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Shabastet

  • : Danse et... danses!!!
  • : Blog sur la danse en général et l'opéra de paris en particulier rédigé par Valérie Beck, administratrice du forum danses pluriel
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Noureev

 

Danser, telle la phalène sous la lune, le pinceau du calligraphe, ou l'atome dans l'infini 

                                              

marie-taglioni-in-zephire.jpg

31 décembre 2013 2 31 /12 /décembre /2013 11:17

Le Parc – Prejlocaj

 Isabelle-Parc.JPG

 

Belle surprise que ce Parc qui ne m’avait pas convaincue en DVD et que j’ai véritablement découvert le 28 décembre dans la très belle distribution de cette matinée, avec Ciaravola/Bullion. Je ne m’attendais pas à tant de nuances de sentiments, de contrastes, et d’humour aussi.

Prejlocaj a pris le parti d’illustrer à la fois les Précieuses de la fin du 17ème siècle, et la société libertine de la fin du 18ème.

On est à mi chemin entre Roxanne et Marivaux, entre  la Princesse de Clèves et Beaumarchais.

 

Dans le premier acte, les Précieuses-Libertines, costumées comme des garçons,  revendiquent leur égalité dans le jeu du marivaudage : je t’approche, je te fais de l’œil, mais je reste la maîtresse du jeu ! Pas question de céder !

Il faut voir comme la troupe de l’opéra de Paris s’en donne à cœur joie pour installer ses chaises. On s’approche, on s’observe, on recule, on se séduit, on se dérobe, on se moque, on pouffe, puis on revient joyeusement à la charge ; le point culminant de cet acte est lorsque le jeu tourne aux chaises musicales,  qui est comme un clin d’œil à  celui de l’Amadeus de Milos Forman. Mozart aimait aussi le marivaudage, comme en témoignent certains documents, et ses soirées étaient parfois fort libertines…  peut être le choix de la musique vient-elle de là…

Dans ce climat où filles et garçons jouent à «  attrape moi si tu peux » un couple se rencontre. Le jeu cesse, l’amour s’impose. Mais va-t-on écouter son cœur ? Il y a tant de questions qui se posent : que faire de cet amour, comment le vivre, est-il possible de s’y abandonner, de lui faire confiance ?

Ciaravola et Bullion donnent beaucoup de gravité et de détresse au milieu de la joyeuse troupe qui s’amuse et batifole. Lui se rappele que l’amour fait surtout souffrir, et les anciennes blessures animent sa danse ; il ne peut ouvrir son cœur, et les cabrioles de joie où s’anime un cœur amoureux,  s’achèvent par des pas qui s’esquivent ; impossible se déclarer. Face à lui qui hésite, comment pourrait-elle s’abandonner ?  La peur est là aussi, de se perdre, peut être, d’être trahie, ou trompée. Entre ces deux là, le jeu a cessé. Isabelle donne à cette femme une fragilité extrême, une grande beauté, et une gracilité empreinte de noblesse. Bullion donne sa grande sensibilité et profondeur à ce personnage.

 

Le début de l’acte suivant  exprime en quelques minutes toute la poésie d’un groupe de femmes en grande toilette fleurie, qui étouffent sous la chaleur de la fin d’un après midi d’été. Et cette fois ci, on pense à la sieste d’Autant en emporte le vent, lorsque les demoiselles ont défait jupe et panier pour dormir dans la chaleur du Sud, tandis que Scarlett, elle, ne se déshabille pas : elle veut dire son amour à son cousin et part à sa recherche dans la maison, toute enrubannée de frou-frous et de rubans verts. Après quelques évanouissements et beaucoup de rire, jupes et paniers sont abandonnés et il ne reste que le corset et la chemise.

 

Le-Parc-0002.jpg                       Photo Michel Lidvac

 

 

La belle jeune femme arrive, dans son immense robe rouge : la passion qui couve, mais les mètres de tissus et le large panier permettent une protection : l’amour est mis à distance  et la jeune femme se protège dans sa robe-abri. Tandis que les autres jeunes femmes   s’adonnent à quelques caresses et baisers sous la frondaison des arbres  après avoir couru en tous sens  dans le parc, poursuivies par les garçons et sans céder trop vite,  la jeune femme et le garçon hésitent.

A la fin de l’acte, la jeune femme ne cède pas, elle porte toujours sa jupe et son corset, et bien qu’elle soit submergée par son amour, et prête à céder, elle questionne le jeune homme. Ciaravola est  toute en fragilité  face Bullion tout en blessures ; il n’est pas un de ses libertins aguerris, beau parleur, prêt à tout pour arriver à son but.  Il est maladroit, emprunté, un peu gauche, peu sûr de lui,  et tout empli d’une sensibilité qui lui retire l’audace et la bravoure.  On est face à deux êtres que la vie a blessés.  Il est surprenant de voir comme ces deux artistes règlent leur duo comme le feraient deux acteurs ; sans mot, on peut pour ainsi dire suivre leur dialogue, et toute la nuance de leurs sentiments, de leurs questions, et même de ce qu’ils ne se disent pas, de ce qu’ils ne s’avouent pas. Les regards, les expressions du visage, les gestes les plus humbles expriment toute une palette de sentiments et d’émotions. C’est tout en finesse, en sensibilité, en retenue et d’une profondeur presque vertigineuse.

 

Dans le troisième acte, la nuit est tombée ; c’est sous un ciel plein d’étoiles que triomphent les libertins sur les jeunes filles qui ont cédé et le regrettent.  Plus de pantalons, plus d’égalité,  plus de robes fleuries non plus, les fleurs sont fanées ; plus de corsets féminins, mais des jupons de tulle noir, des jupes de deuil, dont tout à l’heure, elles revêtiront leur visage et où elles cacheront leurs larmes. L’amour  est consumé/consommé : c’est le temps des larmes, de la désillusion. Les garçons les emportent sans plus de manière, en les hissant sur leurs épaules comme des sacs. Adieu joyeux marivaudage !

Cette petite tragédie qui laisse les libertins tout bondissants s’achève  sur l’ultime face à face où l’amour véritable triomphera – au moins pour ce soir là – entre la jeune femme en rouge, et le garçon au gilet à  fleurs. Les jardiniers retirent l’un après l’autre les vêtements de la jeune femme ;  elle baisse ses armes : c’est une mise à nu de l’âme. Face à elle, le garçon se met à nu aussi.

Prejlocaj fait triompher après les jeux et les larmes un amour sincère, profond, qui tourbillonne. Ciaravola et Bullion ont su donner des accents de sincérité et de candeur désarmantes à ce dernier pas de deux… on se prend à espérer qu’ils seront heureux ensemble, et que cet envol est aussi celui de leurs âmes réunies…

 

Côté danseurs, je les salue ici tous avec enthousiasme, et notamment Yann Saiz – des dons de comique que je ne lui soupçonnais pas - et la si gracieuse Galloni ! Mais tous excellaient à commencer par :

Les-jardiniers.JPGLes quatre jardiniers  - Valastro, Bodet, Couver, Gaillard - étaient réglés comme du papier à musique !

Le reste de la troupe a créé une connivence entre eux fantastique pour le plus grand bonheur de nos yeux émerveillés ! –

Les demoiselles: Bance, Granier, Kamionka, Laffon, Robert, Westermann, Hilaire, Galloni 

Les Messieurs :   Charlot, Renaud, Saïz, Bertaud, Demol, Gasse, Leroux.

 

corps-ballet.JPG

 

  la troupe, parfaite!

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26 décembre 2013 4 26 /12 /décembre /2013 09:37

 

Cet artiste qui est resté longtemps éloigné de la scène est l'un des grands joyaux de l'opéra de Paris. Je dois le voir dans le rôle du prince Désiré dans une dizaine de jours.

La première fois que je l'ai vu, c'était dans un hideux ballet de McGregor. Il entre en scène, mon souffle se coupe. Non seulement sa danse est onctueuse, virtuose, enlevée, vivante, mais surtout, une vraie personnalité se dessine en scène;  ensuite, je n'ai pu le voir qu'en vidéo, sauf dans la Dame aux Camélias, où il incarnait Lescaut. Une danse toujours à couper le souffle, tant pour la beauté quasi spirituelle qui en émanait que pour la sensibilité de l'interprétation de ce personnage.

