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Shabastet

  • : Danse et... danses!!!
  • : Blog sur la danse en général et l'opéra de paris en particulier rédigé par Valérie Beck, administratrice du forum danses pluriel
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Noureev

 

Danser, telle la phalène sous la lune, le pinceau du calligraphe, ou l'atome dans l'infini 

                                              

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7 mai 2015 4 07 /05 /mai /2015 16:20
Photo Laurent Philippe

Photo Laurent Philippe

 

 

Paquita, ballet bavard et un peu creux, est devenu  par la magie de ses interprètes et du corps de ballet, une œuvre réjouissante, poétique, enjouée, et complètement enthousiasmante au dernier acte  ce lundi 4 mai 2015 ! Quelle apothéose ! Miracle rendu possible grâce à  un Karl Paquette  radieux et  une Laura Hecquet inspirée : leur complicité, leur sens du théâtre, leur générosité en scène, leur  art de la narration accomplie a transformé un ballet primesautier et sans grande profondeur en une véritable œuvre d’art.

Ces deux magiciens  nous ont promenés dans cette histoire abracadabrante sans qu’un seul instant on se demande s’il fallait la croire ou non !   

 

Comment décrire toutes les nuances et subtilités que Laura Hecquet possède au-delà de ce qu’on aurait cru possible ?  La technique ? On l’oublie, tant  tout coule de source quand elle danse : elle scintille, elle brille, elle s’envole, elle tourbillonne, elle s’amuse, elle rêve, elle taquine, elle protège, elle aime… avec une telle facilité, une telle aisance, qu’elle parvient même à dire plusieurs choses en même temps. Dès son entrée en scène, on ne la quitte plus des yeux. Sous  la facilité, la légèreté, la précision de sa danse, se cache une puissance vertigineuse et une virtuosité qui jamais n’est étalée au grand jour. Le moelleux de ses pliés, la grâce suspendue de ses équilibres, la souplesse de son buste et de ses bras,  la force de ses pieds et de ses jambes qui donnent à ses fouettés légèreté, ampleur et poésie,  en font une « prima ballerina  absoluta ».  Son art n’apparaît pas, n’est pas étalé, ni démontré : il transparaît.

Et puis quel bonheur de découvrir chez Laura des dons de comique, ce qu’aucun des rôles qu’on lui avait confiés jusqu’alors ne pouvait laisser présager… on rit de ses facéties et de ses «  réparties » au premier acte, - elle n’a pas sa langue dans sa poche mais taquine, agace, sans la moindre once de vulgarité, et on s’émerveille de son sens de l’à-propos au second acte ; on l’imagine très bien en Ballerine dans le Concert de Robbins ; d’ailleurs on l’imagine très bien en tout : Juliette, Manon, Giselle, Raymonda, tout lui irait… le ballet a de ces temps de pause pendant lesquels on continue à voir Laura danser tous ces rôle au lieu de regarder le corps de ballet faire passer le temps… Avec Laura, Paquita devient un vrai personnage, amusant, attachant, vif, et profond… oui, assurément, du grand art !

Photo IK Aubert

Photo IK Aubert

A ses côtés, Karl Paquette, Lucien D’Hervilly au grand cœur, donne la réplique à Paquita avec spiritualité (ce qui n’était guère de cas de Inigo ce soir là, qui n’avait que quelques mots de vocabulaire prononcés brutalement et  sans verve ni énergie !)  Sa blondeur, son élégance sont déjà un atout pour ce personnage raffiné qui, aux côtés de Laura  est tellement  galvanisé que  sa danse   prend feu :   énergie, brillance, fantaisie, prouesse, Karl Paquette s’est surpassé et il semblait tellement heureux de danser que son plaisir était contagieux !

Les pas de deux avec Laura Hecquet  étaient un régal de drôlerie, de poésie, d’intensité… 

 

Pour le troisième acte,  le corps de ballet a composé un écrin de premier choix aux deux protagonistes : tout le monde semblait vouloir donner le meilleur de soi même ce soir là, et les pointes étaient affutées comme des couteaux, les petits pas étaient ciselés comme par un orfèvre, et tout la belle technique classique était déployée et étalée comme l’argenterie et le cristal de  la vaisselle des grands jours dans un château… comme Pierre Lacotte devait être ravi !

Un mot supplémentaire  sur les deux officiers Daniel Stockes et Jean Loup Quer qui dansaient avec panache !

 

 

On serait injuste d’oublier les adorables enfants de l’école de danse, parfaits et frais dans leur  Polonaise, aux figures tarabiscotées.

Et tout aussi injuste  d’oublier le chef  Fayçal Karoui qui a su insuffler à l’orchestre des lauréats du conservatoire de la poésie  et beaucoup de tenue. Que demander de plus à une musique composée par l’obscur Deldevez à laquelle Minkus a rajouté ses propres mesures ?

 

 

A lire  : portrait de Karl Paquette écrit en 2009, lors de sa nomination

 

A Lire : portrait de Laura Hecquet, écrit lorsque Laura était   sujet, en juin 2014

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11 avril 2015 6 11 /04 /avril /2015 09:15
Hannah O' Neill - Yannick Bittencourt : Lac des cygnes de Noureev - 2015

Je n’ai malheureusement pas pu découvrir pour cette série Laura Hecquet et Audric Bezard mais j’ai pu à la dernière minute obtenir une place qui m’a permis de voir deux sujets, Hannah O’ Neill, que je ne connaissais pas du tout et Yannick Bittencourt.

Si les deux sujets ont largement dépassé mes attentes, pour le reste de la soirée, j’ai eu l’impression d’un fabuleux gâchis pour différentes raisons que voici :

1) tempi trop rapides; le corps de ballet court SANS ARRÊT après la musique; tout semble soit survitaminé, soit bâclé, personne n'a le temps de s'installer dans la danse. Il y a une telle effervescence sur le plateau et dans la fosse d’orchestre que le spectateur a l’impression d’assister à l’entrainement du marathon de Paris de ce week-end : épuisant

2) Les costumes, refaits, sont vraiment affreux.... ils n'étaient déjà pas merveilleux à la création, mais là toute l’harmonie des tons pastels est effacée au profit de chocs de couleurs plus criardes ; là où des parmes côtoyaient des safrans, des violets francs se heurtent à des orangés de mauvais goût

3) Les quatre petits cygnes de ce soir n’allaient vraiment pas ensemble ; on aurait dit les Daltons, rangés par ordre décroissant, et leur technique donnait l’impression qu’ils peinaient douloureusement dans chaque pas : un groupe de gnomes en goguette partis cueillir des champignons.

4) Horrible trio au premier acte – je ne mets pas les noms parce que ma volonté n’est pas d’être blessante mais de livrer tel quel mon ressenti : l'une des danseuses ne sait pas tenir ses bras, ils volent dans tous les sens, l'autre ne sait pas tenir sa tête : ses mouvements de cou manquent cruellement d'élégance, on dirait un gallinacé qui se réjouit par avance du festin de limaces qu’il va faire.
Alors, oui, la première a du ballon et le montre : elle saute comme une chèvre, mais tout cela n’est pas très gracieux…. J’ai revu ce trio dansé en 1997 par Bart, Letestu et Averty sur youtube, c’est quand même d’un autre niveau….

