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Shabastet

  • : Danse et... danses!!!
  • : Blog sur la danse en général et l'opéra de paris en particulier rédigé par Valérie Beck, administratrice du forum danses pluriel
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Noureev

 

Danser, telle la phalène sous la lune, le pinceau du calligraphe, ou l'atome dans l'infini 

                                              

marie-taglioni-in-zephire.jpg

3 janvier 2013 4 03 /01 /janvier /2013 10:33

Les photos viendront plus tard!

 

 

 

La danse à tout prix, émission de France 2 du 26 décembre 2012

 

 

 

   Quelle curieuse idée de diffuser si tard ce reportage  grand public  si plaisant, si fascinant, qui pendant quelques mois a suivi quatre danseurs du corps de ballet de l’Opéra de Paris : François Alu, Pierre Arthur Raveau, Héloïse Bourdon et Léonore Baulac.  L’idée étant de filmer le quotidien de ces jeunes jusqu’au fameux concours de promotion qui a lieu chaque année, et qui, seul, permet à un danseur de changer de grade.

Il y a quatre états dans le corps de ballet :

Quadrille (Léonore Baulac)  coryphée (François Alu) sujet ( Héloïse Bourdon – P. A. Raveau)  Premier danseur. Les premiers danseurs ne passent pas de concours pour devenir étoile. On devient étoile sur proposition du directeur de la danse, et avec accord du directeur de l’opéra de Paris.

Pour ce concours, le danseur doit interpréter une variation imposée commune à tout son grade, et une libre. Souvent l’imposée montre ou non sa maîtrise technique un jour de concours, tandis que  la libre  révèle plutôt son potentiel artistique. Pour travailler celle-ci, le danseur sollicite parfois un danseur de la compagnie qui l’a déjà dansée en spectacle, donc  une étoile ou un premier danseur. Qu’on ne s’y trompe pas : le temps de travail est toujours très rapide à l’opéra. Les danseurs n’ont droit – au mieux – qu’à quelques heures de travail réparties en une ou deux séances de travail.  


  P.A. Raveau travaille seul en studio sa variation de l’Oiseau de feu de M. Béjart avec l'aide d’une vidéo. Les danseurs sont tellement habitués à  apprendre et à mémoriser les pas que n’est pas là pour eux l’essentiel de leur travail. Il s’agit avant tout de s’approprier le style de la variation pour pouvoir l’interpréter au plus juste, exactement comme dans ces concours de musique où la grande difficulté reste l’interprétation et non pas le «  texte ».

A noter qu’il y a trois oiseaux parmi les candidats : un cygne blanc (Bourdon), un cygne noir (Baulac) et un Oiseau de feu. Le présentateur explique simplement ce que représente chaque variation. Le ton est simple, il s’agit d’intéresser le « grand public » à des danseurs d’un autre   "temps » : ceux de l’opéra de Paris. Et si le ton est agaçant, le reportage lui, est très vivant et bien fait.

 

 Certains danseurs restent toute leur vie dans le plus petit grade, «  quadrille »  que les danseurs intégrent à leur sortie de l’école de danse, s’ils réussissent le concours d’entrée, ce qui est loin d’être «  automatique ». Agés de 16 à 20 ans, très jeunes,  la plupart continuent à vivre s’ils le peuvent dans leur famille.  Rester toute sa vie quadrille signifie faire uniquement du  corps de ballet, ce qui doit être très difficile moralement, surtout qu’année après année, des jeunes de danseurs de 16 ans intègrent le grade qu'ils quittent au bout d’une année ou deux, ou trois, suivant.

Quand un danseur devient sujet – et parfois aussi avant -  il accède à des rôles de demi-soliste ou de soliste.

Inutile de rappeler ici que Noureev qui n’a jamais connu cette hiérarchie à Vaganova où, arrivé à 17 ans, il s’est propulsé directement dans la dernière classe avant de devenir très vite soliste, ne l'a jamais respectée  à l’époque où il dirigeait la compagnie.

 

Nous suivons donc tout au long de l’émission qui désire maintenir le suspens jusqu’à la fin sur le résultat du concours, ces jeunes gens fort sympathiques que j’ai découverts avec beaucoup de plaisir.

Je découvre avec stupéfaction qu’il est tout aussi difficile de trouver un studio libre pour répéter que pour n’importe quel danseur lambda ; même à l’opéra. Ainsi, y a-t-il des séances de travail ultra-matinales (Baulac avoue s’être levée à 6heures pendant toute cette période pour travailler) ou bien jusqu’à l’heure des spectacles ; car pendant ce temps, la compagnie continue de se produire sur scène.

En réalité, le travail de captation a commencé à la fin de la saison précédente (une saison à l’opéra se finit mi-juillet pour reprendre courant septembre, vers le 20) et l’on peut voir ainsi P.A. Raveau travailler la fille mal Gardée, où il danse un rôle de soliste : Colas. (Avec M. Froustey pour partenaire). Le montage a décidé de garder le travail de P.A sur le « manège » qu’il exécute au cours d’une variation. Un manège - morceau de bravoure d'une varation - est une série de pas qui alterne différents grands sauts entrecoupés parfois de pirouettes de liaison, en formant une ronde de très grande amplitude.  P. A. cherche  dans l’espace l’endroit précis où il doit finir ces sauts en boucle. Par deux fois, il tombe. Et oui,  sur scène on les voit s’élancer, ça semble évident…. Et pourtant.

Très sympathique, Pierre Arthur Raveau  joue aussi du violon et du piano, plus que très bien ! Il exécute brillamment le finale  d'une sonate de Beethoven. Où trouve-t-il le temps? Vraiment doué pour la musique aussi! 