 

Mais voyez plutôt par vous même : un internaute a eu la bonne idée de publier sur youtube le long et magnifique solo du Prince Désiré, qui a tout pour être heureux mais qui, tel un Harold child, aspire à autre chose. 

 

Dans ce solo qui exalhe un ennui pré-romantique,  - une Sehnsucht puissante et mélancolique -  Noureev a mis non seulement les pas qu'il affectionnait particulièrement mais aussi son âme slave. Chaque lever de bras, détourné, petits pas qui s'enchaînent a un sens.  Chaque saut est un bondissement de l'âme, une quête vers l'inaccessible. Noureev ne mettait pas des pas " pour faire joli" et encore moins pour mettre sa virtuosité en lumière - dans les années 70 elle n'était déjà plus celle qu'elle avait été dans les années 1960 - mais pour exprimer le mal de vivre du Prince.

 

Mais Désiré n'est pas  Siegfried, qui veut fuir la réalité du monde, comme Louis II de Bavière le faisait près de son Lac. Désiré aspire à trouver un sens à sa vie,  et il cherche aussi l'amour.

 

La variation commence par une série de doutes, de questionnements, de silences, avec la figure de l'arabesque fouettée avec changement de bras; puis elle continue avec l'expression d'affirmations sur le non-sens d'une vie de rêve mais creuse. Et enfin, surgit la quête elle même, et aussi la mise à nu de tout ce qu'est le Prince Désiré. Le feu intérieur, la passion, la quête d'un idéal culminent au milieu de la variation : l'aspiration est là, toute entière.... reviennent ensuite les questions, les doutes du début - 3:00 -  mais l'espoir pointe.

la variation s'achève, après une série de petits pas sautillés dans le sol et petite batterie - sur la série de double tours assemblés - 5:00- et une dernière interrogation mêlée d'espoir

 

C'est un alto  qui déroule sa longue mélodie -pas aussi pleureur que le violoncelle, mais plus apte que le violon à exprimer l'âme humaine pour ce passage précis.

 

Noureev aimait Shakespeare et sans doute a t'il pensé à Hamlet en composant ce long solo-monologue du Prince.

 

A présent, regardez Mathias Heymann.... c'est pur, c'est virtuose, mais surtout, c'est profond...

 

J'ai le souvenir dans ce type de rôle d'une émotion semblable : Mathieu Ganio en Drosselmeyer il y a quelques hivers; et N. Leriche en Siegfried il y a plus de dix ans. Simple, sobre, dans un don total d'eux mêmes.

 

 


 

 

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22 décembre 2013 7 22 /12 /décembre /2013 10:21

 

 Belle-21-decembre.JPG

 

 

 

 

albisson-magnenet.JPGQuelques mots sur cette Belle au bois dormant vue en matinée le 21 décembre

  Albisson, excellente technicienne, aux qualités de danse évidentes - superbe placement, ballon, jolis bras - a pour l'instant une personnalité artistique qui manque de maturité.  Certes, elle n'a que 24 ans et une telle maîtrise technique a son âge est plutôt de bon augure. Il faut espérer qu'elle trouvera sur sa route des aînées pour l'aider à mûrir et comprendre ses rôles; sinon, l'opéra aura en elle une belle technicienne mais pas une artiste.

 

A ces côtés, Magnenet a eu quelques jolis moments ; mais il est resté sage tout du long, privilégiant une danse la plus propre possible à l'interprétation d'un personnage; sa ligne est belle, il a plus d’assurance qu’il y a quelques temps, il a du ballon,  l’élévation des sauts est là,  - c’était visible dans la variation de la Chasse, plutôt réussie -  et les tours sont très agréables à l’œil.

Il est dommage que ses pieds semblent sans force, ce qui fait que l’énergie ne va jamais jusqu’au bout des mouvements.  S’il était libéré de ce souci technique, - n'y a t'il donc personne à l'opéra pour le faire progresser sur ce point? -  il pourrait sans doute artistiquement donner plus, car le potentiel est bien là. Il y a plus d’abandon dans sa danse qu’il y a quelques temps ; il a mûri.

 

 

Le ballet, heureusement,  propose une multitude de petits rôles tous plus adorables les uns que les autres ce qui fait qu'on se console un peu d'un couple un peu décevant par rapport à l'histoire qu'ils doivent endosser et faire partager. Parlons en un peu en détail.


 

Carabosse-et-Lilas.JPG 

 

 

A commencer par Carabosse, à laquelle Sabrina Mallen qui porte magnifiquement bien le somptueux

costume noir et violet,  pourrait donner encore plus de férocité ; face à elle, la poétique, douce mais libertaire fée des Lilas de  Marie-Solène Boullet fait preuve d'une autorité naturelle.

Les fées, merveilleusement ensemble, n’ont pas  toutes brillé de la même façon seules en scène ;   la 3ème fée d' Emilie Hasboun était plus en retrait que les autres et pourtant, Emilie a  étincelé dans les Pierres Précieuses, tout comme  Laure Adélaide Boucaud et Fanny Gorse.

Cette même Fanny Gorse danse l’ingrate variation de la fée Violente (en rouge) avec ce qu’il faut de violence, précisément. Elle y montre un tempérament passionné et dose savament passion et élégance. Du grand art. Les arrêts brusques, les index tendus, les décalés du buste, le tempérement bouillonant de la fée est bien là, mais sa poésie aussi.

La jolie  fée canari de Marion Barbeau, vive et mutine à souhait – ses bras pourraient être encore plus précis – et celles de  Léonore Baulac ainsi que  Jennifer Visocchi, adorables dans leurs pas de deux complétaient ce tableau des fées, auquel il manque la 6ème : Valentine Colosante. Sa danse manquait de moelleux et de douceur. Mais   elle a  remplacé au pied levé Laura Hecquet, ce qui peut expliquer cela. En outre, les manches ballons de son costume  remontent trop quand elle lève les bras.

 

La première fée, Bourdon, danse une variation qui ne met pas en valeur ses qualités.

 

 Catalabutte – Pascal Aubin –  nous fait éprouver tour à tour le mépris dû aux faibles et la compassion pour ceux totalement dévoués à leur maître  et près à tout pour les servir. La Reine - Christine Peltzer-   pleine de douceur, d’amour  et de pardon est flanquée d’un mollasson de mari, Florent Mélac, plus louis XVI que Louis XIV. Le pauvre homme ne  sait jamais quoi faire, ni quelle décision prendre et reste souvent empoté  pendant que les autres règlent les problèmes à sa place !

  Les chevaliers du premier acte et les amies d’Aurore débordent de vie et d'enthousiasme.

 A la fin du premier acte, on se prend de pitié pour les trois fileuses – Mélissa Patriarche, Chloé Reveillon et Alizée Sicre

 

Au second acte, les chasseresses et les chasseurs, costumés à la  Watteau  - 100 ans ont passé - évoluent sur fond de ruines. La végétation luxuriante a envahi  les cintres –  et dans ce décor de rêve,  les Dryades évoluent avec légèreté,  grâce, et  poésie. Dommage que le jupon de leur tutu,  soit un peu trop volumineux au niveau des hanches, réduisant  de ce fait leur taille.

 

 

Pour le mariage, l’Or de Cyril Mitilian, aux belles lignes, à la danse moelleuse et  sans raideur, et le Diamant de Aurélia Bellet illuminent la scène.


 

oiseau-bleu.JPGL’oiseau Bleu de Marc Moreau,   un peu trop bondissant lors de son entrée, prend magnifiquement son envol par la suite !

Charline Giezendanner/Florine n'écoute pas vraiment l'Oiseau Bleu ; les petits sauts 4ème attitude sont décalés, les poignets manquent de préciosité.  Ceci est largement compensé par son charisme.

Le duo Florine/Oiseau semble  animé par un seul et même souffle : superbe !

 

 

 

 

 

 

Les deux chats minaudent, se câlinent et se taquinent– Lydie Vareiles et Axel Ibot – pour le plus grand plaisir du public.

les-deux-chats.JPG

 

 

 

 

 

La polonaise et le finale sont enlevés avec bonne humeur et enthousiasme.

