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Shabastet

  • : Danse et... danses!!!
  • : Blog sur la danse en général et l'opéra de paris en particulier rédigé par Valérie Beck, administratrice du forum danses pluriel
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Noureev

 

Danser, telle la phalène sous la lune, le pinceau du calligraphe, ou l'atome dans l'infini 

                                              

marie-taglioni-in-zephire.jpg

25 janvier 2014 6 25 /01 /janvier /2014 10:12

Quand on n'a pas le choix, on a l'embarras n'est ce pas?

C'est ce à quoi Dame B a habitué les malheureux spectateurs réguliers et les balletomanes depuis déjà plusieurs saisons.... si elle restait encore un  peu,  je crois qu'on assisterait même à des ballets virtuels, avec renfort d'image en trois D, pour supplér aux " trous" des grilles de distributions...

 

Les distributions sont tombées.... et il y a de quoi être vraiment consterné.

Trois titulaires pour les rôles de Tatiana ou de Onéguine. Même chose pour Lenski et Olga; on nous ressert du Magnenet!.... Fabien Révillon apparaît à peine...

 

Il y a trois ans, cela avait déjà été un vrai casse tête pour réunir une distribution digne de ce ballet...

Mckie étant recruté en urgence aux cotés d'Aurélie Dupont,  et dans la panique totale, personne ne voulait assurer la première... bref....

 

Là, c'est pire encore  :

 

Pour Tatiana, Ciaravola, Pagliero et Albisson.....

 

Pour Onéguine : Hoffalt, Moreau et Paquette...

 

 

J'ai beaucoup, mais beaucoup de mal à imaginer Albisson en Tatiana; dans la Belle, j'ai plus vu un Trader aux dents longues, arpentant Wall street, qu'une princesse.... alors Tatiana!

Bon, d'aucun diront qu'au contraire, c'est en dansant qu'elle apprendra à développer son artistique...

sans doute.. mais sans moi...

 

Quand à Pagliero, elle a une énergie de feu pur.... les rôles où je l'ai aimés étaient Kitri, flamboyante et Gamzatti... en revanche, dans des rôles plus lyriques ou plus classiques, j'ai été moins convaincue...

 

Pour Onéguine, je regrette vraiment la présence de Mathieu Ganio....  même si je me réjouis de voir deux fois le couple Ciaravola/Moreau accompagné de :

Giezendanner + Marc Moreau

Ou Marion Barbeau + Heymann

 

J'attendais les distributions pour y retourner une 3ème fois, mais je crois que je m'arrêterais là....

 

Ont donc disparu des distributions : Ganio, Ould Braham et Pujol... il paraît que les distributions vont changer, on ne s'en étonnera pas....

et pendant ce temps, tout le beau monde répète Melle Julie  ou Fall river legend.... 

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31 décembre 2013 2 31 /12 /décembre /2013 11:17

Le Parc – Prejlocaj

 Isabelle-Parc.JPG

 

Belle surprise que ce Parc qui ne m’avait pas convaincue en DVD et que j’ai véritablement découvert le 28 décembre dans la très belle distribution de cette matinée, avec Ciaravola/Bullion. Je ne m’attendais pas à tant de nuances de sentiments, de contrastes, et d’humour aussi.

Prejlocaj a pris le parti d’illustrer à la fois les Précieuses de la fin du 17ème siècle, et la société libertine de la fin du 18ème.

On est à mi chemin entre Roxanne et Marivaux, entre  la Princesse de Clèves et Beaumarchais.

 

Dans le premier acte, les Précieuses-Libertines, costumées comme des garçons,  revendiquent leur égalité dans le jeu du marivaudage : je t’approche, je te fais de l’œil, mais je reste la maîtresse du jeu ! Pas question de céder !

Il faut voir comme la troupe de l’opéra de Paris s’en donne à cœur joie pour installer ses chaises. On s’approche, on s’observe, on recule, on se séduit, on se dérobe, on se moque, on pouffe, puis on revient joyeusement à la charge ; le point culminant de cet acte est lorsque le jeu tourne aux chaises musicales,  qui est comme un clin d’œil à  celui de l’Amadeus de Milos Forman. Mozart aimait aussi le marivaudage, comme en témoignent certains documents, et ses soirées étaient parfois fort libertines…  peut être le choix de la musique vient-elle de là…

Dans ce climat où filles et garçons jouent à «  attrape moi si tu peux » un couple se rencontre. Le jeu cesse, l’amour s’impose. Mais va-t-on écouter son cœur ? Il y a tant de questions qui se posent : que faire de cet amour, comment le vivre, est-il possible de s’y abandonner, de lui faire confiance ?

Ciaravola et Bullion donnent beaucoup de gravité et de détresse au milieu de la joyeuse troupe qui s’amuse et batifole. Lui se rappele que l’amour fait surtout souffrir, et les anciennes blessures animent sa danse ; il ne peut ouvrir son cœur, et les cabrioles de joie où s’anime un cœur amoureux,  s’achèvent par des pas qui s’esquivent ; impossible se déclarer. Face à lui qui hésite, comment pourrait-elle s’abandonner ?  La peur est là aussi, de se perdre, peut être, d’être trahie, ou trompée. Entre ces deux là, le jeu a cessé. Isabelle donne à cette femme une fragilité extrême, une grande beauté, et une gracilité empreinte de noblesse. Bullion donne sa grande sensibilité et profondeur à ce personnage.

 

Le début de l’acte suivant  exprime en quelques minutes toute la poésie d’un groupe de femmes en grande toilette fleurie, qui étouffent sous la chaleur de la fin d’un après midi d’été. Et cette fois ci, on pense à la sieste d’Autant en emporte le vent, lorsque les demoiselles ont défait jupe et panier pour dormir dans la chaleur du Sud, tandis que Scarlett, elle, ne se déshabille pas : elle veut dire son amour à son cousin et part à sa recherche dans la maison, toute enrubannée de frou-frous et de rubans verts. Après quelques évanouissements et beaucoup de rire, jupes et paniers sont abandonnés et il ne reste que le corset et la chemise.

 

Le-Parc-0002.jpg                       Photo Michel Lidvac

 

 

La belle jeune femme arrive, dans son immense robe rouge : la passion qui couve, mais les mètres de tissus et le large panier permettent une protection : l’amour est mis à distance  et la jeune femme se protège dans sa robe-abri. Tandis que les autres jeunes femmes   s’adonnent à quelques caresses et baisers sous la frondaison des arbres  après avoir couru en tous sens  dans le parc, poursuivies par les garçons et sans céder trop vite,  la jeune femme et le garçon hésitent.

A la fin de l’acte, la jeune femme ne cède pas, elle porte toujours sa jupe et son corset, et bien qu’elle soit submergée par son amour, et prête à céder, elle questionne le jeune homme. Ciaravola est  toute en fragilité  face Bullion tout en blessures ; il n’est pas un de ses libertins aguerris, beau parleur, prêt à tout pour arriver à son but.  Il est maladroit, emprunté, un peu gauche, peu sûr de lui,  et tout empli d’une sensibilité qui lui retire l’audace et la bravoure.  On est face à deux êtres que la vie a blessés.  Il est surprenant de voir comme ces deux artistes règlent leur duo comme le feraient deux acteurs ; sans mot, on peut pour ainsi dire suivre leur dialogue, et toute la nuance de leurs sentiments, de leurs questions, et même de ce qu’ils ne se disent pas, de ce qu’ils ne s’avouent pas. Les regards, les expressions du visage, les gestes les plus humbles expriment toute une palette de sentiments et d’émotions. C’est tout en finesse, en sensibilité, en retenue et d’une profondeur presque vertigineuse.

 

Dans le troisième acte, la nuit est tombée ; c’est sous un ciel plein d’étoiles que triomphent les libertins sur les jeunes filles qui ont cédé et le regrettent.  Plus de pantalons, plus d’égalité,  plus de robes fleuries non plus, les fleurs sont fanées ; plus de corsets féminins, mais des jupons de tulle noir, des jupes de deuil, dont tout à l’heure, elles revêtiront leur visage et où elles cacheront leurs larmes. L’amour  est consumé/consommé : c’est le temps des larmes, de la désillusion. Les garçons les emportent sans plus de manière, en les hissant sur leurs épaules comme des sacs. Adieu joyeux marivaudage !