5) Paquette a revu sa conception de Rothbart, il en fait une caricature : il n’est plus un précepteur machiavélique qui manie le chaud et le froid mais un personnage violent, cruel, brutal avec le jeune prince. Cela manque de finesse ; il fait claquer sa cape sans arrêt, il est frénétique, et son interprétation est toute d’une pièce.

Voulait-il soutenir par une présence forte les deux jeunes sujets ?

Pense-t-il qu’au final Wolfgang est un monstre castrateur ?

Je ne sais pas, mais son double Wolfgang/ Rothbart de 2006 m’avait laissé un souvenir extraordinaire. Là, j’avais presque envie de rire quand, en Rothbart, il ressemble à un petit dragon monté sur ressort sorti tout droit d’un manga prêt à lancer des flammes ! Et pourtant, j’adore ce danseur depuis toujours et j’ai encore son merveilleux Chant de la Terre d’il y a quelques semaines en mémoire.

Certains duos avec le prince sont cependant très beaux et même émouvants, et celui qu’il forme au deuxième acte avec le cygne noir est splendide.

En revanche, le trio final retrouve une frénésie qui ne permet pas à l’émotion d’éclore.

6) A vouloir les rendre parfaits, comme une silhouette unique qui se démultiplierait à l’infini prisonnière d’un jeu de miroir, les 32 cygnes ont perdu leur âme : on dirait l’armée des clones de Georges Lukas…. Alors c’est vrai, pas un bras ne dépasse, pas une jambe n’est plus haute qu’une autre, tous les dos sont à la même hauteur lorsque les cygnes pleurent, mais quelle froideur ! Quelle sécheresse ! On dirait qu’on a vidé de toute émotion, de toute tendresse les ballerines qui ne semblent obnubiler que par une chose : être ensemble. C’est visuellement stupéfiant de perfection mais sur le plan de l’âme glaçant ; on ressent la peine, le mal que se donne le corps de ballet qui ne prend – en tout cas ce soir là – aucun plaisir à la danse.


7) Kevin Rhodes, le chef d’orchestre, avait du se faire ce soir-là une injection de Valéry Gergiev pour interpréter Tchaikovsky comme ça : allez hop, on court, on court, on fait brailler les cuivres, les timbales, les cymbales, vive la fête de la bière à Munich!!!!
C’est un chef que d’ordinaire j’aime bien et je l’ai connu plus subtil.

Hannah O' Neill - Yannick Bittencourt : Lac des cygnes de Noureev - 2015

Alors, me direz- vous, vous avez dû trouver les sujets pas à la hauteur de vos attentes ?

Et bien c’est là que tout bascule : j’ai été sous le charme.

Je mentirai en disant que j’ai assisté à une prise de rôle spectaculaire ; mais ceci étant, il y a eu une magie, une osmose, et certains moments de danse – soit en soliste soit en duo ou trio – poétisaient délicieusement tout ce fatras.

La variation lente du prince au premier acte n’exprime pas mélancolie d’un jeune homme neurasthénique, mais la rêverie d'un adolescent plein de poésie qui aspire à découvrir la vie. Elle n’a pas encore le moelleux et la douloureuse intensité que Leriche lui donnait mais les lignes sont belles et le personnage se dessine rapidement et gagne notre sympathie. Yannick Bittencourt est longiligne, a un dos d’une très grande souplesse, des mouvements amples, il a du ballon, sa technique est solide il possède un vrai sens artistique. Suffisamment pour camper un personnage qui répond à sa conception du prince. Il lui manque encore un peu de profondeur dans les pliés, de respiration dans les mouvements qui vont venir au fur et à mesure
Il forme avec Hannah O Neill un couple où pour une fois, c’est la femme qui mène la danse : la princesse rassure et donne sa force au jeune Siegfried qui ne l’a pas effrayé longtemps avec son arbalète : car Odette faite cygne constate rapidement que ce prince n'a pas l'air bien solide ; elle s'en remet à lui, parce qu’il est beau, doux, mais elle ne pourra compter que sur son amour, par sur sa force pour échapper à Rothbart.

Hannah O Neil, est une femme avant d’être un cygne. En scène, dans le premier acte, elle est majestueuse ce qui pourrait sembler un contresens par rapport au rôle, mais son charisme est tel qu’on adhère à sa conception du personnage. Pas de souffrance excessive dans ses variations; c’est une « femme » forte qui a perdu sa liberté et qui, victime d’un sortilège, ne s’en sert pas faire larmoyer le prince ni pour s’en faire aimer. Elle a dû caractère, de la réflexion, de l’intelligence ; elle est très terrestre, ce qui ne retire rien à la beauté de sa danse. Ses bras sont beaux parce que son buste, ses épaules et son cou sont déliés et maîtrisés : tout le haut du corps respire.


Au second acte, elle campe une Odile délicieuse de spontanéité : création de Rothbart, elle fait à la lettre ce qu’il lui commande en s’amusant beaucoup, - et nous avec - pas par méchanceté mais parce que le prince est si facile à manipuler ! Elle n’est ni séductrice, ni vénéneuse, ni aguicheuse. Elle pourrait jouer sur sa beauté, elle préfère jouer sur un côté espiègle et malicieux. C’était sans doute le meilleur moment de la soirée. Hannah cisèle ses pas au millimètre près sans perdre un cheveu de sa beauté, de sa musicalité. Elle est vive, joyeuse, et berne le Prince comme un bateleur abuse les badauds avec ses tours de passe passe.
Le Prince lui, n'est plus qu'un pauvre enfant trompé, mais sa pureté et sa candeur sont telles chez lui qu’on ne prend en pitié.

Les fouettés du cygne noir étaient honnêtes sans être incisifs mais on devine qu’ils peuvent devenir éclatants car la technique est bien là et solide.

Les regards qu'elle échange avec Rothbart me resteront longtemps en mémoire.

Pour le dernier acte, les tempi sont enfin raisonnables et on se détend enfin.
Le duo entre le prince et la princesse cygne est poignant de douleur et de sobriété en même temps. La princesse cygne n'est pas désespérée, elle rassure le prince, elle semble chercher une solution; c'est une femme qui a du cran, du caractère et de l'intelligence.
Elle ne compte pas sur le prince, mais sur ses propres forces; l'amour est là, qui lui donne cette énergie.


Les deux jeunes sujets ne sont pas tombés dans les pièges de surjouer leurs personnages ou de choisir une danse " tape à l'oeil" ; ils ont avant tout incarné deux personnages s'appuyant sur leur technique pour les modeler comme ils le souhaitaient. Deux jeunes talents à suivre et on ne peut que féliciter Millepied du choix de ces artistes...

Deux belles prises de rôle, pleine de fraicheur et de jeunesse.

cela rappelle un peu Noureev qui se moquait éperdument de la hiérarchie : on était bon, on allait en scène, et du coup, tout le monde se sentait stimulé.

Si ce jeune directeur peut apporter cet air frais avec lui.... !

photographies : Ann Ray/ A Koizumu- ONP

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11 mars 2015 3 11 /03 /mars /2015 13:22
Le Chant de La Terre - Neumeier - Révillon-Bézard-Daniel-Park

Voir la même œuvre dans une seconde distribution – ou même une troisième ou quatrième – apporte des éclairages qui peuvent aller du simple détail à une amplitude extrême.