Le jour J, on ne le verra pas comme les autres d’ailleurs exécuter sa variation et je le regrette. Entre temps, on l’aura suivi chez lui, compati devant l’affreux petit déjeuner qu’il ingurgite pour avoir de l’énergie pendant six heures, suivi dans les ateliers de costume où il découvre horrifié que le costume de l’oiseau de feu exige un corps «  sans un poil de graisse ».  On apprend – et je m’étais toujours posé la question – que les costumes que revêtent les danseurs le jour du concours, sont ceux faits sur mesure pour les danseurs de la compagnie qu’on leur prête. Le danseur en essaie donc plusieurs –   celui de Mathieu Ganio puis de Karl Paquette - On ne verra pas avec qui il travaille la variation et je ne suis même sûre qu’il y ait eu quelqu’un.   «  Il faut que je demande à un danseur pour la position des bras, car j’ai trouvé deux vidéos avec des positions de bras différentes » déclare-t-il. Un peu plus tard " J’ai demandé à un danseur pour les bras, je sais à présent quelle position choisir" dit-il un peu plus tard. A-t-il pu répéter sa variation avec un danseur en particulier? Rien n'est moins sûr!


P.A. Raveau   n’a pas été promu cette année (mais il a été classé second, ce qui veut dire que s’il y avait eu deux postes, il serait devenu premier danseur) mais il a dansé cet hiver, parait il avec grand talent,  Don Quichotte avec M. Froustey.

Une personnalité vraiment attachante et un beau talent artistique à suivre!

   

 

Léonore Baulac, 22 ans, passe le concours pour devenir coryphée pour la 4 fois ou 5 fois il me semble ;  pétillante, bourrée d’énergie et d’enthousiasme, on devine quand même à mi-mots que le découragement n’est pas loin, mais qu’elle se l’interdit purement et simplement en poursuivant coûte que coûte son rêve de devenir «  étoile ».  Sa mère semble être d’un grand soutien moral dans ces moments toujours difficiles et douloureux de concours et de compétition entre danseurs. Elle a choisi une variation libre difficile  afin de prouver qu'elle "a de l'ambition et qu'elle a de l'audace". Aurélie Dupont la guide dans son travail pour qu'elle devienne un Cygne noir machiavélique! C’est toujours extraordinaire de voir ce travail de transmission, de réaliser à quel point un rôle passe d’un corps à un autre uniquement par le geste. De découvrir même quand on connaît par cœur ce répertoire des petits détails supplémentaires, et surtout de voir ce que toutes ces variations classiques donnent sur des corps différents. Léonore est jolie comme tout, avec de longues lignes de bras et de jambes, elle a une spontaneïté naturelle, un piquant, un quelque chose de frais et de juvénile. En parallèle de sa préparation au concours, elle répète la chorégraphie Sous apparence de M.A Gillot qui l’a choisie. Baulac, comme beaucoup d’autres danseurs, travaille beaucoup de danse contemporaine et visiblement aime cela autant que le répertoire classique. En répétition, son cygne noir semble beau, mais  là encore impossible de voir la variation en entier !


Toute autre ambiance de travail avec la sage Héloïse Bourdon qui répète sous l’œil avisé d’Agnès Letestu la variation du Cygne Blanc ; c'est à dire le pôle «  douceur » tandis que Baulac a opté pour le plus «  méchant » : ces deux rôles extraits du Lac des cygnes sont dansés par la même danseuse : Odette, la douce princesse prisonnière du magicien Rotbart devient Odile, la créature diabolique créée par ce même magicien pour abuser le prince.

Ce reportage m’a permis de découvrir des facettes d’Héloïse qui m’avaient vraiment échappé à chaque fois que je l’ai vue en scène. Elle a déjà eu droit à des rôles d’étoile, puisqu’elle a dansé au printemps dernier Nikya, dans la Bayadère. Je l’ai récemment vue dans Don quichotte cette année en Reine des Dryades et au printemps dernier dans la première ombre ; j’ai eu un jugement sévère. J’en ai presque «  honte » en découvrant une danseuse douce, douée, et travailleuse… Ah, public !!! Nous sommes intransigeants !

 

C’est pour cela, comme le disait si bien le jeune reporter du film « Presque célèbre », il ne faut jamais devenir intimes avec les artistes, si l’on veut écrire des comptes rendus impartiaux ! Les connaître peut retirer la précieuse objectivité! 

 

Héloïse  posée, studieuse et réservée a des lignes de bras et de jambes, longues et belles. Souvent, d’ailleurs, certains rôles curieusement, rendent mieux en répétition qu’en    costume :   comme si ce travail brut avait une force, une puissance qui s’atténue ensuite en scène,  une fois  intégré au ballet. Je me suis souvent fait cette remarque en assistant à des « passeports » : m’émerveiller sur un danseur et sur une variation qui «  retombe » transposé à la scène.

 

Ni Léonore, ni Héloïse, ni P.A. ne seront promus cette année. L’émission tient le suspens jusqu’au bout et montre la réaction de ces trois danseurs ; habitués qu’ils sont à ce type de concours depuis l’école de danse – on y a d’ailleurs fait un petit tour grâce à Héloïse où l’on découvre l’exigüité des chambres de trois, que trois petits boxes cloisonnent («  on a intérêt à bien s’entendre »  commentait laconiquement Héloïse) – ils ne montrent pas leur immense déception à la caméra. P. A Raveau  se dit  plutôt content de sa seconde place; L. Baulac continuera son travail acharné puisqu’elle veut atteindre le sommet, et H. Bourdon  s'incline avec élégance "devant  la meilleure danseuse qui a obtenu le poste".

