant parfois dans la même journée répétition contemporaine et classique

 

Il suffit de se rappeler l'hécatombe l'année dernière dans le Lac des cygnes; les Odettes se sont toutes blessées, à la fin il ne restait que Cozette!

C'est tout juste au niveau du corps de ballet s'il restait suffisamment de cygnes... 

 

Alors, a présent, c'est comme chez Ikéa : on nomme des danseuses et des danseurs costauds; pas les meilleurs, mais des bien solides, qui tiennent la route, et tant pis pour l'artistique, le charisme, la grâce

 

Les deux seules vraies étoiles nommées  ces quatre dernières années furent Ciaravolla et Gilbert...

 

Du coté des garçons, c'est la misère : plus de Belarbi, Legris, Hilaire, Martinez, Moreau, et bientôt plus de Leriche. Il ne restera que Ganio, car Heymann, certes très doué, est un danseur  un peu à part. D'ailleurs je n'ai toujours pas réussi à le voir danser - ni sur Raymonda, ni sur Cendrillon - car il s'est blessé à chaque fois...

 

Bullion, Hoffat, Paquette, Bélingard,  les danseurs étoiles en titre ont de belles personnalités artistiques, et pour Paquette un charisme extraordinaire; Bullion montre une sensibilité artistique magnifique dans certains rôles... mais la virtuosité n'est pas là. 

Car l'opéra de Paris semble ne plus aimer  le classique. Mais   le classique, ça fait vendre, surtout aux vaches à lait que sont les entreprises, arop  ou autres qui se moquent pas mal du talent, de la virtuosité : aller à l'opéra est un acte social, rien d'autre!

 

Hors la danse classique, c'est la virtuosité, quand on est étoile, un charisme et un artistique hors du commun...

Actuellement, les gens s'habituent et disent   de certaines étoiles bien ternes " mais elle est gentille"  ou " elle est solide, regarde elle a fait toutes les dates qui restaient " ou " ça n'est pas si mal maintenant par rapport à ce qu'elle faisait avant" ou " on va aller la voir pour savoir si elle a progressé"  ou " ce sera interessant de la voir pour comparer"

 

Toutes ces raisons me consternent ou me font rire suivant mon humeur!

 

 

Il suffit aussi de regarder la saison prochaine pour comprendre que les danseurs ne vont pas peaufiner leur technique classique; il n'y aura qu'un misérable Don Quichotte ( qui sera donné 24 fois, eh, que diable, il faut rentabilier!!) tout le reste : de la danse abstraite.... 

 

Il suffit de comparer avec le Royal ballet et sa saison pour voir à quel point l'opéra de Paris... devient la première compagnie classique de danse contemporaine

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24 mars 2012 6 24 /03 /mars /2012 10:27

oeuvres chorégraphiques appart--.JPGAppartement

 

 

La première a eu lieu le 13 mars, avec une distribution de rêve : Leriche, Osta, Martinez, Gillot, Renavand, Muret, Albisson, Couvez, Valastro, Bézard, Granier, Bélingard. (Pas étonnant qu’il n’y ait plus personne pour assurer la Bayadère de mon cher Noureev… pourquoi avoir programmé ces deux œuvres en même temps ?????)

 

Cette œuvre dont je parle dans un autre article – voir le lien en bas – était accompagnée live par le Fleshquartet, musiciens classiques qui s’inspirent des groupes de rock.

 

D’abord et avant tout, il m’a permis de revoir danser Leriche et Martinez. Il n’y a pas de mots pour décrire leur lumineuse présence en scène, leur engagement, leur virtuosité, leur charisme, avec, à leurs côtés, des danseurs  en état de grâce.

J’ai rarement vu des ensembles réglés ainsi au millimètre près, où tout le monde est parfaitement synchrone dans l’énergie et le graphisme. On aurait moins bien avec un miroir, car celui-ci gommerait ce qui fait «  les tripes » et la personnalité de chaque danseur, son unicité. Mais l’effet visuel était le même.

