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Shabastet

  • : Danse et... danses!!!
  • : Blog sur la danse en général et l'opéra de paris en particulier rédigé par Valérie Beck, administratrice du forum danses pluriel
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Noureev

 

Danser, telle la phalène sous la lune, le pinceau du calligraphe, ou l'atome dans l'infini 

                                              

marie-taglioni-in-zephire.jpg

2 juin 2006 5 02 /06 /juin /2006 08:17

Voici Claire Motte, telle exactement que je la découvris au Palais des Sports de ma ville, l'année 1974...

Coup de foudre! Elle était étoile de l'opéra de Paris et avait dansé, pour un gala d'étoiles qui réunissait  Bessy,   Pontois,   la courageuse Janine Charrat, Denard, je crois, Atanassoff,  le pas de deux de Don Quichotte!

J'étais une enfant, mais ce fut un moment inoubliable. Tellement inoubliable que plus de trente ans plus tard, je m'en souviens encore!

Je rends d'abord hommage à  sa "flamme", c'est ce que l'on voyait en premier! Cette impétuosité immense, cette fougue, cette passion qui l'animaient en scène. Une fois le rideau tombé, elle travaillait énormément, avec rigueur, discipline, ténacité, sans rien se laisser passer.

Mais sur scène, sa joie éclatait, elle était un feu vivant et dansant, et c'était tellement fort qu'en rentrant chez soi, sa flamme continuait de danser en nous.

A cette époque là, la télévision aimait bien la danse classique et je pouvais la voir dans des émissions de danse, trouver des articles sur elle dans la presse populaire... je l'adulais!

Au conservatoire National Supérieur de Paris, elle fut ensuite un professeur aimé qui enseigna avec intelligence. Noureev la nomma en 1983 professeur à l'Opéra de Paris.

D'ailleurs, j'ai même eu l'immense plaisir de suivre un stage de danse classique pendant quinze jours. Au vue de mon piètre niveau que m'avait donné la petite école de danse de ma ville, je n'ai pu aller qu'avec les débutants ( des enfants) alors que j'étais déjà une jeune adulte. Mais Claire Motte corrigea tout le monde de la même façon, donna son savoir avec générosité, et m'encouragea même très gentiment à continuer...

chapeau bas! une grande artiste dans toute sa simplicité!

 

Dans un vieux livre qui date des années 70, j'ai " la barre" par Claire Motte

La barre, c'est tous les exercices que font quotidiennement les danseurs pour échauffer leurs corps : pliés, dégagés, ronds de jambes, battements, petits frappés sur le coup de pied, etc...

Ce que j'ai pu les regarder, ces images! tous les jours, je m'y replongeais!

Malheureusement, cette grande artiste qui participa à de très nombreuses créations,  tout le temps qu'elle fut à l'opéra , partit sans un bruit... et beaucoup trop tôt!

Il était question que l'on nomme l'une des places de Paris " Place Claire Motte" mais je ne sais pas où en est ce projet....

 


 

Voici un article sur la mort de Claire Motte ( 1937-1986) qui fait référence à l'aide qu'elle apporta à Noureev quand il passa à "l'Ouest"

ref : hérald tribune

 July 18, 1986

 

 

Claire Motte, 48, Dies; Paris Opera Ballet Aide

 

Claire Motte, ballet mistress of the Paris Opera Ballet and formerly one of the French company's leading ballerinas, died Wednesday in Paris after a long illness. She was 48 years old.

 

 

Miss Motte, a very strong technician with a dramatic style, held the rank of ''etoile,'' or star, from 1960 through 1979. Rudolf Nureyev, who had been befriended by Miss Motte before his defection from the Kirov Ballet in 1961, appointed her ballet mistress of the Paris Opera Ballet immediately after he became its artistic director in 1983.

 

 

Born in Belfort, , Miss Motte entered the Paris Opera Ballet school and then joined the troupe in 1952. She created the role of Esmeralda in Roland Petit's ''Notre Dame de Paris,'' among others. Miss Motte, a frequent partner of Jean-Pierre Bonnefous before he joined the New York City Ballet, appeared with him as a guest with the Eglevsky Ballet and at the Jacob's Pillow Dance Festival in the 1960's. Because of her illness, Miss Motte could not accompany the Paris Opera Ballet on its current American engagement.

 

 

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30 mai 2006 2 30 /05 /mai /2006 07:27

 Je reviens aujourd'hui sur cette création qui malheureusement a eu des échos assez négatifs dans la presse, et je me demande encore pourquoi aujourd'hui.

Donc, par cet article, j'exprime mon mécontentement d'une certaine presse critique d'art, qui ne perçoit les spectacles qu'en fonction des critères retenus par la ligne éditoriale des journaux auxquels ils appartiennent et dont ils se doivent d'être les fidèles serviteurs.

Je ne vois pas d'autres raisons aux critiques stupides que j'ai lues ( je vous en ferai un petit florigèle demain) sur cette chorégraphie, qui, si elle ne se range pas aux côtés des grands ballets, n'en a pas moins son identité propre et sa poésie.