Ganio/ Pujol/Daniel/ Paquette et Magnenet semblaient exister car créés directement par la musique ; sans elle, ils se seraient évanouis comme un songe ; sans eux, la musique n’aurait pu se faire entendre. Les deux se faisaient écho l’une l’autre, donnant une profonde impression d’unité d’une grande beauté. Le spectateur, directement plongé dans ce monde flou à la charnière du rêve et de la veille, hypnotisé et sans aucun désir de sortir de cet entre deux, se trouvait alors tout entier livré à la sensation délicieuse de flotter dans un monde sans densité, comme hors du temps et de l'espace. Un monde abstrait, ineffable, évanescent.

Parvenir à créer ce monde de l’entre d’eux et y maintenir le spectateur en état d’alerte tenait du grand art. Même la scène près du « pont qui se courbe comme le dos d’un tigre » semblait sortir de la lampe magique de l’enfance de Proust.

Ganio semblait irréel, et tout s’animait autour de lui en ce sens, comme surgi du miroir, peut-être, suspendu là-haut ou de la Lune.

Il en était tout autrement hier soir avec le charmant quatuor Révillon/ Daniel/ Park/ Bezard avec Bertaud à la place de Magnenet. ( soirée du 10 mars 2015)

Plus de rêve, plus de flou, plus de monde entre deux, mais un homme ( Révillon) qui souffre, qui cherche, qui mène une quête et qui se heurte au monde et à sa réalité, aux autres auxquels il ne parvient à se mêler.

Et c’est étonnant de voir Daniel passer de l’état de songe, - soirée du 28 février - à celui de guide ; de voir l’extraordinaire Audric Bézard devenir l’ombre de Révillon, quand Paquette était le double de Ganio, aussi irréel et lunaire que lui.

De voir Sae Eun Park donner à sa danse une délicate poésie toute terrienne ; de voir l’elfique Léonore Baulac devenir un être de chair et de sang ; et de réaliser que l’ivresse de Bertaud est bien au sens propre….

On gagne en humanité, en émotion, ce qu’on perd en poésie ; mais les deux interprétations sont aussi belles l’une que l’autre et elles éclairent magnifiquement le propos du chorégraphe.

Révillon donne de la rondeur, du moelleux, de la profondeur, là où Ganio semblait être tout droit descendu de la lune, comme un être impalpable sans nerf et sans chair

Il communique au spectateur sa souffrance, quand Ganio le plongeait dans l’idée de la quête de l’inaccessible.

Bézard joue les constrastes avec une présence scénique extrêmement charismatique et le dernier pas de deux entre les deux artistes est poignant de douloureuse intensité

Nolwen Daniel est belle comme la lune mais volontaire, incarnée, réelle. Elle guide le jeune homme jusqu’à ce qu’il réalise qui il est véritablement.

Le Chant de La Terre - Neumeier - Révillon-Bézard-Daniel-Park

Voir ces deux distributions ne peut qu’enrichir cette magnifique œuvre de Neumeier, simple, belle, qui jamais n’alourdit la musique de Malher magnifiquement et subtilement interprétée par l’orchestre de l’opéra sous la baguette de Patrick Lange.

Fabien Révillon et Audric Bézard ont donné grâce à Neumeier une dimension à leur danse qu’ils n’avaient encore pu ni l’un ni l’autre autant developper. Voilà encore deux magnifiques artistes.

Sae Eun Park semblait tellement à l’aise elle aussi dans ce répertoire. Inoubliable silhouette bleuté, féérique comme la fée bleue de Pinocchio

Quand à Nolwen Daniel, elle a pour ainsi dire brillé comme un astre devenu femme…

Un magnifique quatuor où les femmes accompagnent, réconfortent, protègent les tourments des hommes, les guident, les éclairent, avec la douceur et la poésie des soirs d’été…

Et tandis que Révillon et Daniel s’élançaient sur scène dans cette dernière course en rond où la question se résout dans l’allégresse, je superposais à leur élan Ganio et Pujol, qui ne trouvent pas de réponse parce qu’ils réalisent que leur reflet s'évanouira avec la dernière vibration d'un son qu'on ne perçoit déjà plus....

Le Chant de La Terre - Neumeier - Révillon-Bézard-Daniel-Park

Les magnifiques photos sont d'Anne Ray

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2 mars 2015 1 02 /03 /mars /2015 13:18
Le Chant de La Terre - Neumeier - ONP- 2015



Il faut d'abord parler de la qualité d'interprétation musicale de l’œuvre; cela faisait longtemps que je n'avais pas entendu de la musique aussi bien jouée à Garnier pour accompagner de la danse; cordes, bois, cuivres, harpes, d'où j'étais, chaque timbre me parvenait dans sa clarté et la musique dans son ensemble. Les voix des deux solistes étaient plutôt belles, surtout celle du baryton dont j'ai aussi apprécié la musicalité ( chef d’orchestre : Patrick lange, Paul Armin Edelmann : baryton)

Mais il est injuste de dire que la musique accompagne la danse; l'une et l'autre se fondent ensemble ainsi que les mots des poèmes chantés.


L'œuvre commence dans le silence ; un homme dans la pénombre – double de Malher ou de Neumeier, ou du Poète, au fond cela n’a pas vraiment d’importance - est rejoint ensuite par une jeune femme ( Laetitia Pujol) qui est comme une pensée qu’il ne veut ou ne peut entendre. Au loin, résonne ensuite au piano le 6ème chant - c’est Malher lui même qui en a fait la réduction- comme l'écho d'un souvenir; Ganio et Pujol émettent des vibrations aussi douces que fragiles et déjà, l'on s'enfonce doucement dans une intériorité d'où parvient l'écho du monde.

Il y avait un tel silence dans la salle, quelque chose de tellement mystérieux qu'on entre à pas feutrés dans cette œuvre qui est comme une confidence. On dirait que Neumeier a voulu dire de la façon la plus concise possible ce qu’il ressentait en écoutant ce Chant de la Terre et nous le confier, sans fioriture. C'est presque un chant du cygne.

Et il y parvient.
Ganio, magnifique de sensibilité, de pureté et d'émotion contenue, évoque comme souvent chez Neumeier le "témoin », comme celui de La Petite Sirène par exemple : l’homme en chapeau voit, comprend, partage, mais ne peut pas changer le cours du destin.

ici, le témoin sent, goûte, pense, souffre, espère, dit adieux, et comprend que si l’homme est mortel, le monde lui, brillera toujours et la nature refleurira sans cesse, à chaque printemps.

Mais ce témoin silencieux devient aussi parfois l'acteur.

Autour de lui, une pléiade de danseurs merveilleux :
A commencer ( honneur aux garçons pour une fois) par Karl Paquette flamboyant en groupe, et double lunaire dans les pas de Deux avec Ganio ( d'une grande beauté et si bien accordés à la musique)

Vincent Chailley stupéfiant de vivacité, de précision, d' humour, d'espièglerie incarne l’homme Ivre, mais son ivresse est contagieuse. Il rappelle l'Amour de Sylvia; il en a un peu la même candeur, la même joie " enfantine" qui emporte avec lui dans son élan.