 

Pendant les saluts, mon regard était toujours ramené vers Charline, tellement radieuse et lumineuse !

Aurore était plutôt un crépuscule….

 

 

Bref, un beau moment de danse, auquel il manquait cependant de l'émotion comme j'ai pu en voir lors de représentations passées. Je regrette un peu les artistes d'antan. Pontois, pour ne pas la nommer, merveilleuse princesse Aurore,  Fanny Fiat, Céline Talon, Laurent Hilaire... Il m'a manqué la chaleur de ces représentations passées qu'on croit avoir oubliées mais qui hantent sitôt qu'on est confronté à quelque chose de très bien mais d'où l'émotion est absente.

 

 

 

 

 

 

Le mot de la fin :

 

Placée côté cuivres, il est impossible d’entendre les cordes et les bois qui semblent presque en décalage. C’est très déséquilibré ! Qu’est ce que l’orchestre sonne mal de ce côté ! Alors on entend très disctinctement les «  poum, poum poum » du tuba et pas du tout les violons

C'était affreux surtout sur la variation d’Aurore au 3ème acte.

 

Les roses : pourquoi ces affreuses roses jaunes aux horribles pétales mollassons ?

 

Pourquoi Aurore ne jette t’elle plus les roses la seconde fois pour dire «  non, je ne veux pas des prétendants que vous voulez m’imposer, c’est mon cœur qui choisira ? »

 

Et enfin, pourquoi des maquillages si sages ?

 

Où est le bout noir du museau des chats  et leurs moustaches? Les maquillages sont tellement sages que même placé  très près, c’est terriblement fade. Au fond du second balcon, on ne doit rien voir du tout!

 

Enfin, bravo à tous les artistes qui semblaient heureux sur scène !

 Et rendez vous le 4 janvier pour la Belle avec Heymann/Ould Braham !!!  J'espère que l'émotion sera au rendez vous!

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20 décembre 2013 5 20 /12 /décembre /2013 20:43

 

Et voilà  : la nouvelle est tombée

Comme toujours en cette période de l'année, les nominations arrivent!

 

Cette année, c'est au tour d'Alice Renavand d'être nommée au titre suprême de l'opéra de Paris ce soir même, dans une représentation du Parc. Cette nomination était dans l'air depuis quelques mois déjà. On en avait parlé l'an passé pour Kitri, puis lors de Kaguyaguime  où c'était presque sûr... mais c'est donc sur l'oeuvre de Prejlocaj que ce titre lui a été  officiellement remis  ce soir.

 

 

En suis-je heureuse?

 

Oui, et non!

 

Oui, parce que Alice, ce fut une rencontre  inoubliable dans le corps de ballet.

Lorsque je l'ai repérée sur scène  la première fois,  noyée dans la Sylphide au milieu d'autres danseuses comme elles, j'avais eu un vrai coup de coeur pour ce qu'elle dégageait déjà à l'époque, c'est à dire sa poésie, son lyrisme, son ultra féminité.

 

Sur le forum dans lequel j'écrivais alors -, chacun devait  dire de qui il aimerait être le petit père ou la petite mère s'il était étoile-  j'avais écrit   sans l'ombre d'une hésitation " Alice Renavand"

 

C'était il y a plus de dix ans...

 

Mais hélàs,  Alice, comme beaucoup d'autres étoiles, est nommée  sur le tard; elle ne pourra pas aborder véritablement les grands classiques; elle a montré ses limités l'an passé dans Kitri;  je m'étais déplacée exprès pour la voir danser, auprès de François Alu. Et si j'avais beaucoup aimé son personnage, j'avais été un peu déçue par sa performance purement technique.


Il y a donc fort à parier qu'elle continuera à danser surtout du contemporain dans lequel elle excelle... ce sera donc encore une très belle étoile " contemporaine" qu'on ne verra pas dans le Lac, ou la Belle  - elle n'a d'ailleurs pas abordé le rôle cette année -  ni   même Giselle.

  Je ne l'ai jamais vue non plus aborder les rôles néo classiques - comme Tatiana ou Marguerite, et d'ailleurs ne l'imagine pas vraiment dans ces rôles...

 

Dame BL par cette ( ultime?) nomination réaffirme à la barbe du futur directeur sa GRANDE préférence pour le contemporain et lui  fait un beau pied de nez....

 

Alice aurait pu continuer à être une très belle première danseuse, comme autrefois Karine Averty, et comme aurait pu continuer à l'être Eleonora Abbagnato.... 

 

La question que je me pose à présent c'est à quoi ressembleront les nominations d'étoile une fois Millepied à la tête de l'opéra

 

Pour en revenir à Alice, les derniers rôles où elle m'a profondément marquée sont :

 

La femme aux côtés de Nicolas Leriche dans Appartement - ils étaient bouleversants!

 

Le songe de Médée : Créüse, vraiment étonnante de beauté et de sensualité! 

 

L'une des soeurs de Cendrillon, où elle a affirmé un tempérament de clown inconnu jusqu'àlors! Elle en faisait " des tonnes" mais c'était vraiment drôle!

 

En femme de Siddharta, terriblement envoûtante et sensuelle

 

Et puis en partisane, dans l'oiseau de feu,  De Béjart, ou dans le Mandarin Merveilleux,  dans le corps de ballet dans Nosfératu, dans Hurlevent, chez les Linton

 

Son grand atout est sa beauté, sa féminité, et sa grande sensualité qui donne à ses mouvements une rondeur, une douceur magnifiques. Sa personnalité est atypique, tout comme son physique. Elle ressemble un peu à un chat, avec ses yeux étirés. 

 

Elle aussi être poignante, comme dans Appartement aux côtés de Leriche, où elle m'avait tirée les larmes par sa puissance expressive, et surtout, par quelque chose d'inattendu chez elle : le don d'elle même. Cette artiste est capable d'un don total d'elle même et cette qualité se raréfie ses derniers temps à l'opéra de Paris.

J'espère pouvoir la découvrir dans un répertoire dans lequel je ne l'ai encore jamais vu, où elle pourra explorer des facettes artistiques d'elle même encore inexploitées.

Comme Abbagnato, c'est une véritable artiste avec une vraie personnalité.

 

Souhaitons lui une beau parcours d'étoile, car elle a 33 ans, et portera donc ce titre une dizaine d'années encore.

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15 décembre 2013 7 15 /12 /décembre /2013 08:57

la_belle_au_bois_dormant.jpgJe viens de regarder le " digest" de cette Belle au bois et au vue des critiques que j'avais lues  autant sur les ratés de Ganio que sur le stress d'Abbagnato, je m'attendais à quelque chose d'assez difficile à regarder

 

Quelle n'a pas été ma surprise!

 

J'ai vu une Aurore idéalement interprêtée, toute en délicatesse, en retenue, mais aussi avec beaucoup de tempérament- Abbagnato utilise la grande fluidité de ses bras, ses épaules et son cou pour exprimer toute une palette de sentiments. Elle est vivante, humaine et princesse à la fois; la composition de son Aurore est très réussie. Dans le montage montré à la télé, son Aurore affirme une belle technique.  Les sauts sont extrêmement légers, les piétinés ciselés,  et tout l'adage à la rose a un souffle qui ne retombe jamais. Son entrée est vive, légère, avec des sauts de chats incisifs et primesautiers, comme on en aime à les voir dans cette entrée.

 

Pour l'adage à la rose, on lui repproche son peu  d'amplitude dans les développés secondes? Pontois ne les avait pas non plus! Il n'empêche quelle mène ce difficile adage jusqu'au bout, sans perdre un seul instant son personnage : courtoise, certes, avec les 4 princes, mais déterminée! Aimable, bien sûr, mais sans pour autant se laisser impressionner...

 

J'ai particulièrement aimé sa variation du 3ème acte : idéalement danseé pour moi! c'est exactement ce genre d'interprétation que je rêvais de voir, et Abbagnato associe à une grande préciosité beaucoup d'élégance, de jeunesse et de fraîcheur!

