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Shabastet

  • : Danse et... danses!!!
  • : Blog sur la danse en général et l'opéra de paris en particulier rédigé par Valérie Beck, administratrice du forum danses pluriel
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Noureev

 

Danser, telle la phalène sous la lune, le pinceau du calligraphe, ou l'atome dans l'infini 

                                              

marie-taglioni-in-zephire.jpg

26 juillet 2006 3 26 /07 /juillet /2006 07:58

 

Suite aujourd'hui!

Je voudrais me plonger dans mes souvenirs de danse pour tenter d'expliquer l'originalité, le génie de Sylvie Guillem.

Sa technique époustouflante, sa souplesse phénoménale, seuls, sont déjà des points de repère, mais cela n'en ferait pas une artiste hors norme s'il n'y avait pas autre chose. Qu'est ce alors que cet autre chose?

Son intelligence!

Son intelligence mis au service de sa technique et de sa virtuosité!

Guillem ne danse pas les rôles simplement pour les incarner. A chaque fois, c'est un défi immense : elle réfléchit, elle écoute la musique, et au final, elle donne une vision du personnage totalement inattendu.

 


 

Ainsi, le rôle d'Aurore de la Belle au bois dormant. Ce rôle, je l'ai vu de très nombreuses fois par des danseuses exceptionnelles comme Noella POntois. Et bien,quand je vis Guillem le danser, j'ai été surprise, amusée, éblouié, émue, déroutée, emportée, au final.

Aurore est une princesse de 16 ans, qui refuse les princes choisis par ses parents, se pique pour accomplir la malédiction , s'endort 100 ans, est réveillé par un prince. 

Ce ballet énumère les moments virtuoses : l'entrée, pas évidente, puisque Aurore est attendue par tout le public depuis 30 minutes qui retient sou souffle dès qu'elle arrive,   le célèbre adage à la rose, au premier acte, tout en équilibres et en développé seconde, la cabalette, juste avant d'être piquée, pleine de retenue, de grâce, d'élégance, puis de vivacité ( succession de pas à s'en emmêler les jambes). Les variations de l'acte deux sont tout en poésie, puisque le prince va découvrir la princesse grâce à la Fee Lilas, dans une vision de rêve, et puis, la merveilleuse variation du troisième acte,  et les pas de deux, éblouissants! Le rôle d'Aurore est fabuleux pour une danseuse car il commence à l'adolescence et s'épanouit " femme".

Qu'en fait Guillem? A Bastille, la dernière fois, ( et dieu sait qu'elle a été critiquée) elle a revu : les tempi, (elle les a vraiment changé par rapport à ses collègues danseurs, notamment la fin de la caballet, dansé deux fois plus vite, ce qui exige une grande maitrise, une grande sureté, car déjà, dansé lentement, c'est " casse cou", mais là, cela relève de l'exploit. Et pourtant, seuls les balletomannes peuvent vraiment saisir à ce moment je pense, le défi relevé par Guillem, car elle le faisait sans effort, comme en s'amusant!

Elle a aussi changé  des accessoires,  et la conception du personnage :

outre à certains moments, un tempo excessivement rapide et inattendu, elle n'a pas voulu    de bouquet de fleurs tendu par maléfique et dans lequel serait dissimulé le fuseau, comme le voulait Noureev,  mais un fuseau, tout court!

Quand au personnage, elle incarne comme le veut le rôle , la lègéreté, la grâce, la fraicheur, mais pas "l'innocence ou inexpérience d'une jeune princesse ( une peu niaise)" l'espièglerie ( ce que je n'avais jamais jamais vu dans le rôle!) et aussi assurance : Aurore, vu par Guillem,  sait déjà ce qu'elle veut!

  Du jamais vu non plus, car souvent les danseuses interprètent Aurore comme une jeune fille un peu timide, qui s'en remet encore à ses parents : et c'était merveilleux, car le rôle d'Aurore, irrigué par une pensée puissante et  intelligente, une technique sûre, une interprétation originale, en était tout vivifié, tout rafraichit!

 Quand Guillem se donne tout entière à un rôle, c'est inoubliable, et toutes les autres interprétations qu'on a vu ne palissent pas en comparaison, mais s'éclairent autrement!

 

Même chose pour sa conception du cygne noir : toutes les danseuses le dansent " maléfique". Le cygne noir est perfide et séduit "mauvaisement" le prince.

Pas avec Guillem : son cygne noir est facétieux, séduisant dans la légereté, et se joue avec délice et ironie de ce prince perdu dans ses rêves : et ça fonctionne à merveille!

Guillem dit deux choses :

" les grands rôles du répertoire classique vont avoir besoin de danseurs sacrément intelligents dans les décénies à venir s'ils ne veulent pas finir aux oubliettes!"

et " quand vous finissez par trouvez Giselle sotte, quand vous en avez assez de danser une cruche sur l'épaule comme Nikya, il faut alors aller voir ailleurs!"

Ce qu'elle fit : Béjart, dans sissi impératrice anarchique, lui offre un rôle d'impératrice un peu folle, qui danse aux confins de la névrose. Tout commence en crinoline, et s'achève dans le drame.

 


 

Puissant et magnifique!

Là, j'ai hate de la découvrir dans les pièces de Maliphant, chorégraphe de génie qui mèle capoéira, yoga, art martial, techniques de danses au pluriel...

Elle va encore me surprendre, et à coup sûr, m'emporter!

Merci à elle!

 


 

a venir :

Sylvie Guillem ( 3)  livre, dvd, articles, ou cassette video sur Sylvie Guillem

Guillem vu par elle même

Guillem et Rudolph Noureev.

 


 

A lire : Sylvie Guillem ( Portrait)
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23 juillet 2006 7 23 /07 /juillet /2006 08:28

Prima Ballerina asboluta....

