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  • : Danse et... danses!!!
  • : Blog sur la danse en général et l'opéra de paris en particulier rédigé par Valérie Beck, administratrice du forum danses pluriel
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Danser, telle la phalène sous la lune, le pinceau du calligraphe, ou l'atome dans l'infini 

                                              

marie-taglioni-in-zephire.jpg

7 juillet 2006 5 07 /07 /juillet /2006 18:12

Al C'est mon dernier article avant un moment, et je compte bien écrire un compte rendu sur la formidable soirée Alvin Ailey que j'ai vue hier, 6 juillet!

C'était une soirée fabuleuse, comme toujours avec cette compagnie, et j'ai eu un énorme coup de coeur pour une artiste fabuleuse qui s'appelle Dwana Adiaha Smallwood. Elle a été sensationnelle, et mes mots ne rendront pas hommage à son immense talent, et surtout son immense " expressivité, générosité, énergie, élégance, beauté!"

Dwana hier a dansé d'une manière sublime :elle a tout donné!

Non seulement, elle déborde d'énergie, mais celle ci est toujours gérée avec une beauté stupéfiante. Elle portait cette longue robe blanche à volant que toutes les interprêtes de Cry ont portée, Judith Jamisson la première, celle pour qui Alvin Ailey lui même régla la chorégraphie.

Dwana occupe toute la scène quoiqu'elle fasse, et à ce moment, je me suis rappelée la phrase de Martha Graham : le centre de la scène, c'est là où je suis!

C'est littéralement ce qui s'est passé avec cette artiste : on ne peut pas la quitter du regard une seconde, on ne pense à rien, on la suit, subjuguée et on partage chacune des émotions qui la traverse : souffrance, haine, peine, chagrin, espoir, amour, résignation, hostilité...

Le solo est très long, près de vingt minutes, et elle a finit fraiche comme une rose!

Ses bras, ses doigts sont pleins d'energie, de force, de vie, mais sans tomber dans quelque excès que ce soit : non, tout est au service de l'art, de l'expressivité, de la beauté!

Et pourtant, la cadence des mouvements, excessivement rapide, pourrait transformer ce solo en frénésie un peu hystérique!

Pas avec Dwana qui a une écoute magnifiquement musicale : tout tombe parfaitement avec la musique, comme si c'était son corps qui la générait, et non l'inverse!

Dwana est un phénomène, une artiste exceptionnelle. Elle est dans la compagnie depuis 1995... elle en est l'âme, en partie!

Quand à Cry, voici ce qu'écrit Alvin Ailey : " ce ballet est dédié à toutes les femmes et plus spécialement à nos mères"

et Judith Jamisson, pour qui il a été créé dit :" cette femme représente toutes celles qui ont vécu  les horreurs de l'esclavage, enduré la souffrance lié à la perte d'êtres chers,  et surmontés des épreuves et des obstacles hors du commun"

Voici le beau visage de Dwana :


A venir : compte rendu de la soirée du 6 juillet

A lire sur ce blog : Alvin Ailey à Paris.

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26 juin 2006 1 26 /06 /juin /2006 19:35

 Pour une fois, je vais laisser la chorégraphe elle même parler. Ce texte est extrait d'un ouvrage fantastique qui s'intitule " Mémoire de danse" par Martha Graham. J'aurai l'occasion de vous en parler souvent, mais aujourd'hui, je voulais vous présenter Lamentation par la voix de Martha.


 

Lamentation, ma danse de 1930, est un solo ( sur une pièce pour piano de Zoltan Kadoly, compositeur hongrois du XXème) dans lequel je suis vêtue d'un long tube de tissu pour suggérer la tragédie qui hante le corps, cette capapcité que nous avons de nous dilater à l'intérieur de notre propre enveloppe, de percevoir et de mettre à l'épreuve les contours et les limites de l'universelle douleur. J'étais en coulisse, en train de me déshabiller et de me démaquiller, lorsqu'on frappa à la pore. Une femme entra dans ma loge. Elle avait manifestement beaucoup pleuré et elle me dit : " Vous ne sauez jamais ce que vous avez fait pour moi ce soir. Merci!"

Elle partit avnt que j'aie pu lui demander son nom. J'appris par la suite qu'elle avait, peu de temps auparavant, perdu son fils de neuf ans, tué sous ses yeux par un camion. Elle était incapable de pleurer. Quoiqu'on tente pour elle, elle était demeurée incapable de pleurer jusqu'au moment où elle avait vu Lamentation. Ce que j'appris ce soir là, c'est qu'il y a toujours une personne dans le public à qui on parle.  Une. Tout ce que je demande, c'est une réaction, positive ou négative.

Une autre fois, dans le Sud, Lamentation suscita une réaction tout à fait différente. Je dansais sur une petite scène dans un club féminin très select. Une vieille dame se leva en grommelant et descendit vers moi la travée de l'auditorium. Elle posa les mains sur la scène et me regarda. Puis elle se détourna et sortit. Ce fut tout... mais je terminais la danse."

 


 


Juste pour dire que cette chorégraphie date de 1930....

vraiment étonnante cette Martha, surtout quand on regarde ses débuts à la Denishawn : la danse pour Ted Shawn et Ruth Saint Denis était décorative, exotique, et mystique... Graham a travaillé seule et sans relâche pour faire naître Sa danse.

 

De plus cette femme a quelque chose en commun avec Rachel Brice : comme elle, elle est née à San Francisco!