 

Cet « appartement » où couvent les petits drames de la vie ordinaire, les non-dits, la communication qui n’ouvre que sur la solitude, la révolte qui gronde dans le quotidien, mais pas assez pour une rébellion franche, l’abrutissement d’une vie morne contre laquelle on n’a plus de prise, mais toujours avec ce regard plein de tendresse si particulier à Mats Ek, a reçu une véritable ovation ce 13 mai

 

Je n’ai pas vu passer le temps, happée par la perfection des danseurs et des musiciens gigue-aspirateur.JPG

 

Les amateurs de pop reconnaissent dans les musiques qui passent des références certaines aux Beatles et à leurs lignes mélodiques tellement chantantes  ; ces Fleshquartet sont des musiciens classiques qui ont électrifié leurs instruments pour obtenir un son «  rock » allant parfois jusqu’à utiliser la saturation comme le font les guitaristes. Ils ont la même sensibilité que Mats Ek. Pas étonnant qu’il les ait choisis ; avec eux,  tout est sur le fil… il suffit d’entendre telle ligne de violoncelle pour en avoir les larmes aux yeux. L’instant d’après, l’émotion cède la place à l’énergie pure.

 

Le duo entre Alice Renavand et Nicolas Leriche a atteint un summum d’intensité dans l’exacerbation des sentiments : un couple s’aime, mais se déchire.

Avec Mats Ek pas de pathos, pas de démonstrations lourdes, non : des gestes du quotidien. La fille frappe à une porte close. Celle-ci ne s’ouvre pas, mais un bras la happe par le haut ; le ton est donné – Ni avec toi, ni sans toi. Commence alors ce pas de deux plein de douleurs, de tristesse, de sensualité, d’énergie, de tendresse.

 

Tout aussi fort était la  «  cuisine » :  avec une Claire Marie Osta coupante comme une lame de rasoir dont chaque mouvement ciselé, percutant, mais fluide donnait du fil à retordre à son compagnon Bélingard. Un Bélingard tout en retenu, en souffrance, en questionnement, dépassé par sa compagne qu’il ne comprend plus, qui le laisse sans voix.

 

Il faut aussi évoquer M A Gillot, cette danseuse atypique et sublime dont je raffole, que je regrette tant de ne pas voir comme prévu initialement dans le rôle de Gamzatti face à Zakharova. Gillot possède la plus belle technique qu’on puisse rêver et est tellement à l’aise avec ce type de langage que le résultat est impressionnant de force, de grâce, d’énergie : la scène de Garnier devenait toute petite lorsqu’elle était présente. Elle captive, envoûte. Avec elle, tout semble démesuré, immense et tellement habité, tellement vivant.

 

Il faut aussi rendre hommage  au talent de Simon Valastro et Adrien Couvez dans un duo étonnant, réglé au millimètre près. Leur sortie de scène à quatre pattes, comme des phasmes sur les blés, était à mi-chemin entre la danse et l’art plastique : une œuvre d’art en mouvement. Mais les mots semblent bien plat face à leur talent!

 

Mats Ek a alterné des passages «  narratifs » pleins d’émotion, avec d’autres «  d’énergie pure » ; le tout avec imagination, sensibilité, tendresse, dérision – mais juste ce qu’il faut, car il n’y a pas de cynisme chez lui, il est trop tendre.

Fleshquartet dissimulé au début par un rideau – car la scène s’ouvre sur une scène qui s’ouvre sur une scène dans un jeu dérisoire et d’illusions de théâtre dans le théâtre - est en parfaite harmonie avec les danseurs : les phrasés délicats succèdent à des explosions plus rocks comme je les aime : c’est vivant, habité, pleins de décibels qui laissent place à des chuchotements lourds de larmes qu’on retient et qui dopent les danseurs comme des chevaux de course avant un grand prix.

Puis le silence revient et avec lui les chuchotements et les cris plaintifs dans les appartements

 

Le finale rassemble la totalité des danseurs dans une course folle où la virtuosité s’entremêle à celle des musiciens pour une explosion ultime d’énergie qui nous soulève littéralement sur notre siège, comme à un concert rock.

 

Je n’ai jamais vu une aussi belle énergie combinée à une telle virtuosité sauf chez Alvin Ailey quand il dirigeait encore la compagnie. C’est du même registre.

 

À la fin de la pièce, les danseurs et Mats Ek ont reçu une véritable ovation d’un quart d’heure.

Et j’ai mis toute la soirée à atterrir

Pendant toute une semaine, j’ai entendu la petite phrase des cordes dans le pas de deux  de Renavand/Leriche et je les ai vus danser, encore et encore. Je n’oublierai pas !

