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Shabastet

  • : Danse et... danses!!!
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Noureev

 

Danser, telle la phalène sous la lune, le pinceau du calligraphe, ou l'atome dans l'infini 

                                              

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24 janvier 2012 2 24 /01 /janvier /2012 21:35

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Comme un rêve

 

 

Quel bonheur de revoir Dominique Khalfouni danser !

J’avais envie d’acheter ce DVD de Marlène Ionesco depuis quelque temps déjà. C’est après avoir vu Mathieu Ganio danser Onéguine que je me suis finalement décidé à l’acquérir.

 

Ce film très intimiste et très touchant fait le portrait de Dominique par petites touches ; il  dévoile une immense artiste et une femme toute simple, douce. Sous une fragilité apparente se cache une très forte personnalité à la volonté d’acier…

On le découvre lorsque l’on apprend qu’à 16 ans – tout juste engagée dans le corps de ballet -  une rupture des ligaments de la rotule lui interdira de danser.  Le verdict des médecins est sans espoir et tombe comme un couperet : elle ne retrouvera qu’une flexibilité du genou partielle.  Pour elle qui danse depuis l’âge de quatre ans, faire autre chose n’est pas envisageable, elle le sait, elle y a réfléchi et c’est impossible.  Elle décide donc, après plusieurs mois de genou dans le plâtre, de se rééduquer toute seule ; quel courage ! Seulement voilà, comment se rééduquer seule lorsque l’on n’a même pas vingt ans et une blessure terrible ?

Une bonne fée croise son chemin en la personne de Lilian Arlen. Cette femme, qui a elle-même subi de nombreuses blessures pendant sa carrière, a beaucoup réfléchi et  a construit sa pédagogie pour que les danseurs puissent travailler avec d’autres méthodes que celles enseignées à l’opéra afin de mieux connaître leur corps.  Dominique lui voue un grand amour, car sans elle, dit-elle, elle n’aurait pas pu continuer la danse. « Et puis cette femme avait une flamme… »

 

Elle évoque aussi Yvette Chauviré, qui avait ouvert à l’opéra de Paris un cours de style « facultatif » ;  elle a adoré travailler avec elle ; on la voit répéter la Mort du Cygne. Mais c’est Grigorovitch, invité à l’opéra de Paris en 1976 pour y monter son Ivan le Terrible qui va la propulser étoile. Khalfouni est encore sujet à cette époque ; elle vient de faire du corps de ballet pour le Lac des cygnes ; elle dit qu’elle a eu du mal à quitter les classes de quadrilles et de coryphées. Hors Grigorovitch lui offre le rôle d’Anastasia. Elle s’y révèle tellement bouleversante et artiste accomplie qu’elle est nommée étoile sur ce rôle. « C’était comme un rêve, dit-elle, j’ai appelé ma mère pour être sûre que tout était bien réel, mais je n’y croyais pas »

Les images d’archives de ce ballet montrent tout le lyrisme et la magnificence de la ligne de cette danseuse, qui a dû être inoubliable dans ce rôle au côté d'Atanasoff.

Ensuite, elle commence à danser les rôles du répertoire ; on la voit dans un extrait du Spectre de la Rose   aux côtés de Noureev.

Et puis il y a deux rencontres capitales :

 

L’une avec Vassiliev qu’elle croise au Bolchoï lorsqu’elle part toute seule en Russie pour y découvrir une autre façon d’aborder la danse classique. «  C’était très dur, dit-elle, car je ne connaissais personne et personne ne me disait bonjour quand j’arrivais au théâtre. Mais la Russie m’attirait et je sentais que j’avais là-bas quelque chose à trouver » Au Bolchoi, elle voit danser Vassiliev, Maximova, Plissetskaia et tant d’autres, et elle comprend que dans ce lyrisme russe, dans cette expression théâtrale portée à son point culminant, il y a ce qu’elle cherche. La Russie la marque profondément.

Vassiliev, longuement interviewé dans ce film, dit adorer Khalfouni. « Il y a en elle cette souffrance propre aux Russes qui s’exprime dans leur art. On le voit dans ses yeux. Ses yeux magnifiques qui montrent toute la beauté de son âme »  Et c’est tellement vrai ! Son regard profond, sincère, est toujours aussi beau aujourd’hui. Plus tard, lorsque Vassiliev   organisera une tournée en Italie, sa femme Katia étant blessée, il demandera à Dominique à danser à sa place, car «  je ne voyais pas qui d’autre à part elle pouvait danser comme ma femme Katia »  Quelle admiration de la part de ce danseur flamboyant, tellement slave, qui s’exprime avec passion sur l’art et la technique, la seconde ne permettant pas forcément d’atteindre le premier. C’est un de mes grands regrets de spectatrice que de ne l’avoir jamais vu sur scène…

 

La seconde rencontre, c’est avec Baryshnikov avec qui Dominique danse Giselle lorsqu’il vient à Paris. L’entente artistique est telle que Baryshnikov lui propose ensuite une tournée aux États-Unis. Khalfouni demande donc la permission d’aller y danser l’été, permission qui lui est refusée. Elle donne sa démission quasiment aussitôt.  Deux choix s’offrent à elle : partir aux États-Unis ou rejoindre la troupe des Ballets de Marseille dirigée par Roland Petit.

 

Elle choisit cette deuxième option. Là, elle y aura une magnifique carrière marquée par des rôles comme celui de Pavlova, ou Albertine, dans Proust.

Elle y construit sa vie, y habite une maison en face de chez ses parents, ce lui permet de créer une vie de famille harmonieuse ; Mathieu et Marine ses enfants grandissent là, et dit-elle, «  six mois de l’année lorsqu’ils rentraient de l’école, ils sautaient directement dans la piscine ». Quand elle part en tournée, elle part confiante, car ses enfants ont juste à passer d’une maison à une autre.  Elle dit  encore «  je voulais être maman autant que danseuse ; d’ailleurs quand je rentrais à la maison, j’étais une maman, c’est tout »  On sent que ce sont des années de bonheur pour Dominique. C’est émouvant de la voir sur les lieux d’autrefois, revoir sa maison, l’école de ses enfants, parler à un petit chat qui semble protéger son ancienne demeure et s’émerveiller sur deux grosses jarre de terre cuite sur lesquelles figurent des dragons qu’elle a laissées en partant et qui trônent dans la cour.

 

Elle a vécu là quelques unes de ses plus heureuses années, même si, dit-elle, l’arrivée dans ce petit théâtre de Province est un choc, après avoir connu l’opéra de Paris, où   «  j’avais du mal à trouver ma place ».

Elle montre tout de même le regret d’être partie avant que Noureev ne soit nommé directeur de la danse en 1983. «  Le répertoire de l’opéra n’était pas aussi riche avant son arrivée, dit-elle, mais si j’avais su qu’il allait venir et apporter avec lui tant d’oeuvres, je serais peut-être restée. J’avais un peu travaillé avec lui et nous nous étions bien entendus »

 

 

A Paris, elle y retourne quand ses enfants décident à leur tour de devenir danseurs. Mathieu Ganio intègre le corps de ballet de l’opéra de Paris, et passe directement de sujet… à danseur étoile, comme sa maman. Il est nommé sur le rôle de Basilio, dans Don quichotte. Il est très jeune. Et comme Dominique, il est invité à danser le ballet Gisèle en Russie aux côtés de Olesia Novikova. Les quelques extraits filmés des coulisses dans le dvd sont empreints de poésie. On aimerait en voir plus ! Lui aussi y sera marqué par la façon de danser. Comme sa mère, il a une ligne magnifique, un placement superbe et ce lyrisme si rare chez les garçons étoiles de l’opéra de Paris actuellement.  Sa danse est pure.  

On le voit aussi répéter les très difficiles et techniques chorégraphies de Genus de Mcgrégor. Il s’y montre parfaitement à son aise –  notamment dans un pas de deux avec Letestu, vertigineux ! Mais, dit-il, « j’aime énormément incarner des personnages qui ont des émotions à exprimer. Je veux pouvoir toucher le public »

C’était le cas avec sa bouleversante interprétation de Onéguine cet hiver. L’un de mes plus beaux moments de danse de ces dernières années…

 

Quelques images du film, nous montre la maman expliquant à son fils un placement pour préciser une figure technique… puis elle confie qu’elle aimerait bien passer du temps en studio pour travailler avec lui, mais que celui-ci est déjà très entouré à l’opéra et qu’elle, elle ne veut pas s’imposer.

Dans un autre extrait, c’est sa fille Marine  qui danse dans tout l’éclat de sa jeunesse Delibes suite sur une chorégraphie de José Martinez.