Nicolas Leriche est le danseur étoile que l'on connait. C'est l'un des plus " à part" à l'opéra de Paris, car sa façon de danser est étonnament puissante, féline, envoûtante, bien à lui. Il a du caractère, de l'intelligence, de la sensibilité, et une présence en scène immense. Il marque tous les rôles qu'il danse, parce qu'il les investit intensément. Lorsque l'idée de ce ballet a germé en lui, Roland Petit, à qui il avait demandé de faire un ballet sur ce thème, lui a conseillé de le faire lui-même, de se lancer. Ce qu'il fit.

 


 

Des scènes qu'on n'oublie pas.

J'ai vu ce ballet en septembre, et j'ai attendu que l'oeuvre décante en moi pour en parler, non pas à chaud, dans l'excitation qui suit parfois un spectacle qu'on découvre et qui retombe quelques temps après, mais bien à froid. Et lorsque je repense à cette oeuvre, des scènes entières surgissent :

D'abord, Caligula lui même, dansé par le fabuleux Mathieu Ganio, qui donne a u  tyran une grande instabilité mentale : c'est un être malade terassé par des crises d'épilepsie, d'une grande sensibilité, et dont la   cruauté semble être inspirée par la folie. Ses solos sont spectaculaires, fort émotionnellement, et techniquement brillants.

Ensuite Mnester, le pantomime que Caligula adorait, et qui est dansé par Laurent Hilaire. Mon Dieu, même quand il ne bouge pas, Laurent Hilaire est spectaculaire!

Là, Leriche montre son savoir faire de chorégraphe en mêlant intelligemment une danse au vocabulaire contemporain à l'ensemble de son ballet qui exploite un langage classique.

Toutes les scènes avec Mnester, sur de la musique électro-acoustique sont des moments suspendus dans le temps; à eux seuls, ils valent d' être vus.

 


 

Ensuite, viennent les choses plus classiques mais non moins abouties :

  •  Le personnage de Lune, aimée de Caligula, les duos qu'ils dansent ensemble.  Claire Marie Osta apporte là aussi une grande délicatesse au personnage et le contraste avec Caligula est saisissant.
  • Le cheval Incitatus, qui apporte un élément poétique exceptionnel, dansé par Gil Isoart, et qui là aussi, offre au spectateur, de "l'inédit" et du sensible.
  • Les scènes de groupe, de foules. Elles restent assez classiques, mais on s'en souvient... de même que l'éclairage, ou plutôt la lumière, devrais je dire,  qui suit le rythme des saisons. On est tantôt baignée dans une lumière orangée, qui peut virer au rouge, tantôt dans un éclat lunaire et argentée, tantôt les couleurs expriment la vie, le sang, tantôt elles se retirent, et il ne reste que le blanc, le gris, le noir, l'argenté.

  MUSIQUE

Caligula utilise la musique des quatre saisons  de Vivaldi, qui fait une boucle sur elle même. Comme si l'on présentait cinq saisons de la vie de Caligula. Choix curieux? Pas tant que cela, au contraire.  Le décalage entre cette musique tellement connue et le propos, qui n'est pas " l'histoire de la vie de Caligula" mais plutôt "scènes de la vie d'un Caligula" fait que tout à coup la partition sonne "neuve". C'est comme si on la découvrait pour la première fois. Et elle s'associe merveilleusement à celle composée par Louis Dandrel, qui a beaucoup de talent, plus qu'un certain Dusapin tellement encensé par la critique officielle depuis quelques années...

Premier essai réussi

Bref, j'ai vu dans ce travail beaucoup d'intelligence, de sensibilité, d'idées, de reflexions de poésie, mais avant tout, j'ai vu tout un univers aux nombreuses facettes... c'est cela être un artiste, non? Avoir un monde et y entraîner des êtres avec soi...

Par cet article, je rends hommage au travail de Nicolas Leriche, et à sa très belle créativité.

 


 

A venir :

 

Portrait de Nicolas Leriche

Ivan le Terrible et Nicolas Leriche.


 A lire

Florilège de critiques stupides et bâclées : Caligula de N Leriche

 


 

 La photo est d'Haruyo, que vous pouvez retrouver sur le site d'agoradanse.

www.agoradance.net, partie forum, topic Caligula.

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29 mai 2006 1 29 /05 /mai /2006 16:19

 

 

Comme promis voici quelques critiques que je vais me faire un plaisir de commenter. Je ne peux les citer en entier, pour des raisons de droits d'auteur. Je n'ai pas triché dans ma sélection. La première est due au critique de libération. Mes commentaires en bleu!

 


 

Jérémie Bélingard est plus que convaincant dans le personnage, y compris dans ses ralentis, comme Wilfried Romoli en sénateur ou Laurent Hilaire dans le rôle de la pantomine robotique. Ce n'est pas mal du tout. On regrette que la pièce suive trop le découpage un peu formaté du livret, ce qui enlève à son intensité et donne une longueur un peu lourde.

libération

 


 

Jérémie est plus que convaincant dans le personnage,y compris dans ses ralentis.

ça ne veut pas dire grand chose! qu'est ce que les ralentis viennent faire là?

Et puis, voilà déjà une chose que je n'aime pas : le critique ne voit " qu'une distribution" donc déjà son point de vue en est faussé. Dans un art chorégraphique comme la danse, le ballet peut changer du tout au tout suivant l'interprète. D'autant que Mathieu Ganio était éblouissant!