Elle s'y montre extrêment musicale; elle a une façon de faire les petits retirés du début avec ce quelque chose qui montre à la fois sa délicatesse, son statut de princesse, mais aussi son caractère bien trempé.  Le passage avec le mouvement des avant bras et le pied arrière qui glisse au sol est magnifique, alors que chez bien des danseuses il est ridicule!

 

Quand à Matthieu Ganio, quel beau Prince! Elegance, grande amplitude dans les sauts, ligne superbe qui convient parfaitement bien à ce style de danse et de rôle

Alors oui, il ne ferme pas ses 5ème après les doubles tours ou assemblés? Il rattrape ses petits manques par une poésie et une âme que je préfère mille fois voir à une interprétation propre mais sans coeur

Dommage que la télé n'ait pas proposé la grande variation de l'acte 2 écrite par Noureev

 

Je  profite donc de ce  blog pour saluer leur interprétation et les remercier de ce grand moment de poésie. Les mots qui  décrivent ce que je viens de voir sont : poésie, sensibilité, âme et fraîcheur...

 

 

Tout comme je salue aussi le poétique et miraculeux pas de deux de l'Oiseau Bleu, avec Heymann et Ould Braham

Une perfection!!!!

 

Pour ma part je verrai la distribution Albisson/Magnenet  puis Ould Braham/Heymann

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13 novembre 2013 3 13 /11 /novembre /2013 07:49

 

 

Au moins trois  raisons, non quatre! d’être contente de sa venue !

 

Raison numéro : son nom !

 

537641879 danse benjamin millepied presente une creationAprès Petipa en Russie, Millepied à Paris, c’est savoureux quand même ? Bon, il ne vient pas en tant que chorégraphe mais directeur de la danse, une nuance de taille, mais déjà son nom est un gage de bonne-humeur ! J’entends déjà les blagues circuler dans les couloirs de l’opéra : les danseurs viendront travailler le sourire aux lèvres !

Un tel nombre de pieds est sans doute le signe d’un caractère affable, courtois, joyeux ! En plus, cela lui sera très pratique pour courir d’un étage à un autre, d’un opéra à l’autre !

 

 

La seconde : la Belle Nathalie : elle va vivre une grande partie de son temps à Paris et en est ravie et nous aussi ! Ah, on peut penser ce qu’on veut de Black Swan, n’empêche, elle y était bouleversante… la danse aime vraiment Nathalie : un rôle de danseuse, un mari  danseur… donc nous aussi, on l’aime !

 

La troisième, plus sérieusement, est que le monsieur vient de remettre des videos de sa jeunesse, et c’est de bonne augure : légèreté, précision technique, présence… oui, c’est un vrai danseur qui nous arrive et  qui s’est plus que frotté à la technique classique. Il ne crachera donc pas sur elle, ni ne la méprisera. On peut aller jusqu’à rêver qu’il ne se servira pas du répertoire  classique comme d’une vache à lait pour produire de hideux spectacles contemporains, mais bien pour mettre en valeur la compagnie toute entière, des danseurs étoiles en tête  (et même ceux qui ne dansent plus de classique) …. Jusqu’aux quadrilles ! Allez hop, tout le monde s’y met, s’il vous plaît !

 

La dernière raison est que un peu d’oxygène dans les murs de l’opéra de Paris après le rideau de fer, ma foi, ça ne peut être que bénéfique à la compagnie  de danse.

 

Hilaire, s’il avait pris la suite,  aurait sans doute  continué  la même politique de danse qu’aujourd’hui

Leriche comme Legris connaissent très bien les danseurs, trop peut être.  Ils ont tous les deux fait leur classe à l’opéra, et ont côtoyé la compagnie pendant de longues années.

 

Millepied, lui, débarque d’Amérique, même s’il a fait ses classes à Bordeaux ; il n’a pas dansé avec les plus mauvais,  - Robbins en tête  et Balanchine- Il fut danseur étoile du NY city Ballet.  

Il aura donc  un regard neuf, un regard frais  sur la compagnie, et sans doute aussi admiratif devant l’excellence de la troupe sur le plan technique! De quoi rebooster le moral des troupes !

Comme la compagnie (moyenne d’âge 25 ans), il est jeune (36 ans), et on sait que jeunesse et enthousiasme vont souvent de pair.

Les danseurs, pour la première fois depuis longtemps, auront l’impression que tout le monde a à nouveau ses chances, est à égalité. Avant que clan et chouchous ne surgissent – ce qui ne sera pas forcément le cas – il y aura un temps neutre, où les pendules seront remises à zéro.

De quoi redonner un peu d’ardeur à une compagnie qui a montré plus d’une fois des signes de lassitude…

Pendant les premiers temps, au moins, tout le monde «  y croira » à nouveau

 

Millepied, l’homme du renouveau : ma foi, ça me plaît !  Je lui souhaite en tous cas beaucoup de courage avec la paperasserie française qui en a fatigué plus d’un avant lui ! Espérons que comme Noureev, il saura faire avec, passera par-dessus les contraintes si «  françaises »  et donnera le meilleur à une compagnie que j’aime de tout mon cœur.

 

 

 


 
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11 novembre 2013 1 11 /11 /novembre /2013 09:56

 

 

 

J’avais pris des places pour deux raisons ; la première, pour voir Nicolas Leriche que je n’ai pas vu depuis Rendez vous ou Appartement, car ces 8 dernières années, j’ai joué de malchance quand aux grands Noureev : blessure, ou partenaire blessée, ou grève… (Le Lac, Casse Noisette, Le Prince de Cendrillon…)

Comme Nicolas termine sa carrière à l’opéra cette année, l’occasion était trop belle de le revoir une fois encore. Il aura durablement marqué mes 15 dernières années de spectatrice…

La seconde, est que je suis très sensible à l’esthétique et l’univers de Teshigawara.

C’est une histoire de coup de foudre. Elle a commencé avec Air, créé pour l’opéra de Paris en 2003 ;  alors que les trois quarts des spectateurs criaient à la fumisterie chorégraphique, j’étais complètement envoûtée par le travail sur l’air précisément qui était fait dans cette œuvre, où les corps comme dématérialisés semblaient se mouvoir en apesanteur. Une intense poésie se dégageait de l’ensemble ; Miteki Kudo, irréelle, était comme l’écume, ou comme un nuage qui  bouge, prend et change de forme au gré du vent, une simple petite brise la plupart du temps, comme le  zéphir de l’été.

Quand à Jérémie Belingard qui participait déjà à cette création, il était à la fois un concentré d’énergie toute intériorisée, de douceur, de fluidité, et d’intensité, parvenant sans peine à superposer plusieurs états en un seul et à les faire ressentir au spectateur.

A la fin du spectacle, les pensées avaient changé, comme si le mental avait trouvé une telle source de saveur, que nourrit, il s’était apaisé…

 

Teshigawara, artiste atypique, n’a pas fait de la danse son art favori ; il l’envisage comme un plasticien et traite à égalité la bande-son, les éclairages, les costumes, les poèmes, le dispositif scénique. Il a une conception globale de son ouvrage où le mouvement s’intègre à tout le reste, n'en est qu'un des composants.  

 

Ma deuxième rencontre se fit grâce à Arte qui diffusait Absolute zéro exécuté par le chorégraphe lui-même et sa partenaire d’alors. J’ai tout de suite adhéré à l’espace scénique blanc et noir, à l’économie du geste entièrement intériorisé mais qui en se déroulant donne à sentir tout un univers, à la justesse du mouvement. On a l'impression d'assister à quelque chose de sacré.  

 

Pourtant, Teshigawara le dit lui-même : il n’y a rien de spirituel dans son travail.    

 

Darkness is hiding black horses

 

Avant de venir à l’opéra dimanche, je n’avais assisté ni à la répétition publique, ni lu les nombreuses interwiew ou autres qu’on trouve ici et là et qui bien souvent me donnent la migraine plus qu’autre chose. C’est donc en ne sachant presque rien de l’œuvre que je me suis retrouvée dans la salle.