 

 

 

  Lire l'article appartement sur ce blog


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23 mars 2012 5 23 /03 /mars /2012 21:03

 

16_1_img_6370_blueballet.1272288278.jpgLa distribution de la première n’est pas celle qui me faisait le plus palpiter sur le papier

Mais j’avais le choix entre une distribution de rêve pour Dances et rester sur ma faim pour Mats Ek  ou l’inverse

 

J’ai privilégié Mats Ek et Appartement

Je voulais revoir Gillot, Martinez, Letestu, Osta, Leriche…

J’aurais bien aimé aussi revoir Céline Talon, Kader Belarbi, W Romoli, qui sont partis déjà

Heureusement, le DVD est là qui a conservé leur talent dans cette œuvre qui ne laisse jamais indifférent

 

 

( pacific northwest ballet)

 

J’ai donc eu droit à une distribution en demi teinte pour Dance, avec une Ciaravolla blessée remplacée par Grinsztajn…

 

De bien jolies choses, dans cette œuvre sans décor qui dure plus d’une heure.  La musique est celle de Chopin. Exclusivement.

Tout d’abord,  le plaisir de découvrir une Mélanie Hurel en bleu  comme je ne l’avais encore jamais vue : humaine, musicale, poétique… un vrai délice !

J’ai pris un plaisir immense à la suivre, à la regarder…

Sa silhouette  n'est ni longiligne, ni maigre, comme c'est trop souvent le cas en ce moment à l'opéra -  mais dans ce Dances, Hurel  belle,  naturelle a dansé sans fard, sans affeterie. Sobre, juste,  chacun de ses passages illuminait la scène d'une vraie présence, d'une vraie poésie.

 

En la voyant danser, j’ai fait un rapprochement   entre les partitions de Steeve Reich et le style néo classique de Robbins

 

Steeve Reich dit «  quand les Européens jouent ma musique, c’est toujours un peu raide ; il leur manque cette liberté si particulière qu’ont les Américains par rapport à la pulsation. Les Européens se calent dessus et n’en bougent plus ; les Américains ont cette liberté qui leur permet un léger décalage, un jeu avec elle qui donne toute sa vie à ma musique »

 

Et je me disais  en regardant Mélanie Hurel danser : «  c’est cela : il faut en dansant Robbins garder cette pureté de ligne tout en restant libre, comme si on inventait les pas ; il faut garder ce naturel, un corps sans raideur, sans chichi, libre ! »

 

J’adore quand une danseuse qui jusqu’à présent ne m’emballait pas m’émerveille ! C’est magique ! et c’est ce qui c’est passé ce soir là avec Mélanie Hurel !

 

A ses côtés Zusperreguy était fraîche et pétillante, Ganio, poétique et lyrique à souhait, Paquette, charismatique, comme toujours, Grinsztajn, extrêmement délicate, un peu maniérée mais si   ravissante en mauve…

Tous ces danseurs sublimaient le jeu sec de la pianiste et apportaient un ton désinvolte, humoristique, poétique,  doux et percutant tout à la fois

Un ravissement pour l'âme, disons le!

 

Le reste de la distribution m’a moins emballée, y compris Letestu qui semblait absente ce soir là…

 

Quand a Pagliero qui vient d’être nommé étoile : pas une once de grâce,  ni de fraicheur, ni de naturel dans sa danse ; pas de charme non plus sur ses traits secs. Ce n'est pas qu'elle n'est pas jolie; mais elle n'a pas l'air commode du tout, quand elle danse! on dirait plutôt qu'elle boxe,qu'elle monte au combat...

 

Mais peu importe

 

J'ai tout de même suivi avec délice les trios, pas de deux, ou  les ensembles,  avec cette inventivité toute simple de Robbins... la danse fluide, vive,   s'envole; elle exploite des formes, des portés, à l'intérieur même du style " classique" à la grammaire stricte et définie une fois pour toute

Voilà encore la magie de Robbins : inventer des phrases avec un vocabulaire et une  syntaxe codifiée ; s'en affranchir, et réinventer le langage...

 

il émane de l'ensemble une fraîcheur, une candeur, une insolence...

 

Robbins le magicien donne vie à toute une oeuvre avec quelques couleurs, quelques pas, quelques danseurs... on aimerait revoir cette oeuvre pour entrer en résonnance complète avec elle...

 

 

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31 janvier 2012 2 31 /01 /janvier /2012 21:49

 

train.JPGLe train bleu –

Argument de Cocteau/

Chorégraphie de Nijinska/

Rideau de scène : Picasso/

Costume de Chanel/

Musique de Mihlaud

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Que de monde rassemblé pour ce ballet créé en 1924 !