Cette petite tragédie qui laisse les libertins tout bondissants s’achève  sur l’ultime face à face où l’amour véritable triomphera – au moins pour ce soir là – entre la jeune femme en rouge, et le garçon au gilet à  fleurs. Les jardiniers retirent l’un après l’autre les vêtements de la jeune femme ;  elle baisse ses armes : c’est une mise à nu de l’âme. Face à elle, le garçon se met à nu aussi.

Prejlocaj fait triompher après les jeux et les larmes un amour sincère, profond, qui tourbillonne. Ciaravola et Bullion ont su donner des accents de sincérité et de candeur désarmantes à ce dernier pas de deux… on se prend à espérer qu’ils seront heureux ensemble, et que cet envol est aussi celui de leurs âmes réunies…

 

Côté danseurs, je les salue ici tous avec enthousiasme, et notamment Yann Saiz – des dons de comique que je ne lui soupçonnais pas - et la si gracieuse Galloni ! Mais tous excellaient à commencer par :

Les-jardiniers.JPGLes quatre jardiniers  - Valastro, Bodet, Couver, Gaillard - étaient réglés comme du papier à musique !

Le reste de la troupe a créé une connivence entre eux fantastique pour le plus grand bonheur de nos yeux émerveillés ! –

Les demoiselles: Bance, Granier, Kamionka, Laffon, Robert, Westermann, Hilaire, Galloni 

Les Messieurs :   Charlot, Renaud, Saïz, Bertaud, Demol, Gasse, Leroux.

 

corps-ballet.JPG

 

  la troupe, parfaite!

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26 décembre 2013 4 26 /12 /décembre /2013 09:37

 

Cet artiste qui est resté longtemps éloigné de la scène est l'un des grands joyaux de l'opéra de Paris. Je dois le voir dans le rôle du prince Désiré dans une dizaine de jours.

La première fois que je l'ai vu, c'était dans un hideux ballet de McGregor. Il entre en scène, mon souffle se coupe. Non seulement sa danse est onctueuse, virtuose, enlevée, vivante, mais surtout, une vraie personnalité se dessine en scène;  ensuite, je n'ai pu le voir qu'en vidéo, sauf dans la Dame aux Camélias, où il incarnait Lescaut. Une danse toujours à couper le souffle, tant pour la beauté quasi spirituelle qui en émanait que pour la sensibilité de l'interprétation de ce personnage.

 

Mais voyez plutôt par vous même : un internaute a eu la bonne idée de publier sur youtube le long et magnifique solo du Prince Désiré, qui a tout pour être heureux mais qui, tel un Harold child, aspire à autre chose. 

 

Dans ce solo qui exalhe un ennui pré-romantique,  - une Sehnsucht puissante et mélancolique -  Noureev a mis non seulement les pas qu'il affectionnait particulièrement mais aussi son âme slave. Chaque lever de bras, détourné, petits pas qui s'enchaînent a un sens.  Chaque saut est un bondissement de l'âme, une quête vers l'inaccessible. Noureev ne mettait pas des pas " pour faire joli" et encore moins pour mettre sa virtuosité en lumière - dans les années 70 elle n'était déjà plus celle qu'elle avait été dans les années 1960 - mais pour exprimer le mal de vivre du Prince.

 

Mais Désiré n'est pas  Siegfried, qui veut fuir la réalité du monde, comme Louis II de Bavière le faisait près de son Lac. Désiré aspire à trouver un sens à sa vie,  et il cherche aussi l'amour.

 

La variation commence par une série de doutes, de questionnements, de silences, avec la figure de l'arabesque fouettée avec changement de bras; puis elle continue avec l'expression d'affirmations sur le non-sens d'une vie de rêve mais creuse. Et enfin, surgit la quête elle même, et aussi la mise à nu de tout ce qu'est le Prince Désiré. Le feu intérieur, la passion, la quête d'un idéal culminent au milieu de la variation : l'aspiration est là, toute entière.... reviennent ensuite les questions, les doutes du début - 3:00 -  mais l'espoir pointe.

la variation s'achève, après une série de petits pas sautillés dans le sol et petite batterie - sur la série de double tours assemblés - 5:00- et une dernière interrogation mêlée d'espoir

 

C'est un alto  qui déroule sa longue mélodie -pas aussi pleureur que le violoncelle, mais plus apte que le violon à exprimer l'âme humaine pour ce passage précis.

 

Noureev aimait Shakespeare et sans doute a t'il pensé à Hamlet en composant ce long solo-monologue du Prince.

 

A présent, regardez Mathias Heymann.... c'est pur, c'est virtuose, mais surtout, c'est profond...

 

J'ai le souvenir dans ce type de rôle d'une émotion semblable : Mathieu Ganio en Drosselmeyer il y a quelques hivers; et N. Leriche en Siegfried il y a plus de dix ans. Simple, sobre, dans un don total d'eux mêmes.

 

 


 

 

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22 décembre 2013 7 22 /12 /décembre /2013 10:21

 

 Belle-21-decembre.JPG

 

 

 

 

albisson-magnenet.JPGQuelques mots sur cette Belle au bois dormant vue en matinée le 21 décembre

  Albisson, excellente technicienne, aux qualités de danse évidentes - superbe placement, ballon, jolis bras - a pour l'instant une personnalité artistique qui manque de maturité.  Certes, elle n'a que 24 ans et une telle maîtrise technique a son âge est plutôt de bon augure. Il faut espérer qu'elle trouvera sur sa route des aînées pour l'aider à mûrir et comprendre ses rôles; sinon, l'opéra aura en elle une belle technicienne mais pas une artiste.

 

A ces côtés, Magnenet a eu quelques jolis moments ; mais il est resté sage tout du long, privilégiant une danse la plus propre possible à l'interprétation d'un personnage; sa ligne est belle, il a plus d’assurance qu’il y a quelques temps, il a du ballon,  l’élévation des sauts est là,  - c’était visible dans la variation de la Chasse, plutôt réussie -  et les tours sont très agréables à l’œil.

Il est dommage que ses pieds semblent sans force, ce qui fait que l’énergie ne va jamais jusqu’au bout des mouvements.  S’il était libéré de ce souci technique, - n'y a t'il donc personne à l'opéra pour le faire progresser sur ce point? -  il pourrait sans doute artistiquement donner plus, car le potentiel est bien là. Il y a plus d’abandon dans sa danse qu’il y a quelques temps ; il a mûri.

 

 

Le ballet, heureusement,  propose une multitude de petits rôles tous plus adorables les uns que les autres ce qui fait qu'on se console un peu d'un couple un peu décevant par rapport à l'histoire qu'ils doivent endosser et faire partager. Parlons en un peu en détail.


 

Carabosse-et-Lilas.JPG 

 

 

A commencer par Carabosse, à laquelle Sabrina Mallen qui porte magnifiquement bien le somptueux

costume noir et violet,  pourrait donner encore plus de férocité ; face à elle, la poétique, douce mais libertaire fée des Lilas de  Marie-Solène Boullet fait preuve d'une autorité naturelle.

Les fées, merveilleusement ensemble, n’ont pas  toutes brillé de la même façon seules en scène ;   la 3ème fée d' Emilie Hasboun était plus en retrait que les autres et pourtant, Emilie a  étincelé dans les Pierres Précieuses, tout comme  Laure Adélaide Boucaud et Fanny Gorse.

Cette même Fanny Gorse danse l’ingrate variation de la fée Violente (en rouge) avec ce qu’il faut de violence, précisément. Elle y montre un tempérament passionné et dose savament passion et élégance. Du grand art. Les arrêts brusques, les index tendus, les décalés du buste, le tempérement bouillonant de la fée est bien là, mais sa poésie aussi.

La jolie  fée canari de Marion Barbeau, vive et mutine à souhait – ses bras pourraient être encore plus précis – et celles de  Léonore Baulac ainsi que  Jennifer Visocchi, adorables dans leurs pas de deux complétaient ce tableau des fées, auquel il manque la 6ème : Valentine Colosante. Sa danse manquait de moelleux et de douceur. Mais   elle a  remplacé au pied levé Laura Hecquet, ce qui peut expliquer cela. En outre, les manches ballons de son costume  remontent trop quand elle lève les bras.