Nul n'est besoin de présenter Sylvie Guillem, l'une des danseuses classiques les plus célèbres, voir les plus populaires de notre époque...

Aujourd'hui encore, à quarante ans passés dont trente uniquement dédiés à danser, elle parcourt le monde entier et se produit sur toutes les scènes du monde, ses préférences allant au Japon, à Londres,où elle vit, à l'Italie... à Paris, mais presque plus jamais à l'opéra dont elle claqua la porte il y a longtemps déjà.

Sylvie Guillem est un cas unique dans la danse.

Elle a commencé par une formation de gymnaste... un hasard l'a conduite à faire un stage de danse à l'opéra de Paris... ce qui scella son destin.

Très vite, elle gravit tous les échelons de cette structure hyper hierarchisée : à 19 ans, elle était sujet... Noureev dirigeait alors la compagnie de l'Opéra. Il avait bien vu qu'elle était hors norme : technique magnifique, que peu de danseurs possèdent, puissance, grâce, musicalité, précision extrême des pieds, ampleurs des sauts, perfection des fouettés, petits pas exécutés à la perfection ce que sa grande taille devrait lui interdire, et puis, ligne extraordinaire : exactement celle de Sissi : 40 kilos pour un mètre soixante dix. Elle n'a pas l'air maigre, tant son corps est longiligne, avec des jambes extrêmement longues et un bassin très étroit, ce qui lui donne cette capacité visuellement bluffante de lever la jambe à 180 degré...

cette " excentricité" technique lui vaut les foudre d'une partie de la critique, mais l'admiration béate d'un public ébahi par ce qu'il ne peut faire...

Bref, Noureev lui confie alors un rôle d'étoile : le cygne, et le soir même, la nomme étoile... pied de nez à la hiérarchie de l'opéra, qui aurait voulu qu'elle passe d'abord le concours de promotion pour être première danseuse... et reconnaissance d'un talent hors norme...

 


 

Quand j'ai appris sa nomination d'étoile, je n'ai pas été contente du tout. J'attendais que ma favorite d'alors, Karine Averty, soit nommée...  dans les rôles qu'elle avait dansés ( en tant que soliste) elle ne m'avait pas emballée... elle avait dansé la reine des dryades, sans soulever mon admiration plus que cela; je n'aimais pas son style, je la trouvais trop grande... trop moderne, en fait, pas assez ballerine classique.

Et puis, il y eu un reportage sur elle à la télé ( être étoile à 19 ans, c'est tellement rare!) et là, je la découvris vraiment... dès que je le pus, j'allais la voir danser : je m'en rappelle encore, c'était dans Raymonda... ce qui m'étonna le plus alors, ce fut le silence qui régna dans la salle pendant ses solos :  on aurait cru que plus personne ne respirait... jamais je n'avais vu personne se jouer des difficultés techniques avec tant d'aisance, sans jamais sembler souffrir de l'effort physique, et rester aussi musicale, même dans les passages les plus compliqués...

Puis j'allais la voir régulièrement, tant qu'elle resta à l'opéra : inoubliable Roméo et Juliette. Plus jamais depuis, je ne l'ai vu danser ainsi!!! mais elle ne pouvait y rester longtemps. Sylvie Guillem travaille très vite et le rythme de l'opéra était trop lent pour elle. Elle finit par partir.

 

Quelle déception pour le monde de la danse, de savoir que dorénavant, il faudrait attendre ses passages à Paris pour la voir danser...

L'un d'eux reste gravé dans ma mémoire à tout jamais : elle dansa au théâtre des champs Elysées Boléro, la Luna, tous de deux Béjart, un pas de deux créé pour elle par Forsythe, In the Middle, et puis Sissi, impératrice anarchique, solo de quarante minutes réglé pour elle par Béjart....

inoubliable... Sylvie, à partir de là, compris que le monde du ballet classique lui permettait aussi de danser tout ce qu'elle aurait envie de danser... elle travailla alors avec tous les grands chorégraphes d'aujourd'hui. Certains, comme Bejart, Forsythe, Mats Ek, et aujourd'hui Maliphan, réglèrent des chorégraphies pour elle.

 


 


 

 

 

 

Je n'aime pas tout chez Sylvie... je ne suis pas une groupie transie d'admiration... c'est un peu comme la Callas. C'est ma chanteuse d'opéra préférée, mais je n'aime pas tous ses rôles. Dans certains, elle m'horripile!

Ainsi, sa Carmen ( chorégraphie de  Mats Ek) ne pas du tout plu, je n'y ai vu qu'une démonstration technique, la saison dernière au Chatelet. Ainsi sa Giselle, que je trouve à mille lieues de ma vision de ce personnage...  bref, parfois Guillem m'insupporte!

Mais je retourne toujours la voir danser, car je suis sûre d'être toujours étonnée, surprise avec elle...

C'est justement ce qu'une partie de la critique lui reproche : s'emparer d'un rôle et le faire sien. Ce dont se défendait Sylvie il y a une dizaine d'années : " non, je ne mets pas ma griffe sur un rôle, mais je le danse comme je le sens au plus profond de moi".

" Sylvie Guillem ne respecte pas la tradition, " disent les critiques..

 -La tradition???!!!!! se revolte Sylvie, pour qui la tradition est la mort de la danse.

Cela demande un courage énorme car il lui faut aller au bout de ce qu'elle croit, même quand dans les vestiaires, entre deux actes, on vient lui dire que ça ne va pas... que ce qu'elle fait n'est pas dans le style, qu'elle bafoue   la tradition ... elle doit resister à une grande pression d'êtres qui la critiquent, qui voudraient la ramener vers plus de mesure...

A Paris, Ghislaine Thesmard reste son coach... elle corrige techniquement ce qui doit l'être, mais surtout, elle la laisse être elle même... 