 

Une œuvre en mouvement

 

Il faut savoir qu’à l’origine, cette œuvre devait être une création pour quatre danseurs – Dupont – Gillot- Bélingard- Leriche

Gillot ne fait pas sa saison pour l’instant à l’opéra de Paris,  il ne restait donc que trois danseurs, ce qui ne posait aucun problème au chorégraphe. Ce trio est devenu un duo hier, car Leriche, visiblement blessé depuis jeudi dernier, devait être remplacé par Marc Moreau, qui s’est blessé  à son tour, quelques heures avant de monter sur scène. Dupont et Bélingard ont quand même voulu donner la représentation et je les en remercie du fond du cœur.

 

J’ai assisté hier à une œuvre à l’esthétique parfaite, pleine d’émotion. Rien de révolutionnaire, non. Du blanc, et du noir, un espace où surgissent parfois des vapeurs de fumée verticale et qui quadrillent, délimitent, morcellent l’espace, suivant.

Une bande-son emplie de bruits de nature, ou de sons plus angoissants… bref, des choses déjà utilisées ailleurs.

 

Alors ? Et bien, tout cela a fait naître un poème d’une intense douleur emplie d’espoir. Tout commence avec Aurélie Dupont, qui, debout dans un espace noir, tente de faire naître un peu de lumière. L’espace scénique est envoûtant : Teshigawara donne au noir une texture et une profondeur. C’est un noir d’encre, un noir de sèche, épais, qui engloutit tout à l’entour ; et la frêle Aurélie se tient là, droite, fragile, prête à disparaître et pourtant, bien décidée à diffuser, à irradier la lumière qu’elle est. Elle lève timidement les bras, elle ouvre l'espace.

Quand Jérémie Bélingard la rejoint, on assiste, hypnotisé, à une danse où le corps s’étire  à l’infini, jusqu’au bout des ténèbres comme pour les repousser, ou au contraire se contracte  en un point infime, pour leur échapper. La lumière  l'éclaire un peu, tente de le protéger. Que le mouvement soit fluide ou saccadé, il est toujours juste, terriblement vivant. Bélingard danse avec un instinct quasi animal qui bouleverse. On atteint grâce à lui à la Beauté absolue.  Car  le danseur disparaît dans la danse : cet abandon viscéral au mouvement qui se fonde à la musique et à l’espace donne une force, une cohérence, une intensité à cette œuvre qui submergent le spectateur à tel point qu’il est «  stupéfixié ».

 

Ce duo  oppose  les ténèbres et la lumière, un peu comme au début d’une cosmogonie. L' œuvre poétique, intense est  douloureuse mais l’espoir cependant n’est jamais absent. Les vapeurs qui surgissent plongent le spectateur dans un rêve, un peu comme ceux mis en scène par Kurosawa (Dream). On est à notre tour  happé dans cet espace d’où on ne veut plus sortir.  On veut rester là à jamais,  la pensée suspendue, jusqu’à comprendre l’origine du monde peut être, ou de soi même. Ou encore  accroché à la beauté qui fait taire le mental.

 

Un grand, grand merci pour ce moment hors temps plein de poésie et d'intensité.

 

Jeremaur.JPG

 

 

 

Du coup, il m’a été quasiment impossible d’être présente à la suite du spectacle, je voulais tellement rester avec Teshigawara que je n’ai pas pu être vraiment là pour Trisha Brown, dont j’aime pourtant infiniment son Glacial Decoy et ses lignes qui se décalent, et laissent à sentir un espace  qui se prolonge au-delà de la scène et encore moins au Doux Mensonges, dont je n’ai pu qu’écouter la musique, diviniment chantée et dirigée par les Arts Florissants.

 

glacial-decoy.JPG

 

De Glacial decoy, me parvenaient des silhouettes angéliques, mutines, qui jouaient avec les lignes, dans un silence bienveillant. Des êtres ailés, interdépendants les uns, les autres, comme ces silhouettes découpées dans du papier qu'on déploie pour les fêtes et qui bougent toute ensemble, solidaires. Je n'ai pas trouvé que les demoiselles étaient toujours très ensemble d'ailleurs, mais je n'étais pas non plus très objective. J'ai trouvé le tout un peu scolaire, pas aussi vivant que dans mon souvenir, mais il faut dire que Trisha est malade et n'est donc pas venue régler l'ensemble; cela se sent.


 

 

 

Pour Doux Mensonges, seule Abbagnato me ramenait régulièrement vers la danse, car mon esprit était entièrement tourné vers la musique, vers la beauté des voix, inintéressée que j'étais par ce qui se passait sur scène et qui me semblait si fade, après le Teshigawara. J'étais encore avec Jérémie et Aurélie et j'aurais voulu en voir plus...  Parfois je regardais le grand drapé orangé au dessus des danseurs, espérant le voir évoluer comme les fumigènes du Teshigawara; allait il  devenir nuage, vapeur, écume?

Les vidéos m'ennuyaient, alors que je les avais beaucoup aimées les premières fois...

Il ne me reste donc de Doux Mensonges que la silhouette d'Abbagnato et son charisme inégalable. Dans cette oeuvre, sa technique est vraiment mise en valeur, elle y est sublime.

 

 

 

doux.JPG

    

 

 

A venir : un article plus complet sur Teshigawara

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9 novembre 2013 6 09 /11 /novembre /2013 09:23

C’est aujourd’hui le concours de promotion des filles  à l’opéra de Paris.  Les participantes vont concourir pour accèder au grade supérieur. Elles sont libres de passer ou non le concours ; certaines savent qu'elles ont toutes leur chance, d'autres, qui au fil du temps comprennent qu'elles risquent de rester jusqu'à leur retraite dans le même corps,  le font pour montrer qu’elles sont motivées, « qu’elles y croient ». En général, il y a de une à trois places par catégories : ainsi les sujets concourent pour être première danseuses, les coryphées pour devenir sujet et ainsi de suite. Elles danseront une variation imposée et une variation qu'elles choisissent. Elles se préparent souvent seule avec une vidéo, et ont parfois la chance de pouvoir travailler une heure ou deux avec une Etoile qui les regarde et les conseille.
 
A partir de la catégorie sujet, la danseuse est considérée comme demi-soliste, et peut donc se voir confier des rôles jusqu’à celui d’étoile.
 
Je ne viens pas ici faire de pronostic mais simplement parler des danseuses que j'aime, que j'ai plaisir à retrouver sur scène année après année. 


Les sujets


Amandine Albisson-Pivat, Caroline Bance, Aurélia Bellet, Marie-Solène Boulet, Héloïse Bourdon, Lucie Clément, Sarah Kora Dayanova, Marine Ganio, Eléonore Guérineau, Charline Giezendanner, Christelle Granier, Laura Hecquet, Myriam Kamionka, Miteki Kudo, Laurence Laffon, Sabrina Mallem, Caroline Robert, Silvia Saint-Martin, Pauline Verdusen, Séverine Westermann,

 

dv-blcop-coppelia-coppelia2-150dpirgb.jpgMalheureusement Charline   a peu de chance de devenir première danseuse,  parce qu’elle est entrée dans le corps de ballet  il y a longtemps déjà et qu’en principe, on nomme une étoile potentiel dans le corps des premières danseuses, ce qui ne peut plus être son cas. C’est pourtant  l’une des ballerines les plus musicales et vivantes en scène que je connaisse. A chaque fois que j’ai eu l’occasion de la voir, elle a montré ce petit supplément d’âme que j’aime tant voir chez une danseuse. 

Il me semble que Marine Ganio ne concoure pas cette année, mais même commentaire ; une danseuse généreuse, lumineuse et expressive, à la danse ciselée, précise.

 

Je n’ai pas eu l’occasion de voir Caroline Robert dans du classique, mais quel tempérament ! Elle irradie sur scène, elle a un charisme extraordinaire, un sens théâtral inné, beaucoup de vivacité.

Quand à Laura Hecquet, j’aime son lyrisme, sa tenue, sa pureté, sa ligne… vraiment une belle danseuse, attachante, avec de grandes qualités de danse, plus à l’aise cependant dans le classique.  Je l’ai particulièrement aimée l’an passé dans la danseuse de rue de Don Quichotte.  Elle ne deviendra probablement pas non plus première danseuse.