 

La première fée, Bourdon, danse une variation qui ne met pas en valeur ses qualités.

 

 Catalabutte – Pascal Aubin –  nous fait éprouver tour à tour le mépris dû aux faibles et la compassion pour ceux totalement dévoués à leur maître  et près à tout pour les servir. La Reine - Christine Peltzer-   pleine de douceur, d’amour  et de pardon est flanquée d’un mollasson de mari, Florent Mélac, plus louis XVI que Louis XIV. Le pauvre homme ne  sait jamais quoi faire, ni quelle décision prendre et reste souvent empoté  pendant que les autres règlent les problèmes à sa place !

  Les chevaliers du premier acte et les amies d’Aurore débordent de vie et d'enthousiasme.

 A la fin du premier acte, on se prend de pitié pour les trois fileuses – Mélissa Patriarche, Chloé Reveillon et Alizée Sicre

 

Au second acte, les chasseresses et les chasseurs, costumés à la  Watteau  - 100 ans ont passé - évoluent sur fond de ruines. La végétation luxuriante a envahi  les cintres –  et dans ce décor de rêve,  les Dryades évoluent avec légèreté,  grâce, et  poésie. Dommage que le jupon de leur tutu,  soit un peu trop volumineux au niveau des hanches, réduisant  de ce fait leur taille.

 

 

Pour le mariage, l’Or de Cyril Mitilian, aux belles lignes, à la danse moelleuse et  sans raideur, et le Diamant de Aurélia Bellet illuminent la scène.


 

oiseau-bleu.JPGL’oiseau Bleu de Marc Moreau,   un peu trop bondissant lors de son entrée, prend magnifiquement son envol par la suite !

Charline Giezendanner/Florine n'écoute pas vraiment l'Oiseau Bleu ; les petits sauts 4ème attitude sont décalés, les poignets manquent de préciosité.  Ceci est largement compensé par son charisme.

Le duo Florine/Oiseau semble  animé par un seul et même souffle : superbe !

 

 

 

 

 

 

Les deux chats minaudent, se câlinent et se taquinent– Lydie Vareiles et Axel Ibot – pour le plus grand plaisir du public.

les-deux-chats.JPG

 

 

 

 

 

La polonaise et le finale sont enlevés avec bonne humeur et enthousiasme.

 

Pendant les saluts, mon regard était toujours ramené vers Charline, tellement radieuse et lumineuse !

Aurore était plutôt un crépuscule….

 

 

Bref, un beau moment de danse, auquel il manquait cependant de l'émotion comme j'ai pu en voir lors de représentations passées. Je regrette un peu les artistes d'antan. Pontois, pour ne pas la nommer, merveilleuse princesse Aurore,  Fanny Fiat, Céline Talon, Laurent Hilaire... Il m'a manqué la chaleur de ces représentations passées qu'on croit avoir oubliées mais qui hantent sitôt qu'on est confronté à quelque chose de très bien mais d'où l'émotion est absente.

 

 

 

 

 

 

Le mot de la fin :

 

Placée côté cuivres, il est impossible d’entendre les cordes et les bois qui semblent presque en décalage. C’est très déséquilibré ! Qu’est ce que l’orchestre sonne mal de ce côté ! Alors on entend très disctinctement les «  poum, poum poum » du tuba et pas du tout les violons

C'était affreux surtout sur la variation d’Aurore au 3ème acte.

 

Les roses : pourquoi ces affreuses roses jaunes aux horribles pétales mollassons ?

 

Pourquoi Aurore ne jette t’elle plus les roses la seconde fois pour dire «  non, je ne veux pas des prétendants que vous voulez m’imposer, c’est mon cœur qui choisira ? »

 

Et enfin, pourquoi des maquillages si sages ?

 

Où est le bout noir du museau des chats  et leurs moustaches? Les maquillages sont tellement sages que même placé  très près, c’est terriblement fade. Au fond du second balcon, on ne doit rien voir du tout!

 

Enfin, bravo à tous les artistes qui semblaient heureux sur scène !

 Et rendez vous le 4 janvier pour la Belle avec Heymann/Ould Braham !!!  J'espère que l'émotion sera au rendez vous!

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15 décembre 2013 7 15 /12 /décembre /2013 08:57

la_belle_au_bois_dormant.jpgJe viens de regarder le " digest" de cette Belle au bois et au vue des critiques que j'avais lues  autant sur les ratés de Ganio que sur le stress d'Abbagnato, je m'attendais à quelque chose d'assez difficile à regarder

 

Quelle n'a pas été ma surprise!

 

J'ai vu une Aurore idéalement interprêtée, toute en délicatesse, en retenue, mais aussi avec beaucoup de tempérament- Abbagnato utilise la grande fluidité de ses bras, ses épaules et son cou pour exprimer toute une palette de sentiments. Elle est vivante, humaine et princesse à la fois; la composition de son Aurore est très réussie. Dans le montage montré à la télé, son Aurore affirme une belle technique.  Les sauts sont extrêmement légers, les piétinés ciselés,  et tout l'adage à la rose a un souffle qui ne retombe jamais. Son entrée est vive, légère, avec des sauts de chats incisifs et primesautiers, comme on en aime à les voir dans cette entrée.

 

Pour l'adage à la rose, on lui repproche son peu  d'amplitude dans les développés secondes? Pontois ne les avait pas non plus! Il n'empêche quelle mène ce difficile adage jusqu'au bout, sans perdre un seul instant son personnage : courtoise, certes, avec les 4 princes, mais déterminée! Aimable, bien sûr, mais sans pour autant se laisser impressionner...

 

J'ai particulièrement aimé sa variation du 3ème acte : idéalement danseé pour moi! c'est exactement ce genre d'interprétation que je rêvais de voir, et Abbagnato associe à une grande préciosité beaucoup d'élégance, de jeunesse et de fraîcheur!

Elle s'y montre extrêment musicale; elle a une façon de faire les petits retirés du début avec ce quelque chose qui montre à la fois sa délicatesse, son statut de princesse, mais aussi son caractère bien trempé.  Le passage avec le mouvement des avant bras et le pied arrière qui glisse au sol est magnifique, alors que chez bien des danseuses il est ridicule!

 

Quand à Matthieu Ganio, quel beau Prince! Elegance, grande amplitude dans les sauts, ligne superbe qui convient parfaitement bien à ce style de danse et de rôle

Alors oui, il ne ferme pas ses 5ème après les doubles tours ou assemblés? Il rattrape ses petits manques par une poésie et une âme que je préfère mille fois voir à une interprétation propre mais sans coeur

Dommage que la télé n'ait pas proposé la grande variation de l'acte 2 écrite par Noureev

 

Je  profite donc de ce  blog pour saluer leur interprétation et les remercier de ce grand moment de poésie. Les mots qui  décrivent ce que je viens de voir sont : poésie, sensibilité, âme et fraîcheur...

 

 

Tout comme je salue aussi le poétique et miraculeux pas de deux de l'Oiseau Bleu, avec Heymann et Ould Braham

Une perfection!!!!

 

Pour ma part je verrai la distribution Albisson/Magnenet  puis Ould Braham/Heymann

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13 novembre 2013 3 13 /11 /novembre /2013 07:49

 

 

Au moins trois  raisons, non quatre! d’être contente de sa venue !

 

Raison numéro : son nom !

 

537641879 danse benjamin millepied presente une creationAprès Petipa en Russie, Millepied à Paris, c’est savoureux quand même ? Bon, il ne vient pas en tant que chorégraphe mais directeur de la danse, une nuance de taille, mais déjà son nom est un gage de bonne-humeur ! J’entends déjà les blagues circuler dans les couloirs de l’opéra : les danseurs viendront travailler le sourire aux lèvres !

Un tel nombre de pieds est sans doute le signe d’un caractère affable, courtois, joyeux ! En plus, cela lui sera très pratique pour courir d’un étage à un autre, d’un opéra à l’autre !

 

 

La seconde : la Belle Nathalie : elle va vivre une grande partie de son temps à Paris et en est ravie et nous aussi ! Ah, on peut penser ce qu’on veut de Black Swan, n’empêche, elle y était bouleversante… la danse aime vraiment Nathalie : un rôle de danseuse, un mari  danseur… donc nous aussi, on l’aime !