Ce qui la ressource le plus, c'est de faire de la poterie près d'un maitre zen au Japon. Aucun mot n'est echangé, dit elle, mais il se passe une foule de choses.

Elle dit encore que sur scène, elle se sent libre...

Bref, Sylvie Guillem est une artiste hors du commun.

Elle sera à Paris, au Champs elysées, cet hiver, dans des chorégraphies du génial russel Maliphan...

j'y serai aussi!!!!

( à suivre)

 


 

 a venir : Sylvie Guillem ( suite)

russel Maliphan

site officiel de Sylvie Guillem : www.sylvieguillem.com

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7 juillet 2006 5 07 /07 /juillet /2006 18:12

Al C'est mon dernier article avant un moment, et je compte bien écrire un compte rendu sur la formidable soirée Alvin Ailey que j'ai vue hier, 6 juillet!

C'était une soirée fabuleuse, comme toujours avec cette compagnie, et j'ai eu un énorme coup de coeur pour une artiste fabuleuse qui s'appelle Dwana Adiaha Smallwood. Elle a été sensationnelle, et mes mots ne rendront pas hommage à son immense talent, et surtout son immense " expressivité, générosité, énergie, élégance, beauté!"

Dwana hier a dansé d'une manière sublime :elle a tout donné!

Non seulement, elle déborde d'énergie, mais celle ci est toujours gérée avec une beauté stupéfiante. Elle portait cette longue robe blanche à volant que toutes les interprêtes de Cry ont portée, Judith Jamisson la première, celle pour qui Alvin Ailey lui même régla la chorégraphie.

Dwana occupe toute la scène quoiqu'elle fasse, et à ce moment, je me suis rappelée la phrase de Martha Graham : le centre de la scène, c'est là où je suis!

C'est littéralement ce qui s'est passé avec cette artiste : on ne peut pas la quitter du regard une seconde, on ne pense à rien, on la suit, subjuguée et on partage chacune des émotions qui la traverse : souffrance, haine, peine, chagrin, espoir, amour, résignation, hostilité...

Le solo est très long, près de vingt minutes, et elle a finit fraiche comme une rose!

Ses bras, ses doigts sont pleins d'energie, de force, de vie, mais sans tomber dans quelque excès que ce soit : non, tout est au service de l'art, de l'expressivité, de la beauté!

Et pourtant, la cadence des mouvements, excessivement rapide, pourrait transformer ce solo en frénésie un peu hystérique!

Pas avec Dwana qui a une écoute magnifiquement musicale : tout tombe parfaitement avec la musique, comme si c'était son corps qui la générait, et non l'inverse!

Dwana est un phénomène, une artiste exceptionnelle. Elle est dans la compagnie depuis 1995... elle en est l'âme, en partie!

Quand à Cry, voici ce qu'écrit Alvin Ailey : " ce ballet est dédié à toutes les femmes et plus spécialement à nos mères"

et Judith Jamisson, pour qui il a été créé dit :" cette femme représente toutes celles qui ont vécu  les horreurs de l'esclavage, enduré la souffrance lié à la perte d'êtres chers,  et surmontés des épreuves et des obstacles hors du commun"

Voici le beau visage de Dwana :


A venir : compte rendu de la soirée du 6 juillet

A lire sur ce blog : Alvin Ailey à Paris.

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26 juin 2006 1 26 /06 /juin /2006 19:35

 Pour une fois, je vais laisser la chorégraphe elle même parler. Ce texte est extrait d'un ouvrage fantastique qui s'intitule " Mémoire de danse" par Martha Graham. J'aurai l'occasion de vous en parler souvent, mais aujourd'hui, je voulais vous présenter Lamentation par la voix de Martha.


 

Lamentation, ma danse de 1930, est un solo ( sur une pièce pour piano de Zoltan Kadoly, compositeur hongrois du XXème) dans lequel je suis vêtue d'un long tube de tissu pour suggérer la tragédie qui hante le corps, cette capapcité que nous avons de nous dilater à l'intérieur de notre propre enveloppe, de percevoir et de mettre à l'épreuve les contours et les limites de l'universelle douleur. J'étais en coulisse, en train de me déshabiller et de me démaquiller, lorsqu'on frappa à la pore. Une femme entra dans ma loge. Elle avait manifestement beaucoup pleuré et elle me dit : " Vous ne sauez jamais ce que vous avez fait pour moi ce soir. Merci!"

Elle partit avnt que j'aie pu lui demander son nom. J'appris par la suite qu'elle avait, peu de temps auparavant, perdu son fils de neuf ans, tué sous ses yeux par un camion. Elle était incapable de pleurer. Quoiqu'on tente pour elle, elle était demeurée incapable de pleurer jusqu'au moment où elle avait vu Lamentation. Ce que j'appris ce soir là, c'est qu'il y a toujours une personne dans le public à qui on parle.  Une. Tout ce que je demande, c'est une réaction, positive ou négative.

Une autre fois, dans le Sud, Lamentation suscita une réaction tout à fait différente. Je dansais sur une petite scène dans un club féminin très select. Une vieille dame se leva en grommelant et descendit vers moi la travée de l'auditorium. Elle posa les mains sur la scène et me regarda. Puis elle se détourna et sortit. Ce fut tout... mais je terminais la danse."

 


 


Juste pour dire que cette chorégraphie date de 1930....

vraiment étonnante cette Martha, surtout quand on regarde ses débuts à la Denishawn : la danse pour Ted Shawn et Ruth Saint Denis était décorative, exotique, et mystique... Graham a travaillé seule et sans relâche pour faire naître Sa danse.

 

De plus cette femme a quelque chose en commun avec Rachel Brice : comme elle, elle est née à San Francisco!