Quand à Florian Magnenet, Neumeier lui va comme un gant; il le comprend, il le magnifie avec une beauté des lignes, une grâce, une musicalité confondante. Sa silhouette prend à la fois une rondeur enfantine mais pour mieux mettre ensuite en lumière des lignes étirées et pures. Il est comme les bois de l'orchestre qui oscillent entre mélancolie et enthousiasme, tristesse et joie, nuit et lumière. Une pose, un poignet qui se casse, un pied qui devient flexe, et c’est tout le monde de la jeunesse, "près du pavillon de jade dont le pont se courbe comme le dos d’un tigre", qui surgit : un paysage chinois jaillit, avec ses jeunes filles mélancoliques, et ses jeunes gens insouciants qui passent sans s'attarder.



Laetitia Pujol pleine de compassion et Nolwenn Daniel à la beauté statuaire mais qui comme une madonne de pierre sait se montrer compatissante, entoure le poète-musicien-on-ne-sait-qui. Laura Hecquet passe, avec sa beauté froide et surnaturelle comme une lune d'automne, la délicate Léonore Baulac au visage elfique illumine la scène, la gracieuse Juliette Hilaire et la touchante Charlotte Ranson ajoute délicatesse et poésie...


De grandes plages méditatives contrastent avec des ensemble plus enjoués et quelque chose plane au dessus de tout cela, plus grand que la vie humaine.


Le Chant de la Terre de John Neumeier est une de ces œuvres dont la sensibilité sur le fil vous ramène à l'intérieur de vous mais les yeux fixés sur la scène et les oreilles grandes ouvertes, accueillant totalement ce moment poétique qui passe, l'air de rien.

On accueille la magie de l’instant, dépassé par un mystère qui nous échappe et que pourtant, la mélodie sinueuse de la flûte se taisant pour laisser chanter le baryton nous a en partie dévoilé… et on espère y retourner pour soulever un peu plus ce voile de mystère.

Distribution

Distribution du 28 février

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7 février 2015 6 07 /02 /février /2015 07:58

 

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Rudolf Noureev - 1962


Un prochain article présentera d'un oeil ironique mais pas surpris, la saisons de Millepied qui ne casse pas trois pattes à un millepatte, pardon,  canard, et qui me fera faire une fois encore des économies!  

 

 

En prélude, un plagiat de François Villon pour exprimer toute ma gratitude à une époque  que j'ai vécue avec poésie et ardeur

La nature a doté l'homme d'un bien précieux :  la mémoire, qui mieux que le couteux matériel video dont il se dote, garde les instants les plus précieux sans que les couleurs où les émotions ne pâlissent

 

 

 

En attendant, vous qui passez là, lisez le poème!

 

 

 

Sous titre : mais où sont les neiges d'antan????

 

 

 

Dictes moy ou,  n' en  quels pays,
Est  Isabelle Ciaravola,  

Nicolas Leriche, Claire Marie Osta
Ils furent tous partenaires,
Manuel Legris, Isabelle Guérin

Belarbi et Laurent Hilaire
Qui beaulté  ot trot plus qu'humaine.
Mais ou sont les neiges d' antan ?

 

Ou est parti Jean Guillame Bart,

Et l’émouvant Romoli ?

Mitéki Kudo, Gil Isoart,
Et la diaphane Céline Talon

Averty, Maurin, et tant d'autres

Sujet, étoiles, premiers danseurs

Tous m’ont ravi le cœur

Mais où sont les neiges d’antan ?

 

Et par-dessus ces grands danseurs

Plane l’inoubliable Rudi

Qui sut en quelques saisons seulement

Donner un lustre inégalé

A l’opéra  tout endormi

Et à tous sa slave ardeur

Et resta là même parti

Mais où sont les neiges d’antan ?

 

6353835-9582898.jpgIsabelle Ciaravola

 

clairemarie-osta-Portrait-3-362x532.jpgClaire Marie Ostatrio.jpgLeriche, Belarbi et Romoli

10hj9lh.jpgMitéki Kudo Gil Isoart

 

tumblr_m5vk2ixNOe1qg56t7o1_1280.jpgManuel Legris Isabelle Guérin

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12 décembre 2014 5 12 /12 /décembre /2014 23:00

Casse Noisette – 7 décembre 2014-12-13

 

Clara : Dorothée Gilbert

Drosselmeyer/ Le Prince : Mathieu Ganio

Fritz : Daniel Stokes

Luisa : Caroline Robert

 2014-15-casse-053

 

 

J’avais tout fait pour ne pas revoir cette distribution qui m’avait laissé un goût d’inachevé  et de profonde frustration il y a cinq ans.  En débit d’une technique éblouissante, j’avais trouvé que la Clara de Dorothée Gilbert manquait singulièrement d’enfance, et ne semblait pas très touchée par la grâce de son Prince .

C’est pourtant cette distribution que j’ai revue cette année et qui me restera longtemps en mémoire.  

 

Mathieu Ganio et Dorothée Gilbert ont peaufiné leurs interprétations ; Ganio donne à son Drosselmeyer beaucoup plus de relief qu'il y a cinq ans; dans le premier tableau, dès l’attaque des petits voyous dans la rue, on comprend que c’est un dur à cuir ; puis dans le salon, il se montre drôle, excentrique, généreux, compréhensif mais aussi inquiétant, avec son bandeau sur l’œil et sa démarche claudiquante  - il rappelle un peu le fol-œil d’Harry Potter en plus svelte !  Drosselmeyer devient alors le pivot central autour duquel tout se met en place dans cette grande maison bourgeoise où suinte l’ennui ; il apporte la magie et l’ambigüité, chères aux contes d’Hoffmann dans leur ensemble où le grimaçant côtoie le plaisant. Quand on voit sa tête apparaître dans l'horloge au moment où les rats arrivent dans la maison, on ne sait pas si tout cela ne va pas tourner au cauchemard.

 

casse-noisette-paris-duo.jpgDorothée Gilbert est à nouveau una ballerina absoluta , et, dans le premier acte,  sa Clara est un chef d’œuvre d’enfance, de grâce, de fragilité et de poésie. A tel point que mon fils m'a déclaré en sortant : «  J’ai bien vu, moi, que ce n’était pas la même, elles ne dansaient pas pareil, la première dansait comme une petite fille, la seconde, c'était une autre danseuse, plus âgée!".  Cela tient à si peu de choses : une façon de tenir la tête, de rentrer parfois un peu les épaules, de danser les pas avec une retenue toute juvénile, une ingénuité qui rend les pas plus ronds, comme l'enfance. Quel bonheur de voir cette danseuse talentueuse retrouver le souffle poétique de ses débuts, et son petit quelque chose en plus,  lorsqu’elle était encore première danseuse. Sa   technique  de danse complètement maîtrisée sert  l’interprétation du personnage  et n’est plus une fin en soi. Au fil des tableaux, elle montre d’autres nuances, jusqu’à son fabuleux solo  sur le célesta, à la fin du ballet,  où elle associe  maîtrise parfaite de l’équilibre sur pointe, du tempo, des temps suspendus et de la légèreté absolue.

A ses côtés, le charismatique Mathieu Ganio joue les constrates dans le premier tableau, et apporte ensuite son romantisme et son lyrisme à toute la scène dans le parc enneigé.  