 

Si, comme l’expliquait Bourdon, «  on a intérêt à bien s’entendre   quand on partage les petites chambres de l’école de Nanterre »,  j’ajouterais, comme l’expliquait si bien Tavernier dans son film «  Tout près des étoiles » qu’il est impératif de bien s’entendre «  tout le temps » car au moment des concours, ce sont vos collègues qui peuvent être amenés à vous noter. Et danser ensemble, travailler ensemble demande cette entente permanente, au moins sur le plan de la forme.

 

Je n’ai pas parlé encore François Alu ? Mais oui, bien sûr ! Ce jeune danseur de 19 ans a gravi pour l’instant tous les échelons sans problème. Et il sera le seul des quatre à être promu et à devenir  "sujet ».  Sa mère, professeur de danse,  lui   montre un jour une vidéo de P. Dupond pour lui faire comprendre ce qu’est la danse classique masculine – il a des préjugés -   c'est le coup de foudre. Il essaye d’apprendre les variations….  tout jeune, il se lance, fait les mouvements, puis peu à peu, avec le temps, il  les décortique, à cherche  à les comprendre, à les analyser : bigre, il a déjà une sacré maturité pour son âge !  Ce jeune passionné aime tout autant le hip hop que danse professionnellement l’un de ses cousins.

Au cours du reportage, F. Alu se blesse au pied et doit s’arrêter de danser. Quinze jours avant, il reprend le chemin de l’opéra sans savoir   s’il pourra passer le concours. Lorsqu’il revient travailler, c’est une période à la fois de remise en route du corps, mais aussi de préparation au concours ; il a toujours un ligament qui lui fait mal. Il ne peut même plus trouver de studio de répétition libre, ce qui fait qu’il travaille sa variation libre - Le Solor de la Bayadère - pendant les cours collectifs… où on le voit briller. Il a les pires conditions de préparation qu’on puisse imaginer : le corps n’est pas prêt, il n’a pas d’endroit où répéter seul, ni se faire conseiller.

 

Vu cet hiver dans Don Quichotte, c’est surtout l’intelligence de sa danse qui m’a stupéfaite. Il comprend réellement les pas qu’il danse et du coup, leur donne une nuance personnelle sans trahir le texte ; il a de grandes qualités dans la propreté des pas, dans l’exécution des pirouettes, dans le moelleux de ses sauts. Son élasticité naturelle, un peu comme Leriche, lui permet de varier la vitesse d’exécution, ralentissant un saut, accélérant une pirouette, le tout donnant un naturel à sa danse étonnant !

 

 

Alors oui, l’émission avait un ton irritant, a toujours revenir sur «  qui, des 4, réussira le concours ? »….

Mais malgré tout, j’ai aimé le côté moderne de ces jeunes gens, et c’est ce genre d’émission qui peut   amener tout un public à s’intéresser au ballet de l’opéra. Juste dommage pour l’heure tardive ! J’ai bien sûr enregistré ce reportage qui va rejoindre mes nombreuses archives !!!!

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27 décembre 2012 4 27 /12 /décembre /2012 10:54

Don Quichotte Pagliero/Paquette – 26 décembre 2012   

 

Kitri : Ludmilla Pagliero

Basilio : Karl Paquette

Espada : Alexis Renaud

La danseuse de rue : Sarah Kora Dayanova

Don Quichotte : G Charlot

Pança/ Gamache/ Le père : Vigliotti, Monin, Saramite

Les deux amies : Clément et Westermann

La reine des Dryades : Laura Hecquet

Cupidon : Mélanie Hurel

Le gitan : Allister Madin

 

 

 

 

 

ludmilaenapesanteur.jpgSi mon troisième et dernier Don Quichotte ne m’a pas permis d’admirer Zakharova, il m’a néanmoins donné l’occasion de  découvrir Ludmilla Pagliero sous un jour nouveau ! Et ce fut assurément une bonne surprise. L’entrée de Kitri énergique, vive, conquérante n’est plus gâchée par une certaine brutalité visible sur les vidéos mises en ligne. L’interprétation a été travaillée depuis et met en lumières de façon plus subtile la pétillante  Kitri, son tempérament de feu, mais aussi sa drôlerie, sa chaleur. Elle aime son latin de père (l’excellent Saramite) de tout son cœur sans le craindre le moins du monde, même quand il vocifère et jette son bonnet à terre ; elle retrouve avec bonheur ses deux amies (Clément et Westermann) avec qui elle pique de bons fou-rires.  Elle raille gentiment Gamache (Monin) que son père veut lui imposer. En somme, c’est une bonne fille avec beaucoup de caractère. A ses côtés, Karl Paquette en confiance, campe un Basilio  plus drôle et plus présent que lors de la soirée du 12 aux côtés de Gilbert.

 Si l’on suit avec autant d’intérêt les péripéties de Kitri et de Basilio, malgré les défauts techniques de ce dernier dans certains pas, c'est parce que les deux danseurs s’entendent artistiquement à merveille. Chacun trouvant ses marques dans l’autre, ils dansent ensemble en toute confiance pour notre plus grand bonheur : enfin une soirée où,  grâce à cette complicité artistique, on ne redoute pas le faux pas, le ratage. 

Dommage qu’il n’y ait pas eu à leurs côtés Froustey et Giezendanner en amies espiègles et railleuses,  Hecquet en danseuse des rues que rien n’impressionne, ou  le bouillonnant F Lorrieux en Espada. Car malheureusement, les seconds rôles,  bien dansés, manquent de ce petit plus qui fait toute la différence. Où sont passées la folle gaité, le petit brin de folie latine et cette  insouciance contagieuse propre à la jeunesse ? Seule, Westermann danse avec conviction et brio.  Dayanova compte sur son beau sourire et sa séduction certaine pour donner vie à son rôle et Renaud manque de ce feu intérieur qui consumait Lorrieux. Clément disparait littérallement derrière son rôle.