A venir : Martha Graham et la modern dance

              Mémoire de danse et commentaire

             Portrait

            Quelques oeuvres chorégraphiques inoubliables...


Savez vous que ?

une de ses dernières élèves fut Madonna, qui d'après Martha Graham avait une personnalité affirmée

que son studio de danse fut loué par Woody Allen pour un de ses films.Martha  trouva le studio si terne qu'elle le fit repeindre...

et enfin, que pour elle, une femme doit avant tout danser... avec son vagin. 

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25 juin 2006 7 25 /06 /juin /2006 19:07

  Qui est t'elle?

C'est Marie Taglioni!

A t'elle un rapport avec Giselle?

Oui, indirectement... Marie Taglioni est la première danseuse a être montée sur pointes...on n'imagine pas aujourd'hui de danseuses classiques sans leurs pointes, ces chaussons sur lesquels elles se hissent en équilibre, et qui rendent la silhouette tellement aérienne!

Cette invention date du début du romantisme en France. 1831 :   création de la Sylphide, ballet qui annonce Giselle à sa manière... La Sylphide raconte l'histoire au féminin de Trilby, petit esprit malicieux qui vivait dans une demeure écossaise et était secrètement amoureux de la maîtresse de maison. Nodier en a un fait une nouvelle très romantique, qui s'achève par la mort du malheureux et inoffensif Trilby...

La Sylphide est sa " soeur" et est à l'origine du premier ballet où apparaissent tutu long, comme sur la photo,  tulle, tarlatane, corsage, fleurs, et couronnes sur la tête. Voyez comme l'image de l'époque rend totalement immatérielle la danseuse : ses pieds sont minuscules, elle semble voler, être totalement à l'aise dans l'air... son rapport à la Terre, à la matière, est inexistant. Elle incarne la femme qui ne peut exister... un être idéal, doté de petites ailes fragiles et graciles qui lui permettent de se mouvoir, invisibles, autour des vivants qu'elle taquine gentiment...

Giselle utilisera tous ses éléments, pointes, tutus, ailes, mais en plus le voile : voilà, la panoplie de la robe de mariée voit le jour entre 1830 et 1840. Ce costume est porté par des êtres irréelles qui finissent tragiquement... curieuse coïncidence qui me fait mieux comprendre pourquoi,  depuis l'enfance, je me suis toujours dit que si je me mariais, ce cerait en robe rouge à taffetas, comme les danseuses espagnoles!!!

Je veux de la passion, pas de la virginité qui finit dans la tombe!!!!

 


 

Mais revenons à nos esprits!!!

A noter aussi que la coiffure de Giselle ne sera pas la même : chignon relevé en frisettes autour du front, pour la Sylphide, dégageant la nuque et qui donne un côté espiègle, gai, bandeau plat autour du visage et chignon bas pour Giselle : ces détails ont leur importance : on est passé du léger, du gracile, au grave, au sérieux, au drame... même la coiffure recouverte du voile, celui de la virginité, celui du mystère, celui des fantômes... qui sera celui de la mariée... apporte non du rêve, mais de la douleur. Les manches tombent sur les épaules et flottent, tout va vers le bas...

C'est un prodige qu'un simple costume, à lui seul, exprime déjà tant de choses : le costume de la Sylphide, avec ses fleurs bleues, le collier de perles autour du cou, est gracieux, séduisant;  la Sylphide est vivante, mais désincarnée. ( Voir aussi photo plus bas)

 Le voile, les ailes basses, les manches tombantes de Giselle expriment une douleur, un deuil consommé... Giselle est une morte.... encore amoureuse, comme dans la nouvelle de Hoffmann...

Quand aux petites ailes, qui donnent une dimension angélique à la Sylphide ( voir la photo de Marie Taglioni) elles n'ont plus du tout la même dimension dans Giselle ( voir ci dessus Markarova en 1944) : elles ne sont plus accrochées droites et bleues, assez haut sur le tutu, comme des ailes de paon. D'ailleurs, lorsque la Sylphide meurt, ce sont ses ailes qui tombent en premier, signifiant au petit être ailé sa fin proche. Elles les prend dans ses mains, comprend sa fin proche,  pleure  et nous avec...

 

Dans Giselle, les ailes ont un côté fantômatique, dramatique... elles sont là pour que les Willis s'envolent la nuit comme les phalènes et tourmetent les voyageurs égarés...

Les ailes sont blanches, diaphanes, mais elles sont aussi communes aux êtres démoniaques, chauves souris, diables ailés...  les willis  appartiennent en partie  à ce monde démoniaque des damnés éternels... leurs ailes ne sont plus celles des anges...

 

 Marie Taglioni sur pointes pour la première fois dans la Sylphide

Mais revenons aux pointes : on n'imagine pas aujourd'hui quelle révolution se fut que de se hisser dessus. Les pointes n'avaient pas la solidité d'aujourd'hui et obligeait la danseuse à puiser toute sa force dans ses pieds et ses mollets...

L'attitude de Markarova et de Marie Taglioni est la même ( regardez les deux photos)  : petite arabesque basse sur pointe. Mais vous observez que  la pose de Marie est celle d'un être léger et joyeux, comme le sont les lutins : comment des pieds aussi minuscules peuvent porter une danseuse?

C'est qu'elle vit d'air et de vent... sans doute est ce la raison qui a fait que depuis toujours les danseuses classiques recherchent la minceur absolue : non seulement, c'est plus facile pour elles de monter sur pointes quand elles sont légères, mais de plus, elles ne blessent pas leur partenaire qui les porte, et qui est un critère de recrutement au sein des ballets; de plus, elles appartiennent du coup d'office au monde des êtres immatériels  et irréels!