J’avais réussi il y a quelques années à me le procurer en DVD

Quelle déception !  J’avais trouvé ce ballet bavard et inintéressant

Et puis, l’autre jour, comme je préparais des cours autour du Step in the street, de Martha Graham, extrait de Chronicles, et beau-gosse-et-tennis.JPGce afin d’illustrer la crise de 1929, et les sans logis,  je me suis dit que proposer  à l’analyse une œuvre à l’opposé, parfait reflet des années folles, serait sûrement très enrichissant !

J’ai donc revu le Train Bleu

Et bien, je me suis bien amusée !

 

Voilà l’art : tout dépend de notre état d’esprit et aussi de ce que l’on s’est préparé à voir !

En visionnant le Train bleu la première fois, j’avais une attente incroyablement forte : pensez donc, Cocteau, Chanel, Nijinska… je m’attendais à l’un de ces chefs d’œuvres qui révèlent ce qu’est la danse… son essence, même !

Naïve que je suis, cette œuvre là n’existe pas !

Mais revenons à notre Train.

 

Le Train bleu, c’est d’abord ce nom mythique qui emporte l’imaginaire vers la côté d’Azur…

Le train a été créé pour relier l’Angleterre à la Côté d’azur, d'où une véritable petite communauté anglaise à cette époque sur tout ce littoral… de ce nom, Train bleu, il ne reste que le triste restaurant de la gare de Lyon,  témoin d dérisoire e ce prodigieux passé…

Le Train Bleu, c’est aussi les riches industriels se faisant construire à flan de falaise de superbes villas qu’ils déserteront au moment de la grande crise de 1929… ( le domaine du Rayol est l’une de ces anciennes bâtisses…)

C’est Colette écrivant dans sa retraite au soleil, c’est les Ballets russes à Monte Carlo…

C’est Isadora Duncan paradant en voiture, sa longue écharpe flottant au vent …

C’est Chanel lançant la mode du bronzage, et des bains de mer.

C’est les grands hôtels, les casinos, les voitures décapotables qui filent entre Nice et Monte Carlo 

C’est Matisse, Picasso, pourchassant la couleur, la lumière…

 

Cocteau, ce touche à tout aux milles facettes et facéties s’empare de cette société d’après guerre qui aspire à s’amuser, et qui a créé notre société d’aujourd’hui :   on bronze, on fait du sport, on parade, on minaude, on exibe son beau corps musclé et sa jeunesse, on flirte… et en secret, on se compare les uns aux autres… mais   on immortalise le tout par des photos pour montrer notre belle vie !

 

peignor-rose.JPGA travers quatre personnages – beau gosse, Perlouse,  la championne de tennis, le golfeur, et  tout un escadron de jolies filles et de beaux garçons en maillot de bain – on croirait voir une pub pour le club med !-  est présentée cette société du «  tape à l’œil », de l’image, de l’argent flambé, de l’apparence qui est croquée en quelques esquisses irrésistibles, drôles et caustiques !

 

Dans le dernier tableau, il faut voir la championne de tennis et le golfeur se battre à coup de club et de raquette, tout en prenant la pause avec sourire jusqu’aux dents pour les photos qui paraîtront dans le journal du lendemain, puis se ré-empoigner aussitôt la photo terminée

 

Les cabines de bain sont très «  Cocteau » : on y entre, on en sort, on s’y cache, on y fait des farces, on y emprisonne ceux dont on veut se débarrasser, mais on peut en sortir par le haut, se faire des coucou, se saluer, espionner… elles servent à tout ! Et éventuellement à y enfiler de magnifiques peignoirs de bain pour parader sur la plage !

 

On imagine le soir  toute cette société, s’engouffrant dans des décapotables et partir au casino boire des fontaines de champagne et y brûler encore plus d’argent.

 

Les personnages sont grotesques, drôles, mais si contemporains en même temps !!!

 

Dans la version que j’ai – qu’on doit pouvoir trouver dans toute bonne dvdtèque de ville !- il y a N Leriche, alors tout jeune, C Vayer, irrésistible, - quelle actrice !!! – Laurent Quéval, et E Maurin, délicieuse en Perlouse !