 

Pour en revenir à Kitri, Pagliero a dominé aisément toutes les difficultés techniques des variations.  Energique et précise, son travail de pieds est toujours très propre :  batterie  incisive, nette,    équilibres sûrs;  les sauts, les pirouettes se referment sur de belles cinquième. Le haut de son corps commence à se libérer de même que son visage qui offre des expressions plus vivantes et naturelles que par le passé.

Kitri se jette en toute confiance dans les bras de son Basilio  qui la rattrape sans le moindre faux pas  et la hisse à une main sans effort apparent. Il y a de très belles choses dans ce que proposent ce soir là les deux danseurs.

 

Dans le second acte, le pas de deux au châle est particulièrement réussi, lyrique à souhait, et poétique. Dans les mains de Ludmilla, le châle devient émouvant  tout comme le pas de deux au pied des moulins. C’est l’un des plus jolis moments de ce Don Quichotte, empli d’une certaine émotion.

La belle scène des gitans avec un Madin très en forme ne prend pas l’ampleur qu’elle devrait à cause des éclairages, toujours aussi sombres même vus de l’orchestre, cette fois-ci !

 

La scène des Dryades manque toujours autant de poésie, malgré une Laura Hecquet très bien techniquement, - des sauts secondes légers à souhait avec un atterissage coupé -  et une Pagliero-Dulcinée moins crispée que ne l’ont été avant elle Renavand ou Gilbert. Ludmilla arrête comme elle le souhaite les mouvements, les équilibres ; la variation a été bien comprise (travail du rond de jambe, du bassin décalé et  du fouetté, les attitudes arrière ne sont pas trop cassées, le pied est sûr, et les ballonnés sont légers.) il ne manque que cette respiration du haut du buste qui fait toute la poésie de la scène.  

Les Dryades, elles, sont toujours un peu lourdes et un peu raides  et si scolaires dans l’exécution des pas ! Hurel ne me convainc toujours pas en Cupidon.

 

Le troisième acte passera aussi vite que les deux précédents : Pagliero ne montre pas le moindreDon_Quichotte.jpg signe de fatigue ni dans les redoutables équilibres à l’issu du pas de deux, ni dans sa dernière variation où elle fouette tant et plus sans faux pas ! Elle s’amuse à rajouter tout un tas de petits effets avec son éventail ! A noter que dans les retirés, elle est la seule des trois, lorsqu’elle repose les deux pieds, à ne pas refermer ses cinquièmes ou arranger un peu le pied avant de poser le talon. C’est net.  Paquette est lui en prise avec les pas de Noureev mais malgré cela il restera Basilio jusqu’à la fin du ballet.

 

Giezendanner passe comme une libellule en demoiselle d’honneur : un moment de grâce qui suspend le temps !

 

Pagliero a su camper aux côtés de Karl Paquette une Kitri vivante, chaleureuse et sympathique ! Les voir tous les deux en une si belle harmonie a vraiment été le plus de cette soirée.

Pas au point d’effacer de nos mémoires Motte,  Pontois, Loudière ou Letestu dans le rôle… mais quand même !

C’est drôlement bien !

 

Petite synthèse sur ces trois soirées bientôt !

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21 décembre 2012 5 21 /12 /décembre /2012 18:22

 

 

 renavand alice

Il y avait bien longtemps que j’avais envie de voir Alice Renavand dans un rôle classique. Je l’avais déjà repérée dans le corps de ballet lors d’une Sylphide, en 2005. Elle avait le petit plus qui fait qu’une personnalité émerge naturellement d’un groupe.

Quand à F. Alu j’en avais tant entendu parler que j’avais envie de le voir dans ce type d’œuvre ; il est tout jeune puisqu’il a19 ans !

 

Je dois dire que j’ai passé une soirée savoureuse, en partie grâce à ces deux danseurs : tout était vivant dans ce Don Quichotte du 19 décembre même si techniquement, les rôles titres n’ont pas été « éblouissants » !

 

Dans le premier acte, Renavand a été parfaite ; présence, gaieté, légèreté, enthousiasme.

Elle a beaucoup d’aisance dans les grands sauts, beaucoup d’énergie aussi, mais elle reste féminine, gracieuse. Sa première variation et la variation aux castagnettes étaient très enlevées

 et Kitri était belle et bien là. (Bien plus que D. Gilbert qui ne sautait même pas le 12 !)

 

Son Basilio n’était pas en reste non. Avec F Alu, elle forme un couple vivant, qui déborde d’énergie. Cela doit être contagieux, car tout à coup, tout prend vie sur le plateau.

 En outre, les deux amies étaient les fantastiques Froustey et Giezendanner qui s’accordent à merveille tout en conservant chacune sa personnalité. Féminines, gracieuses, ses danseuses ont une danse fluide, ample, généreuse ; elles dansent « large ».Une belle harmonie et beaucoup de joie de vivre se dégageaient des pas de trois ou quatre ou cinq dont est émaillé ce Don Quichotte.

 

Quand je repense à cette soirée, deux mots me viennent : jeunesse et fraîcheur.    Pendant  le premier acte, on ne pouvait qu’avoir le sourire aux lèvres.

L’Espada de F. Lorieux, à la danse bien plus incisive que celle du lyrique Duquenne  formait un couple bien assorti avec la majestueuse Laura Hecquet, magnifique en danseuse des rues, dont j’avais beaucoup aimé l’interprétation le 12 décembre. Bref, ce premier acte était très réussi.

 

Au deuxième acte, tout cela retombe un peu en partie ; la scène avec les Gitans, aux éclairages trop sombres qui tassent tout le monde, est de ce fait, irrémédiablement gâtée pour moi; du haut du second balcon, toutes les silhouettes sont écrasées, tassées, par ces ombres monstrueuses, il est alors impossible alors de véritablement goûter la danse qui se déploie sur scène car tout est happé – danseurs, couleurs, pas, costumes – pas ces ombres noires qui engloutissent le plateau.