 

On sent que la danse reste la passion de cette artiste toujours magnifique. Dominique dit encore que l’un de ses plus grands bonheurs est maintenant de voir ses enfants danser. Un spectacle la nourrit pendant des jours…

Elle regrette de ne pas pouvoir transmettre elle aussi les rôles d’autrefois. Elle dit aussi que c’est lorsque le corps commence à perdre de sa vigueur que la maturité artistique arrive… c’est le regret de tant d’artistes… être danseur de ballet est l’équivalent d’être un sportif de haut niveau… et c’est vrai que la compréhension de l’artistique ne vient qu’une fois qu’on a soi même vécu en partie une vie humaine… mais alors, le corps lui s’en va

 

Petite aparté de Philippe Candeloro qui disait «  un jour, vous arrivez à la patinoire, et le triple salchow que vous passiez la veille ne passe pas très bien ce jour là ; vous vous dites : je ne suis pas très en forme. Mais le lendemain, c’est pareil. Et quelques jours après, vous comprenez que vous ne le passerez plus jamais… c’est comme ça ; le corps un jour, vous lâche… »

 

 

Khalfouni envie les musiciens qui peuvent continuer à jouer de leur instrument bien au-delà de 42 ans, date fatidique de mise en retraite des danseuses.

 

 

L’intervention de Pierre Lacotte confirme qu’il est regrettable que Khalfouni ne soit pas invitée de temps à autre à transmettre des rôles comme Giselle ou le double rôle d’Odette/Odile aux nouvelles danseuses de l’opéra.

 

Ce DVD est donc plus qu’un documentaire ; c’est un double portrait, très beau, très simple de deux êtres absolument attachants, talentueux et poétiques.

Ce qui touche, c’est que l’un comme l’autre non pas l’air de se rendre compte à quel point ce sont des artistes magnifiques, ils sont tellement humbles !

 

L’expression «  c’était comme un rêve » revient souvent dans les mots de Khalfouni.

 

Je regrette d’ailleurs aujourd’hui de ne plus avoir les photos d’elle qu’adolescente je découpais dans la presse ; je l’avais vue lors de gala télévisuel, et je l’adorais ; elle était en outre d’une beauté à couper le souffle ! Ce n’était ni une Pontois, ni une Motte, mais ses bras magnifiques, son lyrisme, sa poésie étaient vraiment uniques !

Dans le numéro 3 de Danser il y avait un poster d’elle exécutant un grand jeté, ses longs cheveux noirs flottant au vent. Cela remonte à il y a trente-deux ans, mais j’ai gardé aussi  longtemps que j’ai pu ce poster qui a fini par s’abimer… Je n’ai plus ces photos, et c’est dommage, car je les aurais scannées pour illustrer l’article…

 

On parlait beaucoup d’elle quand j’étais au lycée ; «  c’est la meilleure ! » déclarait une amie. Aussi, fûmes nous très tristes d’apprendre son départ de l’opéra de Paris. Quand j’ai su que c’était pour rejoindre la troupe des ballets de Roland Petit, je me suis dit «  quel gâchis »

Ma réaction est sans doute exagérée, car comme je l’ai écrit dans un autre article, les œuvres de Roland Petit vont du sublime au pire que tout, mais en tout cas,  elle a eu de très beaux rôles…

Mais j’imagine aussi le bonheur que j’aurais eu à la voir danser à la grande époque Noureev…

 

Merci infiniment à Marlène Ionesco pour ce film, superbe, émouvant, sur ces deux artistes, illustré de nombreuses photos, ou extraits de ballets tirés d’archives rares.

Un document magnifique et profondément humain.

 

 


Vous pouvez trouver ce DVD dans les boutiques de l'opéra de Paris ou bien le commander directement auprès de Delange production

 

 


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22 janvier 2012 7 22 /01 /janvier /2012 09:26

 

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Voilà, j'ai assisté à la rencontre de cette après midi qui a eu lieu dans l'amphithéâtre de l'opéra Bastille.
il y a bien longtemps que je n'en avais pas vue, car je n'arrive d'habitude pas à avoir de place...


Ces rencontres sont toujours magiques!

m'y voilà donc, ravie d'avoir réussie à quitter ma banlieue malgré l'affreux temps et le vent glacé...

pour les distributions de cet Orphée et Eurydice qui sera donc donné dès le 17 février ce sera donc

Stéphane Bullion/ Nicholas Paul en alternance - Orphée
M A Gillot/ Alice Renavand - Eurydice
Zusperreguy/ Ranson - Amour

C'est Dominique Mercy lui même qui a animé cette rencontre avec S Bullion et N Paul. Dominique est le danseur fétiche de Pina; vous trouverez quelques videos de lui sur youtube ou éclate son talent et son sens du théâtre... il y est super expressif, presque " excessif" mais ça passe! C’est lui-même qui a dansé le rôle à sa création. Il l’a co-créé avec Pina, car, explique-t-il, c’était très ouvert avec elle ; elle proposait, nous aussi, et on en venait à trouver ensemble des pas, des mouvements qu’on avait encore jamais trouvés. On innovait

 

Il est vrai que cette forme de danse était profondément innovante dans ces années 1970.

Bullion et Paul étaient présents tous les deux et ils ont répété des solos des actes 3 et des actes 4

Dès le solo de l'acte " violence», Stéphane Bullion m'a profondément émue; vous savez, vous le sentez quand des milliers de frissons parcourent votre peau et que les larmes vous montent aux yeux!

C’était très très fort!
Pour sûr, il fera un magnifique Orphée

N Paul, dans un tout autre genre, plus lyrique, plus émotif, moins en retenu, a lui aussi de très belles qualités d'interprétation! Il est plus " tout feu tout flamme " dans ce rôle.. . J’espère qu'il conservera cet enthousiasme malgré les « Pina-illeries » de maître Dominique, car nous y voilà : Dominique Mercy m'a paru un maître de ballet curieux!!!
Il danse certes magnifiquement bien, et quand il montre le mouvement, on comprend ce qu'il faut faire, c'est évident, quand on n' est que spectateur! C’est beau, c’est fort, puissant, alors que le monsieur a déjà 60 ans. On sent que le style de Pina, c’est comme sa seconde nature.
En revanche, il ne sait pas expliquer!!!

Plusieurs fois, il s'est emberlificoté dans des explications avec " il faut faire AHHHH, et OHHHH et Voufffff!" en montrant, mais sans dire d'où partait le mouvement, sans détailler comment faire ce mouvement!
Alors que pour certaines choses, ça crevait les yeux : parfois il aurait suffi de dire " fais gauche droite gauche droite gauche et stop"  -  ou «  ne piètine pas à la fin, arrête le mouvement sur un pas plus large » ou " le mouvement part du poignet mais détends tes doigts, allonge les" ou encore, " n'utilise pas la tête dans la marche, ne la mets pas en arrière et laisse la dans l'axe, c’est ton plexus qui dirige la marche" ou " la spirale est conduite par les bras et pas par le tronc, et ceux ci prolongent le mouvement même quand le tronc est arrivé à sa limite"
des choses qui, quand on danse crève les yeux, mais que lui ne voyait pas!
Ou plutôt si, il voyait mais il n'aidait guère les danseurs à trouver comment faire le mouvement!

Du coup, il faisait refaire, et refaire et refaire, mais sans les corrections qui permettent de changer, de modifier, de comprendre!


J’ai admiré la bonne volonté des deux danseurs qui faisaient tout leur possible pour épouser au mieux les moindres détails, et Dieu sait s'ils croulaient sous des milliers de détails de doigts, de tête, de bras, de cou, de pieds, de demi pointe, de buste, de regard, de courses, de mouvements .... Mais sans avoir vraiment des indications précises pour les réaliser...

Ce que l'on voyait, nous, en tant que spectateur, c'était que le danseur doit se couler dans un moule au millimètre près, il n’a absolument pas le droit de s'éloigner de la forme, très très précise, mais il n'est pas très aidé par les explications nébuleuses de Dominique! en fait, soit le danseur sait copier à la perfection, soit il se dépatouillle comme il peut!

 

On est loin de la vision d’un Cranko qui laisse la personnalité du danseur épouser la ligne de danse ; là, c’était l’inverse. Le danseur doit abandonner sa personnalité pour faire très précisément une forme qui existe d’une façon immuable.On comprend que comme Dominique a créé ce rôle et le transmet maintenant, il soit particulièrement attaché à la précision des pas, du style, puisque Pina n’est plus là, et que c’est lui qui a repris la direction du ballet ; par fidèlité, il ne laisse pas les danseurs s’éloigner de la ligne ; sans doute craint-il que peu à peu le style de Pina se déforme, et que peu à peu il disparaisse. Il est celui qui conserve sa mémoire. Et il transmet avec cette précision d’horloger…

En tous cas, j'ai beaucoup aimé voir ces deux garçons, chacun avec leur personnalité très différente, endosser ce rôle d'Orphée. Les deux sont pareillement attachants. Stéphane Bullion avec son immense sensibilité «  sur le fil », toute en retenue, Nicholas Paul avec cet abandon, ce don de soi total…

Mais je me dis que c'est quand même drôlement ingrat! Quand un mouvement doit être fait au millimètre près,  mais sans savoir comment!