A venir : Martha Graham et la modern dance

              Mémoire de danse et commentaire

             Portrait

            Quelques oeuvres chorégraphiques inoubliables...


Savez vous que ?

une de ses dernières élèves fut Madonna, qui d'après Martha Graham avait une personnalité affirmée

que son studio de danse fut loué par Woody Allen pour un de ses films.Martha  trouva le studio si terne qu'elle le fit repeindre...

et enfin, que pour elle, une femme doit avant tout danser... avec son vagin. 

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25 juin 2006 7 25 /06 /juin /2006 19:07

  Qui est t'elle?

C'est Marie Taglioni!

A t'elle un rapport avec Giselle?

Oui, indirectement... Marie Taglioni est la première danseuse a être montée sur pointes...on n'imagine pas aujourd'hui de danseuses classiques sans leurs pointes, ces chaussons sur lesquels elles se hissent en équilibre, et qui rendent la silhouette tellement aérienne!

Cette invention date du début du romantisme en France. 1831 :   création de la Sylphide, ballet qui annonce Giselle à sa manière... La Sylphide raconte l'histoire au féminin de Trilby, petit esprit malicieux qui vivait dans une demeure écossaise et était secrètement amoureux de la maîtresse de maison. Nodier en a un fait une nouvelle très romantique, qui s'achève par la mort du malheureux et inoffensif Trilby...

La Sylphide est sa " soeur" et est à l'origine du premier ballet où apparaissent tutu long, comme sur la photo,  tulle, tarlatane, corsage, fleurs, et couronnes sur la tête. Voyez comme l'image de l'époque rend totalement immatérielle la danseuse : ses pieds sont minuscules, elle semble voler, être totalement à l'aise dans l'air... son rapport à la Terre, à la matière, est inexistant. Elle incarne la femme qui ne peut exister... un être idéal, doté de petites ailes fragiles et graciles qui lui permettent de se mouvoir, invisibles, autour des vivants qu'elle taquine gentiment...

Giselle utilisera tous ses éléments, pointes, tutus, ailes, mais en plus le voile : voilà, la panoplie de la robe de mariée voit le jour entre 1830 et 1840. Ce costume est porté par des êtres irréelles qui finissent tragiquement... curieuse coïncidence qui me fait mieux comprendre pourquoi,  depuis l'enfance, je me suis toujours dit que si je me mariais, ce cerait en robe rouge à taffetas, comme les danseuses espagnoles!!!

Je veux de la passion, pas de la virginité qui finit dans la tombe!!!!

 


 

Mais revenons à nos esprits!!!

A noter aussi que la coiffure de Giselle ne sera pas la même : chignon relevé en frisettes autour du front, pour la Sylphide, dégageant la nuque et qui donne un côté espiègle, gai, bandeau plat autour du visage et chignon bas pour Giselle : ces détails ont leur importance : on est passé du léger, du gracile, au grave, au sérieux, au drame... même la coiffure recouverte du voile, celui de la virginité, celui du mystère, celui des fantômes... qui sera celui de la mariée... apporte non du rêve, mais de la douleur. Les manches tombent sur les épaules et flottent, tout va vers le bas...

C'est un prodige qu'un simple costume, à lui seul, exprime déjà tant de choses : le costume de la Sylphide, avec ses fleurs bleues, le collier de perles autour du cou, est gracieux, séduisant;  la Sylphide est vivante, mais désincarnée. ( Voir aussi photo plus bas)

 Le voile, les ailes basses, les manches tombantes de Giselle expriment une douleur, un deuil consommé... Giselle est une morte.... encore amoureuse, comme dans la nouvelle de Hoffmann...

Quand aux petites ailes, qui donnent une dimension angélique à la Sylphide ( voir la photo de Marie Taglioni) elles n'ont plus du tout la même dimension dans Giselle ( voir ci dessus Markarova en 1944) : elles ne sont plus accrochées droites et bleues, assez haut sur le tutu, comme des ailes de paon. D'ailleurs, lorsque la Sylphide meurt, ce sont ses ailes qui tombent en premier, signifiant au petit être ailé sa fin proche. Elles les prend dans ses mains, comprend sa fin proche,  pleure  et nous avec...

 

Dans Giselle, les ailes ont un côté fantômatique, dramatique... elles sont là pour que les Willis s'envolent la nuit comme les phalènes et tourmetent les voyageurs égarés...

Les ailes sont blanches, diaphanes, mais elles sont aussi communes aux êtres démoniaques, chauves souris, diables ailés...  les willis  appartiennent en partie  à ce monde démoniaque des damnés éternels... leurs ailes ne sont plus celles des anges...

 

 Marie Taglioni sur pointes pour la première fois dans la Sylphide

Mais revenons aux pointes : on n'imagine pas aujourd'hui quelle révolution se fut que de se hisser dessus. Les pointes n'avaient pas la solidité d'aujourd'hui et obligeait la danseuse à puiser toute sa force dans ses pieds et ses mollets...

L'attitude de Markarova et de Marie Taglioni est la même ( regardez les deux photos)  : petite arabesque basse sur pointe. Mais vous observez que  la pose de Marie est celle d'un être léger et joyeux, comme le sont les lutins : comment des pieds aussi minuscules peuvent porter une danseuse?