 

La troisième, plus sérieusement, est que le monsieur vient de remettre des videos de sa jeunesse, et c’est de bonne augure : légèreté, précision technique, présence… oui, c’est un vrai danseur qui nous arrive et  qui s’est plus que frotté à la technique classique. Il ne crachera donc pas sur elle, ni ne la méprisera. On peut aller jusqu’à rêver qu’il ne se servira pas du répertoire  classique comme d’une vache à lait pour produire de hideux spectacles contemporains, mais bien pour mettre en valeur la compagnie toute entière, des danseurs étoiles en tête  (et même ceux qui ne dansent plus de classique) …. Jusqu’aux quadrilles ! Allez hop, tout le monde s’y met, s’il vous plaît !

 

La dernière raison est que un peu d’oxygène dans les murs de l’opéra de Paris après le rideau de fer, ma foi, ça ne peut être que bénéfique à la compagnie  de danse.

 

Hilaire, s’il avait pris la suite,  aurait sans doute  continué  la même politique de danse qu’aujourd’hui

Leriche comme Legris connaissent très bien les danseurs, trop peut être.  Ils ont tous les deux fait leur classe à l’opéra, et ont côtoyé la compagnie pendant de longues années.

 

Millepied, lui, débarque d’Amérique, même s’il a fait ses classes à Bordeaux ; il n’a pas dansé avec les plus mauvais,  - Robbins en tête  et Balanchine- Il fut danseur étoile du NY city Ballet.  

Il aura donc  un regard neuf, un regard frais  sur la compagnie, et sans doute aussi admiratif devant l’excellence de la troupe sur le plan technique! De quoi rebooster le moral des troupes !

Comme la compagnie (moyenne d’âge 25 ans), il est jeune (36 ans), et on sait que jeunesse et enthousiasme vont souvent de pair.

Les danseurs, pour la première fois depuis longtemps, auront l’impression que tout le monde a à nouveau ses chances, est à égalité. Avant que clan et chouchous ne surgissent – ce qui ne sera pas forcément le cas – il y aura un temps neutre, où les pendules seront remises à zéro.

De quoi redonner un peu d’ardeur à une compagnie qui a montré plus d’une fois des signes de lassitude…

Pendant les premiers temps, au moins, tout le monde «  y croira » à nouveau

 

Millepied, l’homme du renouveau : ma foi, ça me plaît !  Je lui souhaite en tous cas beaucoup de courage avec la paperasserie française qui en a fatigué plus d’un avant lui ! Espérons que comme Noureev, il saura faire avec, passera par-dessus les contraintes si «  françaises »  et donnera le meilleur à une compagnie que j’aime de tout mon cœur.

 

 

 


 
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11 novembre 2013 1 11 /11 /novembre /2013 09:56

 

 

 

J’avais pris des places pour deux raisons ; la première, pour voir Nicolas Leriche que je n’ai pas vu depuis Rendez vous ou Appartement, car ces 8 dernières années, j’ai joué de malchance quand aux grands Noureev : blessure, ou partenaire blessée, ou grève… (Le Lac, Casse Noisette, Le Prince de Cendrillon…)

Comme Nicolas termine sa carrière à l’opéra cette année, l’occasion était trop belle de le revoir une fois encore. Il aura durablement marqué mes 15 dernières années de spectatrice…

La seconde, est que je suis très sensible à l’esthétique et l’univers de Teshigawara.

C’est une histoire de coup de foudre. Elle a commencé avec Air, créé pour l’opéra de Paris en 2003 ;  alors que les trois quarts des spectateurs criaient à la fumisterie chorégraphique, j’étais complètement envoûtée par le travail sur l’air précisément qui était fait dans cette œuvre, où les corps comme dématérialisés semblaient se mouvoir en apesanteur. Une intense poésie se dégageait de l’ensemble ; Miteki Kudo, irréelle, était comme l’écume, ou comme un nuage qui  bouge, prend et change de forme au gré du vent, une simple petite brise la plupart du temps, comme le  zéphir de l’été.

Quand à Jérémie Belingard qui participait déjà à cette création, il était à la fois un concentré d’énergie toute intériorisée, de douceur, de fluidité, et d’intensité, parvenant sans peine à superposer plusieurs états en un seul et à les faire ressentir au spectateur.

A la fin du spectacle, les pensées avaient changé, comme si le mental avait trouvé une telle source de saveur, que nourrit, il s’était apaisé…

 

Teshigawara, artiste atypique, n’a pas fait de la danse son art favori ; il l’envisage comme un plasticien et traite à égalité la bande-son, les éclairages, les costumes, les poèmes, le dispositif scénique. Il a une conception globale de son ouvrage où le mouvement s’intègre à tout le reste, n'en est qu'un des composants.  

 

Ma deuxième rencontre se fit grâce à Arte qui diffusait Absolute zéro exécuté par le chorégraphe lui-même et sa partenaire d’alors. J’ai tout de suite adhéré à l’espace scénique blanc et noir, à l’économie du geste entièrement intériorisé mais qui en se déroulant donne à sentir tout un univers, à la justesse du mouvement. On a l'impression d'assister à quelque chose de sacré.  

 

Pourtant, Teshigawara le dit lui-même : il n’y a rien de spirituel dans son travail.    

 

Darkness is hiding black horses

 

Avant de venir à l’opéra dimanche, je n’avais assisté ni à la répétition publique, ni lu les nombreuses interwiew ou autres qu’on trouve ici et là et qui bien souvent me donnent la migraine plus qu’autre chose. C’est donc en ne sachant presque rien de l’œuvre que je me suis retrouvée dans la salle.

 

Une œuvre en mouvement

 

Il faut savoir qu’à l’origine, cette œuvre devait être une création pour quatre danseurs – Dupont – Gillot- Bélingard- Leriche

Gillot ne fait pas sa saison pour l’instant à l’opéra de Paris,  il ne restait donc que trois danseurs, ce qui ne posait aucun problème au chorégraphe. Ce trio est devenu un duo hier, car Leriche, visiblement blessé depuis jeudi dernier, devait être remplacé par Marc Moreau, qui s’est blessé  à son tour, quelques heures avant de monter sur scène. Dupont et Bélingard ont quand même voulu donner la représentation et je les en remercie du fond du cœur.

 

J’ai assisté hier à une œuvre à l’esthétique parfaite, pleine d’émotion. Rien de révolutionnaire, non. Du blanc, et du noir, un espace où surgissent parfois des vapeurs de fumée verticale et qui quadrillent, délimitent, morcellent l’espace, suivant.

Une bande-son emplie de bruits de nature, ou de sons plus angoissants… bref, des choses déjà utilisées ailleurs.

 

Alors ? Et bien, tout cela a fait naître un poème d’une intense douleur emplie d’espoir. Tout commence avec Aurélie Dupont, qui, debout dans un espace noir, tente de faire naître un peu de lumière. L’espace scénique est envoûtant : Teshigawara donne au noir une texture et une profondeur. C’est un noir d’encre, un noir de sèche, épais, qui engloutit tout à l’entour ; et la frêle Aurélie se tient là, droite, fragile, prête à disparaître et pourtant, bien décidée à diffuser, à irradier la lumière qu’elle est. Elle lève timidement les bras, elle ouvre l'espace.

Quand Jérémie Bélingard la rejoint, on assiste, hypnotisé, à une danse où le corps s’étire  à l’infini, jusqu’au bout des ténèbres comme pour les repousser, ou au contraire se contracte  en un point infime, pour leur échapper. La lumière  l'éclaire un peu, tente de le protéger. Que le mouvement soit fluide ou saccadé, il est toujours juste, terriblement vivant. Bélingard danse avec un instinct quasi animal qui bouleverse. On atteint grâce à lui à la Beauté absolue.  Car  le danseur disparaît dans la danse : cet abandon viscéral au mouvement qui se fonde à la musique et à l’espace donne une force, une cohérence, une intensité à cette œuvre qui submergent le spectateur à tel point qu’il est «  stupéfixié ».

 

Ce duo  oppose  les ténèbres et la lumière, un peu comme au début d’une cosmogonie. L' œuvre poétique, intense est  douloureuse mais l’espoir cependant n’est jamais absent. Les vapeurs qui surgissent plongent le spectateur dans un rêve, un peu comme ceux mis en scène par Kurosawa (Dream). On est à notre tour  happé dans cet espace d’où on ne veut plus sortir.  On veut rester là à jamais,  la pensée suspendue, jusqu’à comprendre l’origine du monde peut être, ou de soi même. Ou encore  accroché à la beauté qui fait taire le mental.