Merci en tous cas à eux deux de s'être plié à cette répétition publique... exercice pas facile du tout!
et bravo!

ah oui, le public dans un élan a applaudi par un moment Nicholas

et là, regard furieux du Mercy, qui dit " ah, non, stop!!!!" ( et sans humour croyez moi!)

il aurait pu dire" ah, quel enthousiasme, c'est bien, mais vous savez nous sommes en plein travail"
là, il était évident qu'il fulminait de voir qu'on applaudissait quelque chose qui selon lui trahissait Pina....

je le comprends, Pina était une amie, et il a dansé auprès d'elle pendant plus de quarante ans ou presque
mais quand même!!!
cet enthousiasme, et bien, c'est un public qui est ému par Orphée, tout simplement.... donc par Pina!


encore bravo à Stéphane Bullion et à Nicholas Paul! 

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24 décembre 2011 6 24 /12 /décembre /2011 09:51

OnéguineProgramme

 

Comme j'ai eu la chance de le revoir le lendemain, voici un second compte rendu posté sur le forum danser en france

 

Compte rendu du mardi 21 décembre

 

Tatiana : Isabelle Ciaravolla

Onéguine : Mathieu Ganio

Lenski : Florent Magnenet

Olga : Muriel Zusperreguy

 

 

Une soirée toute différente de la première, et artistiquement plus aboutie, grâce à l’harmonie exceptionnelle du couple principal. Le ballet y gagne surtout en sensibilité, en finesse d’émotion. Voir Isabelle dans le rôle de Tatiana m’a encore plus fait regretter de l’avoir manquée en Marguerite il y a deux ans, du fait de sa blessure…

 

Comme je l’écrivais plus haut, le couple Lenski/Olga, est charmant, mais sans épaisseur ;  au final, celui incarné par Froustey/Revillion malgré les imperfections techniques de ce dernier est plus vivant. J’aurais aimé voir le Lenski de Hoffalt, au côté de Froustey ou celui de Heymann. Son Mercutio était tellement vif-argent, qu’il donne peut-être au rôle cette fraîcheur qu’on a à 20 ans, absente chez Magnenet.

Olga  trop sage, trop posée, pas assez vive, a donc pour amoureux un Lenski-poète qui manque de poésie, de candeur, de jeunesse… difficile de croire qu’il a 20 ans et qu’il est amoureux d’Olga car cet être est un peu imbu de lui-même. Pendant le bal où Onéguine danse avec Olga, sa colère naît de son amour-propre blessé et non du chagrin que lui cause sa fiancée. Fierté de mâle sur le territoire duquel on marche et non de l’amoureux dont le cœur se brise…

 

Mais revenons au couple principal… même quand elle est simplement debout en scène sans danser, on sent précisément une extrême jeunesse et une inexpérience de la vie chez Tatiana   qu’elle ne   connaît que par ses livres ; elle est très douce – différente en cela de Osta, au caractère déjà affirmé – et l’arrivée d’Onéguine l’effraye presque ; elle lui donne le bras avec pudeur, toute rougissante. On l’aime d’emblée !

 

Onéguine, quant à lui, est romantique à souhait ; il est dans ce premier acte terriblement attachant lui aussi.  Ce jeune homme «  dans la lune » n’est pas fait du tout pour ce monde. La belle éducation qu’il a reçue lui permet de faire ce qu’il faut en société, mais comme un pantin. Il fait mine de s’intéresser à ce qu’on lui montre, à ce qui l’entoure, mais le cœur n’y est pas. Lors du premier pas de deux de l’acte 1,  Mathieu Ganio  danse avec Tatiana pour être aimable, mais sans plus ; il la trouve mignonne. Mais son monde intérieur le happe ;  il porte la main à son front, oublie aussitôt où il est pour retrouver la détresse et la souffrance qui le tourmentent.  Cet être écorché vif met les larmes aux yeux, d’autant plus qu’à ses côtés, se tient une Tatiana toute en retenue et d’une infinie douceur. Ce couple est attachant au de là des mots.

Il est impossible de décrire ici la beauté de leur pas de deux. Tout respire, chaque geste a un sens, c’est plein de poésie, d’émotion, de sensibilité… la danse est moelleuse, précise, lyrique, habitée… un moment de grâce… Qui se poursuit tout autant dans la chambre de Tatiana lorsqu’elle écrit sa lettre. Ganio sort du miroir, et l’amour explose… c’est magique !

Dans l’acte 2, Onéguine pris au piège chez les Larine devient odieux. Il va prendre plaisir, tel Méphistophélès à semer la zizanie ce qui rend Lenski   brutal, violent, coléreux ; la gifle qu’il donne à Onéguine ramène aussitôt celui-ci au cœur des réalités : il se rend compte de ce qu’il vient de faire  et essaie de réparer ses torts. Mais l’autre en face ne décolère pas. Olga l’a humilié, il demande réparation. La douce Tatiana fait ce qu’elle peut pour apaiser tout le monde, sans y parvenir. Sitôt Lenski mort, Onéguine pleure comme un enfant ; ce duel qu’il a vainement essayé d’empêcher mais qu’il a involontairement provoqué– et c’était très vivant entre Magnenet et Ganio !- ne fait qu’ajouter à sa détresse intérieure.

À l’acte 3, transformation de la belle Isabelle qui est devenue une femme de grande classe ; enfuie, la petite Tatiana rougissante et timide ; elle est mariée à un homme qu’elle respecte, mais sans passion. Autant Osta aimait son mari, autant  Ciaravolla  a   de l’affection pour un être gentil comme seul sait l’être Duquenne/ Grémine en scène, mais ce n’est pas de l’amour. Elle croise Onéguine et là aussi, contrairement à Osta, elle ne tourne pas la tête pour le regarder en coin, elle esquisse le geste, mais se reprend.

Dans ce monde du paraître, elle est maître de ses émotions. En quelques pas, Ciaravolla exprime tout le cheminement intérieur qui s’est produit dans cette femme. Les luttes qu’elle a dû mener, et l’acceptation finale de sa situation.

 

En revanche, dès qu’elle est dans son boudoir, tout explose ; la lettre qu’elle vient de recevoir la met dans tous ses états ; elle ne sait plus quoi faire, et l’aide qu’elle implore auprès de son mari, de ne pas la laisser seule, surprend presque celui-ci tout heureux de l’affection qu’il croit qu’elle lui porte soudainement.

Le pas de deux final était simplement sublime. Onéguine n’est que regret, amour, tristesse du temps qui s’est enfui, de cet amour qu’il n’a pas pu vivre ; Tatiana oscille entre le désir de s’abandonner, et la souffrance qu’il lui est resté dans le cœur. Mais elle déchire la lettre uniquement par devoir, car elle sait que revenir en arrière  ne la conduirait qu’au malheur.

 

Comme je l’écrivais hier, les deux artistes ont reçu une magnifique ovation, tellement méritée !

A mes côtés, il y avait toute une petite famille, fille et garçon d’environs 16 et 12 ans avec leurs parents.  Pendant les deux premiers actes, ça papotait, gesticulait, riait un peu, mais fort gentiment. Au troisième acte, toute la famille avait les yeux rivés sur la scène. D’ailleurs, dans la salle, on entendait une mouche voler !

 

Je suis vraiment heureuse d’avoir vu cette distribution ; la précédente était magnifique aussi, mais celle-ci, de par l’entente du couple principale, a mené tout Garnier directement dans les étoiles…on se prend d’une telle affection pour ce couple qu’on suit toute leur histoire avec une grande empathie… beau cadeau de Noël !!! Merci à eux !

 

----

 

si j'ai le temps, je consacrerai un article à cette oeuvre, au roman, et aux interprêtes que j'ai pu y voir

 

Je concluerai juste en écrivant que pour la première fois depuis des années, j'ai  vu un couple bouleversant comme autrefois Guillem/Hilaire, par exemple....  on reste alors sans voix


Je complète mon article aujourd'hui, parce que je lis deci, delà, ces choses avec lesquelles je ne suis absolument pas d'accord

 

1) L'Onéguine de Mathieu Ganio trop gentil?