C'est qu'elle vit d'air et de vent... sans doute est ce la raison qui a fait que depuis toujours les danseuses classiques recherchent la minceur absolue : non seulement, c'est plus facile pour elles de monter sur pointes quand elles sont légères, mais de plus, elles ne blessent pas leur partenaire qui les porte, et qui est un critère de recrutement au sein des ballets; de plus, elles appartiennent du coup d'office au monde des êtres immatériels  et irréels!

Marie Taglioni explique qu'elle a travaillé d'arrache pied sous la férule de son père qui lui imposait deux heures d'exercices le matin, deux après le dejeuner et deux le soir, plus les spectacles. " Quand je n'en pouvais plus, dit elle, je comptais encore jusqu'à 100 pour gagner en endurance"

Effectivement, elle fit faire un bond énorme à la technique classique...

J'en reparlerai bientôt,en commentant un peu l'esthétique de la gestuelle de Giselle...

 


 

 A venir : Giselle et la gestuelle romantique.

               Les grandes interprètes

               Liste  de Dvd de Giselle a avoir à tout prix!!!

 


 

A lire aussi : Willis, conte gothique par shana

                       Le ballet romantique : Giselle ( 1)

                      Giselle, esthétique d'un ballet ( 2)

 L'envol des Willis la nuit au clair de lune : l'arabesque.

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22 juin 2006 4 22 /06 /juin /2006 10:13

 

La première fois que mon professeur d'allemand m'a lu le Roi des Aulnes de Goethe, j'ai failli m'évanouir. Oui, je sais, c'est risible! Et pourtant mon histoire est vraie. Ce conte m'a plongée dans quelque chose de profondément morbide, qui m'était parfaitement familier! La même année, je découvrais Giselle sur la scène du théâtre de ma ville avec la plus extraordinaire des interprêtes : Noella Pontois. Je mis plusieurs mois à m'en remettre là aussi.

Trente ans ont passé et rien n'a changé: la magie opère toujours de la même manière. Dès que j'entends les premières notes au piano du lied de Schubert, ou dès que je vois le cimetière où repose Giselle, je suis prise par une émotion très intense, de celles qui vous nouent la gorge et vous empêchent de parler. Et si les interprêtes sont à la hauteur, je finis profondément émue. Je n'aime pas me lever pendant l'entracte, j'ai l'impression de perdre Giselle.

Bref cette oeuvre est vissée à mon âme en quelques sortes : je connais la chorégraphie par coeur et pourrais la danser si j'avais la technique.

 


 

 

 

Bien sûr, on peut accorder la perénité de ce ballet au fait que plusieurs choses réussies ont été réunies : la musique, déjà, simple, limpide, avec des thèmes fluides et chantant,  accompagne un livret à la grande force dramatique : l'histoire banale et un peu " niaise" d'une paysanne aimée d'un prince déguisé, sombre tout à coup dans l'horreur, la folie et la mort à la fin de premier acte qui nous a régalé de baisers, de pas de vendangeurs, de chasses à cour... divertissements simples, sans prétention...

Au second acte, tout a basculé: les couleurs se sont enfuies... la vie a fait place à la mort et aux ombres. La forêt parée des couleurs d'automne ou passaient de chatoyants costumes de chasse au premier acte,  est à présent peuplée de follets blancs et de tombes noires dont les croix se dressent, maléfiques, près d'un étang où se mirent la lune et les étoiles...

Le second acte   blanc et noir met en scène des personnages fantômatiques; plus de vendangeurs, de paysans, de jupes fleuries.  Les willis, toutes de tulle blanc vêtues,  dessinent sur le sol des figures étranges et magiques. Leurs jupes   volent autour de leurs pieds qui effleurent le sol. Pleines de haine,  ces pauvres fantômes assoiffés de vie, d'amour, et de danse,  obéissent à leur reine quand Hilarion, un garde chasse qui a aussi aimé Giselle s'égare la nuit : elles le tuent sans aucune pitié:

 

 

 

Mais Albrecht, le prince, ne subira pas le même sort que Hilarion. Giselle le protégera car elle lui a pardonné, ce que ne peuvent faire ni Myrtha, ni les Willis, ses compagnes.

Myrtha a fait sortir Giselle de sa tombe. Elle lui brandit la myrthe, dont le symbole est : " n'oublie jamais". Elle  exhorte  Giselle à la haine, sans succès. Car  l'amour est plus fort que tout. Et c'est là, en partie, que le romantisme explose: dans la juxtaposition d'un sentiment amoureux qui ne peut se liberer que dans la mort, dans l'audelà, au royaume des êtres désincarnés... car l'amour, comme le bonheur, pour les Romantiques, n'est pas de ce monde, et la mort, ses mystères, ses secrets les fascinent tout autant que ses êtres fantômatiques qui reviennent parfois pour aimer ou tourmenter les vivants... Nerval était supersitieux, Gauthier, voyait des fantômes un peu partout, et Hugo faisait tourner les tables dans l'espoir de parler avec sa fille défunte... La réalité n'est pas loin de leurs écrits... Wagner portera ce thème de l'amour rédempteur dans tous ses opéras, dont un, contemporain de  Giselle : le Vaisseau Fantôme. Encore un fantôme, encore une femme aimante, encore la mort... la mort qui réunira aussi Tristan et Isold.

Ce second acte, dit acte blanc,  inspirera profondément, plus de trente ans plus, Marius Petipas, un danseur marseillais exilé en Russie. Il s'inspirera de cet acte blanc de Giselle pour créer le magique acte blanc des ombres de la Bayadère. Devant le succès, il crééra deux actes blancs dans le Lac des Cygnes, qui est l'écho russe du ballet français... 