Marie Taglioni explique qu'elle a travaillé d'arrache pied sous la férule de son père qui lui imposait deux heures d'exercices le matin, deux après le dejeuner et deux le soir, plus les spectacles. " Quand je n'en pouvais plus, dit elle, je comptais encore jusqu'à 100 pour gagner en endurance"

Effectivement, elle fit faire un bond énorme à la technique classique...

J'en reparlerai bientôt,en commentant un peu l'esthétique de la gestuelle de Giselle...

 


 

 A venir : Giselle et la gestuelle romantique.

               Les grandes interprètes

               Liste  de Dvd de Giselle a avoir à tout prix!!!

 


 

A lire aussi : Willis, conte gothique par shana

                       Le ballet romantique : Giselle ( 1)

                      Giselle, esthétique d'un ballet ( 2)

 L'envol des Willis la nuit au clair de lune : l'arabesque.

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22 juin 2006 4 22 /06 /juin /2006 10:13

 

La première fois que mon professeur d'allemand m'a lu le Roi des Aulnes de Goethe, j'ai failli m'évanouir. Oui, je sais, c'est risible! Et pourtant mon histoire est vraie. Ce conte m'a plongée dans quelque chose de profondément morbide, qui m'était parfaitement familier! La même année, je découvrais Giselle sur la scène du théâtre de ma ville avec la plus extraordinaire des interprêtes : Noella Pontois. Je mis plusieurs mois à m'en remettre là aussi.

Trente ans ont passé et rien n'a changé: la magie opère toujours de la même manière. Dès que j'entends les premières notes au piano du lied de Schubert, ou dès que je vois le cimetière où repose Giselle, je suis prise par une émotion très intense, de celles qui vous nouent la gorge et vous empêchent de parler. Et si les interprêtes sont à la hauteur, je finis profondément émue. Je n'aime pas me lever pendant l'entracte, j'ai l'impression de perdre Giselle.

Bref cette oeuvre est vissée à mon âme en quelques sortes : je connais la chorégraphie par coeur et pourrais la danser si j'avais la technique.

 


 

 

 

Bien sûr, on peut accorder la perénité de ce ballet au fait que plusieurs choses réussies ont été réunies : la musique, déjà, simple, limpide, avec des thèmes fluides et chantant,  accompagne un livret à la grande force dramatique : l'histoire banale et un peu " niaise" d'une paysanne aimée d'un prince déguisé, sombre tout à coup dans l'horreur, la folie et la mort à la fin de premier acte qui nous a régalé de baisers, de pas de vendangeurs, de chasses à cour... divertissements simples, sans prétention...

Au second acte, tout a basculé: les couleurs se sont enfuies... la vie a fait place à la mort et aux ombres. La forêt parée des couleurs d'automne ou passaient de chatoyants costumes de chasse au premier acte,  est à présent peuplée de follets blancs et de tombes noires dont les croix se dressent, maléfiques, près d'un étang où se mirent la lune et les étoiles...

Le second acte   blanc et noir met en scène des personnages fantômatiques; plus de vendangeurs, de paysans, de jupes fleuries.  Les willis, toutes de tulle blanc vêtues,  dessinent sur le sol des figures étranges et magiques. Leurs jupes   volent autour de leurs pieds qui effleurent le sol. Pleines de haine,  ces pauvres fantômes assoiffés de vie, d'amour, et de danse,  obéissent à leur reine quand Hilarion, un garde chasse qui a aussi aimé Giselle s'égare la nuit : elles le tuent sans aucune pitié:

 

 

 

Mais Albrecht, le prince, ne subira pas le même sort que Hilarion. Giselle le protégera car elle lui a pardonné, ce que ne peuvent faire ni Myrtha, ni les Willis, ses compagnes.

Myrtha a fait sortir Giselle de sa tombe. Elle lui brandit la myrthe, dont le symbole est : " n'oublie jamais". Elle  exhorte  Giselle à la haine, sans succès. Car  l'amour est plus fort que tout. Et c'est là, en partie, que le romantisme explose: dans la juxtaposition d'un sentiment amoureux qui ne peut se liberer que dans la mort, dans l'audelà, au royaume des êtres désincarnés... car l'amour, comme le bonheur, pour les Romantiques, n'est pas de ce monde, et la mort, ses mystères, ses secrets les fascinent tout autant que ses êtres fantômatiques qui reviennent parfois pour aimer ou tourmenter les vivants... Nerval était supersitieux, Gauthier, voyait des fantômes un peu partout, et Hugo faisait tourner les tables dans l'espoir de parler avec sa fille défunte... La réalité n'est pas loin de leurs écrits... Wagner portera ce thème de l'amour rédempteur dans tous ses opéras, dont un, contemporain de  Giselle : le Vaisseau Fantôme. Encore un fantôme, encore une femme aimante, encore la mort... la mort qui réunira aussi Tristan et Isold.

Ce second acte, dit acte blanc,  inspirera profondément, plus de trente ans plus, Marius Petipas, un danseur marseillais exilé en Russie. Il s'inspirera de cet acte blanc de Giselle pour créer le magique acte blanc des ombres de la Bayadère. Devant le succès, il crééra deux actes blancs dans le Lac des Cygnes, qui est l'écho russe du ballet français... 


 

 

 

 

 

Le rôle de la croix de la tombe de Gisèle n'est pas anondin. La foi est là, pas forcément une fois chrétienne fidèle à l'Eglise d'alors, mais une foi pleine de superstitions,  d'images de Croisades qu'on réinvente  (Delacroix), une foi, où, s'il n'est pas de rédemption possible, l'âme brûlera éternellement en enfer, où deviendra la proie de sorcières qui battent le sabbath ( Berlioz, Hugo)

Là, sous la croix, Albrecht est protégé et la Reine des Willis ne pourra rien contre lui. Lorsque l'aube blanchira enfin d'une pâle lueur le ciel entre les arbres, les Willis regagneront leurs tombes, Giselle et Myrtha la leur. Il ne restera dans les mains d'Albrecht que des lys blancs, déposés par Giselle...