 

Mais les balletomanes n'ont qu'à lire le roman : Onéguine n'est pas un méchant, mais un enfant de son siècle, rongé de spleen. En cela, Pouchkine se réfère beaucoup à Childe Harold, un personnage de Byron qui engendra une longue lignée de descendants littéraires, tous atteints du même mal : non, pas la tuberculose( quoique) mais le mal de vivre


2) C'est Cranko qui a voulu que Onéguine soit méchant


encore faux! Cranko voulait voir la personnalité des danseurs sur scène quitte à changer la chorégraphie; Reid Anderson l'explique très bien dans une interwiew, où il dit que le danseur doit se couler dans le rôle en gardant ses propres émotions, sa personnalité; c'est donc bien le cas avec Mathieu Ganio

Son Onéguine est aussi  capable de devenir odieux, mais on sent effectivement une âme douce; dans le roman il est lassé de la vie, et quand il rend sa lettre avec Tatiana, c'est pour la protéger de lui même, mais dès le début, il l'a remarque puisqu'il dit même à Lenski qu'il aurait dû choisir Tatiana au lieu d' Olga

Pouchkine s'amuse même à ébaucher le portrait d'Olga, puis nous dit " allez, c'est sans interet, un portrait comme celui là vous en trouverez à la pelle dans tous les romans! je passe à Tatiana!"

 

3) j'étais tombée sous le charme de Mathieu Ganio dans la Sylphide, il y a une dizaine d'année; il dansait avec Ciaravola et c'était sublime!

ensuite, je l'ai  vu dans :

- Caligula ( à deux reprises, espacées par quelques années)

- Drosselmeyer ( il m'a ému aux larmes, avec cette capacité à s'abandonner complètement sur scène!)

- suite en blanc

- Roméeo

- Onéguine

 

Sa danse s'affirme, elle gagne en maturité. Sa technique, superbe, - il a un placement mangnifique, des lignes longues, un moelleux naturel - lui permet ainsi de servir au mieux ses personnages qui peu à peu, prennent de l'ampleur, de l'intensité

La sensibilité de Ganio est splendide; quand on le voit sur scène, on ne voit pas un danseur, mais un artiste,  tout simplement!

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24 décembre 2011 6 24 /12 /décembre /2011 09:47

OneguineProgramme.jpgC’est toujours magique de découvrir un ballet ; va-t-on entrer dans l’histoire ? Comment celle-ci sera-t-elle racontée ? Comment les personnages vont-ils exister ?

Je dois dire qu’hier, mardi 20 décembre, la soirée fut superbe !

Tatiana: Osta

Onéguine: Pech

Olga: Froustey

Lenski: Revillion

Grémine: Duquenne

 

J’avais donc lu très récemment ce très beau texte de Pouchkine ;

Comme je l’écrivais plus haut, la scénographie de Cranko respecte magnifiquement toute la trame et les finesses du roman

Le rideau se lève sur une maison à la campagne, où sont réunis Olga, Tatiana, leur mère,    Lenski et quelques amies.

Revillion a du mal à incarner le jeune poète très fleur bleue, tout amoureux de son Olga, la sémillante Mathilde Froustey. Dans le roman, il a vingt ans, il n’a pas encore vécu, ni écrit grand-chose ; tout en en «  bouton », tout en promesse. Si le visage de Révillion exprimait bien cette candeur, cette fraîcheur,  sa danse en revanche, pas toujours très assurée, dévoilait plus les failles techniques que le personnage. C’est dommage. Car le couple qu’il formait avec Olga/ Froustey n’était pas très équilibré. Olga/ Froustey,  à mes yeux, est une jeune fille vive, malicieuse, un peu tête un peu folle. Dans le roman, elle apparaît  comme une écervelée à certains moments, elle vit dans l’instant et n’est pas capable d’attachements durables, son plaisir passant avant tout.  Sa danse belle, légère, précise, fluide, ample, facile en un mot exprime toute l’insouciance de sa jeunesse, sa joie de vivre.  Froustey danse avec tant de facilité qu’on oublie qu’elle danse ; on sent l’affection qu’elle a pour Tatiana, sa sœur si sérieuse, réservée, éprise de livres, calme et tranquille, pas du tout prête à aimer.

Ce qui se produit quand arrive Onéguine/Pech ; dès les premiers instants, Pech incarne un être lassé de la vie, en retrait du monde, qui souffre ; sa danse exprime cette lassitude et ce mal de vivre. Il est austère. Il est différent de tous les autres.

Tatiana en tombe amoureuse sans y être préparée ; dépassée par cet amour violent, elle lui écrit une lettre, la nuit dans sa chambre. La scène où surgissent du miroir le double d’elle même et Onéguine était dansée avec une grande simplicité et intensité. Onéguine, on le devine, peut devenir destructeur malgré lui ; non par méchanceté, mais parce que quelque chose en lui s’est brisé. Les deux danseurs sont justes, simples, mais émouvants. Onéguine est inquiétant, Tatiana oscille entre l’espoir et le tourment.

La suite des évènements annoncée par le miroir le confirme. Dans les romans russes, il y a toujours une scène au miroir où les jeunes filles allument des bougies le soir de Noël et regardent dedans pour voir leur avenir (soit dit en passant, je le fais aussi !)

Si bien que quelques temps plus tard, lorsque c’est la fête de Tatiana et que Lenski arrive à entraîner Onéguine malgré lui en lui ayant fait la promesse qu’il n’y aura QUE Tatiana, Olga, et leur mère, celui-ci se sent trahi ( c’est dans le roman et c’est magnifiquement mis en scène par Cranko) lorsqu’il découvre qu’en fait, il y a tous les voisins auxquels le jeune homme a tourné le dos, lassé de les entendre lui parler du prix du blé, ou des veaux derniers nés. Cette société a fini par prendre ce garçon pour un original, et elle est un peu vexée de voir qu’il se rend chez les Larine et pas chez eux. Ces finesses apparaissent pendant la scène du bal.

Autre belle idée de Cranko : faire déchirer la lettre de Tatiana par Onéguine (dans le roman, il la prend à l’écart et lui explique qu’il ferait son malheur en l’aimant, mais que s’il devait prendre une compagne, c’est elle qu’il choisirait ; d’ailleurs, un peu plus avant dans le roman, Onéguine a dit à Lenski : «  quoi, toi, poète, tu as choisi cette Olga, sans profondeur, sans rien pour faire frémir un poète ? Alors que Tatiana semble si riche ! À ta place, c’est elle que j’aurais choisie.» Et il a déjà vexé sans le savoir ce jeune poète à peine sorti de l’enfance.

D’une part, on comprend qu’il  par ce geste qu’il   rejette Tatiano, d’autre part, cela permettra à la scène finale de trouver toute son intensité quand Tatiana rendra sa lettre à Onéguine et la déchirera de la même manière.

Cranko fait donc danser la société des voisins avec beaucoup d’humour ! C’est pendant ce bal qu’Onéguine, déçu d’avoir été trompé par Lenski, se venge en faisant danser Olga. Toute heureuse de son succès, Froustey/Olga s’amuse ; non ce n’est pas par caprice ! Elle n’a aucune arrière pensée, et elle s’étonne que Lenski en prenne ombrage ; quand celui-ci provoque Onéguine et lui demande réparation, Olga est bouleversée et reste interdite. Elle n’a fait que danser ! Tatiana, très digne après ce qu’elle vient de vivre, essaie aussi de l’en dissuader, mettant de côté son propre chagrin pour éviter un drame.

C’est peine perdue

 

Le duel rappelle un peu celui – postérieur – de Pierre Bezoukhof dans guerre et paix. Un duel malgré soi. Un duel idiot pour l’honneur auquel on participe sans le vouloir. Les deux sœurs tentent encore de l’empêcher, et sur l’avant-scène, Onéguine/Pech hésite ; il trouve cela inutile, stupide, il sait qu’il doit faire quelque chose pour éviter ce duel, mais les choses suivent leur cours, comme malgré lui. Lenski meurt

 

Le dernier acte s’ouvre sur   la scène de bal, très belle, où l’on voit Tatiana heureuse auprès de Grémine/Duquenne qui donne beaucoup de poids à son personnage avec peu de choses à danser ; ce général est imposant, solide, sans tourment, sans état d’âme, très loin de la personnalité d’Onéguine. Les décors et les costumes, simples, légers, campent toute une ambiance de fête et de plaisirs mondains. C’est simple, c’est beau ; la robe rouge de Tatiana nous révèle qu’elle a accédé à une place dans le monde, à une certaine maturité, à un rang aussi. (Osta était superbe dans cette robe !)