 

 

 

 

 

Le rôle de la croix de la tombe de Gisèle n'est pas anondin. La foi est là, pas forcément une fois chrétienne fidèle à l'Eglise d'alors, mais une foi pleine de superstitions,  d'images de Croisades qu'on réinvente  (Delacroix), une foi, où, s'il n'est pas de rédemption possible, l'âme brûlera éternellement en enfer, où deviendra la proie de sorcières qui battent le sabbath ( Berlioz, Hugo)

Là, sous la croix, Albrecht est protégé et la Reine des Willis ne pourra rien contre lui. Lorsque l'aube blanchira enfin d'une pâle lueur le ciel entre les arbres, les Willis regagneront leurs tombes, Giselle et Myrtha la leur. Il ne restera dans les mains d'Albrecht que des lys blancs, déposés par Giselle...

A-t-il rêvé? Il ne le saura jamais...


A venir Carlotta, Théophile et Henrich!

La willis, conte gothique ( par Shana)


A lire sur ce blog :

Giselle : ( 1)

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20 juin 2006 2 20 /06 /juin /2006 21:46

Boléro, ah, Boléro!!!!

Je l'ai vu dansé hier par Nicolas Leriche!

Cette oeuvre me submerge toujours à tous les coups!

Musicalement parlant, déjà. Je ne m'en lasse pas, même lorsque c'est simplement un disque qui joue.

Mais en plus, lorsque l'on peut voir la chorégraphie! Alors là, c'est la magie pure du mouvement et de la musique en parfaite adéquation.

Bien sûr, parmi tous les interprêtes que j'ai vus, Jorge Donn ( photos) et sa démesure, son regard fou et ses gestes exaltés reste ma référence. La chevelure de Sylvie Guillem qui flamboyait au dessus de la table rouge,  ses longues jambes qui marquaient l'oscillation de la musique, son corps souple comme une liane mais avec une force dans sa danse toute masculine,   restent aussi complètement inoubliable!!!

 

 

Et puis hier Nicolas Leriche, plus en retrait par rapport aux deux danseurs cités - en tous cas le soir de la première, car je sais que sa danse va évoluer au fil des représentations - mais avec une intensité émotionnelle qui n'appartient qu'à lui. Plus de félinité, moins d'érotisme, peut être... mais un engagement d'une sincérité!

De toutes façons, on ne peut pas tricher avec Boléro... ! Si le danseur ne s'engage pas entièrement dans la danse, celle ci devient tout à coup banale, vidée de son sang, de sa sèven...

Hier, le corps de ballet a apporté la dose de sensualité, de force, d'orient qu'il fallait ! 

On dirait un rite : un danseur danse sur une table, et les gestes vont être répétés à l'infini par des garçons qui se lèvent par groupe de deux, de six, et qui amplifient le rythme obsédant de l'orchestre... le ballet procède par vague successive et la dernière vous engloutit tout entier!!! Vous, la musique, l'orchestre, les danseurs, tout le monde fond ensemble!!!

Simplement magique!

 


A lire aussi sur ce blog:

Béjart à Paris, présentation de Boléro :

 

J'aime Béjart

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17 juin 2006 6 17 /06 /juin /2006 09:17

  Giselle... De tous les ballets, c'est sûrement non seulement celui que je préfère, mais celui qui m'a donnée en tant que spectatrice, les émotions les plus fortes. J'ai déjà vu  deux générations de ballerines l'interpréter et je découvre la nouvelle génération : Laétitia Pujol, de l'opéra de Paris, se révèle être une interprête hors pair. J'espère la voir dans la prochaine saison qui sera donnée l'hiver 2006 à Garnier.


 

 

 

 Mais qu'est ce qu'un ballet romantique?

 

En fait, l'esthétique romantique qui prend sa source dans les pays anglo-saxons vers la fin du 18ème siècle est caractérisée par un profond mal de vivre qui fait rejeter la vie réelle pour explorer le monde du rêve, souvent peuplé de visions funèbres et macabres, tel ce rêve du peintre anglais Fussli.

 

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La génération romantique française de 1830 essaiera d'échapper à son " ici et maintenant" par tous les moyens : elle se lance  soit dans des voyages, ( tous sauf Chopin qui est très affaibli par sa tuberculose, la maladie des romantiques dont meurt aussi la Dame aux Camélias) soit par  une création hantée par des obsessions, ou par les deux (Delacroix, Gauthier, Nerval, Berlioz, Chopin, Hugo, Géricault )

La vision de la vie des romantiques, même lorsqu'elle  est parfois pleine d'humour (Gauthier) est  marquée   par la nostalgie, la mort , car pour ces jeunes gens ( ils ont entre 20 et 28 ans)  l'existence   ici bas ne peut être heureuse très longtemps. Aux joies succèdents forcément des peines ( Fantine).   De plus, l'irruption des choses irrationnelles et pas toujours bienveillantes inquiète  plus qu'elle ne rassure sur un monde des morts qui côtoie  les vivants d'une façon  effrayante ( Thème récurrent chez  Berlioz et Gauthier, il suffit de se souvenir de la descente aux Enfers du Faust de Berlio). Quand à la folie, elle n'est jamais très loin ( Nerval,   Gauthier, Géricault, Berlioz)

C'est en très " raccourci" certains ingrédients qui caractérisent les arts produits entre 1830 et 1848, date de deux révolutions qui ont secoué la jeune génération : l'une qui a lieu à Paris ( immortalisée par Hugo et ses Misérables) l'autre, plus européenne,   qui se soldera par échec. Car "l'Aigle " qui est mort en exil en 1821 à Sainte Hélène laisse derrière lui un souvenir inaltérable, et une aspiration profonde pour mettre à bas une fois pour toute les monarchies.