A-t-il rêvé? Il ne le saura jamais...


A venir Carlotta, Théophile et Henrich!

La willis, conte gothique ( par Shana)


A lire sur ce blog :

Giselle : ( 1)

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20 juin 2006 2 20 /06 /juin /2006 21:46

Boléro, ah, Boléro!!!!

Je l'ai vu dansé hier par Nicolas Leriche!

Cette oeuvre me submerge toujours à tous les coups!

Musicalement parlant, déjà. Je ne m'en lasse pas, même lorsque c'est simplement un disque qui joue.

Mais en plus, lorsque l'on peut voir la chorégraphie! Alors là, c'est la magie pure du mouvement et de la musique en parfaite adéquation.

Bien sûr, parmi tous les interprêtes que j'ai vus, Jorge Donn ( photos) et sa démesure, son regard fou et ses gestes exaltés reste ma référence. La chevelure de Sylvie Guillem qui flamboyait au dessus de la table rouge,  ses longues jambes qui marquaient l'oscillation de la musique, son corps souple comme une liane mais avec une force dans sa danse toute masculine,   restent aussi complètement inoubliable!!!

 

 

Et puis hier Nicolas Leriche, plus en retrait par rapport aux deux danseurs cités - en tous cas le soir de la première, car je sais que sa danse va évoluer au fil des représentations - mais avec une intensité émotionnelle qui n'appartient qu'à lui. Plus de félinité, moins d'érotisme, peut être... mais un engagement d'une sincérité!

De toutes façons, on ne peut pas tricher avec Boléro... ! Si le danseur ne s'engage pas entièrement dans la danse, celle ci devient tout à coup banale, vidée de son sang, de sa sèven...

Hier, le corps de ballet a apporté la dose de sensualité, de force, d'orient qu'il fallait ! 

On dirait un rite : un danseur danse sur une table, et les gestes vont être répétés à l'infini par des garçons qui se lèvent par groupe de deux, de six, et qui amplifient le rythme obsédant de l'orchestre... le ballet procède par vague successive et la dernière vous engloutit tout entier!!! Vous, la musique, l'orchestre, les danseurs, tout le monde fond ensemble!!!

Simplement magique!

 


A lire aussi sur ce blog:

Béjart à Paris, présentation de Boléro :

 

J'aime Béjart

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17 juin 2006 6 17 /06 /juin /2006 09:17

  Giselle... De tous les ballets, c'est sûrement non seulement celui que je préfère, mais celui qui m'a donnée en tant que spectatrice, les émotions les plus fortes. J'ai déjà vu  deux générations de ballerines l'interpréter et je découvre la nouvelle génération : Laétitia Pujol, de l'opéra de Paris, se révèle être une interprête hors pair. J'espère la voir dans la prochaine saison qui sera donnée l'hiver 2006 à Garnier.


 

 

 

 Mais qu'est ce qu'un ballet romantique?

 

En fait, l'esthétique romantique qui prend sa source dans les pays anglo-saxons vers la fin du 18ème siècle est caractérisée par un profond mal de vivre qui fait rejeter la vie réelle pour explorer le monde du rêve, souvent peuplé de visions funèbres et macabres, tel ce rêve du peintre anglais Fussli.

 

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La génération romantique française de 1830 essaiera d'échapper à son " ici et maintenant" par tous les moyens : elle se lance  soit dans des voyages, ( tous sauf Chopin qui est très affaibli par sa tuberculose, la maladie des romantiques dont meurt aussi la Dame aux Camélias) soit par  une création hantée par des obsessions, ou par les deux (Delacroix, Gauthier, Nerval, Berlioz, Chopin, Hugo, Géricault )

La vision de la vie des romantiques, même lorsqu'elle  est parfois pleine d'humour (Gauthier) est  marquée   par la nostalgie, la mort , car pour ces jeunes gens ( ils ont entre 20 et 28 ans)  l'existence   ici bas ne peut être heureuse très longtemps. Aux joies succèdents forcément des peines ( Fantine).   De plus, l'irruption des choses irrationnelles et pas toujours bienveillantes inquiète  plus qu'elle ne rassure sur un monde des morts qui côtoie  les vivants d'une façon  effrayante ( Thème récurrent chez  Berlioz et Gauthier, il suffit de se souvenir de la descente aux Enfers du Faust de Berlio). Quand à la folie, elle n'est jamais très loin ( Nerval,   Gauthier, Géricault, Berlioz)

C'est en très " raccourci" certains ingrédients qui caractérisent les arts produits entre 1830 et 1848, date de deux révolutions qui ont secoué la jeune génération : l'une qui a lieu à Paris ( immortalisée par Hugo et ses Misérables) l'autre, plus européenne,   qui se soldera par échec. Car "l'Aigle " qui est mort en exil en 1821 à Sainte Hélène laisse derrière lui un souvenir inaltérable, et une aspiration profonde pour mettre à bas une fois pour toute les monarchies.

 


 

Qu'a à voir Giselle la-dedans?

 Nous y voilà : le livret est écrit par Gauthier. C'est son ami  Heine, le romantique allemand, qui lui a raconté la légende, d'origine slave : les jeunes filles qui aiment trop la danse meurent parfois. Elles deviennent des willis, des créatures de la nuit qui hantent les forêts. Et chaque nuit, sur l'ordre de leur reine, elles doivent danser jusqu'au lever du jour. Malheur au voyageur égaré. Elles le feront mourir!

Ce thème est proche de celui du roi des Aulnes de Goethe : Erkonig  capture la nuit dans les forêts des enfants et les emmène chez lui, dans son royaume de mort....