Onéguine revoit donc Tatiana, qui semble l’ignorer, sauf qu’un mouvement en arrière de sa tête au moment où elle quitte le bal avec son mari, prouve qu’il n’est en rien.

J’aime beaucoup une fois encore ce qui se passe  sur l’avant-scène entre deux rideaux, où toute la vie défile sous les yeux d’Onéguine ; le passé le hante, les années n’ont rien effacé ; il ne s’est pas pardonné la mort de Lenski, et tout ce qui en a découlé.

Plus tard, dans son boudoir, Tatiana supplie son mari de ne pas la laisser seule ; il la cajole, lui renouvelle toute son affection, mais il a à faire, et s’en va ; entre Onéguine.

J’avais vu sur youtube beaucoup de pas de deux de cette scène ; Pech le danse avec beaucoup de regret, un vrai amour qui s’exprime enfin, une tendresse qu’on ne lui connaissait pas jusqu’à présent et qui nous émeut. Il est donc capable d’être tendre ? Comme s’il avait fallu tous ses drames pour qu’il puisse être lui-même et  s’avouer qu’il aime Tatiana. Elle  hésite entre sa passion et son devoir. Mais elle finit par lui rendre sa lettre et  le congédie ; ce pas de deux coulait tout seul, sans laisser voir le moindre effort, pour nous narrer tous les méandres et les fluctuations du coeur ; ces deux êtres s’aiment, cela ne fait pas l’ombre d’un doute, mais il est trop tard.  Tatiana  presque heureuse de lui faire vivre ce qu’elle a vécu au moment où elle lui rend la lettre le regrette aussitôt l’instant d’après ;  on comprend que plus jamais elle ne trouvera la paix ; le retour d’Onéguine a brisé le fragile équilibre qu’elle avait construit tant bien que mal avec Grémine.

 

Je salue ici la performance d’acteurs des danseurs qui racontent une histoire, dévoilent les méandres de l’âme humaine, ses conflits, tout ce qui se passe sous un crâne, avec un talent qui force l’admiration. Les pas de deux entre Pech/Osta étaient vraiment de toute beauté. On comprend très bien qu’Onéguine n’a rien voulu, mais a tout provoqué. Tatiana force le respect et la compassion.

Cranko en 1H 30 raconte tout un drame, avec mille finesses psychologiques et des moyens simples. C’est beau, c’est simple, c’est émouvant, c’est intelligent, et c’est tout en subtilité…

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compte rendu que j'ai posté sur le forum de Cathy, danserenfrance.

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3 décembre 2011 6 03 /12 /décembre /2011 11:14

Compte rendu Cendrillon Noureev – 1er décembre 2011

 

danse_cendrillongarnier_2007.jpgComme dit dans l’article «  quelques points de repère sur Cendrillon », j’étais curieuse de savoir comment Cendrillon allait être dansée ce soir. J’avais confiance ; avec des étoiles comme Leriche et Gilbert, j’allais me «  régaler » ! C’était sans compter sur les aléas du métier de danseur…

Le rideau se lève sur la scène d’introduction : la mère (Valastro) et ses deux filles (Renavand/ Daniel)  tyrannisent la pauvre Cendrillon

La mère et la sœur turquoise (Renavand) me font littéralement hurler de rire ! Les mimiques, les gestes, la danse, tout est vivant et drôle ! Daniel est plus «  timide » dans sa danse ; elle est moins amusante aussi. Alice Renavand, toute nouvellement promue première danseuse et je m’en réjouis, semble littéralement «  exploser » sur scène. Il y a bien longtemps, sur un forum, à la question : «  De qui voudriez-vous être la petite mère si vous étiez étoile à l’opéra ?  » j’avais répondu : d’Alice Renavand. Et la voilà première danseuse ! Comme j’en suis heureuse pour elle ! Je ne savais pas qu’elle avait cette fibre comique et je m’en amuserai toute la soirée.

Quant à Cendrillon - Dorothée Gilbert, que je regarde de tous mes yeux, - car elle est une danseuse extrêmement douée - je n’arrive pas à sentir son personnage ; je ne lui trouve pas d’identité ; qui veut-elle être ? Quels sont ses rêves ? Quelle est sa nature profonde ? Je ne comprends pas sa danse, qui est vraiment belle, mais qui ne me parle pas. Je me dis «  elle mettra mieux son personnage en place quand elle sera au second acte »

 

Le second acte arrive : Leriche/ jeune premier fait son entrée ; je trouve qu’il a du mal à danser ; et puis hop, il disparaît… Mon regard balaye la scène ; je me désintéresse de ce qui s’y passe ; je cherche Nicolas qui n’est nulle part… Je ne comprends pas tout de suite pourquoi un autre danseur porte le même costume que lui, puis  je dois accepter   l’évidence ; il est blessé et doit être remplacé…

C’est donc Magnenet qui prend la suite ; certes, chapeau à tout le monde sur le plateau d’avoir continué sans rien faire remarquer ; je suis sûre que dans la salle, personne, à part les fans de Nicolas, ne s’est rendu compte de quoi que ce soit…, c’est assez stupéfiant, et montre que l’habitude de danser ensemble permet de surmonter bien des imprévus : bravo !

 

Étant donné l’état de déception dans lequel je suis moi-même à la sortie de scène de Nicolas, j’imagine le cœur de Dorothée : il a du battre la chamade, de voir son partenaire s’éclipser et être  remplacé par un danseur avec lequel elle n’a probablement jamais du répéter… !

Rien à dire côté danse ; c’est fluide, bien dansé, c’est beau, même… mais cela ne me touche pas… les pas de deux ne «  décolleront » jamais. Dorothée Gilbert non plus et on ne peut pas lui en vouloir…

J’espère juste la revoir bientôt dans un autre rôle…

Quand à Florian Magnenet, il est bien «  vert » Sa technique est loin d’être très au point ce soir-là. Pourtant, je me rappelle l’avoir beaucoup apprécié il y a deux ans dans les amis de Raymonda. Je ne peux intérieurement que saluer leur exploit d’avoir dansé dans cet état d’urgence extrême qui ne peut en aucun cas permettre à l’artistique de s’exprimer tant il faut se concentrer sur la technique seule : car les deux partenaires, n’ayant jamais répété ensemble, doivent se débrouiller pour trouver d’instinct comment s’accorder… du travail sur une corde raide de haut vol !

 

J’ai mis un bon quart d’heure à «  retourner » dans le ballet tant j’étais déçue ; la dernière fois que j’ai vu Nicolas dans un rôle classique, c’était dans Giselle ; blessé, il ne dansera pas Onéguine ; et il y a peu de chance que je le revoie jamais dans un rôle classique, dorénavant, je devrais me contenter de mes souvenirs… encore une page qui se tourne

La déception passée (plus ou moins !) je me concentre sur mes favoris : la mère, la sœur turquoise, et l’excellentissime professeur de danse : Alessio Carbone !

 

J’avais déjà remarqué que Carbone (au passage, c’est le mari de Dorothée Gilbert !) avait un sens inné pour les rôles comiques ; j’avais ri à gorge déployée quand je l’avais vu en mari ayant des envies de meurtre dans le Concert de Jérôme Robbins !

Là, dans ce ballet, il incarne à merveille un professeur de danse, précieux, pointilleux, tout comme ses moustaches parfaitement gominées, sa coiffure, et ses chaussettes bien tirées sur ses pantalons ajustés. Bien que désespéré de voir ses pas saccagés par les deux sœurs, bien qu’impuissant à les faire progresser, il essaye malgré tout de leur inculquer quelques notions de danse, car on le sent passionné par son art qu’il veut transmettre coûte que coûte ! Il faut le voir crisper ses mains, refaire les pas derrière les deux soeurs, au bord de la crise de nerfs, mais ne renonçant pas !

 

La mère de Pierre Retif n’est pas en reste non plus. Cette marâtre oscille entre le ridicule et la méchanceté, mais on sent bien que c’est « pour rire ». Les danseurs s’amusent, nous avec, ce qui fait que l’on ne se soucie plus trop du sort de Cendrillon ; on attend le retour du  trio avec impatience et on se réjouit de chacun de leur passage ;  tout comme on se réjouit de certaines scènes de cinéma : les personnages Louis XV aux coiffures ridicules qui ne sont pas au point et qui finissent écrasés par la fausse colonne m’ont fait rire aussi ;  oui, la recette est facile :  on s’assomme, on se donne des claques, des coups de pieds, tout le monde s’agite, se dispute sur le plateau : de la bonne humeur à revendre ! Mais ces clins d’œil à un cinéma fait de « baffes » et de coups de pied, à la « Chaplin » ou à la Buster Keaton sont réjouissants ! Je ris toujours quand je vois Chaplin et l’auto-mangeoire par exemple…  Le trio producteur (Paquette) assistant (Le Roux) et réalisateur (Yann Saiz) fonctionne bien aussi ; c’est plein de vie. L’un martyrise l’autre qui tape le troisième. Et c’est sans fin ! Les trois danseurs s’en donnent à cœur joie !