 


 

Qu'a à voir Giselle la-dedans?

 Nous y voilà : le livret est écrit par Gauthier. C'est son ami  Heine, le romantique allemand, qui lui a raconté la légende, d'origine slave : les jeunes filles qui aiment trop la danse meurent parfois. Elles deviennent des willis, des créatures de la nuit qui hantent les forêts. Et chaque nuit, sur l'ordre de leur reine, elles doivent danser jusqu'au lever du jour. Malheur au voyageur égaré. Elles le feront mourir!

Ce thème est proche de celui du roi des Aulnes de Goethe : Erkonig  capture la nuit dans les forêts des enfants et les emmène chez lui, dans son royaume de mort....

A partir de la légende des willis, ces fantômes qui dansent,   Gauthier écrit l'histoire d'un ballet : une jeune paysanne    aime passionnément la danse. Elle se croit aimée d'un jeune payson comme elle, qui n'est en fait qu'un  prince déguisé. Il    utilise ce subterfuge pour mieux l'abuser. Giselle découvre qui il est, ainsi que sa fiancée, une belle princesse qui, pour quelques heures,  s'est reposée dans sa cabane lors d'une chasse. Le chagrin, trop violent,la conduit à la folie puis à la mort. Comme elle aimait trop la danse, elle devient willis.

Poussé par le remord, le prince   se rend une nuit sur sa tombe. Il rencontre son fantôme blanc. Grâce au pardon de Giselle, pour qui l'amour est finalement plus fort que la mort, il ne mourra pas, car elle le protègera de ses terribles compagnes, bien décidées à  mettre à mort l'imprudent....

Le pardon et l'amour l'ont sauvé.

( A suivre!...)

 

 


 

 

A lire aussi : 

Gisèle (2) le ballet et son esthétique

Giselle ( 3) points de repère technique

La willis, conte gothique, nouvelle écrite par moi même!


A venir :

Dvd et vidéos -  

les grandes interprètes-

La saison de l'opéra de Paris.

gestuelle de Giselle

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11 juin 2006 7 11 /06 /juin /2006 15:47

 Samia Gamal....

Je suppose que, sauf si vous faites de la danse orientale, vous ne la connaissez pas... C'est l'une de mes danseuses préférées, toutes catégories confondues ( classique, contemporain, etc...) et pourtant, je ne connais sa danse que par la video puisque Samia est morte depuis douze ans déjà.

C'était une danseuse fabuleuse et une femme très très belle. Là, sur cette photo tirée du film " Afrita Hanem" qui signifie madame la diablesse, elle à vingt cinq ans... elle dansera jusqu'à près de 70 ans.

Cette scène est sûrement l'une des plus réussies du cinéma égyptien des années 1940 : poésie, dimension onirique, chorégraphie parfaite, costume audacieux mais tellement chic, car aucune paillette, aucun ornement superflu ne l'alourdit. Le tissus flotte autour de la danseuse, renforce la grâce de ses bras, lui donne des allures à la fois de princesse mais aussi de libellule, de papillon, d'un insecte aux ailes diaphanes qui dansent avec lui.

 


 

" J'ai toujours eu la danse en moi" dit Samia Gamal, et pourtant, sa famille, comme beaucoup de famille de tradition musulmane voyait d'un très mauvais oeil la danse et refusait que leur petite Samia danse, même à la maison et pour elle. Elle dit encore qu'on la grondait terriblement si on la surprenait à exécuter quelques pas de danse. C'est parce qu'elle quitte sa famille pour aller travailler dans un atelier de couture qu'elle pourra finalement  faire le métier dont elle a toujours rêvé. Elle dansera d'abord dans des sortes de cabaret-théâtres très en vogue dans cette société d'avant guerre et d'avant révolution aussi,  avant d'entamer une immense carrière au cinéma. Le roi d'Egypte la nommera " première danseuse d'Egypte" et il ne s'y trompait pas!

 


 

Pourquoi l'aimé-je tant?

Parce que sa danse " orientale" est une pure merveille de finesse, de légèreté, d'intensité, d'espiéglerie, d'art. Elle glisse dans l'air, jamais le mouvement ne s'arrête, et il est tellement fluide que l'on ne voit pas comment Samia le réalise : on a l'impression qu'elle improvise sa danse comme elle respirerait. Certes, les chorégraphies empruntent  au ballet classique, aux danses latines, à toutes sortes de styles à la mode et mélangent tout cela à la technique orientale pour un résultat unique! Mais Samia se les approprie avec sa personnalité faite de féminité, de grâce, de fraîcheur.

Comme  toutes les danses dites orientales, l'énergie part du ventre et non des pieds, mais chez Samia, pas de lourds mouvements de bassin, pas de vibrations, pas de hanche "haut bas", d'accents marqués : rien de tout cela qui constitue une partie de la technique. Non, une danse fluide, aérienne, ou les bras suivent naturellement le mouvement  de son corps, avec  grâce et un raffinement immense et inattendu pour de la danse orientale, où les bras, en principe, ne font que cadrer le mouvement.   Rien a voir par exemple avec Fifi Abdou, qui danse un style baladi, ancré dans la terre, sans toute cette dimension de l'air...