" la danse robotique de Mnester" ce monsieur n'a jamais dû voir un robot de sa vie. Il y a autant de point commun entre un robot et Mnester qu'entre un ventilateur et un sushi. Bref, sous prétexte que la musique est éléctro acoustique, et le geste présenté en suspension, hop, on fait simple, et on écrit robot. Pourtant ce monsieur est bien payé pour avoir un peu de vocabulaire et de culture, que je sache?

"Ce n'est pas mal du tout!"

Sans commentaire, n'est ce pas? C'est ce que je dis à mon fils de trois ans quand il essaie quelque chose et que c'est plus ou moins réussi...

Passons à la suite!

 


 

Quel attrait peut bien exercer le mythe épais de Caligula sur le danseur étoile Nicolas Le Riche pour qu'il en fasse le thème de sa première chorégraphie destinée au Ballet de l'Opéra de Paris ?

qu'est ce que ça peut lui faire? rien que le titre " mythe épais" présente le choix de Nicolas Leriche comme n'ayant qu'un goût très mauvais. Sinon, on ne choisit pas un mythe épais!  En outre,  Caligula n'est pas un "mythe", que je sache, et N Leriche ne l'a pas du tout traité ainsi.

Ce manque de précision m'afflige!

 Certes, l'envergure tragique du personnage et sa dimension conflictuelle ouvrent les pages d'un livret à rebondissements porté par une chorégraphie qu'on imagine nerveuse à souhait. Le Caligula de Nicolas Le Riche, conçu pour la dramaturgie avec Guillaume Gallienne, n'échappe malheureusement pas au registre du ballet décoratif avec sa succession de tableaux repérés.

 

Ballet décoratif!

voilà un terme méchant, creux, qui ne reflète en rien l'oeuvre de Leriche. Les émotions, dans certaines scènes, y sont si fortes que l'on ne peut parler de décoratif. Le décoratif vise l'esthétique pure, la présentation, et non le sensible. Ce critique  serait-il dénué de sensibilité? Aurait il oublié qu'une oeuvre d'art se reçoit aussi et se comprend avec le coeur?Les costumes et décors n'envahissent pas la scène.... ce n'est pas " décoratif"!Je pense tout simplement que c'est le premier mot qui est tombé sous la plume de ce critique!

 

Le monde

 


 

 Heureusement, Gérard Mannoni, que j'estime et apprécie beaucoup, a rédigé une critique intelligente dans laquelle, en tant que spectatrice, j'ai reconnu beaucoup de ce que je m'étais formulé en regard de cette oeuvre!

Pour garder son ballet au répertoire, Le Riche pourra certainement le remanier, fort de cette expérience unique qu’est le passage d’un spectacle devant le public, car c’est là qu’apparaissent les forces et les faiblesses, beaucoup mieux qu’au cours des répétitions. Nous manquons terriblement de chorégraphes ayant le désir de s’attaquer à de tels thèmes dans un langage de oui-danse. Le Riche doit tirer les conclusions de ce travail et trouver les idées lui donnant un second souffle.

 

Merci à Gérard Mannoni dont je vous recommande les ouvrages sur la danse.

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28 mai 2006 7 28 /05 /mai /2006 18:49

 Noureev... C'est souvent que je pense à lui... Je ne l'ai pas connu, ni cotoyé,comme un ami, et pourtant, dans ma mémoire, il a une place à part, aussi grande que celle que l'on accorde aux êtres qui ont vraiment comptés pour nous,  et lorsque je pense à lui, je suis pleine d'émotion. C'est la magie de cet artiste...

Cet article, comme les autres qui viendront, ne se veut pas "historique, encyclopédique", non. C'est un simple petit texte pour exprimer tout ce que ce danseur m'inspire, et puis, pour me replonger dans des souvenirs encore tellement puissants...

Lorsque l'occasion se présente, - une triste obligation - je vais à Sainte Geneviève des Bois, où il repose dans le cimetière russe. Vous ne pouvez pas le manquer... sa tombe est recouverte d'une sorte de grand brocard sculpté dans un matériau qui rappelle les riches étoffes russes, sa patrie. Et si je le peux, je dépose des lys. Oui, comme sur la photo. J'ai entendu dire que c'étaient les fleurs qu'il préfèrait.  Celles là même qu'il  portait dans le deuxième acte de Gisèle, son ballet préféré à danser, parait-il... il semble bien seul, là, sous l'étoffe de pierre, quelques menus objets posés sur sa tombe...

Là, il est bien jeune, sur la photo, et bien loin de la mort qui l'a cueilli... trop tôt?

Alors que vous dire?

Oui, il me manque... et quand je vais à l'opéra de Paris voir un des ballets qu'il avait réglé pour la compagnie, je ne le retrouve plus. Où est-il? Les ballets sont parfaits, les danseurs aussi, mais ce n'est plus du tout à la " façon Noureev". Quelque chose s'est perdu. Son âme slave, je pense, qui donnait un caractère excessif, passionné, entier, fougueux, dramatique, enjoué, exalté, à tout ce qu'il faisait!

 


 

Mondain, et bourreau de travail, il fut les deux.  Et en répétition, lorsqu'il prit les rênes de l'opéra de Paris, il ne musardait pas. A l'une des questions d'un journaliste qui lui demandait ce qu'il n'avait pas eu le temps de faire, il répondit : " d'être paresseux" avec cet inimitable accès russe. Et aux danseurs qu'il faisait travailler, il disait " Pas parler, pas parler, travailler!" les pauvres devaient se rebeller pour avoir droit à une pose. Alors sa thermos de thé qu'il trimbalait partout avec lui volait, il criait, et puis... hop, il se remettait au travail!