 

La musique tonitruante de Darius Milhaud déverse son tohu-bohu sans queue ni tête sur cette société superficielle, frivole, qui n’a qu’une chose en tête : s’amuser, et savoir si son voisin a plus que soi même…

 

Je ne savais pas Nijinska douée pour l’humour ; d’elle je ne connaissais que les Noces, œuvre d’une austérité presque insupportable…là, elle croque les personnages comme personne, et fait même des clin d’œil aux girls des qu-on-est-beau.JPGmusicals américains !

 

Cela m’a donné envie de   voir ce Train Bleu (qu’on ne voit pas, c’est l’Arlésienne du ballet !) sur scène ; il faudrait bien sûr d’excellents «  acteurs » car le jeu de scène est presque plus important que la danse ; comme je l’écrivais plus haut, Clotilde Vayer est vraiment impayable ! Quelles mimiques, quel pitre elle fait !   

Voilà une œuvre qui, si elle n’est pas un chef d’œuvre, est le reflet parfait d’une époque : celles des années folles, d’une société riche et frivole, qui n’a qu’un désir en tête : oublier la boucherie de la guerre 14 en vivant vite, en faisant beaucoup de bruit, et en s’amusant coûte que coûte… la crise de 29 allait effacer tout cela quelques années plus tard…

 

Et là, on arrive… chez Graham… pour une autre fois !!!

 

 

 

 

 

 

 

Picasso.JPG

 

Ces Deux femmes courant sur la plage de Picasso ont été peinte sur le rideau de scène du Train Bleu

Picasso a collaboré pour d'autres ballets, comme le Tricorne, ou encore Parade...

j'y reviendrai un autre jour!!!

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29 janvier 2012 7 29 /01 /janvier /2012 09:41

John Neumeier, Sylvia 1) première articles d'une série consacré à ce chorégraphe sensible, imaginatif, poétique et humain, qui sait  conter les histoires comme personne.

 

 

J’ai eu l’occasion, pendant mes presque trente-cinq années de spectatrice, plus ou moins assidue suivant les saisons, de voir quelques-unes des œuvres de John Neumeier.

Tout d’abord, Le songe d’une nuit d’été, en 1983, puis Vaslaw, œuvre sur Nijinsky qui ne m’a bizarrement laissé aucun souvenir alors que je me rappelle l’avoir beaucoup aimé.  

Plus tard, j’ai découvert émerveillée Sylvia, que l’opéra de Paris a repris il y a quelques années. Je crois que de tous, c’est le ballet que je préfère.

Enfin,  j'ai vu la Dame aux camélias il y a deux ans, mais malheureusement, pas avec la distribution pour laquelle j’avais pris des places, Ciaravola s’étant blessée.

Grâce à la vidéo, j’ai pu compléter cette modeste liste avec La Petite sirène, Nijinsky, Parsifal.

 

 

Quelques éléments biographiques

Il est étonnant que ce chorégraphe, d’origine américaine – il est né dans le Wisconsin -, se soit comme enraciné dans cette vieille Europe, et en même temps, c’est une évidence…

Tant de sensibilité, de goût du passé, de référence à des mythes ou des contes d’autrefois… L’Europe lui a offert le sol idéal où sa nature subtile, mélancolique, rêveuse, délicate et poétique a pu s’épanouir totalement.

Neumeier a d’abord été danseur : il a étudié au Royal ballet school de Londres, puis à Copenhague. Engagé par Cranko au ballet de Stuttgart, il a dû trouver en ce chorégraphe et ce maître de ballet une première influence terriblement nourricière. Cranko est un homme de cœur, d’émotion et de liberté. Et un merveilleux chorégraphe lyrique, mais non pas emphatique… Un passage éclair par Francfort avant de s’établir à Hambourg, où débute véritablement son travail passionné de chorégraphe.

 

Il a tout juste trente ans…

Va commencer un double travail de «  réorganisateur » de cette troupe et de créateur, car outre les ballets, il crée aussi parfois lui-même costumes, décors et conçoit les lumières. Plus de 100 créations voient le jour. A presque 70 ans, il dirige toujours cette compagnie et continue régulièrement d’être invité le monde entier pour y transmettre ses œuvres.

rencontre-ratee.JPG

Sylvia

Ma préférée est sans conteste Sylvia, dont je parlerai aujourd’hui.

Il est à noter que Sylvia a été créé pour l’opéra de Paris par Monique Loudière dans le rôle-titre en 1997.