Un  bravo cependant pour le beau et fier Gitan de Mathieu Botto moins virtuose semble-t-il que Madin mais très charismatique. Je dis semble t-il toujours à cause de la raison évoquée plus haut.

 

Dans la scène des Dryades, Renavand, crispée dans la redoutable variation de Dulcinée, perd de son charme ; le haut de son buste se raidit ainsi que ses bras, elle semble montrer ses limites.

Je n’ai pas particulièrement aimé la Reine des Dryades d’Albisson, mais malgré tout, il y avait une certaine poésie ; le Cupidon de Marine Ganio, espiègle et charmeur, m’a envoûtée !

Voilà une danseuse spirituelle, bondissante, légère qui donne à son Cupidon toute son éblouissante technique «  l’air de rien ». Les pas sont ciselés, propres, précis, vifs et donnent à ce personnage de la fantaisie et de l’esprit !

 

Vient ensuite le redoutable troisième acte qui cueille des danseurs fatigués pour les pousser dans leurs limites techniques.

 

 

On retrouve dans la taverne toute la jeunesse réunie : les amies, Espada, Kitri, la danseuse de Rue, Basilio nous enthousiasment comme au premier acte.  Puis vient le mariage.

 

L’orchestre qui ne brillait déjà pas par sa subtilité a vu tout à coup son tuba devenir fou et planter des grosses basses beuglantes hors tempo ! Erreur du chef ? Distraction du musicien ? C’était honteux ! Toute la présentation du couple en a été perturbée !

Les variations très techniques qui exigent une énergie hors du commun ont été exécutées avec   ardeur et intensité à défaut de l’être avec virtuosité.

J’avoue que je n’aurais pas eu un regard aussi complaisant si les deux danseurs avaient été Etoiles. Mais Alu est juste coryphée et Renavand première danseuse. On ne place donc pas dans sa tête la barre aussi « haut » sur le plan technique que pour des étoiles.

Donc un troisième acte techniquement «  honnête » mais là encore, un engagement, des prises de risque de la part de ces deux danseurs qui font fermer les yeux sur les équilibres un peu vacillants ou le manque  d’ampleur de la danse. Au détour d’une pirouette qui s’achève avec un développé attitude, tout à coup, on retrouve chez F. Alu un peu de ce style si particulier à Noureev !  D’ailleurs ce qui m’a le plus séduit chez ce danseur, c’est son intelligence car sa technique encore un peu verte est largement compensée par une vraie compréhension des pas et une façon de les exécuter très claire.

 

Au final, j’ai quitté la salle heureuse parce que j’avais vu sur scène une troupe unie et visiblement heureuse de danser, ce qui n’était pas du tout le cas le 12 décembre. On ferme les yeux sur les petits «  ratés » parce que l’essentiel a été atteint: partager avec le public le plaisir de la danse, en portant une œuvre avec enthousiasme, ardeur, conviction et talents.

 

 

 

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21 décembre 2012 5 21 /12 /décembre /2012 08:53

Svetlana_Zakharova_solo_kitry3.JPGLa danseuse annule sa venue à Paris pour cause de maladie...

J'avais pris des places pour la voir dans Kitri

Elle m'avait beaucoup touchée et émerveillée en Nikya ce printemps et j'avais juste envie de la revoir sur scène!

 

Je me réjouissais de voir une autre interprétation que celles déjà vues ( Renavand/ Gilbert) dans ce rôle de Kitri où j'ai vu dans le passé Motte, Pontois, Loudière, Pietragalal, Letestu. Cette dernière aux côtés de Leriche s'y est révélée époustouflante. Celle qui m'avait le moins séduit était Pietra : elle dansait trop en force.


 

Je crains que cela ne soit la même chose avec Pagliero ce 26 décembre puisque c'est elle qui remplacera Zakharova aux côtés de Paquette... le peu que j'ai vu de sa prestation via les videos me laissent augurer qu'il y a du combat dans l'air plus que de la danse.... à suivre!

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15 décembre 2012 6 15 /12 /décembre /2012 12:34

C'est Noureev qu'on assassine! 

C’est Noureev qu’on assassine !

 

Le 12 décembre j’ai assisté à l’une de mes pires soirées à l’ONP de ces dix dernières années !

Etait donné Don Quichotte  dans une mise en scène de Noureev d’après Petipa.

Deux minutes avant le lever du rideau, toutes les distributions – à part les rôles titres – ont été bouleversées

J’ai donc assisté à celle-ci

 

Gilbert – Kitri

Paquette – Basilio

Bourdon – la Reine des dryades

Cupidon - Hurel

Duquenne – Espada

La danseuse de rue – Hecquet

La demoiselle d’honneur – Giezendanner

Un Gitan – Madin

Gamache – Eric Monin

Don Quichotte – Charlot

Les deux amies – Boulène/Dayanova

Sancho Pança- Hugo Vigliotti

 

Je dois dire que Melle Hecquet et Giezendanner ont à elles seules sauver cette sinistre soirée. Un grand merci aussi à Eric Monin, tout aussi convaincant dans son rôle de Gamache – le prétendant ridicule – que dans le rôle du sournois Mr de GM ( Manon de ce printemps)

S. Charlot campe aussi un Don Quichotte bien sympathique

A noter que ces rôles sont du mime pur, et que c’est très difficile de faire ainsi exister des personnages au milieu de tous ces pas classiques ou hispanisant. Hugo Vigliotti apporte de la joie.

Ces trois artistes ont réussi à me faire rire et à m'arracher à l'ennui et la torpeur qu'a généré cette affreuse soirée.