Il est mort en 1993, le 6 janvier, je crois. Et j'ai eu le même violent chagrin en apprenant sa mort que lorsque j'appris celle d'Hervé Guibert, emporté par la même affreuse maladie, le sida... qui emporta aussi Alvin Ailey.

Il n'avait pas envie de mourir. Dans un avion, aux côtés de Sylvie Guillem, il y eut un jour de très fortes turbulences qui effrayèrent la ballerine. Il lui dit " Vous aussi, vous avez peur que le monde tourne sans vous?"

Il acheta une île, quelque part en Méditerannée. Il s'y retirait quelques jours par an... A la fin de sa vie, un peu plus qu'autrefois. Il semblait alors si seul...

Lui qui avait conquis toutes les scènes du monde, qui avait vécu la plus belle amitié artistique qui soit avec Margot Fonteyn, de presque vingt ans son ainée, lui qui avait une capacité de travail monstrueuse, une énergie inépuisable, semblait si solitaire à la fin de sa vie...

Noureev me manque... alors pour le faire revivre, j'écris... pas pour me souvenir, car je n'oublie pas... c'est lui qui m'a vraiment révélé ce qu'était la danse classique, le ballet classique, parce qu'il avait une vision exceptionnelle et très russe de la danse...

L'âme russe... si loin de notre cartésianisme à la française...

C'est une autre histoire que je vous conterai bientôt!

 

 

 


 

à lire sur ce blog :

Noureev, parce qu'il était unique

 

 

 

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26 mai 2006 5 26 /05 /mai /2006 16:47

 Alvin Ailey, ou plus exactement sa compagnie, est invitée aux étés de la danse qui se déroulera en plein air dans les jardins de l'hotel de Rohan. Le spectacle commencera à la nuit, vers 21h45... s'il ne pleut pas!!

C'est toujours un évènement lorsque cette compagnie vient en France, à peu près tous les trois ans ou quatre ans  Je les ai découverts en 1992 à l'opéra Garnier, puis les ai revus au Chatelet, en 1995 ou 1996, puis à Mogador, en 1998, puis au Palais des sports en 2003 où l'ambiance était explosive. Et à chaque fois, l'émotion est au rendez vous, dans ce qu'elle a de plus violent, de plus fort, de plus inoubliable, de plus humain. 

 

 


 

Premier souvenir de spectacle

 

 

La toute première fois que je les ai vus sur scène à l'opéra Garnier, tout en haut de l'amphithéâtre, ce qui m'avait vraiment étonnée, surprise et enthousiasmée, c'est que cette compagnie, après les applaudissements hystériques des spectateurs, avait fait remettre la musique et avait offert un bis... du jamais vu pour moi! C'était drôle, car à l'amphithéâtre, les gens,  déchaines, tapaient des pieds sur le sol en bois  et j'avais l'impression que l'amphithéâtre allait s'écrouler... Une telle chaleur se dégageant d'une compagnie,se communiquant aux spectateurs sous les dorures de l'opéra et ses velours rouges, c'était presque comique! Mais c'était surtout tellement extraordinaire, ce partage avec les artistes, qu'on en oubliait le lieu un peu guindé pour s'abandonner à cette magnifique célébration de la vie, de la danse...

Je revois ces magnifiques danseurs, souriants, regardant le public debout...   on avait tous l'impression d'être vu individuellement tant le regard des artistes était plein de vie. Ils nous regardent, ils sont souriants, et puis, ils se mettent à   taper dans leurs mains pour nous donner le rythme, et hop, ils demandent à remettre à la musique et sans plus de manière, se remettre à danser  avec un plaisir....! sous les hurlements de joie du public! C'était jubilatoire!!!!

On ressort de ces spectacles avec une envie de célébrer la vie, comme le fait la compagnie sur scène. Les danseurs sont fabuleux de technique, de vie, de félinité, et certains sont d'incroyables virtuoses.

Alors, sur le trottoir, encore tout vibrant d'émotion, le coeur débordant de tout ce qu'on a reçu pendant le spectacle,  on se met à sauter, à tourbillonner, comme des enfants...

 


 

Revelation

 

A chaque fois que j'ai vu le ballet Révélations, j'ai fini en larmes. Ce ne sont pas des larmes de tristesse, mais d'un trop plein d'émotions. En quelques instants, on ressent au fond de soi toute l'étendue de la palette des émotions humaines, à travers une chorégraphie d'une grande lisibilité, qui déroule des scènes de groupe, des solos bouleversants, un trio d'un étonnante vitalité, et la scène finale sur " rock my soul", célèbre gospel, déclenche toujours un enthousiasme parmi les spectateurs digne d'un concert rock!

Mais il n'y a pas que ce célèbre ballet qui est à voir... il y a  aussi The River, poétique,  Cry, solo touchant, Pas de Duke et tant d'autres. Et puis sont aussi à voir les   chorégraphies d'autres chorégraphes,  comme Elisa  Monte ( treading est donné régulièrement) Donald Byrd. Depuis la mort de Ailey, c'est Judith Jamison qui dirige la compagnie...