 

Un grand, grand merci pour ce moment hors temps plein de poésie et d'intensité.

 

Jeremaur.JPG

 

 

 

Du coup, il m’a été quasiment impossible d’être présente à la suite du spectacle, je voulais tellement rester avec Teshigawara que je n’ai pas pu être vraiment là pour Trisha Brown, dont j’aime pourtant infiniment son Glacial Decoy et ses lignes qui se décalent, et laissent à sentir un espace  qui se prolonge au-delà de la scène et encore moins au Doux Mensonges, dont je n’ai pu qu’écouter la musique, diviniment chantée et dirigée par les Arts Florissants.

 

glacial-decoy.JPG

 

De Glacial decoy, me parvenaient des silhouettes angéliques, mutines, qui jouaient avec les lignes, dans un silence bienveillant. Des êtres ailés, interdépendants les uns, les autres, comme ces silhouettes découpées dans du papier qu'on déploie pour les fêtes et qui bougent toute ensemble, solidaires. Je n'ai pas trouvé que les demoiselles étaient toujours très ensemble d'ailleurs, mais je n'étais pas non plus très objective. J'ai trouvé le tout un peu scolaire, pas aussi vivant que dans mon souvenir, mais il faut dire que Trisha est malade et n'est donc pas venue régler l'ensemble; cela se sent.


 

 

 

Pour Doux Mensonges, seule Abbagnato me ramenait régulièrement vers la danse, car mon esprit était entièrement tourné vers la musique, vers la beauté des voix, inintéressée que j'étais par ce qui se passait sur scène et qui me semblait si fade, après le Teshigawara. J'étais encore avec Jérémie et Aurélie et j'aurais voulu en voir plus...  Parfois je regardais le grand drapé orangé au dessus des danseurs, espérant le voir évoluer comme les fumigènes du Teshigawara; allait il  devenir nuage, vapeur, écume?

Les vidéos m'ennuyaient, alors que je les avais beaucoup aimées les premières fois...

Il ne me reste donc de Doux Mensonges que la silhouette d'Abbagnato et son charisme inégalable. Dans cette oeuvre, sa technique est vraiment mise en valeur, elle y est sublime.

 

 

 

doux.JPG

    

 

 

A venir : un article plus complet sur Teshigawara

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9 novembre 2013 6 09 /11 /novembre /2013 09:23

C’est aujourd’hui le concours de promotion des filles  à l’opéra de Paris.  Les participantes vont concourir pour accèder au grade supérieur. Elles sont libres de passer ou non le concours ; certaines savent qu'elles ont toutes leur chance, d'autres, qui au fil du temps comprennent qu'elles risquent de rester jusqu'à leur retraite dans le même corps,  le font pour montrer qu’elles sont motivées, « qu’elles y croient ». En général, il y a de une à trois places par catégories : ainsi les sujets concourent pour être première danseuses, les coryphées pour devenir sujet et ainsi de suite. Elles danseront une variation imposée et une variation qu'elles choisissent. Elles se préparent souvent seule avec une vidéo, et ont parfois la chance de pouvoir travailler une heure ou deux avec une Etoile qui les regarde et les conseille.
 
A partir de la catégorie sujet, la danseuse est considérée comme demi-soliste, et peut donc se voir confier des rôles jusqu’à celui d’étoile.
 
Je ne viens pas ici faire de pronostic mais simplement parler des danseuses que j'aime, que j'ai plaisir à retrouver sur scène année après année. 


Les sujets


Amandine Albisson-Pivat, Caroline Bance, Aurélia Bellet, Marie-Solène Boulet, Héloïse Bourdon, Lucie Clément, Sarah Kora Dayanova, Marine Ganio, Eléonore Guérineau, Charline Giezendanner, Christelle Granier, Laura Hecquet, Myriam Kamionka, Miteki Kudo, Laurence Laffon, Sabrina Mallem, Caroline Robert, Silvia Saint-Martin, Pauline Verdusen, Séverine Westermann,

 

dv-blcop-coppelia-coppelia2-150dpirgb.jpgMalheureusement Charline   a peu de chance de devenir première danseuse,  parce qu’elle est entrée dans le corps de ballet  il y a longtemps déjà et qu’en principe, on nomme une étoile potentiel dans le corps des premières danseuses, ce qui ne peut plus être son cas. C’est pourtant  l’une des ballerines les plus musicales et vivantes en scène que je connaisse. A chaque fois que j’ai eu l’occasion de la voir, elle a montré ce petit supplément d’âme que j’aime tant voir chez une danseuse. 

Il me semble que Marine Ganio ne concoure pas cette année, mais même commentaire ; une danseuse généreuse, lumineuse et expressive, à la danse ciselée, précise.

 

Je n’ai pas eu l’occasion de voir Caroline Robert dans du classique, mais quel tempérament ! Elle irradie sur scène, elle a un charisme extraordinaire, un sens théâtral inné, beaucoup de vivacité.

Quand à Laura Hecquet, j’aime son lyrisme, sa tenue, sa pureté, sa ligne… vraiment une belle danseuse, attachante, avec de grandes qualités de danse, plus à l’aise cependant dans le classique.  Je l’ai particulièrement aimée l’an passé dans la danseuse de rue de Don Quichotte.  Elle ne deviendra probablement pas non plus première danseuse.


Les grandes favorites sont Bourdon, que je n’apprécie pour l’instant pas et surtout Albisson, mise en avant ces derniers temps et que je vais peut être redécouvrir dans la Belle au bois dormant cette année

Je n’aime pas leur tempérament artistique, ni leur danse que je trouve encore scolaire, voir étriquée, manquant cruellement de musicalité. Heureusement, mon jugement n’est jamais arrêté une fois pour toute ; les danseuses évoluent, leur artistique mûrit et surtout au fil des rôles, certaines personnalités éclosent….


Il est parfois surprenant de voir une danseuse acquérir une maturité artistique qui lui faisait défaut auparavant,  comme ce fut le cas pour Laetitia Pujol, comme c’est en train de devenir le cas pour Pagliero. Cependant, ces deux danseuses étaient des techniciennes hors pair, ce qui n’est pas le cas des    favorites. 


Pour compléter, je dirai que j’ai souvent eu l’occasion d’ apprécié Séverine  Westermann  et aussi Laurence Laffon  ces dix dernières années que je retrouve toujours avec bonheur sur scène.

 

Je ne comprends pas pourquoi Miteki Kudo figure encore sur les listes alors qu'elle est partie à la retraite il y a un an ou deux déjà...

 


Coryphées

Laure-Adélaïde Boucaud, Marion Barbeau, Alexandra Cardinale, Sae Eun Park, Letizia Galloni, Juliette Gernez, Daphné Gestin, Fanny Gorse, Emilie Hasboun, Juliette Hilaire, Amélie Lamoureux, Vanessa Legassy, Laurène Levy, Juliane Mathis, Céline Palacio, Aubane Philbert, Charlotte Ranson, Ghyslaine Reichert, Lydie Vareilhes, Karine Villagrassa

 

De belles danseuses aussi dans cette catégorie : de belles personnalités artistiques que je vois sur scène pour certaines depuis plus de 15 ans. De celles mises en gras, deux sont particulières. L’une parce qu’elle part plus ou moins favorite ( Marion Barbeau) , - mais je l’ai peu vue sauf une fois où elle irradiait littéralement la scène -  l’autre ( Sae Eun Park) parce que c’est un jeune prodige à la technique virtuose.  Certaines qui savent qu'elles n'ont aucune chance montreront peut être encore leur motivation en passant le concours une fois encore. Jamais beaucoup la personnalité de Juliette Gernez par exemple, qui a été éloignée lontemps de l'opéra de Paris pour blessure, je crois et qui a présent n'est plus en " course" pour la catégorie sujet.