A partir de la légende des willis, ces fantômes qui dansent,   Gauthier écrit l'histoire d'un ballet : une jeune paysanne    aime passionnément la danse. Elle se croit aimée d'un jeune payson comme elle, qui n'est en fait qu'un  prince déguisé. Il    utilise ce subterfuge pour mieux l'abuser. Giselle découvre qui il est, ainsi que sa fiancée, une belle princesse qui, pour quelques heures,  s'est reposée dans sa cabane lors d'une chasse. Le chagrin, trop violent,la conduit à la folie puis à la mort. Comme elle aimait trop la danse, elle devient willis.

Poussé par le remord, le prince   se rend une nuit sur sa tombe. Il rencontre son fantôme blanc. Grâce au pardon de Giselle, pour qui l'amour est finalement plus fort que la mort, il ne mourra pas, car elle le protègera de ses terribles compagnes, bien décidées à  mettre à mort l'imprudent....

Le pardon et l'amour l'ont sauvé.

( A suivre!...)

 

 


 

 

A lire aussi : 

Gisèle (2) le ballet et son esthétique

Giselle ( 3) points de repère technique

La willis, conte gothique, nouvelle écrite par moi même!


A venir :

Dvd et vidéos -  

les grandes interprètes-

La saison de l'opéra de Paris.

gestuelle de Giselle

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11 juin 2006 7 11 /06 /juin /2006 15:47

 Samia Gamal....

Je suppose que, sauf si vous faites de la danse orientale, vous ne la connaissez pas... C'est l'une de mes danseuses préférées, toutes catégories confondues ( classique, contemporain, etc...) et pourtant, je ne connais sa danse que par la video puisque Samia est morte depuis douze ans déjà.

C'était une danseuse fabuleuse et une femme très très belle. Là, sur cette photo tirée du film " Afrita Hanem" qui signifie madame la diablesse, elle à vingt cinq ans... elle dansera jusqu'à près de 70 ans.

Cette scène est sûrement l'une des plus réussies du cinéma égyptien des années 1940 : poésie, dimension onirique, chorégraphie parfaite, costume audacieux mais tellement chic, car aucune paillette, aucun ornement superflu ne l'alourdit. Le tissus flotte autour de la danseuse, renforce la grâce de ses bras, lui donne des allures à la fois de princesse mais aussi de libellule, de papillon, d'un insecte aux ailes diaphanes qui dansent avec lui.

 


 

" J'ai toujours eu la danse en moi" dit Samia Gamal, et pourtant, sa famille, comme beaucoup de famille de tradition musulmane voyait d'un très mauvais oeil la danse et refusait que leur petite Samia danse, même à la maison et pour elle. Elle dit encore qu'on la grondait terriblement si on la surprenait à exécuter quelques pas de danse. C'est parce qu'elle quitte sa famille pour aller travailler dans un atelier de couture qu'elle pourra finalement  faire le métier dont elle a toujours rêvé. Elle dansera d'abord dans des sortes de cabaret-théâtres très en vogue dans cette société d'avant guerre et d'avant révolution aussi,  avant d'entamer une immense carrière au cinéma. Le roi d'Egypte la nommera " première danseuse d'Egypte" et il ne s'y trompait pas!

 


 

Pourquoi l'aimé-je tant?

Parce que sa danse " orientale" est une pure merveille de finesse, de légèreté, d'intensité, d'espiéglerie, d'art. Elle glisse dans l'air, jamais le mouvement ne s'arrête, et il est tellement fluide que l'on ne voit pas comment Samia le réalise : on a l'impression qu'elle improvise sa danse comme elle respirerait. Certes, les chorégraphies empruntent  au ballet classique, aux danses latines, à toutes sortes de styles à la mode et mélangent tout cela à la technique orientale pour un résultat unique! Mais Samia se les approprie avec sa personnalité faite de féminité, de grâce, de fraîcheur.

Comme  toutes les danses dites orientales, l'énergie part du ventre et non des pieds, mais chez Samia, pas de lourds mouvements de bassin, pas de vibrations, pas de hanche "haut bas", d'accents marqués : rien de tout cela qui constitue une partie de la technique. Non, une danse fluide, aérienne, ou les bras suivent naturellement le mouvement  de son corps, avec  grâce et un raffinement immense et inattendu pour de la danse orientale, où les bras, en principe, ne font que cadrer le mouvement.   Rien a voir par exemple avec Fifi Abdou, qui danse un style baladi, ancré dans la terre, sans toute cette dimension de l'air...

D'ailleurs, la fluidité des bras de Samia révèle chez elle une grande souplesse du cou et des épaules particulièrement déliées chez elle. Le buste aussi peut s'incliner avec un naturel confondant qui est pourtant dû à une très grande maitrise des isolations.

Ses ondulations n'ont rien de lascif ni de vulgaire, ses déhanchements ne sont jamais suggestifs : sa séduction est faite de gaité, d'espiéglerie, de légèreté. Si je devais la comparer à une actrice d'aujourd'hui, ce serait Nicole Kidmann dans le rôle de Satine, par exemple, mais sans le côté tragique.

 


 

Et puis surtout le cinéma la magnifie :

 

 

que ce soit dans Afrita Hanem ou d'autres films, la dimension onirique est souvent présente; Samia danse au milieu de miroirs, ou de colonnes d'un palais de conte de fée, ou bien dans une rue d'egypte mais en robe de soirée moirée, ou bien au milieu d'une immense cage de cristal, ou bien encore derrière un paravent ajouré, un voile piqué de brillants sur la tête...

Elle semble irréelle, inaccessible, comme sortie tout droit d'un rêve.

 


 

 

Quand l'Occident lui offre des rôles, que ce soit la Vallée de Rois ou Ali Baba, on relègue sa danse à de l'oriental de divertissement, et franchement, je n'aime plus... où est passée la dimension artistique, la dimension onirique qui faisaient toute la beauté des films égyptiens des années 40?