 

 

La rencontre :

En fait, j'ai découvert Alvin Ailey là aussi grâce à la télévision. Je suis tombée un jour par hasard sur une émission qui lui était consacrée, je me suis mise à danser dans mon salon, tant la danse et le sentiment qui s'en dégageait étaient communicatifs, et tout à coup, je me suis dit : "Voilà, c'est ainsi que j'aime la danse! Elle célèbre la vie, même dans ses moments les plus sombres..."

Surtout ne les manquez pas!!!!

 


 

A venir  dans la rubrique chorégraphe :

Portrait de Alvin Ailey

 


 

Les étés de la danse : informations sur le site :

http://www.lesetesdeladanse.com/

 


 

 

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22 mai 2006 1 22 /05 /mai /2006 07:53

 

Qu'est ce que la danse kalbeya?

C'est l'une des danses les plus mystérieuses, fascinantes et envoûtantes que j'ai découverte tout récemment, grâce à Simona Jovic, danseuse rom.

 

D'où vient t'elle?

Du désert du Thar, qui est l'un des grands déserts du monde, situé dans le Nord de l'Inde, au Rajasthan. Le Pakistan n'est pas loin, et musicalement, je m'en suis tout de suite rendue compte en écoutant la musique.

Dans ce désert, vit la caste des Kalbeyas, qui est  celle des magiciens et des charmeurs de serpent. Non, non, nous ne sommes pas dans le tombeau Hindou de Fritz Lang, et la danse n'a rien à voir avec celle de Debra Paget, même si il y a un point commun, le cobra!

Au son du pungi, sorte de clarinette au corps rond, le cobra sort de son panier. A ce moment, la danseuse danse en décrivant sur le sol un grand cercle qui sera le domaine du cobra. Sa robe est noire, sa jupe très vaste, elle porte parfois des pantalons dessous, et a des sonnailles à ses chevilles pour bien marquer la structure binaire de la musique.

A partir de là, elle va improviser,comme c'est le cas pour toutes les danses et les musiques rom.

 


 

Rom?

 

Oui, gyspsy, tziganes, ghawazee... ils viendraient tous de là, de cet endroit du monde, du désert du Thar... quelques siècles avant JC, il semblerait que certains aient déjà quitté le Rajasthan et soient partis vers les plateaux iraniens, la Turquie. Mais c'est au 13ème siècle que leur exode va commencer, car ils sont chassés... ils partiront pour un long voyage, un long exil, et emporteront avec eux leurs musiques, leurs danses, qui, au cours de leur rencontre, s'enrichiront de ce qu'ils trouveront en chemin... c'est ainsi que vont naître toutes les musiques et danses tziganes, qu'elles soient turques, egyptiennes, d'Europe de l'Est, Russe, Espagnole... chacune, bien sûr, ayant développé au fil du temps ses caractéristiques propres. C'est par la musique et par la danse, par leur sens de l'improvisation que ces peuples rom ont gardé leur identité. Mais la source est commune:

 


 

Le Style

 

 

D'ailleurs, ce qui fut fascinant pendant le stage que je fis avec Simona Jovic, fut de retrouver beaucoup d'éléments qui appartiennent aujourd'hui au flamenco, aux danses tziganes : comme les accents d'épaules, les accents avec la tête, les petits accents avec les poignets, de multiples détails qui font la saveur de ces danses, car si le vocabulaire est commun, la façon de le prononcer change considérablement d'un endroit géographique à l'autre! Ainsi les mouvements sont plus ou moins marqués, exécutés sur des tempi qui changent, et bien évidemment, les instruments ne sont pas les mêmes non plus d'un pays à l'autre.  Les accents de hanche, communs à beaucoup de danses rom, sont   très vifs, très marqués, dans la danse kalbeya  et ils  s'accompagnent souvent de jeux de bras, de mains : tout est en mouvement. Mais au delà de la grande liberté des mouvements, le style est très défini par une multitudes de détails qui font toute la différence et qui, mal exécuté, font perdre le sens de la danse elle même.

Il fut tout aussi savoureux de retrouver des éléments qui appartiennent aux danses indiennes du Nord, comme le kathak : les danseuses  très souples, exécutent des cambrés impressionnants pour attraper avec leurs bouches ou même leurs paupières, toutes sortes de petits objets posés sur le sol. La position des doigts en "lotus"  est commune aux danses indiennes, mais la où le barahta natyam est très géométrique, très posé, très contrôlé, la danse kalbeya, elle,  a un côté complètement exubérant, vif, libre, joyeux, spontané, lancé dans l'énergie. Les sonnailles aux chevilles sont communs aux danses indiennes aussi.   De même que les tours qu'on retrouve non plus en baratha natyam, mais dans les danses kathak : les danseuses kalbeya ou Sapera ( qui veut dire serpent) les utilisent beaucoup en tournant longtemps sur place ce qui est très envoûtant. Elles peuvent ou non incliner la position de leur buste, jouer avec les bras, et marquer les accents par des gestes du poignets, des mains. Et leurs grandes jupes, leurs voiles délicats sur leur tête tournent avec elles. 

Ces danseuses dansent aussi beaucoup au sol, sur les genoux, et elles exécutent des mouvements de hanches, d'épaules, montrent leur souplesse.