Les grandes favorites sont Bourdon, que je n’apprécie pour l’instant pas et surtout Albisson, mise en avant ces derniers temps et que je vais peut être redécouvrir dans la Belle au bois dormant cette année

Je n’aime pas leur tempérament artistique, ni leur danse que je trouve encore scolaire, voir étriquée, manquant cruellement de musicalité. Heureusement, mon jugement n’est jamais arrêté une fois pour toute ; les danseuses évoluent, leur artistique mûrit et surtout au fil des rôles, certaines personnalités éclosent….


Il est parfois surprenant de voir une danseuse acquérir une maturité artistique qui lui faisait défaut auparavant,  comme ce fut le cas pour Laetitia Pujol, comme c’est en train de devenir le cas pour Pagliero. Cependant, ces deux danseuses étaient des techniciennes hors pair, ce qui n’est pas le cas des    favorites. 


Pour compléter, je dirai que j’ai souvent eu l’occasion d’ apprécié Séverine  Westermann  et aussi Laurence Laffon  ces dix dernières années que je retrouve toujours avec bonheur sur scène.

 

Je ne comprends pas pourquoi Miteki Kudo figure encore sur les listes alors qu'elle est partie à la retraite il y a un an ou deux déjà...

 


Coryphées

Laure-Adélaïde Boucaud, Marion Barbeau, Alexandra Cardinale, Sae Eun Park, Letizia Galloni, Juliette Gernez, Daphné Gestin, Fanny Gorse, Emilie Hasboun, Juliette Hilaire, Amélie Lamoureux, Vanessa Legassy, Laurène Levy, Juliane Mathis, Céline Palacio, Aubane Philbert, Charlotte Ranson, Ghyslaine Reichert, Lydie Vareilhes, Karine Villagrassa

 

De belles danseuses aussi dans cette catégorie : de belles personnalités artistiques que je vois sur scène pour certaines depuis plus de 15 ans. De celles mises en gras, deux sont particulières. L’une parce qu’elle part plus ou moins favorite ( Marion Barbeau) , - mais je l’ai peu vue sauf une fois où elle irradiait littéralement la scène -  l’autre ( Sae Eun Park) parce que c’est un jeune prodige à la technique virtuose.  Certaines qui savent qu'elles n'ont aucune chance montreront peut être encore leur motivation en passant le concours une fois encore. Jamais beaucoup la personnalité de Juliette Gernez par exemple, qui a été éloignée lontemps de l'opéra de Paris pour blessure, je crois et qui a présent n'est plus en " course" pour la catégorie sujet.

 


Quadrilles


Anémone Arnaud, Laura Bachman, Léonore Baulac, Alice Catonnet, Julia Cogan, Emma D'Humieres, Leila Dilhac, Noëmie Djiniadhis, Peggy Dursort, Lucie Fenwick, Miho Fujii, Claire Gandolfi, Natacha Gilles, Amélie Joannides, Julie Martel, Lucie Mateci, Sophie Mayoux, Caroline Osmont, Sofia Parcen, Christine Peltzer, Marie-Isabelle Peracchi, Ninon Raux, Maud Rivière, Gwenaëlle Vauthier, Jennifer Visocchi

 

Je ne connais dans cette classe que Léonore Baulac que l’on a pu suivre l’an passé grâce à l’émission de télévision la Danse à tout prix, Miho Fujii qui est depuis longtemps dans cette classe, (ainsi que d’autres danseuses )  J’ai souvent lu le nom des autres sur le programme mais ne vais plus assez souvent à l’opéra pour bien les connaître.

 

Comment garder l’envie quand vous arrivez à 16 ans dans ce corps de ballet, que vous y restez année après année, et que des danseuses plus talentueuses que vous arrivent, ne restent qu’un an ou deux puis grimpent ? Et comment aussi restez heureuse de danser quand les années passent, que l’âge arrive, et que de toutes jeunes recrues viennent rejoindre vos rangs ?

Que vous répétez  toujours les mêmes rôles de corps de ballet ?

Si l’amour de la danse n’est pas fortement chevillé au corps, de passion elle devient un métier. Au fond, c’est un peu le risque pour tous les métiers…. Sauf que pour celui-ci, la mise en compétition est permanente….

Parfois un chorégraphe contemporain repère telle ou telle et le temps d’une chorégraphie, d’une création, ce qui doit redonner un peu d’air frais à ces artistes.

Sans doute certaines danseuses gardent elles l’amour de la danse chevillée au corps toute leur vie, quelque soit leur grade, d’autres peut être, voient naître en leur for intérieur une amertume, une déception….

 

Les résultats seront connus en fin de journée!

 

A noter que le nouveau directeur de la danse, Benjamin Millepied, assiste au concours cette année.

 

 


 

le 10 novembre :

 

Et bien voilà : le verdict est tombé : sont nommées les danseuses en rouge dans la liste ci dessus, donc pas de surprise  à savoir Albisson qui devient première danseuse et que je verrai dans la Belle au mois de décembre

A noter que Laura Hecquet est classée deuxième ce qui me fait vraiment plaisir car c'est vraiment une belle danseuse!

Giezendanner est classée 4ème devant Hélöise Bourdon qui doit être extrêmement déçue car classée seconde l'an passé; elle devait espérer fortement.

 

Pour les sujets, nomination attendue de Sae Eun Park, technicienne de haut vol

pas d'autres classées, pour la plus grande tristesse des autres danseuses

 

 

et la rayonnante et adorable Léonore Baulac devient donc  Coryphée; sa ténacité a payé.

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8 novembre 2013 5 08 /11 /novembre /2013 19:50

François Alu premier danseur

 

 

 

grid-cell-29261-1375370506-14.jpgUn petit article hommage à l’un de mes grands coups de cœur de ces 15 dernières années – depuis Nicolas Leriche en fait ! Ce danseur découvert via une émission télé m'a donné envie de quitter ma douillette maison pour aller le voir l'an passé  danser le rôle de Basilio  du ballet Don Quichotte  (version Noureev, enfin, ce qu'il en reste! Car les costumes et les décors... beurk, mais là n'est pas le propos!)!!!! Cela ne m'était pas arrivé depuis 15 ans! Il fallait que je le vois dans ce rôle titre! L'article qui relate cette soirée est ICI.

 

A ses côtés, il y avait la magnifique Alice Renavand qui pourrait bien passer étoile avant la fin de l'année....mais c'est pour un autre article!

 

 

Voici ce que j’ai déjà écrit de lui sur ce blog

 

1)      Dans le petit docu-fiction de l’an passé, la danse à tout prix – Comme j’aurais aimé en revoir un de la sorte cette année - il se montre un danseur passionné, à l'intelligence rare, et doté d'une "facilité" qui semble naturel; rien n'est " laborieux" chez lui, contrairement à presque tous les danseurs actuels hormis Charline Giezendanner, actuellement sujet.

 

Au cours du reportage, F. Alu se blesse au pied et doit s’arrêter de danser. Quinze jours avant, il reprend le chemin de l’opéra sans savoir  s’il pourra passer le concours. Lorsqu’il revient travailler, c’est une période à la fois de remise en route du corps, mais aussi de préparation au concours ; il a toujours un ligament qui lui fait mal. Il ne peut même plus trouver de studio de répétition libre, ce qui fait qu’il travaille sa variation libre - Le Solor de la Bayadère - pendant les cours collectifs… où on le voit briller. Il a les pires conditions de préparation qu’on puisse imaginer : le corps n’est pas prêt, il n’a pas d’endroit où répéter seul, ni se faire conseiller.

  Et j’ajoute dans cet article

Vu cet hiver dans Don Quichotte, c’est surtout l’intelligence de sa danse qui m’a stupéfaite. Il comprend réellement les pas qu’il danse et du coup, leur donne une nuance personnelle sans trahir le texte ; il a de grandes qualités dans la propreté des pas, dans l’exécution des pirouettes, dans le moelleux de ses sauts. Son élasticité naturelle, un peu comme Leriche, lui permet de varier la vitesse d’exécution, ralentissant un saut, accélérant une pirouette, le tout donnant un naturel à sa danse étonnant !