 


Quadrilles


Anémone Arnaud, Laura Bachman, Léonore Baulac, Alice Catonnet, Julia Cogan, Emma D'Humieres, Leila Dilhac, Noëmie Djiniadhis, Peggy Dursort, Lucie Fenwick, Miho Fujii, Claire Gandolfi, Natacha Gilles, Amélie Joannides, Julie Martel, Lucie Mateci, Sophie Mayoux, Caroline Osmont, Sofia Parcen, Christine Peltzer, Marie-Isabelle Peracchi, Ninon Raux, Maud Rivière, Gwenaëlle Vauthier, Jennifer Visocchi

 

Je ne connais dans cette classe que Léonore Baulac que l’on a pu suivre l’an passé grâce à l’émission de télévision la Danse à tout prix, Miho Fujii qui est depuis longtemps dans cette classe, (ainsi que d’autres danseuses )  J’ai souvent lu le nom des autres sur le programme mais ne vais plus assez souvent à l’opéra pour bien les connaître.

 

Comment garder l’envie quand vous arrivez à 16 ans dans ce corps de ballet, que vous y restez année après année, et que des danseuses plus talentueuses que vous arrivent, ne restent qu’un an ou deux puis grimpent ? Et comment aussi restez heureuse de danser quand les années passent, que l’âge arrive, et que de toutes jeunes recrues viennent rejoindre vos rangs ?

Que vous répétez  toujours les mêmes rôles de corps de ballet ?

Si l’amour de la danse n’est pas fortement chevillé au corps, de passion elle devient un métier. Au fond, c’est un peu le risque pour tous les métiers…. Sauf que pour celui-ci, la mise en compétition est permanente….

Parfois un chorégraphe contemporain repère telle ou telle et le temps d’une chorégraphie, d’une création, ce qui doit redonner un peu d’air frais à ces artistes.

Sans doute certaines danseuses gardent elles l’amour de la danse chevillée au corps toute leur vie, quelque soit leur grade, d’autres peut être, voient naître en leur for intérieur une amertume, une déception….

 

Les résultats seront connus en fin de journée!

 

A noter que le nouveau directeur de la danse, Benjamin Millepied, assiste au concours cette année.

 

 


 

le 10 novembre :

 

Et bien voilà : le verdict est tombé : sont nommées les danseuses en rouge dans la liste ci dessus, donc pas de surprise  à savoir Albisson qui devient première danseuse et que je verrai dans la Belle au mois de décembre

A noter que Laura Hecquet est classée deuxième ce qui me fait vraiment plaisir car c'est vraiment une belle danseuse!

Giezendanner est classée 4ème devant Hélöise Bourdon qui doit être extrêmement déçue car classée seconde l'an passé; elle devait espérer fortement.

 

Pour les sujets, nomination attendue de Sae Eun Park, technicienne de haut vol

pas d'autres classées, pour la plus grande tristesse des autres danseuses

 

 

et la rayonnante et adorable Léonore Baulac devient donc  Coryphée; sa ténacité a payé.

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2 octobre 2013 3 02 /10 /octobre /2013 14:41

 

 

 

 

 

 

Marguerite : Isabelle Ciaravola

Armand : Kar Paquette

Le père : André Klemm

 

Prudence : Nolwen Daniel

Manon Lescaut : Myriam Ould Braham

 

Des Grieux : Fabien Revillon

 

Olympia : Eve Grinsztajn

Gaston Rieux : C Duquenne

 

 

marie-duplessis-by-c3a9douard-vic3a9not.jpgIl y a deux ans et demi, j’avais voulu voir Isabelle Ciaravola dans la Dame aux Camélias ; la belle s’étant blessée, j’avais assisté à une représentation qui m’avait déçue et pire, ennuyée, car la remplaçante – faute de répétition ? – ne s’était vraiment pas montrée à la hauteur.

J’étais ressortie du théâtre en me demandant si c’était le ballet qui était raté, ou bien l’interprétation qui n’allait pas. Toujours est-il que j’avais passé l’une de mes pires soirées à l’opéra.

 

Remis à l’affiche cette année, j’étais bien décidée à ne pas y aller ;  il ne me restait de l'oeuvre  que des longueurs, du bavardage, de l’ennui… seulement, voilà, une petite voix me répétait sans cesse : « va voir Isabelle, va voir Isabelle ». Je connaissais déjà l’Armand de Karl Paquette, ou plutôt  « je croyais connaître l’Armand de Karl Paquette » car aux côtés d’Isabelle, je découvris le 29 septembre un tout autre Armand.

 

Ecrire d’Isabelle qu’elle insuffle à sa courtisane une profondeur extraordinaire ne suffira pas à rendre justice à son talent, à sa poésie, à sa passion et à ce sentiment de solitude qui pèse sur elle tout au long du ballet. Cette artiste sensible  enrichit de mille nuances et contradictions sa Marguerite qui acquiert ainsi une humanité universelle. Pour cela, elle utilise tout son corps comme un musicien le ferait de son instrument, le faisant chanter, parler, modulant les accents, les intonations, et toujours avec peu de choses : un poignet, un mouvement de la tête, du pied, du bras, du buste, du regard. Tout s’exprime chez cette ballerine, mais si naturellement qu’on a sous les yeux un personnage de théâtre ; on oublierait presque qu’elle danse, tant elle met son âme à nue. À ses cotés, Karl Paquette a atteint des sommets de poésie, de désir, de passion, de candeur, d’éloquence, de colère… seuls ou en « pas de deux » les deux artistes ont offert une partition nuancée, pleine d'ardeur et générosité.

C'est sans doute la magie de ce couple, transmise à tout le plateau,  qui a créé cette osmose entre tous les danseurs. Tous les seconds rôles, sans exception, ont pris leur place, pour renforcer la dramaturgie. Un travail « d’équipe » de haut vol, comme on en voit rarement à l’opéra ces dernières années.

 

Mais commençons par le début!

 

Neumeier aime la mélancolie, le souvenir, thèmes qui reviennent chez lui. Réminiscence, passé, nostalgie et douleur hantent souvent ses ballets.

 

Cette Dame aux camélias, qui, en quelques années passe de reine de Paris à courtisane déchue, abandonnée de tous, et meurt solitaire, était faite pour lui. En s’intéressant à ce sujet, Neumeier découvre que le jeune Dumas, fou amoureux de Marie Duplessis, qui lui inspirera roman et pièce de théâtre, était un ardent lecteur de Manon Lescaut. Après un court moment de passion, l’écrivain renonce à sa Marie, trop coûteuse pour lui : il s’est endetté au-delà de ce qui lui est permis. Il s’éloigne d'elle, non sans souffrance ;  lorsqu’il reviendra à Paris, il y apprendra la mort de la courtisane, à 23 ans. Bouleversé, il s’enfermera pour écrire son roman. Qui sera, un an plus, un opéra sous la plume de Verdi.

 

Neumeier a son fil : il mettra face à face les deux couples – Manon/ Des Grieux et Marguerite/ Armand, le premier montrant comme en un miroir le destin du second. Il fera cohabiter un espace 18ème siècle, celui de Louis XV et ses plaisirs licencieux avec le 19ème et sa morale bourgeoise. Ce n’est pas un hasard si le père d’Armand est tout engoncé dans ses vêtements noirs, avec un chapeau haut de forme qui fait de lui un homme « tout en longueur ». Ce rôle n’est pas dansé, mais n’en est pas moins le rouage essentiel du drame qui se jouera. Car il représente la morale bourgeoise, sévère, des messieurs en habit noir qui s’encanaillent la nuit, mais montrent un visage moralisateur le jour.

 

Pour la musique, le chorégraphe jette son dévolu sur Chopin, compositeur romantique, qui tout comme Marie Duplessis est tuberculeux, vivra vite, seul au milieu des autres de par son exil forcé  et confiera quotidiennement sa vie à son piano, comme à un journal intime. Justement, Marguerite tient le sien  qu’elle léguera à Armand  après sa mort.

Le ballet commence  par la fin : on vend les derniers effets de Marguerite, une robe, un tapis, un divan, un portrait…

Armand et son père sont là ; ils retournent dans le passé, et se souviennent, ils racontent…

 

Commence alors le long et magnifique concerto pour piano n° 2 de Chopin, qui va servir de fil narratif pour évoquer la rencontre de Marguerite et Armand  et accompagner tout l’acte 1

 

Précisément, tous deux assistent à une représentation de Manon Lescaut. Marguerite s’amuse, elle taquine Armand, qui est gauche, maladroit ; mais elle se trouble aussi. Dès l’apparition de Manon, son masque tombe. « Seule au milieu des autres », telle semble être Marguerite. Parée de satin mauve, Ciaravola superbe, souriante, mutine, montre tout à coup un autre visage ; celui de la solitude. Cette femme porte un regard sur son propre destin et lorsqu’elle réalise ce qu’est sa vie, la tristesse la gagne.