Bravo donc à toute cette équipe «  comique » qui insuffle une gaieté à ce ballet, une légèreté bien loin de la vision tragique habituelle de Cendrillon ! Personne, parmi les personnages comiques, ne se prend au sérieux !   danse_cendrillongarnier_2007_2.jpg

 

En revanche, je me rends compte que les costumes ont été refaits façon «  cheap ». Qu’ils sont laids ! Ils ont perdu tout leur chic et leur côté léger, coloré, vivant ou glamour !

J’avais appris que les costumes de la Bayadère avaient été refait aussi façon «  criarde »

C’est laid ! Le pire revient aux heures, affublées d’hideux costumes gris et mauve malade… on sent que les heures sont pressées de quitter la scène à peine y sont-ils entrés et on les comprend !

Les pantoufles de verre de Cendrillon semblent venir de Barbès ! Tout comme les robes 1930 du corps de ballet ! Elles viennent sûrement de chez Hariri baba, rue d’Orsel !!!

 

Le corps de ballet est bien fouilli : les lignes s’emmêlent, ce n’est pas très ensemble…. Bon

 

Dans le troisième acte, le prince fait le tour des cabarets pour retrouver Cendrillon et nous voyons alors Alice Renavand en Lolita espagnole : superbe !!! Ce soir, elle est magnifique et impose sa danse – comique ou sensuelle – avec beaucoup de talent !

La danse chinoise de Daniel est fort jolie, mais pourquoi cette danseuse semble-t-elle au contraire si peu sûre d’elle ? Alors que se technique est belle et que ces bras, son buste, tout respire magnifiquement ?

Enfin, l’Acteur arrive chez Cendrillon pour essayer la pantoufle oubliée : Renavand fait une traversée de la scène avec son chausson de danse à la main qui  a soulevé l’hilarité de toute la salle de Bastille ! Elle se sera bien amusée et nous avec

Et enfin, le pas de deux final, entre l’acteur et Cendrillon qui a retrouvé son éclat.

Le rideau tombe

 

Et bien, j’ai passé une bonne soirée !

J’ai retrouvé avec délice une œuvre de mon cher Noureev !

Malgré les aléas de ce soir, je quitte la salle heureuse

Comme souvent à l’opéra de Paris, les seconds rôles sont parfaitement dansés, comme si le fait de ne pas avoir la charge du «  titre » d’étoile leur laissait plus de liberté, plus de légèreté

Je suis donc ravie de ma soirée, et suis encore plus ravie de voir que cette œuvre - si elle a quelques longueurs – est vivante !

 Je constate que l’opéra reste ce vivier plein de talents… qu’il ne faudrait pas grand-chose pour qu’il retrouve l’éclat que je lui ai connu il y a presque 20 ans… mais que ce n’est pas chose impossible. Les talents sont là, c’est indéniable… et c’est beau, de pouvoir partager entre public et danseurs, cet amour fou de la danse et des récits plein de vie…

Qui sait? Un jour, un " producteur" viendra à l'opéra et la magie, de nouveau, se révèlera!

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3 décembre 2011 6 03 /12 /décembre /2011 10:06

310061f7ed62d541feb1e4d296886df8Cendrillon de Noureev est un drôle de ballet ; créé sur mesure pour Guillem par Noureev, il avait été capté en 1987 avec Guillem – Loudières- Guérin – Jude  et Noureev lui-même dans le rôle du producteur. Jamais, hélas, réédité en DVD, alors que la captation est superbe !

J’ai usé cette VHS ; Guillem, 22 ans, y  incarne une Cendrillon modeste et douce qui désire coûte que coûte devenir actrice ; pas par rêve de gloire, car l’on sent la jeune fille rêveuse et simple, mais parce que viscéralement, c’est une vocation… Guillem a ce talent inouï, de faire comprendre qui est son personnage en profondeur et ce qu’elle veut : cette vocation   lui permet d’accepter la dureté de sa vie ; douce, gentille, généreuse, elle est maltraitée par ses sœurs et sa marâtre et ne parvient pas à arracher son père à l’alcool. Aussi,    près de l’âtre, elle déplie l’affiche du Kid de Chaplin pour se réconforter, car l’amour du 7ème art qu’elle a chevillé au corps l’aide à tout surmonter… grâce au producteur qui atterrit «  par accident » chez elle, ce rêve se réalise, le producteur jouant le rôle  providentiel de la fée : parée comme une reine, elle s’y rend pour tourner un bout d’essai. Sa descente du grand escalier (comme dans les comédies musicales américaines) entourée de photographes qui d’instinct devinent en elle la star en puissance est un réel moment de poésie.  Sauf que, elle est portée par les photographes et deploie ses jambes en grand jeté, comme si le rêve ne s'était pas encore véritablement réalisé. Là, elle fait la connaissance d’un jeune premier dont elle tombe amoureuse, mais se voit contrainte de quitter les studios, car les "heures sonnent" et lui intiment l’ordre de retourner chez sa marâtre. De retour dans son logis,  elle n’oublie rien de ce qu’elle a vécu. Son corps se rappelle tout ce qu’elle a appris et elle se met à danser, comme dans un état second,  une serpillière à la main ; elle se reprend, mais quelques instants plus tard, elle recommence… d’ailleurs,  tout au long de l’œuvre, Guillem  se montre intense, espiègle, douce, généreuse, consolatrice,  poétique, glamour, star radieuse,  et bonne à tout faire…  à 22 ans, c’est une actrice née, qui sait utiliser merveilleusement sa technique pour mettre son âme à nu.

 

Noureev bien évidemment a glissé une bonne dose d’humour dans ce ballet ; il s’y est beaucoup amusé ! Les rôles des « méchantes » sont comiques ; pas questions de tomber dans le «  vérisme » ! En devenant la bonne fée providentielle de Cendrillon,  il déclare  de cette façon  à Guillem qu’il adorait «  j’ai été ta bonne fée, grâce à moi tu es devenue étoile sans en passer par tous les degrés imposés par l’opéra de Paris ». En dansant lui même le rôle du producteur, il dit aussi au public : « voilà, je rends toute sa  magie, toute sa force et sa beauté à l’opéra de Paris, pour le remercier d’être mon port d’attache, moi qui suis un exilé »

A leurs côtés, Guérin et Loudières incarnent les deux sœurs bêtes et méchantes : l’une est teigneuse, raide, disgracieuse à souhait ; l’autre sotte, «  godiche », molle comme une guimauve ; leur duo est inénarrable ! Elles prennent des cours de danse pour se préparer à leur audition dans les studios auprès d’un professeur qui s’arrache les cheveux devant tant d’incapacité ! Leur duo comique est vraiment à hurler de rire si c'est bien dansé, surtout lorsque le professeur vient chez elles et qu'elles se mettent à la barre.

Petite aparté : c’est étrange de voir que l’une comme l’autre ne sont pas  à l’opéra de Paris actuellement pour y transmettre tous ces ballets qu’elles ont si bien dansé à leur tour ; pourquoi ?

 Le rôledu professeur aussi est comique, mais il faut beaucoup de finesse pour l’interpréter.  Ce professeur précieux s'arrache les cheveux de désespoir devant l'incapacité des deux soeurs et devient tout feu follet devant le talent de Cendrillon quand elle danse dans les studios.

Pour séduire le jeune premier, tour à tour, les soeurs le tirent par le bras, et le malheureux se retrouve écartelé entre les deux demoiselles, sous les encouragements de la mère, rôle tenu par un homme (qui souvent s’en donne à cœur joie et fait des pointes avec délices !)   

Charles Jude joue le rôle du jeune premier ; charisme, technique sublime, beau visage, on ne peut rêver mieux ! Ses pas de deux avec Guillem  sont fascinants de poésie, de «glamour » de références au cinéma hollywoodien.

 

 

 

Cette version décalée de Noureev laisse la part belle au comique inspiré des films des années 30 : on se dispute, on se giffle, on se querelle, on se réconcilie.     King Kong, les « musicals » avec Fred astaire et Ginger Rodgers,   Metropolis,   Buster Keaton,   Chaplin  Ziegfield et ses revues et   tant d’autres sont cités avec humour, amour ou poésie… On rit beaucoup dans Cendrillon. Et quand Guillem danse, le souffle se suspend !