 

Et puis à l’issu de la représentation de Don Quichotte j’écris :

 

On retrouve chez F. Alu un peu de ce style si particulier à Noureev !  D’ailleurs ce qui m’a le plus séduit chez ce danseur, c’est son intelligence car sa technique encore un peu verte est largement compensée par une vraie compréhension des pas et une façon de les exécuter très claire.

 

 

Il n’y a pas un doute : si ce danseur continue sur sa lance, il sera étoile. Lorsque je l’ai vu l’an passé dans Don Quichotte, il n’était pas encore officiellement sujet ; le voilà premier danseur ; il n’a pas 20 ans !

C'est un parcours fulgurant!

 

Espérons que Benjamin Millepied le programmera intelligemment dans les Saisons à venir, en en prenant plus soin qu’on ne l’a fait avec le grand artiste et Etoile de l’opéra de Paris : Mathieu Ganio

Celui-ci, nommé trop jeune et mal distribué ( et peut être mal «  coaché » ) s’est beaucoup blessé et s’est tenu souvent loin de la scène.  Comme certains danseurs, il avait beaucou grandi, et a eu du mal à rétablir son centre de gravité; a force d'enchainer le style contemporain et classique, qui sont antinomiques, il s'est souvent blessé. A présent, il sait quel rôle choisir et comment les travailler.

 

Voilà ; François Alu  allume ( sans jeu de mot) mon grand espoir en la renaissance de l’opéra de Paris !!!! voilà un danseur curieux - son cousin est danseur de hip hop - vif, intelligent ET travailleur!

Il semble danser comme il respire!

 

Cela me rappelle ce que disait  Jean Babilée " je travaillais, je faisais les pas, je m'appliquais et un jour, je me suis amusé, tout me semblait naturel, facile, sur la musique, et mon professeur m'a dit : voilà, c'est cela danser!"

François Alu incarne absolument cette pharse!

Il est réellement passionné par la danse....  il a cette aisance, ce charisme, cette joie de la danse, ce côté non laborieux, non scolaire que je suis lasse de voir ces dernières années à l'opéra ( Albisson, Bourdon, Magnenet,  pour ne citer qu'eux.... )  A suivre, donc!

 

 
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1 novembre 2013 5 01 /11 /novembre /2013 15:46

 

noureev-Tennant.jpg

 

           Noureev et Tennant - Ballet du Canada - 1972

 

Un bref historique…

 

Ce ballet composé en  1890 par Tchaïkovski, est une commande des Théâtres Impériaux et de son directeur, Ivan Vsevolojski. C'est le second ballet du compositeur qui a déjà écrit le Lac des Cygnes en 1876. Ce ballet,   chorégraphié en premier non par Petipa mais par Julius Reisinger,  fut un terrible échec.  Le pauvre Tchaikowksy  dut assister impuissant non seulement à une chorégraphie calamiteuse mais à la mise à sac de sa partition car la prima ballerina a jugé bon de remplacer des dizaines de pages de sa partition par du Minkus qu’elle trouve bien plus dansant… 

 Heureusement : justice sera  rendue à cette poétique et poignante partition vingt ans plus tard, grâce au génie de Petipa qui la  magnifiera. Les actes blancs et leurs trentes cygnes aux arabesques inoubliables sont un chef d’œuvre de construction, d’équilibre, de beauté et de perfection classique. Tchaikovksy, décédé trois ans plus tôt, n’en saura rien. L'oeuvre, plus d'un siècle plus tard, n'a rien perdu de sa force et de sa poésie et figure au répertoire de toutes les compagnies classiques

 

 

Si le compositeur accepte la proposition de Vsevolojski malgré cette première expérience désastreuse, c’est au moins pour deux raisons : le livret s’inspire d’un conte de Perrault  que sa mère, d’origine française, lui lisait quand il était enfant. Cette possibilité de se plonger dans son enfance et ses souvenirs le ravit, lui qui a traversé des heures bien  sombres quelques années plus tôt, ne parvenant plus à écrire une seule note de musique.  La seconde est qu’il peut travailler directement avec le chorégraphe, créant ainsi une œuvre à deux voix. Petipa qui sait à quel point les compositeurs n’aiment pas être dirigés, a tout prévu dans les détails afin de rendre la collaboration agréable. Leur vision commune du conte, de sa scénographie permettra une vraie entente entre les deux artistes et également la naissance de  Casse Noisette, deux ans plus tard.

Le Lac posthume complète cette trilogie dansée aujourd’hui encore sur les scènes du monde entier. Marius et Piotr auront donné en seulement six années au ballet classique ses plus beaux joyaux. Cette riche collaboration permettra ensuite à d’autres compositeurs d’accepter de se frotter au monde  du ballet, ce qui était impensable auparavant. Pour Petipa aussi, c’est une rencontre heureuse ; il a enfin trouvé un compositeur à la hauteur de son talent. Ses chorégraphies pourront devenir symphoniques et être totalement portées par la musique. Petipa crééra des ensembles, des duos, des variations où la pureté du style classique s’entremêlera à sa poésie naturelle et expressive.

 

A la création, Aurore était dansée par l’Italienne Carlotta Brianza âge de 23 ans ; Pavel Gerdt, son Désiré avait exactement le double de son âge. Petipa avait confié à sa fille Marie le personnage de la Fée Lilas. Cecchetti incarnait Carabosse ET l’Oiseau Bleu.

 

Pour Rudolf Noureev qui découvre l’œuvre au Kirov, après en avoir entendu longtemps parlé à Oufa par son maître de danse, c’est le coup de foudre absolu. C’est précisément avec ce ballet que Noureev triomphera dans les ballets du marquis de Cuevas – dont il critiquera largement les costumes pesants qui contraignent les mouvements – dans les doubles rôles du Prince et de l’Oiseau Bleu.

 

 

L’opéra de Paris et la Belle

 

L’opéra de Paris découvre en 1922  lors de la période des Ballets Russes le troisième acte de la Belle qui est une espèce de «  compilation-divertissement » appelée le Mariage d’Aurore. Il est  présenté le 31 mai en même temps que l’Après midi d’un faune, le Spectre de la Rose et Shéhérazade. On peut lire sur le programme «  la variation des Comtesses, Marquises, Duchesses, de Barbe Bleue, du Papillon siamois, Shéhérazade, des trois Ivan et la variation du Prince sont de la Nijinska ». La première production intégrale de l’ouvrage à l’opéra voit le jour en 1974.  La chorégraphe est Alicia Alonso. En 1982,  Rosella Hightower, alors directrice de la danse a Paris, fait donner 45 représentations successives de la Belle au bois Dormant dans l’immense salle du Palais des congrès. C’est un triomphe. C’est seulement en 1989 que Noureev donnera sa version à la troupe.

 

 

Aurore au premier acte : Princesse mais femme de tête !

 

Dès son entrée, Aurore, 16ans,  montre toute sa fraîcheur et sa jeunesse. Les nombreux sauts de chats expriment à eux seuls un enthousiasme et une candeur enfantine. Mais c’est une Princesse.

 

   developpé seconde et équilibre, tempo lent.

developpe-seconde.JPG Et comme telle, elle sait aussi contenir ses émotions : ce que montre le célèbre Adage à la Rose, moment d’équilibre et de concentration redoutables pour la danseuse. Quatre princes sont présentés à Aurore qui  passe de l’un à l’autre (quatre développés seconde). Pendant la longue tenue de l’ attitude arrière, les princes la saluent à tour de rôle. Puis ils lui offrent chacun une rose, mais la princesse ne les garde pas, montrant  par ce geste à la fois sa détermination, sa maturité : elle ne veut pas choisir un époux, malgré la volonté de ses parents : elle donne les quatre roses à sa mère.