 


 

 

 

 

 

Improvisation et transmission

 

Rien n'est structuré, rien n'est préparé, et la danse kalbeya est l'une des danses les plus vives que je connaisse. Visuellement, elle a quelque chose de très mystérieux, comme si les danseuses, par leur danse, lançaient des charmes, ou se livraient à quelques rites magiques.

La transmission, comme c'est le cas pour toutes les danses de cultures rom, se fait de père en fils, pour la musique, de mère en fille pour la danse. On regarde les grands, on imite, on apprend.

Si la transmission orale cesse, si la raison d'être de cette caste disparait, toute la culture mourra du coup elle aussi. On dit que cette caste kalbeay divertissaient autrefois les Princes. Itinérants, ils voyageaient et lorsqu'ils s'arrêtaient quelque part, ils montraient leurs tours, leurs serpents et leurs danseuses, un peu comme nos ménestrels, nos montreurs d'ours du moyen Age.

Aujourd'hui, ils se produisent dans les grands festivals qui sont donnés au Rajasthan et aussi pour les touristes. Ainsi, existe le risque qu'au fil du temps toute cette culture disparaisse ou se perde, ou même change... le pire peut être, serait le phénomène d'aculturation qui a touché déjà tant de pays...

 


 

 

 

 

 

S'initier soi même!

 

Ce qui est fabuleux lorsque l'on s'initie soi même à une danse, c'est qu'on la vit de l'intérieur et que tout de suite, on la comprend mieux puisque c'est le corps qui est sollicité et pas seulement l'esprit.

J'ai donc fait pendant ces quatres heures un long voyage qui m'a emportée beaucoup plus loin que d'habitude car cet univers m'était étranger, même si musicalement, j'ai trouvé bien des points communs avec la musique qawali.

je remercie vivement Simona Jovic qui sait rendre accessibles, vivantes, passionnantes toutes ces danses du peuple rom.

J'attends avec impatience le prochain stage!!!!

 

 


 

A lire aussi sur ce blog

Simona Jovic

site : http://www.simonajovic.com/

 

 

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19 mai 2006 5 19 /05 /mai /2006 20:29

 Et oui, j'aime Béjart!!! Et pourtant, mon amour pour lui n'est pas né le jour de notre rencontre! Je m'en souviens encore... je faisais de la danse classique depuis quelques temps et on m'avait offert un livre de danse où il y avait des photos du Sacre du Printemps... mon Dieu, ces corps trapus,   dansant pieds plats ( sans pointes) en académique, ( justeaucorps et collants non seyants au lieu de tutus!) avec ces tresses noires mal peignées... cela   représentait pour moi le comble de la laideur... en outre, j'étais très sensible aux propos des " grandes" dans les vestiaires de mon école de danse, qui savaient tout mieux que moi et qui disaient que " Non, Béjart, ce n'est pas de la danse, ça n'a pas de sens, les danseurs se roulent par terre!"

 

Bref... j'avais une image étriquée et fausse du chorégraphe. De plus, lors de ses apparitions à la télé, son expression, la puissance de son regard qui allait vous chercher jusque sur votre chaise, me faisait peur! Impossible de voir ces grands yeux bleus, ce profil d'aigle sans trembler... Béjart me semblait détenir une vérité étrange que je n'avais nulle envie de connaître.

 


 

A cette époque, Béjart était très médiatisé et dans les années qui suivirent, mon rejet se transforma en curiosité grâce à la télévision de l'époque. Je me souviens d'une soirée où je découvris, médusée, Bakhti, parmi d'autres oeuvres... et puis bien sûr des extraits de ses films avec Jorge Donn... il y eu la Flûte Enchantée, à la télé, toujours, instrument qui servait vraiment la culture dans ces lointaines années... bref, j'oubliais les propos des " grandes" et je commençais à voir par moi même et  à avoir envie de découvrir ses oeuvres sur scène... chose impossible dans ma petite ville de Province...

 

 

 

Et puis vint enfin le jour de la recontre...  ce fut un soir, en 1982, au théâtre du Chatelet, et ma perception de la danse devait s'en trouver changée à tout jamais.  "Notre Faust" fut un choc électrique, complet, terrible, tel un coup de foudre amoureux ... non seulement pour l'oeuvre chorégraphique, mais surtout les danseurs de Béjart, Jorge Donn  et Shonach Mirk en tête. Quant à la  façon dont Béjart avait utilisé la musique! Inutile de dire que j'ai été littéralement clouée sur mon fauteuil par son audace, son sens musical, son écoute. C'est quelque chose d'immense chez lui qu'on ne remarque peut être pas immédiatement. Béjart aime la musique et la comprend d'instinct. C'est très puissant.  C'est ce qui continue de me fasciner  : la musique, la façon dont il l'entend, dont il la sculpte, dont il l'apprivoise, dont il la révèle... la si belle Messe en Si de Bach, mystique, froide, mystérieuse dialoguait fougueusement et spirituellement avec les tangos argentins violents, sensuels et déchaînés, et les deux oeuvres, au lieu de s'éclipser mutuellement, au lieu de se rejeter mutuellement,  se renforçaient tout au contraire.... elles faisaient naître l'une avec l'autre une lumière unique. Aujourd'hui, cette lumière m' éclaire encore...