D'ailleurs, la fluidité des bras de Samia révèle chez elle une grande souplesse du cou et des épaules particulièrement déliées chez elle. Le buste aussi peut s'incliner avec un naturel confondant qui est pourtant dû à une très grande maitrise des isolations.

Ses ondulations n'ont rien de lascif ni de vulgaire, ses déhanchements ne sont jamais suggestifs : sa séduction est faite de gaité, d'espiéglerie, de légèreté. Si je devais la comparer à une actrice d'aujourd'hui, ce serait Nicole Kidmann dans le rôle de Satine, par exemple, mais sans le côté tragique.

 


 

Et puis surtout le cinéma la magnifie :

 

 

que ce soit dans Afrita Hanem ou d'autres films, la dimension onirique est souvent présente; Samia danse au milieu de miroirs, ou de colonnes d'un palais de conte de fée, ou bien dans une rue d'egypte mais en robe de soirée moirée, ou bien au milieu d'une immense cage de cristal, ou bien encore derrière un paravent ajouré, un voile piqué de brillants sur la tête...

Elle semble irréelle, inaccessible, comme sortie tout droit d'un rêve.

 


 

 

Quand l'Occident lui offre des rôles, que ce soit la Vallée de Rois ou Ali Baba, on relègue sa danse à de l'oriental de divertissement, et franchement, je n'aime plus... où est passée la dimension artistique, la dimension onirique qui faisaient toute la beauté des films égyptiens des années 40?

La danse orientale vue par l'Occident est une danse séductrice qui ne fait plus rêver les hommes mais qui les fait saliver... c'est la toute la différence, elle est énorme car tout à coup, la danse orientale de Samia est réduite à distraire des hommes qui ne voient dans les danseuses qu'un objet de désir et non de rêve, d'une ouverture sur un monde magique, inaccessible, celui de quelque fée clochette malicieuse mais fidèle dans le pays du Jamais-jamais...

L'Occident n'a pas compris Samia ni la danse orientale.

Mais regardez  ces premiers films, sa danse, sa maitrise, sa créativité, son ingéniosité, et son absence totale de vulgarité. Regardez ses voiles s'envoler entre les colonnes sculptées de Palais de Mille et une nuits. Regardez l'énergie gracile et précise qui émane de ses épaules, regardez son regard, son sourire : on sent encore quelque chose d'adolescent ou d'enfantin qui efface la lourde sensualité qui caractérise parfois la mauvaise danse orientale. Toute l'énergie est libre, volatile. On dit que Samia est la première à avoir danser en talons, donc sur demi pointes, pour apporter encore plus de légèreté.

Samia était une fée. Elle a fait de la danse orientale un art à part entière. Les danseuses orientales d'aujourd'hui, si vulgaires dans les pays du Maghreb, Dina en tête, devraient s'en souvenir...

  

 

 

 


 On peut voir un documentaire sur Samia Gamal dans :

 

"regard sur le cinéma musicale arabe."

 


 

 


A lire aussi :

 

la danse orientale : entre fascination et répulsion

 

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9 juin 2006 5 09 /06 /juin /2006 21:10

Miracle au volant!!!!....

Ce matin, je pars travailler à l'heure à laquelle a lieu une de mes émission préférées sur France Musique animée par l'excellent Lionel Esparza. Je retrouve la même joie à l'écouter que lorsque c'était  Gérard Mannoni qui ne manquait jamais une occasion de parler de danse...ah, les réveils heureux à l'idée de retrouver mon idole radiophonique, de 7 à 9!.... il y a... vingt ans déjà...
là, cette émission me met " en musique" pour toute la journée!


Et là, miracle.... j'entends une valse de Chopin que je connais par coeur, non seulement pour l'avoir entendue peut être 1324 fois, mais aussi pour l'avoir jouée au moins autant... mais bizarrement, je ne la reconnais plus...  parce que je l'entends comme  pour la première fois :le doigté, le toucher, le phrasé expriment une poésie rare d'une infinie douceur sans mièvrerie aucune, d'une délicatesse subtile sans fadeur... jamais Chopin n'a eu autant de relief, de vie, de douce mélancolie, de beauté, de simplicité... en un mot, j'entends cette valse comme elle résonnait peut être en moi depuis toujours, sans qu'aucune main humaine n'ait pu  jusqu'alors donner vie à  ces sons subtils: ni les miennes, ni celle d'un autre pianiste, pas même celles de Samson François que j'aime tant dans ce registre.

 


 

Et pourtant, les valses de Chopin... ce sont de toutes petites choses de quelques pages qui déploient la plupart du temps deux ou trois phrases...

Mais ces phrases sont harmonisées avec une intelligence musicale rare parce qu'elles mêmes sont pleines de surprises : elles vagabondent hors tonalité, hors mesure, comme bon leur semble, et déroulent, en prenant leur temps, leurs colliers de notes.Ces valses sont tout un univers à elles seules : en elle passe la joie, la passion le brio, la détresse, la solitude, l'exil, la maladie, la souffrance, l'épuisement, la gaité, la nostalgie... ce sont les pages d'un journal intime, écrites pendant toute sa vie par un homme en exil, qui a perdu ses amis, sa famille, suite à l'insurrection ratée de Varsovie, et qui, malade, reportera un amour unique et exclusif à son piano...