 

Pour le reste, nous avons eu droit à un Paquette brouillon, fatigué, sans ballon, avec des pieds imprécis, qui semblait au bout du rouleau. Il faut dire que le malheureux danse un soir sur deux ou sur trois.... il dansera en tout le rôle 12 fois; voilà où en est l'opéra de Paris!!!! ( cf pénurie de Basilio à l'ONP)

Une Gilbert en méforme aux deux premiers actes, et surtout qui  pas un seul moment n’a interprété Kitri ; elle a DANSE Kitri, mais le personnage n’est jamais apparu

Alors oui, on a eu droit à un beau manège de fouettés et double pirouette à la fin, mais j'aurais préféré en voir moins et voir Kitri à un moment ou à un autre!

 

Les deux amies, je préfère n’émettre aucun commentaire là aussi ; les pas sont faits, et c’est à peu près tout, mais des droïdes feraient sans doute aussi bien

 

J’aime beaucoup Duquenne, mais qu’on arrête de le distribuer dans ce genre de rôle ; il n’a pas l’éclat nécessaire ; les rôles lyriques et doux lui vont bien mieux ! Il est cencé être un torréador, mais on voit bien qu'il ne ferait pas de mal à une mouche, alors tuer un taureau! Il a l'air si doux, si paisible!

 

Bourdon, jeune danseuse dont tout le monde dit le plus grand bien incarne une reine des Dryades hideuse, sans poésie et sans finesse ! La réception de ses sauts est d'une lourdeur achevée, et les pieds moulinent autant qu'ils le peuvent pour se mettre au diapason du moulin qui sert de décor juste dans le tableau d'avant, des fois qu'on oublie qu'on regarde Don Quichotte

 

Hurel danse   joli, mais son Cupidon n’a pas la préciosité d’un sèvre ni la vivacité d’un pinson, comme le veut le rôle

 

Quand au corps de ballet : mention spéciale pour le cafouillage des lignes des Matadors ( un vrai serpent, la ligne qui aurait dû être droite) et aux dryades, incapables de conserver leur espace de danse !

 

Ce 12 décembre, l’ONP me semblait être tombé bien bas

 

J’ai trouvé cette compagnie déprimée, fatiguée ; elle danse mais elle n’y croit pas ; il n’y a pas d’ardeur, pas de feux sacrés, pas de lumière ; des fonctionnaires qui font leur métier, voilà l’impression que j’ai eue

 

Alors oui, merci à Laura Hecquet pour sa danseuse de rue à la fois impériale et populaire ; c’était tout à fait cela ; cette danseuse a incarné à la perfection ce rôle, avec juste ce qu’il faut de sensualité, mais l’autorité de ces filles qui ont l’habitude de se frotter à tout public !  A chaque fois que je l'ai regardée, j'ai ressenti ce petit pincement qui vous prend quand un artiste vous emmène là où il veut!

 

Et à Charline Giezendanner, toujours heureuse et lumineuse sur scène, et tellement musicale par rapport aux droïdes que j’ai vu ce soir là !

Ce fut la seule danseuse - mis à part Laura - à écouter la musique et à nous la faire vivre.

 

Je le souligne aussi dans le forum : les éclairages sont aussi moches que certains des costumes !

 

Toute la scène dans le camp gitan est si mal éclairée que je n’ai quasiment rien vu de Madin  (il était «  tassé » par les ombres)  et que ce tableau que j’apprécie d’habitude beaucoup m’a ennuyée au plus haut point

 

Les dryades ne sont pas plus mises en valeur, avec des ombres qui déforment leur buste et les font passer vue du second balcon pour des pots à tabac ! Un comble pour des fées des bois !

 

 

Quand à Kevin Rhodes, il n'a pas réussi à communiquer son enthousiasme de chef à un orchestre poussif et lourd!

 

ah oui, tiens  : le meilleur passage de la soirée!

ha ha : les couacs des cuivres faisant écho à la désorganisation des lignes des matadors!!!  vous imaginez? et bien cela résume bien la soirée! Haha!

 

 

à lire :  sur le forum danse pluriel mon compte rendu

 

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6 octobre 2012 6 06 /10 /octobre /2012 09:02

C'est un comble, n'est ce pas, qu'une maison comme l'opéra de Paris ne puisse pas nous offrir sur la LONGUE série de Don quichotte qui commencera dans un mois et demi un Basilio digne de ce nom!

 

Ce n'est pas la première fois que ce problème surgit, puisque en 2003 déjà, la maison avait du faire appel en renfort à Roberto Bolle et Carlos Acosta.

 

Mais que se passe-t-il donc?

 

Le comble de l'ironie est que nombre de nos étoiles masculines ont été nommées sur ce rôle qu'elles ne dansent plus aujourd'hui pour différentes raisons

 

C'est que Basilio est un pur défi de technique et de virtuosité!

 

Leriche est désormais trop âgé pour le rôle, Heymann, Moreau, Hoffalt, blessés ou pour le moins trop fragiles pour l'instant, Ganio ne le dansera pas, bien qu'il ait été nommé sur ce rôle, Bélingard se la joue " flemme", car il ne danse quasiment plus de rôle classique, sa dernière apparition avait été pour Drosselmeyer, très " approximatif techniquement" mais superbement campé cependant! Et pourtant, il aurait campé un Basilio haut en couleurs!

 

Il nous reste ce pilier qu'est Karl Paquette, étoile attachante s'il en est, mais qui n'a pas le brio nécessaire pour le rôle et le sensible Stéphane Bullion  : même commentaire. Son Solor de ce printemps m'a laissée sur ma faim pendant les variations " techniques" comme celle de l'acte 2. Cela manquait de nerf, d'élévation, de confiance, de bravoure, de défi!

 

Ni l'un ni l'autre ne pourront  égaler sur le plan de la virtuosité un Leriche d'antan, ou un Legris, un  Martinez....