Outre le trio sœurs-mère, un autre trio anime les studios de cinéma : producteur, assistant, metteur en scène, qui se chamaillent sans cesse comme des chiffonniers ! Là aussi, clin d’œil à l’un des films de Buster Keaton où l’assistant est maltraité par le réalisateur !

Noureev qui est arrivé en Occident en 1961 n’a eu qu’une envie : rattraper son «  retard » en matière d’art et de culture ; en URSS, il était impossible d’accéder aux œuvres américaines et à la plupart des œuvres occidentales ; il ne dormait que deux ou trois heures par nuit, à ses retours de spectacles et de fête, et là, il consacrait le reste de ses nuits à lire, à aller au cinéma, ou à découvrir des livres sur des peintres, des artistes de tout genre ; on raconte qu’à un dîner, apprenant qu’un film qu’il n’avait jamais vu passait au cinéma d’à côté, il a quitté la table, est parti voir le film, puis est revenu

Ce côté excessif se retrouve chez Guillem d’une autre façon : elle ne fait les choses que si elle est convaincue par ce qu’elle fait à 300 cent pour cent

Cendrillon n’est donc pas le ballet «  niais » qu’on peut croire, mais un véritable hymne à l’art comme moyen de dépassement de sa condition première. Noureev comme Guillem le savait dans toutes les fibres de leur être l’un et l’autre.

 

Les décors montre l’intérieur d’un « bar » très art nouveau  (métal et verre comme le grand Palais) qui sert de cadre de vie à la famille de Cendrillon ; pour les studios de cinéma, une horloge digne des Temps moderne de Chaplin se dresse derrière le grand escalier qui a fait dire à plus d’une starlette «  l’ai-je bien descendu ? » ; au dehors, des gratte-ciels comme ceux qu’on voit dans Métropolis élancent leur sihouette vers le ciel.

 

C’est avec ses images en tête que je m’apprêtais à revoir ce ballet. J’avais réussi à avoir des places pour Leriche et Gilbert, qui, seuls, m’avaient donné envie de revoir ce ballet.

 

Deuxième partie sur le compte rendu de Cendrillon 2011 à la suite!

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26 août 2011 5 26 /08 /août /2011 08:15

10rp-jhm-noureev-zizi.jpg Ce n'est pas un scoop, non, Roland Petit est mort; un bel âge, une mort qui est venu le cueillir alors qu'il fourmillait encore de projets...

 

Certes, je suis loin d''être une "fan "absolue, j'ai toujours trouvé franchement  "cruche" tout ce qui était du domaine du cabaret, le truc en plume de Zizi que je voyais à la télé quand j'avais une dizaine d'années m'était insupportable et   je trouvais Zizi affreuse... à dix ans, je ne connaissais de Roland et de Zizi que les revues du Casino de Paris qu'il dirigeait à l'époque.

Ce n'est que très tard que j'ai découvert que Roland Petit et Zizi Jeanmaire avaient été danseurs classiques et je n'en croyais pas mes yeux.

 J'ai découvert Carmen, donné dans une soirée de ballets à l'opéra qui réunissait aussi  Vaslaw de Neumeier,   eet une autre oeuvre dont j'ai oublié le nom.

J'avais découvert le jeune Homme et la mort  dans le film soleil de Nuit, avec Barishnikov, mais ce ballet ne m'avait fait aucun effet...

Plus tard, sur scène, ce même ballet dansé avec Nicolas Leriche et la Pietra, c'était tout autre chose...

En 2002, je tombais amoureuse de son  Clavigo, bizarrement, un ballet qu'il a renié  et qu'il n'a jamais voulu remonter. La musique de Gabriel Yared est pourtant sublime, la scénographie belle et romantique à souhait; c'est une belle oeuvre!

C'est ce ballet qui m'avait révélé M A Gillot, dans le rôle de l'étrangère, sublime, inoubliable... et Claire Marie Osta était tout aussi inoubliable dans le rôle de la fragile Marie...

Je l'ai en dvd, et je le regarde de temps en temps. Je trouve que contrairement aux autres ballets ( Notre Dame, Le Loup, Proust) les scènes de groupe sont vraiment réussies...

 

De son oeuvre, j'ai vu peu de choses sur les centaines de pièces qu'il a créées

Certains de ses ballets n'ont jamais été remontés

D'autres sont devenus de grands classiques, comme l'Arlésienne, le Jeune homme et la mort, Le loup, Carmen, Notre Dame de Paris, les Forains....

Mais j'ai  en horreur son Proust et les intermittances du coeur, sa Pavlova, sa Chauve souris et tant d'autres...

Je trouve ces ballets bavards, niais,  insupportables même si parfois, il y a des variations superbes ( comme Albertine qui danse dans une belle lumière dorée)

Son ballet réalisé sur des musiques de Pink Floyd était un condensé de sa " patte" : des moments forts, des moments bavards...

 

Ce qui fait la force de ces ballets, comme pour la plupart des oeuvres musicales ou chorégraphiques,  ce sont les interprètes : ainsi quand Isabelle Guérin dansait l'Arlésienne, le ballet était touchant, vivant, pur... je n'ai jamais revu le rôle de Vivette dansé ainsi depuis. Bélingard ou autrefois Legris dans la variation finale de Frédéri sont à pleurer...

Mais le Loup dansé cette année m' a laissé une impression d'ennui et de bavardages...

A l'inverse, Rendez vous était passionnant parce que dansé par Leriche et la sublime Ciaravolla

 

Je me rappelle d'une Carmen avec Alessandra Ferri et L Hilaire : c'était spirituel, terriblement sensuel, vivant, et drôle tout à la fois car le corps de ballet dégageait une joie de vivre sur scène inégalée depuis dans ce répertoire...

 

Petit a eu une carrière incroyable, après avoir créé des chefs d'oeuvres dans les années 40  ( les ballets des Champs Elysées), il a travaillé aux Etats Unis, réalisé la chorégraphie de comédies musicales, puis la revue musicale de Paris, et enfin pris la tête du ballet de Marseilles; y dansera  la magnifique Dominique Khalfouni, plus tard,  Lucia Lacarra

 

Bref, une vie bien remplie, et  un côté touche à tout qui déplait tant aux français qui veulent ne pouvoir mettre qu'une seule étiquette par artiste!

 

Il a aussi travaillé avec Noureev et lui a confié la réalisation filmée de Carmen

Les choses n'ont pas été simples car Noureev n'avait que trois jours de libre, et il voulait que ça aille vite!

Plus tard, ils se brouilleront, toujours parce que Noureev par manque de temps dansera un ballet de Petit un peu à " sa sauce" et que Petit se sentira trahi

3e659bb43d4ee2b7e95eb4b09fa2d6e5.jpgN' empêche; c'est amusant quand même de voir que Danser  a consacré des hors séries à Béjart, à Pina Bausch, à Merce Cunnigham - je n'ai jamais réussi à entrer dans cet univers! -  mais rien pour Petit

Pourtant, même si son oeuvre va du pire au sublime, il a marqué son temps et le Jeune Homme reste l'un des ballets les plus dansés dans le monde...

Un hors série aurait sans doute plu à tous ceux qui connaissent Roland Petit d'une façon ou d'une autre et auraient voulu en savoir un peu plus...

Rien... 

 

 

Voilà : ce n'est pas un hommage, je n'aimais pas Petit comme j'aimais Béjart, rien à voir

Mais j'ai plaisir à me rappeler les moments forts que m'ont procuré ses ballets, pas plus tard qu'en septembre dernier, en voyant Bullion et Abbagnato dans son inoubliable Jeune Homme et la mort

 

Ah, pour la petite histoire, c'est mon ancien directeur de conservatoire, Mr André Girard, qui avait dirigé la première et je crois même qui avait suggéré la passacaille de Bach, quand Petit cherchait une musique plutôt jazz...

 

 

les photos sont extraites du site de rolant Petit : www.roland-petit.fr



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26 août 2011 5 26 /08 /août /2011 08:07

Comme je suis amenée de temps en temps à aller à Sainte Geneviève des bois, je ne manque jamais l'occasion d'aller me recueillir sur la tombe de Noureev; souvent, je dépose un lys blanc sur sa tombe

Mais la dernière fois, j'y suis allée les mains vides... un peu ennuyée quand même...

C'est toujours magique de voir sa magnifique sépulture, ce lourd kilim en mosaïques réalisé par son ami E Frigerio

A chaque fois que je vais me recueillir, je lui redis tout l'amour que j'ai pour lui... c'est émouvant de voir sa tombe dans ce magnifique cimetière russe, plein  de bouleaux, de sapins et   de chants d'oiseaux

 

A mon retour, une surprise m'attendait : des lys blancs sur ma boîte aux lettres...