 


 

Il y eu d'autres créations, des rendez vous ratés où j'ai cru l'avoir perdu ( le concours, 1789) des rendez vous où je suis ressortie en larmes ( L'histoire du soldat, musique for the life) des rendez vous où je suis ressortie pleine de vie ( Brel et Barbara, Lumière)

Il y eu des découvertes de son passé : La Flûte Enchantée, Le Mandarin Merveilleux, l'Oiseau de feu, le Sacre du printemps, le Boléro, Rumi, Sept danses grecques, Héliogalabe...

Il y eu l'émerveillement de découvrir Guillem en Sissi, impératrice anarchique...

Il y eu la fascination de voir Jérémie Bélingard dans l'une de ses dernières créations qui s'appelle Phrase de Quatuor...

Bref... j'aime Béjart!

Je vous parlerai souvent de lui...


A lire sur ce blog :

Béjart et Rumi

Béjart à l'opéra de Paris du 19 juin au 14 juillet

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18 mai 2006 4 18 /05 /mai /2006 19:55

Qui est elle? C'est Simona Jovic! Une danseuse rom qui est une de mes coups de coeur de l'année 2005! ( Mon autre coup de coeur pour Rachel Brice!) Comment l'ai-je découverte? Grâce à une annonce de ses stages sur un des nombreux forum de danse que je visite! Que proposait-elle? Un stage de danse rom d'Europe de l'Est! Qu'est ce qu'on y apprend?

A danser comme j'ai toujours aimé danser! Avec une impression de liberté, de ne faire qu'un avec la musique, souvent poignante, qui réveille des émotions très fortes en soi...

 

 

 

Lorsque j'ai découvert Simona et les danses dites tziganes d'Europe de l'Est, j'avais une toute petite expérience de la danse folklorique hongroise et russe que mon professeur de danse classique nous avait enseignée. Inutile de dire que j'adore ces musiques exubérantes, pleine d'ardeur, de vie, de flammes et de larmes. Tout l'être humain est exprimé la dedans, mais au lieu de pleurer sur son sort, sur son exil permanent, sur sa mauvaise réputation, le tzigane le danse,  le chante...

Au stage de Simona Jovic, j'ai appris les pas de bases de ces danses qui vont du sautillement et claquement de doigts à contretemps ( comme les guitare dans ces musiques qui ont souvent un rôle rythmique pour marquer les contretemps), au maniement de la jupe, du châle, au balancement des hanches... les hanches sont aussi mobiles que dans la danse orientale, mais la comparaison pour moi s'arrête là! Il y a une expressivité dans les danses tziganes qui n'a rien de décoratif, de " divertissant", de danse "seulement joyeuse", comme sont trop souvent montrées et dansées  dans les danses dites   "orientales"! Pour les danses tziganes,  l'émotion   est profonde, et on se sert de  celle que  l'on porte au fond de soi, sans tricher, et  sans forcément la montrer sur son visage. L'émotion guide la danse, mais en aucun cas, on ne se travestit, on ne joue.  Les frappes de pieds, plus légères que dans le flamenco, qui fait partie de la même famille, expriment toute une gamme de sentiments qui va de la fierté à la détresse, en passant par la simple mais forte  joie de danser ses peines et ses joies. Car, comme l'a écrit Simona dans un très bel article paru dans Passion Oriental, "c'est souvent la seule chose qui restait au peuple rom", cette liberté d'expression...

 

Simona n'enseigne et ne danse pas que les danses tziganes d'Europe de l'Est. Elle danse aussi les danses flamencos, les danses ghawazees, cocek, Kalbeya... et c'est l'une des seules actuellement à avoir apprivoisé toutes ces danses qui entretiennent de curieux liens de parenté les unes avec les autres... c'est toute une histoire que je vous raconterai bientôt!

Je dois justement faire un stage de danse Kalbeya samedi 21 mai... ainsi, j'aurai l'occasion de vous parler davantage de Simona Jovic, de cette mystérieuse danse kalbeya et aussi de vous parler du peuple rom....

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18 mai 2006 4 18 /05 /mai /2006 19:24

 

Les choses sont parfois troublantes... depuis que j'ai mis en citation de mon blog quelques lignes de Mawlana, qui n'est autre que Rumi, le créateur des derviches tourneurs, il n'est pas un jour sans que je tombe sur un article, ou n'entende une musique   qui me parle de Rumi. L'autre jour, j'allume la radio et j'entends un chant poignant qui m'était totalement familier sans pourtant que je le connaisse... c'était un chant interprété par  les derviches tourneurs...

Et puis je me suis souvenue de Rumi de Maurice Béjart que j'ai vu au Palais des sports l'année dernière. Mon Dieu, comme j'ai été émue par cette danse masculine,  si fluide,  si inspirée, si féminine et si virile tout à la fois, malgré les   jupes blanches et longues qui tournaient autour des corps des danseurs.  Cette oeuvre a été l'une de mes préférées lors de cette soirée, car Béjart, converti à l'Islam chiite, raconte que la nuit où il lut l'oeuvre de Rumi, intitulé "l'oeuvre du dedans",  sa vie changea entièrement... et cette oeuvre dégageait des vibrations très douces et puissantes tout à la fois...

Alors voilà, Rumi est entré dans ma vie, un peu à la façon des chats qui vous choisissent, sans vous en informer... et ce n'est guère étonnant...