Les pas de deux ont été des moments d’enchantement purs : Dorothée,  aussi légère  qu’un flocon de neige, s’envolait aux côtés de Mathieu.  Lui-même dans les manèges de grands jetés, semblait aussi impalpable qu’un prince entrevu en rêve ; les deux sont unis par un amour aussi pur que la neige qui commence à tomber sur le parc endormi où veillent les anges; c’est dire si la poésie de ce royaume de neige était absolue, soutenue par un orchestre scintillant comme le givre au clair de lune et un corps de ballet techniquement parfait et inspiré. Mathieu Ganio a une générosité en scène inégalée ; avec ses lignes longues, son style plein de noblesse et de grâce mêlées,  il danse sans jamais  dévoiler la complexité des pas, comme si tout cela coulait de source naturellement.   Clara/ Gilbert ciselait tous les petits pas avec une précision d’horloger suisse et une légèreté confondante ; elle a un buste souple, un visage expressif, des bras qui respirent sans cesse, des mains joliments placées et qui restent naturelles, elle danse  "large" mais sobre,  en un mot, elle incarne le mélange parfait de la puissance intériorisée et de la grâce absolue que toute ballerine recherche toute sa vie.

 

Dans le dernier tableau, le bal, Clara et le Prince ont offert un moment de pure magie : équilibre parfait, pied de terre qui ne tremble pas, jambes qui se lèvent en arabesque arrière sans effort  à la même vitesse et à la même hauteur, inclinaison du buste au même degré, et personnages totalement incarnés.  C'est la consécration de l’amour ; après l’argent du pays enneigé et de l’amour pur et naissant, voici l’or d’un amour plus vibrant  qui s’affirme dans toute sa majesté; l’enfant devient jeune fille. Il n'y a plus cette exaltation comme dans le parc, lorsque les amoureux se retrouvent et s'élancent l'un vers l'autre, mais une grâce, une consécration, une reconnaissance mutuelle.

  De tous  les répertoires des grands classiques, les pas de deux de Casse Noisette sont, me semble-t-il, les plus intenses et les plus émouvants.  Leur pureté, leur liberté de ton toute juvénile, leur rire, leur intensité sont soutenues par les plus belles pages orchestrales que Tchaïkovski ait composées, offrant au spectateur des moments suspendus, hors du temps.

Dans son dernier solo, Clara semblait être devenue un  être surnaturel, désincarné. Parée de sa 14956690748_0a8bd7e4fa_b.jpgtiare, et de son tutu à large plateau, elle semblait, en tenant les équilibres au délà du possible, en étirant le tempo vers une suspension du temps, offrir la vision d’un être d’un autre monde. Du grand art…

 

Je rendrai rapidement justice au reste de la distribution harmonieuse, avec l’ébouriffant Fritz de Daniel Stoke, la sémillante Caroline Robert plus à l’aise dans la danse espagnole que dans la danse du soldat turc ( ?) où elle manquait d’angles et de coupant ; Karl Paquette m’a manqué dans la danse arabe – Mickael Lafon -  et Miteki Kudo dans la Pastorale, mais Florimond Lorieux a une batterie fine et précise et de belles lignes ;les trois chinois se sont sortis des acrobaties compliquées avec brio ( Mitilan, Valastro, Couvez)

La Valse des fleurs était réglée comme du papier à musique et du second balcon, c’était impressionnant de voir tous ces cercles s’ouvrir et se fermer comme des corolles végétales.

Les enfants de l'école de danse ont été craquants  à souhait.

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J’aime bien la fin de ce conte, lorsque que Clara sort de sa maison pour dire au revoir à Drosselmeyer qu’elle ne voit pas (un petit garçon lui a crié, « il est là ! » pour qu’elle le voit, c’était adorable !) et elle tend sa main pour sentir la neige et on la sent toute entière frémir d’un quelque chose d’indicible, pendant que lui se pelotonne dans son grand manteau et disparaît dans l’ombre.

 

Bref, merci à tous les artistes de m’avoir rendu intact mon cœur d’enfant pendant deux heures et plus spécialement à Dorothée Gilbert et Mathieu Ganio que j’ai hâte de revoir sur scène.  

 

 

 

un petit bémol : les décors ont souffert, les anges sont tous noirs, le sapin, tout moche..... il ne grandit plus....

ah, quel dommage, le reste était parfait!

 

 

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Casse noisette : réflexions 1

Casse noisette : réflexions 2

 

 

 

Casse noisette 2009

Casse noisette 2009- 2ème

 

 

Photo  : Lidvac

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2 juillet 2014 3 02 /07 /juillet /2014 08:02

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Notre Dame de Paris de Roland Petit…. C’est déjà un souvenir dans mon vieux livre sur la danse des années 70 : Claire Motte et Cyril Atanassof. Ce que j’ai pu rêver sur ces photos aux costumes étonnants !   Le ballet, créé sur mesure pour les deux artistes, était une commande pour l’opéra de Paris qui ouvrait déjà à l’époque ses portes à la modernité – et bien avant  Dame Lefèvre ! – via  Michel Descombey, Roland Petit, Maurice Béjart    

  

Découverte sur scène  beaucoup plus tard, cette oeuvre ne m'a pas plus. La  musique  lourde, sans subtilité aucune, les costumes  plutôt hideux,  la chorégraphie, terriblement répétitive et bavarde en donnent un récit  assez peu attrayant, sans relief, et même assez insupportable par moment. Certes, quelques passages scintillent, telles des pierres précieuses jetées au milieu de gravats, comme le 1er solo de Quasimodo, tout en sensibilité, ou celui d’Esmeralda, à la fois mutin, féminin et si libre !  Ce solo fait partie de mes préférés avec celui de l'Etrangère de Clavigo, tout répertoire confondu. J'ai du le regarder un milliard de fois dans la version DVD avec Isabelle Guérin. De même,  tout le début du second acte est poétique et intense.   Lorsque les solistes sont sur scène, sans un corps de ballet qui ne sert pas à grand-chose, si ce n’est à rendre le tout confus, brouillon et même naïf, on parvient à entrer dans l'histoire. On est même captivé. Il suffit de se rappeler  Hilaire, Legris, Leriche et Guérin pour sentir l'intensité qui palpite dans l'oeuvre pendant certains passages.   Lesquels, fichés dans nos mémoires comme  la voie lactée vue un soir d’été, nous donnent  l’espoir que peut être, le reste qui laisse un si désagréable souvenir,  saura à présent nous plaire, peut être même nous charmer.

Après tout, on le sait : chez Roland Petit,  le plus sublime côtoie le plus improbable !

 

J’avais pris des places pour voir Nicolas Leriche dont ce sont ces dernières apparitions sur scène. Je l’ai presque regretté. Non pas à cause de Nicolas, absolument parfait dans ce rôle déchirant où, au premier acte, il y a si peu à danser – mais alors, quelle danse !

Mais parce qu’il a fallu supporter le bavardage outrancier du corps de ballet, grimé comme le feraient les  pensionnaires d’ une maison de retraite qui ont mis la main sur de vieux costumes des années 70 et s’en accoutrent pour rire  un soir d’Halloween,  la partition qui a du mal à sortir d’un fatras de percussions qui aimeraient trouvé la liberté d’un Stravinsky ou d’un Bartók mais restent au niveau  d’un orchestre de bal, la scénographie si lourde que les techniciens eux-mêmes n’ont pris aucun gant pour pousser les grands panneaux dans lesquels les danseurs veillent à ne pas se tordre une cheville, la potence, ou le décor de Notre Dame.