A la coda, pendant laquelle l’orchestre monte en puissance,  Aurore retrouve  ses quatre attitude-Aurore.JPGdéveloppés seconde du début, avec double pirouette, attitude quatrième -mais la Princesse a pris de l’assurance ; sa délicatesse et sa courtoisie du début ont fait place à sa détermination. Elle termine sa variation au centre des quatre princes avec ses magnifiques et redoutables pirouettes à la seconde, et les tours attitudes cambrés. Vient la dernière diagonales de développés seconde, très rapides cette fois : les Princes font une dernière tentative en offrant une nouvelle rose – ils sont tenaces !                                                                                                    attitude 4ème et équilibre : mise à distance

 

qu’Aurore saisit avant de les jeter au sol cette fois-ci :   pas la peine d’insister, messieurs les Princes,  j’ai dit non ! Et je vous réserve le même sort qu’à vos fleurs si vous continuez ! semble dire Aurore. Le tour attitude quatrième où chaque prince fait tourner la princesse sur elle-même – autre redoutable moment de concentration ! clôt la varation.

 

Noureev  et la Belle :

 

C’est grâce à la scénographie de Noureev que cette variation prend tout son sens ; Aurore représente la jeunesse, l’avenir ; elle souhaite être maîtresse de son destin, de son cœur. Autour d’elle, une cour empêtrée dans son étiquette et ses traditions cherche à lui imposer son destin.

 

Carabosse.JPG

Carabosse devient  avec Noureev  une douairière méchante et frustrée qui entend bien faire entendre raison à cette jeune fille insoumise. Elle refuse les princes qu’on lui propose ? Il faut la punir ! Féru de psychanalyse de conte de fées, Noureev fait de ce personnage un barrage à la féminité et la sexualité d’Aurore. C’est l’épingle de son chignon et non sa quenouille qui blesse Aurore. En face d’elle, Lilas permettra à Aurore d’être elle-même ; elle lève les tabous, les interdits. Elle représente la liberté. Elle permet la rencontre de deux jeunes gens. Elle préside à leur heureuse destinée et à une arrivée d’air frais et pur à la cour.

 

la-fee-Lilas.JPG

   

Noureev met en scène sa première Belle au bois dormant en 1966 pour la Scala de Milan avec Carla Fracci en Aurore. La chorégraphie de Petipa est respectée. Sa mémoire prodigieuse lui a permis de graver de façon certaine la version dansée au Kirov qui a conservé au plus près le ballet d’origine. 

 

Noureev disait «  Quand je faisais mes premiers pas à Ufa, mon maître à danser qui avait appartenu au Kirov, me disait toujours que la Belle au bois dormant était le ballet des ballets ; et j’en étais gourmand à l’avance. Le Kirov, plus tard, m’a fait découvrir la splendeur du festin. Ce ballet représente en effet l’apogée du ballet classique : la danse s’affirme alors comme art majeur. Et cela constitue un événement historique : après la Belle, le ballet a pu attirer  lui les plus grand compositeurs qui ‘n’ont plus hésité à travailler avec les chorégraphes. »

Lorsqu’il remonte le Ballet pour l’opéra de Paris, (1989) c’est d’abord à Georgiadis qu’il confie le soin de réaliser décors et costumes. Mais c’est Ezio  Frigerio et la talentueuse costumière Squarciapino qui les créeront pour la nouvelle production à la Bastille (1997), Georgiadis étant à présent trop âgé pour supporter une telle somme de travail. Les 100 ans sont évoqués par le changement de style : celui de Louis XIV laisse la place à un style plus Louis XV, en tous cas pour le Mariage, car la chasse louche un peu du côté des costumes Louis XVI.

 

  Le rôle de Patricia Ruanne

 

En 1975, Patricia Ruanne fut la princesse Aurore de Noureev au London festival ballet.   Noureev qui avait beaucoup dansé avec elle et créé Juliette littéralement sur elle  en lui faisant innover sur pointes la technique contemporaine acquise auprès de Graham, lui demanda de devenir répétitrice du ballet de l’opéra ; après la mort de Rudolf, elle continua d’assumer cette fonction avec passion, détermination et aussi de grands moments de doute lorsque les productions passèrent de Garnier à Bastille, au plateau démesuré ; elle disait qu’elle se demandait sans cesse si Noureev serait content du résultat. La Belle fut le premier ballet qu’elle remontera sans la présence de Rudolf à ses côtés

decors.JPG

Cette production énorme de 1997 a demandé trois mois de travail à plein temps pour atteindre à cette perfection que Rudolf aimait tant. Le résultat est magistral. C’est Le plus beau décor jamais réalisé pour ce ballet, la châsse parfaite pour l’un des joyaux les plus précieux qu’il soit.  Ezio Frigerio explique à quel point l’univers de Noureev était loin du sien, et l’effort qu’il a fait pour se mettre à sa place afin de réaliser ce qu’il voulait. «  J’ai vraiment été vers lui, vers son monde, explique –t-il, ce n’était pas mon goût mais le sien ; il suffisait d’entrer dans sa maison pour voir son amour oriental du vieil or, des matières et des couleurs. Et j’ai fait tout mon possible pour le comprendre et le servir au mieux, y compris pour son tombeau. »  Travail que Noureev aurait sans doute adoré par sa magnificence et son sens du détail. 

 

Les différences entre les deux productions sont de taille : ainsi, le prologue se déroulait en plein air dans la première production ; il n’y avait pas le grand escalier par lequel arrive Aurore. Frigerio qui doit adapter ses décors aux dimensions du plateau fait du prologue et du premier acte un immense espace théâtral, avec colonne roccoco, dorure, trône,le-temps-a-passe.JPG  et grand escalier.  On ne voyait pas non plus le lien entre le décor du prologue et celui du second acte qui montre bien avec   que le temps  a passé et que la pierre s’est effritée puisque la toile peinte qui représente une rotonde devient une peinture à la Hubert Robert.

C’est cette version qui sera donnée cette année à Bastille.

 

Le Prince et Noureev

 

Dans ce ballet, Noureev a donné toute son importance au prince au deuxième acte qui est le personnage central du second acte.  La variation lente du prince qui dure 7 à 8 minutes sur un  très beau solo d’alto, redoutable pour le souffle, est conçue comme un monologue de théâtre ou un air d’opéra. On sent que Noureev s’est frotté à Shakespeare. Le Prince s’interroge sur sa vie, son destin ; il confie ses doutes, ses peines, son envie d’être aimé, compris ; il étouffe au sein d’une cour où les mêmes gens et les mêmes jeux le lassent ; il veut la solitude afin de réfléchir au sens qu’il veut donner à sa vie.  Manuel Legris dit qu’on avait l’impression que les pas qu’il proposait sortaient de son rêve. « Lorsque l’on arrivait à les danser comme il le souhaitait, il était alors fou de joie et comme transporté  sur une autre planète ». De la sorte, le ballet est parfaitement rééquilibré.  Si le rôle du prince s’accentue dès 1966 à la Scala, c’est en 1972 et au Canada que Noureev ajoute le superbe solo romantique du prince. Il y a d’ailleurs un film de cette version, malheureusement, de mauvaise qualité visuelle. Noureev donnera ensuite son ballet à l’opéra de Vienne en 1980 puis enfin à Paris en 1989.

 

Autres changements de Noureev :

 

Les autres modifications par rapport au ballet d’origine sont pour les fées : la seconde variation est dansée par deux fées jumelles, et la Fée Lilas ne danse plus la 6ème variation. Elle intervient plus tard dans le prologue, et le rôle utilise la pantomime avec ses codes si particuliers. Cette fée Lilas lumière s’oppose à la fée Carabosse douairière : l’une se tourne vers le progrès, les Lumières littéralement, l’autre vers le passé, la tradition.

Au troisième acte, le Petit chaperon rouge et le Loup disparaissent ainsi que Cendrillon. Le pas de quatre des pierres précieuses devient un pas de cinq.

 

 

 

Cette Belle au bois dormant, vue et revue, délivre à chaque fois de nouvelles perspectives, de nouvelles surprises, de nouveaux enchantements, pour peu que la distribution soit à la hauteur. Ainsi sont les chefs d’œuvres : ils nous accompagnent toute notre vie et grandissent en même temps que nous dans notre cœur et notre esprit.

 

Il existe une captation avec Noureev et Tennant ( Aurore) et le ballet national du Canada qui date de 1972 à l'image malheureusement médiocre... comme tous les documents qui concernent Noureev, je la possède bien évidemment...

 

 


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