La danse orientale vue par l'Occident est une danse séductrice qui ne fait plus rêver les hommes mais qui les fait saliver... c'est la toute la différence, elle est énorme car tout à coup, la danse orientale de Samia est réduite à distraire des hommes qui ne voient dans les danseuses qu'un objet de désir et non de rêve, d'une ouverture sur un monde magique, inaccessible, celui de quelque fée clochette malicieuse mais fidèle dans le pays du Jamais-jamais...

L'Occident n'a pas compris Samia ni la danse orientale.

Mais regardez  ces premiers films, sa danse, sa maitrise, sa créativité, son ingéniosité, et son absence totale de vulgarité. Regardez ses voiles s'envoler entre les colonnes sculptées de Palais de Mille et une nuits. Regardez l'énergie gracile et précise qui émane de ses épaules, regardez son regard, son sourire : on sent encore quelque chose d'adolescent ou d'enfantin qui efface la lourde sensualité qui caractérise parfois la mauvaise danse orientale. Toute l'énergie est libre, volatile. On dit que Samia est la première à avoir danser en talons, donc sur demi pointes, pour apporter encore plus de légèreté.

Samia était une fée. Elle a fait de la danse orientale un art à part entière. Les danseuses orientales d'aujourd'hui, si vulgaires dans les pays du Maghreb, Dina en tête, devraient s'en souvenir...

  

 

 

 


 On peut voir un documentaire sur Samia Gamal dans :

 

"regard sur le cinéma musicale arabe."

 


 

 


A lire aussi :

 

la danse orientale : entre fascination et répulsion

 

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9 juin 2006 5 09 /06 /juin /2006 21:10

Miracle au volant!!!!....

Ce matin, je pars travailler à l'heure à laquelle a lieu une de mes émission préférées sur France Musique animée par l'excellent Lionel Esparza. Je retrouve la même joie à l'écouter que lorsque c'était  Gérard Mannoni qui ne manquait jamais une occasion de parler de danse...ah, les réveils heureux à l'idée de retrouver mon idole radiophonique, de 7 à 9!.... il y a... vingt ans déjà...
là, cette émission me met " en musique" pour toute la journée!


Et là, miracle.... j'entends une valse de Chopin que je connais par coeur, non seulement pour l'avoir entendue peut être 1324 fois, mais aussi pour l'avoir jouée au moins autant... mais bizarrement, je ne la reconnais plus...  parce que je l'entends comme  pour la première fois :le doigté, le toucher, le phrasé expriment une poésie rare d'une infinie douceur sans mièvrerie aucune, d'une délicatesse subtile sans fadeur... jamais Chopin n'a eu autant de relief, de vie, de douce mélancolie, de beauté, de simplicité... en un mot, j'entends cette valse comme elle résonnait peut être en moi depuis toujours, sans qu'aucune main humaine n'ait pu  jusqu'alors donner vie à  ces sons subtils: ni les miennes, ni celle d'un autre pianiste, pas même celles de Samson François que j'aime tant dans ce registre.

 


 

Et pourtant, les valses de Chopin... ce sont de toutes petites choses de quelques pages qui déploient la plupart du temps deux ou trois phrases...

Mais ces phrases sont harmonisées avec une intelligence musicale rare parce qu'elles mêmes sont pleines de surprises : elles vagabondent hors tonalité, hors mesure, comme bon leur semble, et déroulent, en prenant leur temps, leurs colliers de notes.Ces valses sont tout un univers à elles seules : en elle passe la joie, la passion le brio, la détresse, la solitude, l'exil, la maladie, la souffrance, l'épuisement, la gaité, la nostalgie... ce sont les pages d'un journal intime, écrites pendant toute sa vie par un homme en exil, qui a perdu ses amis, sa famille, suite à l'insurrection ratée de Varsovie, et qui, malade, reportera un amour unique et exclusif à son piano...

 

 


 

Et le miracle a lieu son les doigts d'Alexandre Tharaud... Chopin est là tout entier. Je reste médusée, éblouie, pétrifiée devant une telle créativité  : réussir à donner à cette valse un souffle poétique, lyrique, unique. Les doigts legers maitrisent chaque ligne mélodique comme savait si bien le faire l'immense Benedetti Michelangéli. Le discours est clair, limpide, sans être froid, le son est chaleureux et cristallin tout à la fois. De la vraie musique avec une Ame immense.

 Après quelques questions posées à ce jeune et peu loquace pianiste, Lionel Esparza diffuse un concerto de Bach d'après Marcello :je me retrouve les larmes aux yeux, en pleine bretelle d'autoroute bouchée et polluée, avec des hommes de néanderthals à leur volant  près à me rouler dessus pour gagner une place ( en costume cravate mais la massue pas loin, je pense) Mais Bach dresse  ses cathédrales de sons  dans la voiture comme un écran de beauté pure... les Néanderthaliens détalent sous des cascades de notes égrénées par des doigts d'ange....

Je comprends qu'après une telle découverte, Bartabas ait écouté le disque en boucle et ait finalement proposé à A Tharaud de travailler avec lui ( c'est pour cet été, au théâtre de Fourvière, à Lyon)

 

 

 

 C'est le miracle de l'art : il fait irruption ou bon lui semble, embouteillage ou pas... et tout à coup, notre vision en est toute bouleversée... et nous avec...

 

C'était une magnifique matinée de printemps... grâce à Alexandre Tharaud...

Sa discographie est impressionnante, il joue beaucoup de musique contemporaine, ce qui prouve que cet homme est bien dans le présent, lui aussi...

Ecoutez le!

Et si vous l'aimez déjà, dites le moi!

 


 

SITE OFFICIEL / http://www.alexandretharaud.com/
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