 

J’imagine sans peine, qu’en 1965, cette œuvre a dû paraître innovante et susciter l’intérêt, mais aujourd’hui, elle fait figure de vieillerie démodée et pire, elle fait rire.

Comment ne pas pouffer devant certains tableaux, le comble du ridicule revenant à Phoebus en perruque blonde «  frisé à la hérisson » et à ses gardes dont les attributs masculins et les pectoraux moulés outrageusement par les  bandes collantes de leurs costumes les font ressembler à des super héros de parades gays. On n’est pas loin des Village people  et pour un peu,   on se lèverait pour entonner avec conviction par-dessus l’orchestre «  macho, macho man !! »

Mais là, sur scène, on ne rigole pas, même si, à la cour  des miracles,  les danseurs rappellent cette fois-ci   les champignons  et les courgettes de la forêt du téléfilm italien    « Fantagharo » .

 

Alors 1h30 d’un tel spectacle, c’est bien long !

Et pourtant, Eleonora Abbagnato, gitane mutine, fraîche, vive, pleine de compassion pour Quasimodo, de sensualité avec Phoebus ou de force face à Frollo et Nicolas Leriche, pauvre hère déchirant de soumission, de solitude,  et de sensibilité,  apportaient à eux seuls la grâce qui sauvent une œuvre.

 

 

A leur côté, le Frollo de Joshua Hoffalt s’est réveillé véritablement au second acte, trouvant enfin au fond de lui la noirceur et l’ambiguité de ce personnage ambivalent.

 

Le quatuor n’était donc pas particulièrement équilibré ce soir de première – et je ne dirai pas un mot sur Florent Magnenet que je pensais trouver superbe en Phoebus mais qui m’a malheureusement fait penser à  Assurancetourix tout du long, comment alors trouver de l’émotion au pas de trois dans ces conditions ?   

On ne peut que saluer l’engagement de tous les artistes dans une œuvre démodée qu’il faudrait retirer définitivement du répertoire.  Ils nous ont rappelé à quel point le ballet de l’opéra de Paris est toujours une grande compagnie ! 

 

 

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Sur la photo, Nicolas serre les lèvres, pour contenir l'émotion que suscita l' immense montée d'amour de son public

elle se souleva comme une vague immense dans tout l'opéra Bastille!

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9 juin 2014 1 09 /06 /juin /2014 19:32

 

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                                                  Laura Hecquet, en rouge cette fois ci ( photo Guilloteau. l'express)

 

Le palais de Cristal de Balanchine, découvert en 1993 à la Bastille par d’émérites interprètes, m’avait laissé un  tel sentiment d’ennui que je n’étais guère prête à le revoir… sauf que, associé à la création de Benjamin Millepied qui a eu le bon goût de choisir une œuvre de Ravel que j’adore, j’ai passé outre ma «  répulsion ». J’ai accepté l’ennui d’un Balanchine pour le plaisir d’écouter un Ravel, me disant que, même si la chorégraphie m’ennuyait, il me resterait la musique…

 

Ce Palais de cristal, qui a défrayé la presse parce que Lacroix a recréé pour la circonstance de fabuleux costumes, a été vu du fin fond du second balcon…

Une aubaine en fait, pour découvrir qui est réellement charismatique !

Et voici le trio gagnant : Paquette, Hecquet et Thibaut.  Leur silhouette, réduite à une hauteur de phalange d’un auriculaire vu de la haut, n’est en pas moins emplie de lumière, et d’un quelque chose qui happe votre regard et le fait irrémédiablement converger vers eux, où que ces artistes se trouvent sur la scène.

Paquette, en rouge, dansait avec Pagliero, magnifique elle aussi : brillante et féminine à souhait, gracieuse, ses petits pieds cisèlaient les pas avec précision d’horloger suisse. Ces pointes,  coupantes comme des diamants, et ses chevilles déliées si libres, donnaient à sa danse  une attaque  vive, une batterie percutante mais racée. Son visage irradiait le plaisir de danser. Toute parée de rouge, une aigrette plantée fièrement dans sa coiffure, elle était belle et pétillante. Paquette occupait tout l’espace scénique ;  sa danse était large, généreuse. On en oubliait les danseurs alentours  tant ce couple captivait le regard.

 

La couleur suivante était le bleu et là, on se surprend à retenir son souffle devant la délicatesse musicale de Laura Hecquet, à la fois princesse lointaine et fée mélancolique, qui harmonise à la perfection des mouvements souples comme les branches d’un saule à un hautbois aristocratique et empli de spleen. La gravité de son visage renforce une impression de noblesse mêlée à une grâce, une élégance naturelles. Tout est moelleux, abandonné, comme dansé en confidence ; l’intériorité de cette âme touchante palpite presque entre nos mains ; quels mots pour décrire les pliés sautillés sur pointes, exécutés avec tant de douceur, comment décrire un buste qui suit les spirales du hautbois avec une tristesse presque Schubertienne ?

Laura Hecquet restera absolument inoubliable dans cet accord parfait sur une musique latine,  claire,  mais ombrée et embrumée d’un peu de Sensucht germanique.

J'étais trop haut pour admirer toute la délicatesse de Nolwenn Daniel,  magnifique dans son costume blanc-rose, accompagnée par Emmanuel Thibaut en grande forme, aux lignes pures, qui prouve encore   que même  près de la retraite il possède encore du  ballon, des pieds précis,  du plaisir à danser, et une espièglerie enfantine qui ravit le cœur.  En vert sapin, F Alu et V Colosante n'étaient  ni très synchrones, ni très bien assortis…  c'était au final un peu brouillon. C’est dommage. 

Dans l'ensemble, les lignes  étaient plutôt belles et le corps de ballet (ce sont les dernières séries) avait trouvé ses marques, son souffle ; il était bien réglé, même si la danse reste un peu figée, un peu glacée.

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La création de Benjamin Millepied m’a un peu déçue, je m’attendais à plus d’intensité. Je suis restée sur ma faim.

Côté orchestre,  déception aussi : sans doute à cause de la danse, les tempos  retenus sont trop lents et trop étirés,  d’une manière générale ; en revanche, le lever du jour a pris le TGV…. Quel dommage, au lieu que les contrebasses paressent langoureusement pendant que les chants d’oiseaux surgissent tranquillement puis s’étirent doucement de leur torpeur, elles cavalaient après eux… à peine sorties de leur songe, les voilà qui s’ébrouent si rapidement que tout semble trop nerveux, trop rapide… l’orchestre a une belle transparence, les pupitres sont bien équilibrés, mais le tout manque un peu de cette sensualité profonde que certains chefs parviennent à donner à cette œuvre délicate et passionnée.  ( Seiji Ozawa, par exemple)

 

Côté chorégraphie, ça n'a pas la puissance d'un Belarbi!

Si je parle de Belarbi, c'est que les danseuses en cheveux longs et jupes flottantes m'ont rappelé son magnifique Hurlevent  et les pirates en noir, les hommes en long manteau, dits « gardiens » de cette même œuvre.