Sylvia nous conte l’histoire de cette nymphe chasseresse qui se laisse émouvoir par l’amour, puis lui ferme sa porte. A la fin du ballet, nous sommes envahis par une profonde et indéfinissable mélancolie. Dans des décors et des costumes plus que sobres, ce ballet, profondément humain, touche la partie la plus vulnérable de nous même et aussi la plus secrète.

Sylvia qui refusera d’aimer d’Aminta et le reverra bien des années plus tard, dans la forêt où l’hiver a chassé les êtres du passé, et où les rires de l’été ne sont plus que de pâles échos fantomatiques, est l’une des nymphes de Diane chasseresse, qui elle aussi, a son histoire d’amour secrète : elle aime le bel Endymion qui dort pour toujours.

 

Un magicien :

 

A peine s'est-on assis que Endymion le bel endormi autrefois aimé de Diane se meut sur l'avant scène, yeux fermés, alors que l'orchestre n'est pas installé et que la lumière est allumée permettant aux gens de prendre place. Puis la lumière s'éteint ; et des flèches fusent de la salle vers la scène : les Chasseresses, sur appel de cors joyeux et étincelants, investissent un peu la salle avant que le rideau se lève.

 

Une porte s'ouvre dans le fond de la scène.


Là apparait Amour les yeux bandés, un arc à la main, accompagné par des petits êtres facétieux en salopettes qui m'ont rappelé le Puck du Songe d'une nuit d'été; ils sont très drôles, bondissants, pleins d'insouciance et prennent en photo Amour!
Et voilà la magie de Neumeier : superposer des univers irréels, magiques, malicieux, pleins de jeunesse et d'espièglerie avec des univers humains où les plaisirs succèdent aux joies, où les doutes cèdent la place à l'incertitude, au regret, où les désirs s'ils sont comblés n'apportent pas forcément le bonheur, où le temps, maître absolu, passe inexorablement...

 

Une construction habile

Autre détail très attachant : chaque personnage danse à différents moments du ballet un petit leitmotiv de pas : ainsi, Amour a un jeu stylisé de bras, il tourne sa tête de façon saccadée dans différentes directions, et cet enchaînement de pas que le spectateur peut facilement identifier, ce leitmotiv joue un rôle très fort dans la mémoire. Il tisse un réseau d'émotions indépendant de ce qui se passe sur la scène et crée un ballet parallèle qui suit son cours indépendamment de celui qui se déroule sous nos yeux...

Ces leitmotive, on les retrouve aussi dans la musique, notamment une jolie et nostalgique mélodie à la flûte qui joue un rôle fort dans le déroulement du ballet !

chasseresses.JPGPuis arrivent les esprits de la forêt,aux gestes fluides et poétiques, tout de vert vertu. Leur doux pas de deux laisse bientôt à la place aux chasseresses qui surgissent guerrières, jeunes, belles, en short et gilet moulant, un arc à la main. Pleines de vie, de fougue,d'ardeur, de jeunesse, elles rivalisent de vitalité et de force entre elles ; elles ont elles aussi leur petit leitmotiv : saut de chat à l'italienne, battement de face pied flexe, jeu de hanche, et ces mouvements les accompagnent à chaque fois qu'elles viennent en scène pour affirmer leur appartenance à un clan : Sylvia l'utilisera plus d'une fois pour résister à Aminta, pour refuser l'invitation d'Amour, pour marquer sa fidélité à Diane...

Diane quant à elle, entend bien que ses chasseresses lui obéissent et lui soient fidèles ; c'est dans la force de son caractère que réside sa virilité ; mais lorsqu'elle se remémore son amour pour Endymion qu'elle retrouve pour un pas de deux magique, car Endymion doit vraiment avoir l'air de dormir sur scène, ses gestes semblaient remplis d'air ; il surgit d'un autre monde, s'ouvre pendant quelques instants à celui de Diane avant de sombrer de nouveau dans un sommeil lourd, où plus rien du monde de Diane ne lui parvient.

On réalise alors que la dureté de Diane n’est qu’une carapace ; face à l’amour perdu, elle n’est plus qu’une femme éperdue de regret, de chagrin.