 

Dans ce premier acte, M O Braham et F Révillon composent un couple très Louis XV : frivole, amoureux des plaisirs, complices.

Neumeier mêle deux styles tout en employant les mêmes pas.

 

Tout au long de l'oeuvre, M O Braham fera exister un personnage « fantomatique » qui intervient peu, et seulement comme une marque du destin, avec une redondance qui pourrait lasser. Mais à chaque apparition, la ballerine montre une nouvelle facette de Manon, et  on suit donc son histoire, fascinée.

Elle a donné tant de ferveur à sa Manon qu’il est impossible de l’oublier. D’acte en acte, la frivolité s’effrite, les plaisirs s’éventent, la fraîcheur s’en va. L’œil devient las, le pied moins mutin, une pesanteur parcourt ses membres. Un peu plus tard, la beauté se fane, les cheveux portent la trace de toutes les mains qui l’ont caressée, la robe, de toutes les mains qui l’ont retroussée pour prendre des plaisirs hâtifs, mais largement payés. Au fil des scènes, M O Braham devient  froide comme le    marbre. Les chairs se décolorent, se désincarnent. Elle pressent l’exil en Amérique, et la mort, tragique, dans le bayou.

Elle montre à Marguerite sa future déchéance, sa mort précoce. Un sommet d’intensité et d’émotion pour ces deux artistes.  

 

Le Des Grieux de Fabien Revillon, attachant, candide et bondissant, tout en rond de jambe, montrait aux côtés de Manon, une âme entière, honnête. Au fil des actes, Révillon s'insère sans peine dans la  narration commune et donne de la consistance à un personnage épisodique. Il était encore bien vert en Lenski il y a deux ans. Son Des Grieux, offre une technique plus sûre au fil des actes. Il est parfait en amoureux qui accompagne jusqu’au bout celle qu’il aime.

 

À la fin de l’acte 1, le pas de deux aux portées vertigineux annonce ce que sera l' amour  enfin éclos entre Marguerite et Armand : une passion dévorante, même si pour l’instant, Marguerite se refuse à l’accepter.

Les deux artistes, en parfaite osmose, ont offert un moment de danse hors du temps…

Et pourtant, ces pas de deux... comment peut-on exécuter de telles acrobaties sans que cela tourne au cirque ?  Comment donner autant de sens et d’émotion quand le risque de chute est si grand ?  Aucune erreur, aucun faux pas… la narration encore et toujours qui se déroule sous nos yeux : notre souffle se suspend, on atteint « rasa »….

 

L’acte 1 s’achève sur le départ à la campagne

 

On peut alors admirer la jolie Nolwen Daniel, à la danse toujours belle, onctueuse, qui sait  montrer plus d’une facette de son personnage – Prudence, une amie de Marguerite.

À ses côtés, Duquenne badine et amuse. Quelle jeunesse pour ce danseur qui part à la retraite lui aussi cette année !

Neumeier glisse ces divertissements légers pour qu’ils servent d’écrin au drame qui couve.

 

 On retient surtout de l’acte 2  le « dialogue » entre Marguerite et le père d’Armand, venu plaider la cause de son fils, personnage mimé plus que dansé incarné par André Klemm : c’était d’une beauté à couper le souffle !

D’abord, il y a ce monsieur qui se demande ce qu’il fait chez cette femme de petite vertu, se lève pour partir, change d'avis, mais revient, car finalement, il est là pour son fils. En face de lui, cette courtisane sensible et intelligente, qui devine d’instinct le malaise de son visiteur, et lui dit « dites moi le but de votre visite, je vous en prie ».

Tout au long du pas de deux, le mépris du père devient tendresse puis compassion pour la jeune femme, la révolte de Marguerite s'apaise, elle comprend, elle accepte le sacrifice. Les deux personnages se sépare dans un profond respect mutuel. Kleim et Ciaravola ont fait de ce " duo" un moment d'intensité absolue...

Il fallait voir ces deux artistes donner vie et sens à chacun de leur geste… là encore, O temps, suspends ton vol….

 

Marguerite quitte Armand. Le solo de Karl  Paquette m’a rappelé celui, superbe, de  Kourbsky dans Ivan le Terrible vu il y a dix ans et toujours pas oublié.

Armand découvre que Marguerite est retournée vers ses anciens plaisirs, il est en proie à des sentiments contradictoires. Là où certains danseurs ne sont que désespoir, Paquette a montré la rage, la colère, le désir, le refus, le déni, la révolte, l’incapacité à accepter la vérité, l’amour qui le  brûle  à le rendre fou. Chacun de ses gestes exprimait une nuance différente et absolue dans ce solo magistral, porté par l'un des plus tragiques préludes de Chopin.

 

À l’acte 3, Armand croise un jour Marguerite sur les Champs Elysées. Pour se venger, il badine avec Olympia qu'il entraîne dans sa chambre. Le plaisir pris à la va-vite avec cette courtisane lui laisse un sentiment de dégout. L’Olympia de Eve Grinsztajn est parfaite : cette fille ne s’embarrasse pas de principe, ni d’état d’âme. Elle travaille pour l’argent. Un point c’est tout ! et elle met du coeur à l'ouvrage, mais si tout est faux.

Et puis, c’est les retrouvailles avec Marguerite  après l'humiliation au bal… Le pas de deux sur la ballade en sol mineur, virtuose, d’une rapidité à couper le souffle, est un véritable moment d'explosion. Tout ce qui a été tu éclate à ce moment-là. Le désir flamboie, il brûle tout le reste, il unit les amants dans une étreinte passionnée. Le pianiste épousait parfaitement la respiration des danseurs, musique et pas étaient en osmose… Ciaravola était impressionnante de force, d'énergie, de précision et d'abandon, Paquette de lyrisme. Les portées semblaient si faciles, coulant de source.

 

Mais Manon hante Marguerite ; elle quitte Armand une fois de plus, écoutant sa raison et non son cœur.

 

À la fin de l’histoire, la courtisane est seule, malade, pauvre ; elle tient son journal. Elle enfile avec le peu de force qui lui restent une robe de soirée rouge, pour se rendre au théâtre.  Comme au début du ballet, on y donne Manon Lescaut.

Armand ne la rejoindra pas cette fois-ci. Elle mourra sans le revoir.  Isabelle est à ce moment tellement fragile ! Elle meurt un peu comme la Mélisande de Debussy, sans faire de bruit, léguant à Armand son journal…

 

Citer tous les artistes et tous les moments du ballet rendrait la lecture de ce billet déjà bien long, fastidieuse

Ce qui est sûr, c’est que cette soirée mémorable restera gravée dans mon cœur, parce que portée très haut par une troupe en osmose et des solistes de grand cœur et de grand talent

 

 

Le mot de la fin :

 

Je vais moins à l’opéra, car je suis lassée des spectacles qu’on consomme et qui laissent sur sa faim. Mais avec cette soirée, je retrouve ce que j’aime dans la danse indienne. La dévotion. Bhakti

 

Un danseur d’odissi ne danse pas ; il prie.

 

D’une manière ou d’une autre, c’est ce qui s’est passé ce soir-là ; ce n’était pas de la danse, mais de la dévotion que les spectateurs ont pu sentir. « Rasa » est la saveur spirituelle qui doit emmener l’âme du spectateur vers « Dieu ». Paquette, Ciaravola et Ould Braham nous ont offert cela et le reste de la troupe a suivi.

 

Et il s’est passé ceci d’extraordinaire, c’est qu’après la représentation, beaucoup de spectateurs m’ont dit avoir passé une nuit « blanche ».

Eux aussi ont été touchés…

 

Quand l’art rejoint le spirituel… Merci à tous les artistes !

 

 

 


 

 

Ici, un petit compte rendu du même ballet avec Moussin- Paquette  e 1er mars 2010.... et un tout autre ballet!