 

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15 mai 2006 1 15 /05 /mai /2006 07:31

 

Quand en 1891 Oscar Wilde écrit en français sa pièce de théâtre en un acte "Salomé", le thème est déjà très à la mode. Avant lui, Heine, dans Atta troll, Swinburne, Mallarmé, Banville, Laforgue, se sont déjà largement inspirés du thème. Wilde cependant innove. Il retient l'idée déjà exprimée avant lui d'une Salomé qui découvre un désir violent pour Jean Baptiste qui la repousse dans sa prison :

 

 

Extrait de la pièce de Wilde :

 

" Iokanaan! Je suis amoureuse de ton corps, ton corps est blanc comme le lis d'un pré que le faucheur n'a jamais fauché! Ton corps est blanc comme les neiges qui couchent sur les montagnes de Judée! (...) il n'y a rien d'aussi blanc que ton corps! Laisse moi toucher ton corps!

- Arrière, fille de Babylone! C'est par la femme que le mal est entré dans le monde! Ne me parlez pas. Je ne veux pas t'écouter! Je n'écoute ques les paroles du seigneur!"

 

On voit que le langage de Salomé rappelle beaucoup celui de des Cantiques des cantiques, dans l'Ancien Testament.

Mais Wilde rappelle par la bouche de  Iokanaan ce qu'il en est de la femme à son époque.... c'est par elle que le mal est entré...

Salomé va t'elle se décourager?

 

 

Mais les sept voiles, alors?

 

Nous y voilà! Salomé n'est plus la douce jeune fille obéissante, qui sur l'injonction de sa mère, doit séduire Hérode. C'est elle même qui décide de danser, car son désir pour Baptiste l'a embrasée toute entière. Et elle dansera, malgré l'interdiction d'Hérodiade, sa mère. Elle demandera à ce qu'on lui amène les sept voiles. C'est la première fois que cet accessoire apparaît. Salammbô, la soeur de Salomé  suivant les propres termes de Wilde, l'a  sûrement inspiré,    notamment le chapitre intitulé " le Voile de Tanit"

Je ne me lancerai pas dans une explication psychanalitique, des centaines d'auteurs l'ont déjà fait, chacun y allant de sa projection personnelle... de son fantasme personnel. Je préfère vous livrer quelques dialogues....

 

 

 

Extrait :

Salomé : vous avez juré, Tétrarque!

Hérode : Et je n'ai jamais manqué à ma parole! (...) et bien Salomé, qu'attendez vous?

Salomé : J'attends que mes esclaves m'apportent des parfums et les sept voiles et m'otent mes sandales.

Hérode : Ah! vous allez danser pieds nus! c'est bien, c'est bien! (...) ah non, elle va danser dans le sang! il y a du sang par terre!

Hérodias: qu'est ce que cela vous fait qu'elle danse dans le sang? Vous avez bien marché dedans, vous!

(...)

Salomé : je suis prête!


 

 

 

Voilà l'intrigue. Il est étonnant de lire les critiques de l'époque et de constater qeu cette pièce suscita autant l'admiration que la critique violente. Loti aimait beaucoup l'oeuvre.

Salomé danse pour obtenir la tête de Jean Baptiste, qu'elle portera dans un long plat d'argent, comme l'Hérodiade de Heine ( il y a eu confusion entre Hérodiade et sa fille mais l'explication est aisée, puisque le nom de Salomé ne figure nulle part comme lié à la mort de Jean Baptiste). Et elle l'embrasse. De dégoût, Hérode la fait écraser par ses soldats sous leur bouclier.

C'est la fin de la pièce et la mort de Salomé, horrible, éclipse du coup celle de Jean.

 


 

En 1905, Strauss demandera à son ami Romain Rolland si l'oeuvre est écrite dans un bon français car il veut en faire un opéra. Comme pour Elektra, l'opéra sera en un acte.  Il écrira une partition pour la fameuse danse des sept voiles, qui est une musique étrange, inquiètante et violente. Les mises en scène qui se succéderont insisteront plus ou moins lourdement sur cette danse des sept voiles, jusqu'à mettre dans les années 1970 Anja Silva en resille, soutien gorge et porte jaretelle... la lecture des pièces inspirent lourdement les metteurs en scène masculins....

 

 


 

Après le scandale de l'opéra ( interdit a Vienne, entre autre) le thème de Salomé continua d'inspirer beaucoup. On dit que trois mille poèmes circulaient encore en 1900.

Un mot avant de clore pour aujourd'hui sur les illustrations de la pièce de Wilde. Lorsque celle ci fut publiée en anglais en 1894, trois ans avant le  Dracula de Storker, un autre damné, Wilde choisit un jeune auteur du nom de Aubrey Beardsley. Mais il le regretta amèrement :

 

 

Voici ce qu'écrira Wilde à ce propos : " Ma Salomé est une mystique, une soeur de Salammbô, une sainte Thérèse qui adore la lune (...) Les illustrations ressemblent aux griffonnages impretinents faits par un écolier précoce dans les marges de ses cahiers. "

Malheureusement pour Salomé, ces illustrations sont liées aujourd'hui à elle et à la pièce... 

 

 

 

 


 

 

A lire aussi  sur ce blog:

 

qui est Salomé?

Salomé : de l'histoire au mythe

Salomé et les Evangiles

 


 

a venir  sur ce blog:

extraits d'oeuvre

Salomé, Salammbô,Ishtar...

N'hésitez pas à m'écrire ou a poster sur cet article si le thème vous inspire!!!!

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