 

Je trouve tout de même fort étonnant que l'opéra ne fasse pas appel sur cette longue série à des " guests" comme cela avait été le cas en 2003

Zakharova est invitée pour Kitri - j'irai la voir!- mais pour Basilio, il faudra se contenter des deux étoiles citées,  plus 

Thibaut - qui n'a plus non plus le brio d'autrefois, si je m'en réfère à son Idole dorée vieillidante de la Bayadère ce printemps dernier

 

D'ailleurs quel Basilio vont-il donner à Zakharova? Bullion parce qu'il a déjà dansé avec elle et que l'entente artistique est belle? Affaire à suivre!...

 

Magnenet? Un peu vert encore, et un peu fade pour incarner le sémillant Basilio!!!

 

J'imagine la tête de Noureev s'il venait remonter son Don Quichotte aujourd'hui!!!

 

Car Don Quichotte est un ballet très gai, très vivant!

Noureev savait l'être lui aussi, il aimait rire.

D'abord, il vomirait d'indignation en voyant les hideux costumes refaits façon " cheap"!

Et puis il hurlerait  de colère  face aux décors refaits eux aussi et pas du meilleur goût, croyez moi!

 

Bref....

 

Je vais une fois de plus formuler le voeu de voir apparaître en 2014 un directeur de la danse digne de ce nom, qui saura redonner l'enthousiasme nécessaire et la flamboyance à cette si belle compagnie qu'est l'opéra de Paris!

 

Un petit souvenir de la création de Don Quichotte à l'Opéra de Paris en 1981

J'y étais! Et j'avais vu Pontois au côté de Fernando Bujones, décédé depuis...

 

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Noureev en répétition avec Pontois

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27 juin 2012 3 27 /06 /juin /2012 07:48

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La nouvelle est tombée il y a quelques jours, pour le plus grand plaisir des «  fans » de Myriam, très nombreux, le 18 juin 2012, à la suite de la représentation de  la Fille Mal Gardée.

Après la nomination de Pagliero en avril, celle-ci me réjouit-elle davantage ?

 

Je n’en sais rien !

Actuellement, il n’y a personne chez les filles ou les garçons qui m’enthousiasme au point que j’attende leur nomination d’étoile.

 

J’aime de nombreuses danseuses — Abbagnato, Grinstajn, Hurel, Froustey –, mais aucune ne me fait ressentir ce petit pincement au cœur, que j’ai pu ressentir autrefois quand Karine Averty par exemple était première danseuse et qu’année après année, j’attendais qu’on la nomme étoile. Ah, Karine…. Je reverrai à l’infini sa Diane chasseresse dans Sylvia de Neumeier, l’un des derniers rôles où elle brilla….

 

 

Je n’ai jamais vu Myriam dans un rôle-titre, hormis en vidéo ; sa Marie – Casse noisette – est ravissante, elle a une technique parfaite….Mais il lui manque un petit grain de folie… belingard-Ould-Braham-copie-1.JPGMyriam est si sage dans sa façon de danser ! Si appliquée !

Certes, le seul souvenir que je garde d’elle où je l’avais adorée est suite en blanc de Serge Lifar

J’avais aimé la pureté de ses lignes, le moelleux de ses bras, et ce côté lisse, parfait, sous étroite surveillance ! Je l’ai aussi beaucoup aimée dans Genus de Evan Mcgregor,  pour les mêmes raisons de pureté de ligne, de perfection…

 

Ce que j’espère vraiment grâce à cette nomination, c’est qu’elle puisse, maintenant qu’elle n’a «  plus rien à prouver » - c’est cependant tout théorique, car être étoile est une charge lourde pour certains danseurs – faire apparaître tout son potentiel artistique sans redouter le faux pas !

Ahhhhh ! Si mon cher Noureev était là, il la bousculerait pour qu’elle mette à jour, quitte à souffrir un peu,  l’artiste qui pour l’instant semble vivre emprisonné en elle !

Il lui dirait « tombe, rate, mais vis ! »

 

Je pense que tous ceux qui ont adoré Platel doivent adorer Myriam, il y a entre elles deux une filiation spirituelle : elles sont travailleuses, leurs lignes sont pures, elles ne sont pas faites pour des répertoires contemporains, elles excellent vraiment techniquement en tant que ballerine.

 

Je souhaite de tout cœur à Myriam que je verrai le 11 juillet dans la Fille Mal gardée de très heureuses et riches années d’étoilat ! Je suis ravie à l'idée de la découvrir dans un rôle titre qui lui ira sans doute à merveille, car elle est pleine de fraîcheur, de jeunesse... et je pourrai ainsi poser un nouveau regard sur elle.

 

Mais, déjà une Ombre……

La prochaine saison artistique   n’offrira pas grand-chose à Myriam pour la  « nourrir »  (encore une expression de mon cher Noureev)   et je le regrette sincèrement…..  une Princesse Aurore, une Odette-Odile, une Tatiana l’aurait sûrement aidée à grandir en tant qu’étoile.    

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16 mai 2012 3 16 /05 /mai /2012 09:45

 

Je suis perplexe face à la nouvelle saison "ballet"  2012-2013 qui s’annonce à l’opéra de Paris

La précédente offrait deux ballets néo-classiques (Onéguine et Manon), deux « Noureev » (Bayadère et Cendrillon), un ballet « classique » relégué en fin de saison (la fille mal gardée) et une création qui a fait parler beaucoup d’elle : La Source du danseur étoile JG Bart

A côté de ses œuvres « narratives » des ballets plus abstraits tel  le Phèdre de Lifar, l’Orphée  et Eurydice de Pina Bausch et le très dépouillé Roméo et Juliette de Sasha Waltz (chorégraphe contemporaine)

Pour compléter le tout, une soirée Robbins/ Mats Ek (avec dance at gathering et appartement) une compagnie invitée dans un répertoire romantique (Royal ballet du Danemark avec Napoli) et le Tokyo ballet dans une œuvre de Béjart ( Kabuki)

Il était encore assez facile de trouver son bonheur, même si de part sa programmation, les spectateurs ont pu constater un grand « trou » de deux mois et demi entre le dernier Onéguine, et la première de Mats Ek qui tombait à peu près en même temps que Bayadère :  

 

Mais cette saison, B Lefèvre révèle à quel point elle n'aime pas " le ballet" D'ailleurs, je conseille à l'opéra de paris de cesser de mettre l'onglet ballet sur son site : comme c'est ringard! il faut mettre danse!