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20 février 2013 3 20 /02 /février /2013 11:08

 

Kaguelk.jpegIl  y a deux ans, lorsque j'ai été voir les extraits vidéos de Kaguyahimé sur YouTube - l’œuvre a fait l’objet d’une captation avec les danseurs du NDT qu’on trouve en Blu-Ray- je n'ai pas été séduite et n’ai donc pas pris de place. Mais certains balletomanes en qui j’ai confiance m’ayant assurée que c'était une belle histoire, ma curiosité a été éveillée! Une fois encore, la vidéo est une vraie traîtresse, qui nous prive des émotions qu’on ne peut ressentir qu’en live. Toute la puissance de cette pièce et son intensité sont palpables si on est dans la salle! En outre, scénographie et lumières ont été modifiées pour cette nouvelle production pour l’ONP. Donnée il y a deux ans à Bastille, en plein été, elle a été reprise cette année à Garnier.

Il faut déjà dire à quel  point la musique est envoûtante ; pour ceux qui n'ont pas eu l'occasion d'aller "Ecouter-voir" cette œuvre, voici quelques points de repère extraits du programme acheté pour répondre au mille questions que je me posais en quittant la représentation :

Qu'est ce que Kylian connaît des tambours japonais?
Pourquoi la présence d'un ensemble gagaku?
Pourquoi le chef est-il un occidental ?

Comment se repère t'il par rapport au temps musical?

Que connait-il des tambours japonais lui aussi?
Qui et pourquoi a écrit la partition?


Des questions plutôt musicales, c'est vrai, mais il faut dire que j'étais placée dans une loge en avant-scène qui surplombait littéralement la fosse d’orchestre. Pas évident pour voir la scène, car on est  de «  travers » mais extraordinaire pour « écouter-voir » les musiciens.  
Voici donc quelques points de repère que j’ai extraits du programme de l’ONP.



Le compositeur Maki Ishi, né en 1936, a baigné dans un contexte artistique avant-gardiste. Quand il écrit la partition en 1985, il a déjà une grande connaissance de la culture occidentale; son père, danseur, est un des pionniers de la danse moderne au Japon. Dès 1910, il découvre les théories de Jacques-Dalcroze sur l’eurythmie (courant théosophique auquel est relié Rudolf Steiner) ;  cela lui inspire une forme chorégraphique nouvelle, le poème dansé (buyôshi) ; plus tard, il travaillera et rencontrera  en Occident  M.Wigman et Isadora Duncan.

C’est dans cette ambiance si particulière que son fils  s’oriente très jeune vers la musique ;  il fait ses classes de composition et de direction d’orchestre au Japon puis  part à Berlin s'imprégner sur place du " post sérialisme ». Là, à l’écoute des œuvres dodécaphoniques ou sérielles, il a des réminiscences des ensemble  Gagaku, orchestres  classiques qui jouent de la musique hautement raffinée pour la cour où  son père  avait ses entrées. Et c’est la musique sérielle qui lui ramène ses souvenirs, effet   « madeleine de Proust » plutôt surprenant. Il est fascinant de voir comme père et fils ont été à la fois envoûtés par les traditions musicales et chorégraphiques  de leur pays et désireux de s’ouvrir à la modernité et à l’Occident !

S'ensuivent  ensuite ces "concours de circonstances" extraordinaires :  Maki Ishii rencontrera Michael de Roo, le chef d'orchestre qui créera l'œuvre à Berlin lors d’un festival de pecrussions. Ce chef d’orchestre possède lui aussi une étonnante curiosité et ouverture d’esprit ; il adore Monochrome de Ishii qu’il a entendu dix ans plus tôt. Il accepte de grand cœur  de créer  son  ballet féérique Kaguyahime,  qui n'a pas trouvé, pour l'heure, de chorégraphe.  Pour s’imprégner de l’essence   des ensembles Kodo,  percussions japonaises, Michael de Roo travaille d’abord avec Fujimoto  qui lui  apprend la base  de ces tambours et la philosophie de vie qui en résulte. Il faut savoir que l’entraînement d’un joueur de tambour est à la fois sportif, musical et spirituel.

Kaguyahimé est finalement  créé en 1988 lors du Holland festival de 1988 avec M de Roo à la direction des différents orchestres réunis, y compris un petit ensemble de vents de tradition Gagaku. Quel parcours pour les uns et les autres ! Quels métissages, quelle ouverture d’esprit, quel sens du partage et de l’expérimentation, quelle générosité aussi dans les échanges ! Une vraie leçon de vie…

 

 Comme M de Roo travaille de temps à autre avec le Nederlands dance theater,  il  fait écouter le ballet à Kylian qui s'enthousiasme… et voilà ; Kaguyahimé a trouvé son chorégraphe !
Sur cette   partition  absolument formidable, jouant sur tension et détente en permanence, mêlant toutes sortes de sonorités, de textures, alliant le traditionnel, le folklore, à des écritures musicales plus occidentales et contemporaines,  Kylian va créer une œuvre originale, inventive, bourrée d’énergie et pourtant  simple, claire, et finalement très puissante. Le plus impressionnant est  de voir les percussionnistes sculpter l'énergie! Tantôt fluide, évanescente, spirituelle comme une fumée d'encens, qui vous enveloppe délicatement,  tantôt si lourde, si palpable qu'elle pénètre littéralement en vous et vous transforme à votre tour en percussion; on se met à vibrer comme la peau d'un tambour! Sur ces volutes de sons, les danseurs exécutent des solos, des duos, des scènes de groupes virtuoses, spectaculaires, où la joie  de s’abandonner à la musique est communicative pour le spectateur ; celui-ci entre pour ainsi dire en contact direct avec les émotions des danseurs, ce qu’ils ressentent.

 

L’histoire est simple ; c’est un conte très populaire au Japon que tous les enfants connaissent. La Lune qui se retrouve pour quelques temps sur Terre va amener malgré elle luttes et désirs. Au début, si elle reste tout à fait indifférente aux sentiments humains, elle sera, avant de retourner vers son royaume dont elle a été temporairement exclue, touchée par les émotions des êtres qu’elle a cotoyés.

 

L’un des grands moments de Kaguyahimé est lorsque le chef d’orchestre donne le départ aux musiciens qui s’élancent sur la scène rejoindre des percussions qui les y attendent et se mêlent ainsi aux danseurs dans une exaltation magistrale, comme si l’énergie tourbillonnait dans tous les sens. Il paraît qu'a Bastille où l'oeuvre a été donnée il y a deux ans, c'était encore plus impressionnant.
Kaguyahimé est aussi une œuvre du contraste. Au mouvement s’oppose l’immobilité, comme celles des trois musiciens Gagaku on encore celle de  la  Lune inaccessible, lointaine et froide... Le 16 février,  Agnès Letestu  incarnait avec maîtrise cette Lune impavide. Ses mouvements de bras ondulaient paisiblement, tels les  rayons de la lune lorsqu'ils frôlent et glissent sur  la Terre.

Le " pas de deux" avec le Mikado, pourtant minimaliste, marque profondément le spectateur : rencontre impossible de la matérialité incarnée par le Mikado (Vincent Chailley) et son immense voile d’or qui ne retiendra pas plus la Lune  qu’un filet de pêche de l’eau et de l'inaccessible!

 

Il faudrait rendre hommage à l'ensemble des danseurs qui brillent tous dans des solos acrobatiques! (Madin, Meyzindi, Stokes, Couvez, Demol, Alu Renaud, Bertaud, Gasse, Thomas) et des filles ( Colosante, Bellet, Westermann, Granier, Ranson, Baulac, Galloni, Vareilhes, Vauthier, Bance) tellement synchrones malgré la rapidité d'exécution de certains passages, qu'on les aurait dits animés d'un seul  et même souffle! On sent le plaisir qu'ils ont à se fondre à la musique!

Lorsque  le grand tambour apparaît sur la scène, il y a une sorte d'exaltation générale que je n'avais encore jamais vue sur scène!  


A cela s'ajoute une scénographie d'une intense poésie, avec ces jeux de  lumières, particulièrement oniriques sur les grands chevaux en fond de scène qui incarnent les émotions non maîtrisées, la violence, la sauvagerie aussi! C'est d'une simplicité et d'une beauté à couper le souffle! (Michael Simon scénographie et lumières).

  

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