Hasard?

Je ne crois pas au hasard!

 

L'explication est toute simple, j'avais reçu des fleurs pour mon anniversaire qui auraient dû arriver quinze jours plus tard, mais la boutique de fleurs s'est trompée et les a livrées juste quand je revenais du cimetière; le livreur a téléphoné quelques minutes avant que j'arrive à mon domicile...

 

Cher Noureev, ce petit signe montre à quel point tu habites toujours mon coeur....

Les beaux lys embaument le salon et s'épanouissent pendant que je travaille dur l'odissi, une danse classique  que tu dois aimer car elle est aussi masculine que féminine... je fais fi de la douleur parfois intolérable dans les cuisses et les genoux, je regarde les lys et je pense à toi...

 

Décidément non, je ne t'oublie pas! Ce beau bouquet l'atteste volontiers!

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8 août 2011 1 08 /08 /août /2011 08:49

Il fait partie de ses "anonymes" danseurs du corps de ballet qui ne le sont plus dès que l'on va souvent  à l'ONP

Quand je dis, il fait, je devrais dire " il faisait" car Martin Chaix a   quitté l'opéra de Paris d'abord en 2006 pour une année sabbatique, puis en 2007 pour rejoindre le ballet de Leipzig;  il avait 27 ans. Depuis 2009, il fait partie de la compagnie du ballet du Rhin. Il y danse des rôles de solistes, tel le double rôle du Prince/Drosselmeyer dans Casse noisette; ce que l'opéra de Paris ne lui aurait sans doute pas permis.

 

Ce petit article - sans photo pour l'instant, j'en suis désolée! - pour rendre hommage à un danseur dont le départ m'a attristée; je cherchais toujours son nom dans les programmes dès que j'allais voir un ballet

Je l'avais remarqué un jour dans le corps de ballet; il dansait avec plus de coeur, plus d'engagement que les autres; sa danse était belle, sa présence charismatique. Toujours je le repérais même s'il n'avait pas de rôle de soliste - ce que permet le grade de sujet à l'ONP, comme par exemple dans le Carmen de Roland Petit où il dansait l'un des brigands.


A chaque fois qu'il était là,  sur scène, le ballet pour moi n'était plus le même! Il prenait une autre dimension.

Il fait partie de ces danseurs qui apportent un supplément d'âme à la danse

Quand il a quitté l'opéra de Paris, j'ai ressenti une vraie tristesse...

Aujourd'hui, Martin chorégraphie aussi. Il avait déjà créé une pièce pour l'ONP et il a continué sur cette route. Il a un site où sont mis en lien des extraits de ses créations 

 

J'espère de tout coeur que là où il danse, il est heureux! Je suppose que le ballet de Leipzig puis le ballet du Rhin ont été sensible à l'artiste charismatique qu'il est! Il peut aux seins de ses compagnies mûrir tout son formidable potentiel artistique qui crevait déjà les yeux même quand il était " noyé" dans le corps de ballet.

 

En tous cas, il aura fait partie de ces danseurs que j'ai profondément aimés et que je n'oublie pas. lls apportent leur petite lumière, leur flamme, leur âme sur scène et du coup, tout change... ils rayonnent et diffusent autour d'eux quelque chose de spécial qui touche le spectateur...

 

Voilà quatre ans déjà que Martin Chaix a quitté l'opéra de Paris, mais je me rappelle sans peine sa joie totale à danser  qui, plus que tout le reste, est la chose la belle à mes yeux.

 

 

 lien vers le site de Martin Chaix


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8 août 2011 1 08 /08 /août /2011 08:02

Enfin, j'ai pu les entendre en concert! Après les avoir ratés à leurs débuts en France à la Flèche d'Or, puis les avoir re-ratés au grand Rex, j'ai enfin pu entendre mon groupe préféré de cette décennie en live

J'attendais ce concert avec impatience

 

J'ai découvert ce groupe grâce à FIP!   Fip!!!! je fais pleins de découvertes en écoutant cette radio!

Un jour donc, au volant, je reçois une immense bouffée d'oxygène qui vient tout droit des montagnes; la musique est âpre, mystique, inspirée, et elle s'adresse tout de suite à l'âme

Les harmonies vocales sont sublimes; les lignes mélodiques tourbillonnent comme des flocons de neige

La rythmique est " brute", parfosi lourde, mais elle va bien avec les chansons; Il y a quelque chose de familier dans cette musique - de quand date t-elle? me demande-je. Difficile à dire, ça à l'air ancien et nouveau à la fois.

J'achète le disque, le fait écouter à mon compagnon qui me dit " tiens, ça sonne comme les beach boys à leurs début et aussi à Grosby, Still and Nash"

moi, je n'ai pas sa culture musicale, et ça ne m'évoque personne; ça m'évoque juste cette partie de la terre que je situe dans des montagnes, près du Canada, une musique de terroir en quelques sortes, mais habité par une dimension immense.

 

Pendant deux- trois ans, j'écoute le disque en boucle - un deuxième disque sort; je l'achète; le coup de foudre n'est pas auss immédiat que pour le premier; cette fois, il faut écouter, et encore écouter pour sentir le vent, la neige et les bois, pour entrer dans ce monde qui est moins accessible

 

Vient le jour du concert : c'est à Pleyel qui organise un petit festival

En première partie Les Villagers; le chanteur guitariste du groupe commence : c'est beau

ça l'est moins quand il est rejoint par son groupe; il perd finalement à être entouré; il est plus habité tout seul... du coup, la première partie parait interminable...

 

Puis enfin les Fleet : le concert commence, la musique me soulève hors de mon siège et me voilà  à planer, tel l'âme quand elle n'est pas encore incarnée; je n'ai jamais ressenti cela à aucun concert; bref, je flotte, je vole, je suis au sommet et je ressens des milliers de petites vibrations; c'est émotionnellement puissant, mais c'est même au delà : une musique de l'âme, oui, il n'y pas d'autres mots...

 

mais tout à coup, après la deuxième chanson,  quelqu'un hurle " c'est trop fort"

et là, je vois le visage du chanteur qui se fige et toutes les énergies spirituelles qui "crac badaboum", retombent lourdement sur scène. L'étincelle se brise en plein envol, et juste au début du concert

Le chanteur échange quelques mots; les gens qui " c'est trop fort",

le concert reprend; mais tout est saccagé

si la musique est toujours là, l'âme est partie

quelque chose a été brisé net dans son envol

 

ça me brise le coeur pendant plusieurs chansons; je guette : ça ne reprend pas;

 

Trop fort, la musique? c'est le comble à concert " pop rock"

en fait, la musique n'était pas trop forte, mais la sono mal réglée

Pleyel ne doit pas avoir habitude de régler les sono pour ce type de concert

 

j'avais le son qui m'arrivait plus fort dans l'oreille droite que gauche, et puis, il y avait comme des sortes de parasites; pas des larsens, non, mais quelque chose de déséquilibré; les instruments étaient mal réglés les uns par rapport aux autres...

 

cela moi, ça ne me gênait pas puisque les vibrations spirituelles, elles, étaient bien là

mystique comme je suis, je les sentais même entre la tête des musiciens et le plafond. Je m'en nourrissais de toute la fibre de mon être....

et je les ai vues " retomber" littérallement sur scène... ça m'a brisé le coeur!...

 

Comment renouer le fil quand vous êtes à l'étranger, que des gens braillent en français quelque chose que vous ne comprenez pas? cela fige un peu les choses, d'autant que l'on sent très nettement que les fleet viennent jouer de la musique, pas faire un show : ils ont leur chemise à carreaux; la disposition sur la scène des musiciens fait qu'ils sont tournés les uns vers les autres dans une sorte de rectangle;   et puis il n'y a pas d'éclairages rock : les lumières sont mises très bas sur la scène...

vraiment le minimum! je suis sûre que c'est voulu

 

pour eux, l'essentiel est la musique, pas eux....

 

que dire alors maintenant sur le concert?

 

Que si le chanteur est  bien 'âme du groupe il est entouré par des garçons aux voix et aux timbres qui se mêlent merveilleusement à la sienne; il y a une symbiose fabuleuse entre les voix

Le groupe ne cherche pas l'effet, mais à " être " sur scène

C'est profondément habité, humain, beau et vibrant

Dès qu'ils reviennent à Paris, j'y retourne. Depuis je n'écoute plus leur second album de la même façon; je l'aime tout autant que le premier...

 

Aujourd'hui, je sais pourquoi ils me touchent autant ; ils sont reliés!

 

Mon article sera à leur image; sans fioriture!


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