 

 


 

Et le miracle a lieu son les doigts d'Alexandre Tharaud... Chopin est là tout entier. Je reste médusée, éblouie, pétrifiée devant une telle créativité  : réussir à donner à cette valse un souffle poétique, lyrique, unique. Les doigts legers maitrisent chaque ligne mélodique comme savait si bien le faire l'immense Benedetti Michelangéli. Le discours est clair, limpide, sans être froid, le son est chaleureux et cristallin tout à la fois. De la vraie musique avec une Ame immense.

 Après quelques questions posées à ce jeune et peu loquace pianiste, Lionel Esparza diffuse un concerto de Bach d'après Marcello :je me retrouve les larmes aux yeux, en pleine bretelle d'autoroute bouchée et polluée, avec des hommes de néanderthals à leur volant  près à me rouler dessus pour gagner une place ( en costume cravate mais la massue pas loin, je pense) Mais Bach dresse  ses cathédrales de sons  dans la voiture comme un écran de beauté pure... les Néanderthaliens détalent sous des cascades de notes égrénées par des doigts d'ange....

Je comprends qu'après une telle découverte, Bartabas ait écouté le disque en boucle et ait finalement proposé à A Tharaud de travailler avec lui ( c'est pour cet été, au théâtre de Fourvière, à Lyon)

 

 

 

 C'est le miracle de l'art : il fait irruption ou bon lui semble, embouteillage ou pas... et tout à coup, notre vision en est toute bouleversée... et nous avec...

 

C'était une magnifique matinée de printemps... grâce à Alexandre Tharaud...

Sa discographie est impressionnante, il joue beaucoup de musique contemporaine, ce qui prouve que cet homme est bien dans le présent, lui aussi...

Ecoutez le!

Et si vous l'aimez déjà, dites le moi!

 


 

SITE OFFICIEL / http://www.alexandretharaud.com/
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7 juin 2006 3 07 /06 /juin /2006 08:40

 

Fritz Lang, de retour en Allemagne après un exil qui a duré vingt ans , réalise en 1959 deux films qui s'appellent " Le Tigre du Bengale" suivi du " Tombeau Hindou". Il a longtemps rêvé de  ces films, et leur concrétisation est pour lui un immense bonheur.  
 
J'ignore exactement à quoi est dû leur succès  ( films d'aventure populaire dans une Inde imaginée et pas du tout réaliste, où la richesse, la cruauté, l'exotisme, le mystère, l'aventure cohabitent,) mais ce que je sais, c'est qu'enfant, je les avais vus à la télé un dimanche, et que j'avais été complètement captivée par l'interprète principale, la sublissime Debra Paget qui  danse dans les deux films. Et pour cause : elle incarne une danseuse - prêtresse attachée à une déesse dans un temple. Bien sûr, un puissant Maharaja tombe amoureux d'elle en la voyant danser ( on le comprend), mais son coeur va vers un bel étranger, un architecte, qui doit réaliser des bâtiments nouveaux dans la ville d'Eschnapur...
 
 
Son apparition magique dans le premier film est stupéfiante : nous sommes dans l'enceinte d'un temple mystérieux et gris, sous une voûte immense; une statue gigantesque veille sur le temple. Les prêtres sont en ordre à droite de la statue, le Maharadja et ses invités de l'autre côté. Et lorsque Seetha apparait en haut de l'escalier, annoncée par un coup de gong qui résonne longtemps dans tous les souterrains qui étirent leur galerie tout autour du temple, toutes les respirations se suspendent.
Bien sûr, ni la musique, ni la danse n'ont rien d'indiens, puisque l'on est dans un immense conte de fée et pas du tout dans une vision réaliste de l'Inde...
N'empêche que le voyage est grisant...
 
 
 

 

Dans le second film, le tombeau Hindou, Seetha qui s'est enfuie avec l'architecte, est rattrapée dans le désert par le maharadja; comme elle a trahi la déesse, le prêtre la condamne à exécuter une danse avec un cobra. Et c'est très déshabillée que Seetha danse avec le serpent. Malgré tout, il n'y a rien de vulgaire ni d'excessivement suggestif dans sa danse, et je crois que cela tient à la danseuse elle même qui arrive parfaitement à mettre de la distance entre ses gestes, ses attitudes, ses poses et ce qu'elle veut exprimer.

 

 

Car après tout, Seetha danse pour une déesse, et pas pour l'assemblée des hommes qui l'entourent... je n'ai pas encore réussi à savoir qui avait réalisé ses chorégraphies, mais elles sont faites avec intelligence et bon goût, et sur le plan du style lui même réalise une synthèse entre le classique, l'oriental ( ondulations, accents de hanche en twist) et un petit quelque chose de " contemporain" dans les relâchés du corps. La musique est toute simple : quelques percussions métalliques pour créer le mystère, un hautbois mélancolique qui joue une mélodie très entortillée pour l'exotisme.

 

 


 

Voilà comment un grand metteur en scène, en utilisant la danse d'une façon artistique dans son film, a mis en éveil l'imagination d'une petite fille et a contribué à lui donner envie de créer le style.... indo-oriental!!!

Merci à ces artistes de mettre en germination dans nos esprits d'enfants tant de belles pousses qui croissent en nous toute notre vie...