 

Alors, c'est plutôt plaisant à regarder, il y a des moments magiques, mais beaucoup de bavardages, de redites, et de choses parfois un peu naïves.

D’autre  part,  l’utilisation excessive des rondes, boucles, spirales, etc…   finit par  lasser, de même que le procédé de faire partir un mouvement d’un danseur qui le transmet aux autres…

 

De là-haut, les structures de Buren rappellent les cuisines des années 70,  elles masquent d’ailleurs en partie la scène pour certains passages ; du deuxième balcon, les structures ressemblent à de  gros plastiques pendouillant et leur reflet sur la scène blanche est vénéneux.  Les costumes des garçons sont aussi seyants que des baby-gros pour adultes…

 

Côté danseurs, c’était bien dansé : la magnifique silhouette d’Albisson  est vraiment  mise en valeur daphnis.jpgpar la chorégraphie. Fluide, poétique, fraîche, Albisson est une Chloé belle, attrayante.  Marc Moreau danse avec cœur et flamme. Mais à aucun moment on ne sent ces deux artistes véritablement amoureux. Il manque un petit quelque chose pour qu’on sente cet amour.

Fabien Revillon a incarné son Bryaxis avec panache et virtuosité. Le pas de deux avec Léonore Baulac  avait une vraie force et poésie.  

Léonore Baulac est tout simplement fascinante. Séductrice, séduisante, souple comme une liane, on ne la quitte plus des yeux dès qu’elle est en scène.

 

 

Je me demande cependant ce que cette œuvre aurait donné avec la distribution suivante :  Abbagnato, Pujol, Ganio, Alu, elle était mon premier choix au départ.

 

Mais qu'aurait été  cette œuvre  si Millepied avait eu quatre mois au lieu de quelques semaines pour régler la chorégraphie? Certaines scènes restent en mémoire et le tout se suit aisément. Revue sur culture box, j’ai été stupéfaite de constater comme le propos change sitôt que l’on voit l’œuvre de face et de près.  Certains passages y gagnent, d'autres pas du tout.

 

Si elle est reprise dans les années à venir, il est fort possible que Millepied la remanie comme c’est souvent le cas. Une œuvre poétique, assurément, mais à laquelle il manque un peu de force, ou de conviction... 

 

De cette soirée du 7 juin, me parvient,  en écho, sublime et irréelle,  Laura Hecquet,  dans son tutu bleu strassé,  si belle, avec son visage plein de gravité et de délicatesse.

Je lui ai d’ailleurs consacré un modeste article que je compte bien enrichir de photos et de détails biographiques dans les mois à venir.

J’aurais tant aimé la voir passer première danseuse au concours de cette année.

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15 mars 2014 6 15 /03 /mars /2014 08:35

 

Lettre ouverte aux directeurs,  directeurs adjoints  de l'opéra de Paris et ministre de la culture  en mon nom propre.

Sur notre forum figure une lettre un peu différente que vous pourrez lire et signer si vous vous sentez concernés....    http://dansespluriel.soforums.com/index.php

Ces deux lettres seront envoyées en début de semaine prochaine

 

 

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Par cette lettre, je vous fais par de mon indignation quand aux prix des places pour les ballets  pour la saison 2014 - 2015 . Ce qui m’outre le plus, est la mauvaise foi générale, et la déclaration  à la presse, comme quoi il n’y a pas de hausse de prix. Les personnes qui vont régulièrement à l’opéra depuis cinq ou six  savent très bien à quel point ces déclarations sont des mensonges. Et je ne parle pas même pas de celles qui y vont depuis plus longtemps encore.

 

D’une part, il y a eu un redécoupage des différentes catégories, ce qui fait que certaines places en catégorie 5 qui étaient au départ à 12 euros il y a quatre ans, coûtent à présent 25 euros ; cela fait du 50 pour cent d’augmentation ; il s'agit des  4ème loges de côté qui étaient en catégorie 5 et sont passées en catégorie 4

 

Certaines places du parterre de Bastille sont passées de la catégorie 4 à la 3 et à la 2 en quelques années. Ce sont les places le plus sur le côté.  Comme c’est sur celles-ci qu’il y a eu les plus grosses augmentations, ces places  ont donc subi une augmentation de près de 100 pour 100.

 

En outre, la création de la catégorie Optima est un vrai scandale ! Surgi de nulle part, cette création  a augmenté des places déjà coûteuses de près de 70 pour cent (80 euros à 135 euros). Et vous osez affirmer à la presse qu’il n’y a pas eu d’augmentation ?  C’est vraiment  prendre les gens pour des imbéciles !

 

 

Quand j’ai commencé à aller à l’opéra en 1980, la catégorie 1 coutait 105 francs – 16 euros

 

Trente ans plus tard, la même place  coûte 130 euros ; il s’agit donc d’une hausse de 800 pour cent…. Il ne s’agit donc pas d’indexation par rapport à la crise, mais bien d’une politique purement et volontairement axée sur  le maximum de gains même si cela n’était pas nécessaire, car tous les rapports stipulent que l’ONP a un taux de remplissage pour les ballets avoisinant les 97 pour cent

 

Le résultat d’une telle politique – car même les places de 4ème catégories sont passées de 18 à 25 euros, soit une hausse de 50 pour cent, et la troisième catégorie est maintenant à 50 euros et a subi une hausse analogue – est d’exclure toute une catégorie de la population ou de la contraindre à ne pouvoir s’offrir  que de la 4 ou de la 5ème catégorie. Quand on sait comment on y est assis….  

 

 

Et je ne parle pas de ces rangs supplémentaires mis dans les loges, qui font qu’on est à moitié assis sur ses voisins pour la somme de 70 euros … quand on est pas obligé de passer la moitié du ballet debout pour voir quelque chose si peu que les personnes des premiers rangs soient un peu grandes…

 

Auriez-vous oublié que l’ONP est financé en partie pour l’état donc par les impôts des Français ?  En l’occurrence par nos impôts ?

Quelle est cette politique a des années lumière de l’ouverture culturelle faite dans les années 1980 pour ouvrir les grandes maisons d’opéra au maximum de gens ?

 

Quelle est cette hypocrisie que d’offrir dix mois d’opéra à des enfants issus de cités dont les revenus parentaux à deux n’excèdent pas 5 places en catégorie Or ? Est-ce pour leur montrer ce à quoi ils n’auront au final jamais accès ?

 

 

Nous faisons actuellement un magnifique retour en arrière. On se croirait de retour à l’époque de la monarchie. Sûr que pour les membres les plus fortunés de l’Arop, tout ceci ne fait aucune différence, mais pour «  le Français moyen » c’est choquant et révoltant.

 

Que l’opéra soit hors de prix est déjà choquant – mais que le ballet le devienne alors qu’on sait que les danseurs sont des fonctionnaires d’état l’est encore plus.

Car les danseurs n’ont pas  des cachets hors de prix, comme c’est le cas pour les chanteurs, les metteurs en scène ou les chefs d’orchestre qui se font payer à prix d’or  pour l’opéra.

 

Tout cela me révolte, et je ne peux accepter que le ballet de l’opéra de Paris qui est un ballet d’état dans un théâtre d’état concurrence les prix et même les dépasse, des théâtres privés  et tombe dans cette image élitiste qu’il avait réussi à quitter.