Le premier acte reste mon préféré parce qu'il mêle humour, amour, poésie, facétie, lyrisme, pas de deux, solos, et que tout cela s'enchaîne d'une manière parfaite
Le second acte, le bal, est plus brillant, mais si Sylvia découvre sa féminité, elle se perd aussi elle-même :
le retour d'Aminta dans le bois de sa jeunesse est poignant, car le berger n’est plus que douleur ; il revoit Sylvia et le pas de deux qui suit est bouillant d'amour ; il ne la laissera pas partir une seconde fois ; elle aussi réalise qu'elle l'aime... mais sa vie est faite ; un homme vient la chercher ; et Aminta reste désespéré dans le bois vêtu de blanc, couleur de l'hiver, de la fin de la vie, tandis que les chasseresses, immuables, éternelles continuent comme par le passé à hanter les bois, indifférentes au temps qui passe et aux amours humainesorion-invite-Sylvia-a-danser.JPG

 

Vocabulaire et style

Sur le plan technique, Neumeier parvient à mêler technique classique, mime revisité, esprit contemporain, en un joyeux pêle-mêle qui signe son style unique, d’une grande finesse. Les émotions, toujours à fleur de peau, touchent subtilement les spectateurs qui ressentent par empathie ce que vit chaque personnage.

Il  a ce don d’apporter du poétique avec trois fois rien, dans chacun de ses ballets ; un décor, un costume, un personnage… il fait exister tout un univers imaginaire, immatériel, comme un monde parallèle extraordinaire.

 

Il sait aussi exploiter les ressources du théâtre, mais sans jamais oublier la danse. Ainsi, quand les nymphes s’entraînent au tir à l’arc, ou bien comparent leur adresse, mêle-t-il à une sorte de mime fluide, simple, lisible,  des pas qui signent précisément ses nymphes ; elles chassent, elles s’exercent, elles vont au bain, elles sont jeunes, belles, agiles, et tout cela s’enchaîne comme si tout à coup, on soulevait la page d’un livre de mythologie pour y jeter un œil et y voir en cachette la vie de Diane et de ses compagnes…

 

Proche de l’enfance.

Par ailleurs, Neumeier n’a pas son pareil pour entremêler à son récit des éléments «  décalés »  amour.JPG

Ainsi, en plein récit mythologique, voit-on apparaître par une porte ouverte dans le fond de la scène des petits personnages qui défilent à vive allure, jettent un coup d’œil, prennent des photos au flash, et s’enfuient à toute vitesse, le tout dans un anachronisme incohérent et drôle qui apporte de la dérision, de la gaîté, de l’humour, de la légèreté, mais surtout une grande fraîcheur enfantine.

Est-ce par ce qu’il est américain ? Neumeier ne s’interdit rien, mais avec un goût très sûr : il  a ce don qu’ont les enfants de ne pas s’embarrasser de ce qui est vrai ou pas pour construire leur histoire ; son solide sens du ballet, de la chorégraphie se mêle à une imagination enfantine puissamment créative.

Savoir conserver sa part d’enfance et pouvoir l’exploiter dans ses créations avec la maturité et le savoir-faire d’un adulte donne à cette Sylvia quelque chose d’unique, qui résonne ensuite longtemps dans notre esprit et notre cœur.

Car Sylvia, sous nos yeux,  construit son malheur

Le temps, à la fin du second acte, n’est plus aux jeux ; la vie a passé, et le dernier pas de deux entre Aminta et Sylvia nous dévoile leur rencontre ratée, leur regret, et l’amertume qui accompagnera la fin de leur vie.

Sylvia a troqué sa tenue de chasseresse puis de reine de bal contre une affreuse robe marron qui montre sa nouvelle condition de femme «  rentré dans le rang ». Aminta a les cheveux poudrés de neige ; il est en hiver.

 

 

Voilà l’univers de Neumeier dans ce Sylvia : de la poésie, de la magie, de l’enfance, de la liberté, un joyeux mélange organisé et maîtrisé… et des personnages humains, qui existent réellement sans renoncer à leur origine mythique.  

 

J’ai eu la chance de voir en 2004 deux distributions, aussi émouvantes l’une que l’autre, même si sur le plan de l’émotion, j’ai vraiment préféré la seconde ; j’en parle ici.

Lune avec Dupont/Legris/Gillot/Leriche (Orion)/ Martinez (Endymion) ; la première a donné lieu à une captation

L’autre avec Abbagnato (Sylvia) Leriche (Aminta) Averty (Diane) aurait tout autant méritée d’être immortalisé

Dans cette seconde distribution, Abbagnato et Leriche incarnent des personnages humains, bouleversants, inoubliables. la-transformation.JPG

 

 

 

Les photos sont extraites du DVD Sylvia, édité chez TDK avec Dupont,Gillot,  Leriche, Legris, Martinez 

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