 


 

les deux dvd " le tombeau hindou" et " le tigre du bengale" ont été réédité en DVD sous le label wildside films
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5 juin 2006 1 05 /06 /juin /2006 08:22

 Raymonda, premier cadeau fait à l'opéra de Paris.

Dans cet article, je ne donne que quelques points de repère que je developperai dans d'autres articles, car Raymonda reste émotionnellement mon ballet préféré, sans doute parce que c'est le premier que j'ai vu de Noureev à l'Opéra de Paris.

Raymonda est donc le premier ballet que Rudolph ait chorégraphié pour l'opéra de Paris en 1983, l'année même où il en pris la direction en tant que directeur de la danse. Le contrat stipulait qu'il pouvait passer six mois de l'année hors de Paris, ce qu'il fit puisqu'il continuait à danser un peu partout dans le monde. Il régla donc Raymonda tout en sillonant la planète de ses allées et venues.

Son arrivée à l'opéra de Paris changea bien la façon de travailler des danseurs, habitués, selon les expressions de F Clerc à des répétitions " pépères". Et voilà que Noureev impose une nouvelle façon de travailler, obligeant tout le monde à être présent à la fois, corps de ballet comme étoiles aux répétitions, ce qui avant sa venue n'était pas du tout envisageable. E Platel raconte que les étoiles répétaient devant le corps de ballet, et que Noureev voulant toujours obtenir plus d'elles, les poussait dans leur limite, et que, si elles devaient tomber, et bien elles tombaient, mais que en parallèle elles gagnaient beaucoup de choses.

Beaucoup de balletomanes aiment  la Belle au bois dormant, ou le Lac...

Mais moi, j'ai une préférence toute spéciale pour Raymonda


 

Pourquoi?

Déjà la musique : celle de Glazounov est riche en couleurs, en contrastes, en émotions. Elle baigne dans un orchestration "très russe", avec des thèmes russes   et amples,  aux couleurs chatoyantes empruntées aux cuivres, ou bien plus boisées, plus fraîche lorsque les bois sont plus importants. La harpe intervient dans ce ballet, dans les scènes oniriques.

Ensuite, le mélange des styles, puisque à l'intérieur de ce ballet de conception  classique, Noureev a utilisé les danses dites de caractères que lui même avait apprises enfant en Russie. ( Il a commencé par ces danses folkloriques dans sa petite ville).

 

 

IL y a aussi les emprunts à la danse contemporaine : cela est très net avec les variations d'Abderam, le prince maure amoureux de la belle raymonda. Noureev a toujours aimé apprendre : il a travaillé toute sa vie, enfin, dès son arrivée à "l'Ouest" avec des chorégraphes aussi divers que Paul Taylor, Béjart, Francine Lancelot,  et a appris avec la même passion.

Les déhanchés, les déséquilibres, les attitudes de Abderam dans ses trois variations, les rapides passages au sol et les sauts qui ressemblent au bondissement d'un chat,  sont tous simplement époustouflants de beauté, de créativité et d'intensité virile.... eh oui! Il donne donc à ce personnage dit de " demi caractère" une dimension exceptionnelle, et en fait un contrepoids au Prince. ( Il apparait en rêve  à Raymonda dans les premiers actes, ce qui permet des pas de deux.) Noureev aimait danser les deux rôles : le Prince et le Maure.

 

 

Ensuite les variations de Raymonda elle même. C'est Petitpas qui les a réglées. Il y en a sept, et elles sont toutes incroyablement difficiles. Ma préféré est la dernière, lorsque tous les instruments se sont tus et que le piano joue une musique aux étranges accents de Transylvanie. La musique est puissante et mélancolique à la fois. Cette dernière variation est complètement magique, tant par la danse qui est à la fois très " slave" et très classique que par l'atmosphère immobile qui s'en dégage.


 

Enfin, les  quatre autres rôles du ballet dévolus aux    amis de Raymonda, deux filles, deux garçons  permettent une très grande richesse sur le plan de la structure du ballet et de son langage, car chaque ami a une personnalité qui lui est propre et les variations sont toutes bien différenciées.

 

J'ai eu la chance de découvrir ce ballet en 1983 avec Noella Pontois qui reste ma référence en matière de danse classique. C'était complètement magique! Je l'ai revue dans de multiples interprétations : Pietragalla, Lestestu, Guillem, Clerc, Platel... mais jamais je n'ai retrouvé cette poésie, cette force, cette douceur, cette passion.

Lorsqu'il fut redonné en 1998 à l'opéra Bastille, la magie Noureev s'était déjà perdu... tout semblait figé... perdu, pire encore : académique. De quoi ne plus aimer la danse classique.

 

J'ai vu aussi Noureev dans le rôle d'Abderam. Mais c'est une autre histoire....un peu triste...


Disques et dvd :

disque  : on ne trouve qu'un enregistrement de Raymonda en intégralité chez Naxos; il n'est pas fabuleux, mais pas mauvais non plus.

Je ne peux que vous recommander l'excellent dvd "Rêve d'étoile", chez TDK, "Raymonda" c'est un documentaire fabuleux sur ce ballet et sa création par Noureev.

Pour l'instant, hélas, pas de captation video du ballet dans la version Noureev.

A venir :

Des articles plus fouillées sur les variations, Noella Pontois et Jean Guizerix, la première de Raymonda, la septieme variation dite de la claque ....

 pour finir, cette image de Noella et Rudolph, sur scène.... émotion....

 


 

 A lire sur ce blog :

 

 Noureev

         

Noureev, parce qu'il était unique

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