 

Autrefois, il y avait des prix pour les matinées et pour les œuvres avec bande son au lieu d'un orchestre qui était 20 pour cent moins chers et qui ont disparu il y a six ans.

 

 

Alors les prix pour les lundis ne feront pas passer le reste du prix à payer.

Pensez vous à ceux qui habitent en Province et ne peuvent pas venir à Paris ? Ou à ceux qui en plus du train, de la place, sont obligés de dormir sur place ?

 

Mais j’ai oublié : le parisianisme forcéné fait aussi partie de la panoplie de ces financiers qui se sont penchés sur les schémas des salles afin d’en tirer le plus grand profit.

Sans doute pour gaver les membres de l’Arop de champagne et de petits fours lors de ces manifestations qui leur sont réservées.

 

Je suis partagée entre la honte, la douleur et la révolte de voir   que les gens de pouvoir font  de cette maison une entité de luxe, réservée à une élite.

 

A quand le port obligatoire du nœud papillon ou de la robe de soirée pour venir voir un ballet ?

 

 

 

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4 mars 2014 2 04 /03 /mars /2014 09:45

Soirée d'adieu du 28 février  d'Isabelle Ciaravola

 

Tatiana : Isabelle Ciaravola

Onéguine :  Hervé Moreau

Lenski  :  Mathyas Heymann

Olga :  Charline Giezendanner

 

 

 

 

 

Lors de la dernière reprise en décembre 2011, j’avais eu le plaisir de voir la Tatiana d’Isabelle avec Mathieu Ganio. J'étais impatiente de découvrir cette même Tatiana aux côtés d'Hervé Moreau.

  Ce danseur mince, musculeux, mais très fin exhale dès son entrée une puissance, une autorité souveraine. Sa technique, aiguisée comme une lame de couteau, dessine  un personnage noir, odieux, en colère contre lui-même. Sa rencontre avec Tatiana fait froid dans le dos : la jeune fille, lointaine et douce, peu préoccupée des choses qui amusent ses proches, tombe sous le charme immédiat de cet homme hautain et tranchant comme une faux qui oublie jusqu’à sa présence. La première variation d’Onéguine est un concentré de lassitude, d’aigreur et de douleur. Il n’a plus de rêve. On aurait envie de souffler à Tatiana de fuir.
 Je ne sais toujours pas comment Ciaravola fait pour passer d'une presque enfant mélancolique, un peu hors du temps,  pleine de compassion pour les autres, la tête emplie de romans à la femme accomplie et rayonnante qu'elle devient au troisième acte. Aux angles durs, secs, aux arabesques pointues d’Onéguine, elle oppose une silhouette ondoyante et  délicate, toute en finesse et en délié, et son regard limpide. On ne pourrait imaginer un couple plus mal assorti.

Le pas de deux dans la chambre est  intense, fluide et glacial tout à la fois : on dirait que c’est la mort elle-même qui a surgi du miroir, et non pas un amoureux. Lors des portés vertigineux et périlleux, Isabelle n'est qu’une plume dont se joue celui qu’elle aime. Là où elle exprime la douceur du désir, il montre la force de son emprise sur elle. A son réveil, elle décide de lui faire parvenir sa lettre : son geste est réfléchi et passionné tout à la fois.  Tatiana est douce mais déterminée.

L’ Olga de Giezendanner,  est pleine de vie, malicieuse et  beaucoup moins superficielle que dans le roman. Cette sœur,  aux antipodes de Tatiana,  forme avec  Lenski un couple plein de fraîcheur : Heymann est parfait en  poète candide qui n'a pas vingt ans et qui met le monde en vers parce qu’il est amoureux. Sa technique a la rondeur et la candeur de l'enfance par encore quittée.  

 

  La scène du bal qui fera tout basculer, évoque les quatuors de Don Giovanni  ou des Noces de Figaro, où chacun chante un sentiment différent entremêlant des émotions parfois aux antipodes.  Onéguine enrage, Olga s’amuse, Lenski est blessé, Tatiana pressent le drame. Tout finira par la mort absurde du poète, plongeant les deux sœurs et Onéguine lui-même dans la douleur la plus totale. Juste avant le duel, les adieux de Lenski-Heymann à la vie sont poignants.

 

Pour le dernier acte, Paquette-Grémine semblait très ému.  Il est un mari aimant  mais sérieux. Parée de sa robe rouge, Ciaravola/Tatiana  aime son mari  et assume à présent parfaitement une place importante dans la société. Elle se plie de bonne grâce aux devoirs de son rang. Quand elle croise Onéguine, elle reçoit un choc, mais reste maîtresse d’elle-même ainsi que l'exige son statu.
Onéguine, bouleversé par cette rencontre,  revivra son passé dans une sorte de frénésie touchante : on se trouve pour un court instant en osmose avec lui, son cœur nous est enfin ouvert. A ce moment là, Hervé Moreau est comme un chat écorché, tout à vif devant la douleur des souvenirs.

Dans le dernier pas de deux, Onéguine montre une telle violence dans l'intensité de  ses sentiments  qu’il en devient brutal. Il impose sa passion avec une rage excessive, utilisant sa force physique pour convaincre Tatiana  de son repentir.  Ciaravola oscille sans cesse entre l’abandon à cette passion restée vivante en elle, et le refus d’y céder.  Elle finit par déchirer la lettre d’Onéguine,  parce qu’il n’y a pas d’autres choix possible mais ce geste la brise. Et dès le départ d’Onéguine,  elle tombe à genoux, anéantie.

Ce pas de deux a atteint des sommets d’intensité dramatiques. Les deux danseurs semblaient survoler toutes les difficultés techniques, et n’être plus à ce moment là que sentiments passionnés et douleur profonde.

L’ensemble du ballet a été porté avec émotion d’un bout à l’autre par une troupe soudée et harmonieuse et des solistes de haut vol. Cette représentation rejoint les «  inoubliables » parmi lesquelles cette année, il y a aussi la Dame aux camélias et Le Parc, toujours avec Isabelle Ciaravola.

 

 Autre lecture

 

 

Il est passionnant de voir que la lecture est très différente de celle que fait Mathieu Ganio, plus fidèle au roman. Les pas de deux par exemple, n’ont pas cette violence, cette brutalité qui fait frémir. Avec Mathieu Ganio, Onéguine est bien l’Harold Childe de Byron, auquel s’identifiait Pouchkine et non pas le personnage noir qu’on trouve aussi dans l'oeuvre de Musset, « confession d’un enfant du siècle » auquel Sami Frey donnait un visage     implacable.

Celui de Ganio est plus slave, il porte en lui un spleen, une Sensucht typique de ce siècle ; il blesse par incapacité à avoir envie de vivre, ce que Pouchkine décrit dans son roman. Mais il n’est pas cruel ; quand il déchire la lettre, c’est pour protéger Tatiana de lui-même ; le pas de deux du miroir est lyrique et passionné. Et au troisième acte, la prise de conscience qu’il aime Tatiana est réel. Il ne vient pas s'emparer d'elle de force mais lui dire avec d’infinis regrets   tout l’amour qu’il porte en lui.

Les deux Onéguine sont aussi splendides l'un que l'autre, le premier est tranchant comme une faux, le second, insaisissable et fantasque et leur partenariat avec Ciaravola est également poignant.

    
 
 

 

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