Cette directrice  déclare pourtant « que cette année fête le bicentenaire de l’opéra, et qu’il y aura beaucoup de choses variées » Son sens de la fête, tout relatif, doit enchanter le théâtre de la ville et drainera sans doute une partie de ce public vers l’amphithéâtre…

 

Voici la saison :

En danse contemporaine : Trisha Brown, Cherkaoui, Merce Cunningham, Prejlocaj (avec son hideux hélicopter et son infâme Eldorado) et une création de MA Gillot « sous apparence »

À leur côté les néo classiques Kylian et Forsythe et Balanchine

 

Pour compléter le tout,  un Neumeier avec sa 3ème symphonie et non un de ses ballets narratifs

Histoire de dire qu’on ne l’oublie pas, une soirée Petit,   avec le Loup, Rendez vous et Carmen,

Histoire de dire qu’il est passé par là, un seul «  Noureev » avec Don quichotte

La reprise de Signe de Carlson

Et relégué au début de l’été 2013, la Sylphide de Lacotte

 

En fait, presque toutes ces œuvres me plaisent à des degrés divers et variés, mais mises bout à bout dans une même saison, bigre !

L’opéra de fera pas trop de dépense côté décors et costumes !

 

Pour que la saison soit plus équilibrée, il aurait fallu un autre grand classique – la belle au bois dormant par exemple que l’on n’a pas vu depuis plusieurs années ! – il aurait aussi fallu que la Sylphide, ce chef-d'œuvre romantique ait été donné plus tôt dans la saison

Et puis, il manque comme l’an passé un ballet narratif comme ceux de Mc Millan, ou Neumeier, ou Cranko, ou l’un des leurs…

 

Où est l’intérêt de reprogrammer pour la troisième fois dans un laps de temps court O Slozony ? Ou Signes ? Ou encore Rendez vous ?

 

Noureev disait qu’il fallait «  nourrir » les danseurs. Je trouve cette nourriture bien « light »; elle me laisse sur ma faim et elle laissera sans doute les danseurs sur la leur

 

Lefèvre déclarait « les danseuses veulent toutes faire Carmen »

Comme on les comprend : c’est la seule héroïne à interpréter cette année, à part la Sylphide ou Kitri qui est « à part »

 

 

Mais détaillons un peu

 

La saison s’ouvre avec Balanchine  (Agon, sérénade, le fils prodigue) - Bon, pourquoi pas ? Je n’ai jamais vraiment été emballée par ce chorégraphe abstrait ; en général, au bout de vingt minutes, je commence à m’ennuyer ; bien sûr, il y a toujours des soirées servies par des interprètes exceptionnels, qui transforment le temps lui-même,  mais voir toute une soirée où le sujet de l’œuvre est la danse elle-même dans tout son dépouillement… je ne prendrais des places que s’il en reste des pas trop chères, une fois la distribution connue ! L’Apollon musagète d’il y a une ou deux saisons m’a laissé un sentiment très mitigé – Et même le Palais de cristal ou Joyaux ne m’ont pas laissé des souvenirs impérissalbes.

 

Ensuite, aie ! Cunningham/ Gillot

Cunningham, disons le, me barbe profondément ! Pourtant le bonhomme était sympathique comme tout !

Déjà que j’aurai dû me passer de danse « narrative » en septembre, me plonger dans cet univers cérébralement intéressant, mais visuellement rasoir !

C’est d’ailleurs amusant ; pour avoir travaillé avec quelques chorégraphes de la scène contemporaine actuelle (Philippe Ménard, Kubilai Khan investigation) j’ai fait le constat suivant : danser contemporain peut être grisant, mais voir le résultat ennuyeux comme tout !

 

Si je trouve des places pas trop chères ( 12 euros, quoi !) j’irai voir la création de Gillot et prévoirai un livre pendant le Cunnigham : je poserai là un acte créatif d’une très haute intensité. Mentalement, mon acte sera un acte de danse intégré à la soirée : la scène se prolongera jusque dans ma loge où sera la vraie vie, qui sera la vraie danse. Toute seule dans ma loge de côté, quatrième niveau, place à visibilité réduite, je m’intégrerais à la chorégraphie, créant un « happening » dans la mouvance   XX siècle  de l’art qui refuse les codes bourgeois, le beau, l’ordonné, et anonyme, je  participerai au spectacle, déplaçant ainsi le spectacle de la scène vers la salle ! Quel talent j’aurai alors ! Sans bouger, immobile – je poserai mentalement un acte de non-danse ; ce sera si puissant,  que Jérôme Bel me demandera de non créer avec lui  mon oeuvre à Avignon,  et la saison suivante, le théâtre de la ville m’invitera pour redonner ma non-danse qui s’intitulera « chaise pensante à six pieds »

J’aurai bien sûr pris soin d’enregistrer les toux de mes voisins ce soir-là et d’en faire un montage que la technique rendra ensuite aléatoire, pour que mon acte de non-danse sur ma chaise recrée la rencontre fortuite des hasards croises comme dans la vraie vie, car l’art, c’est de la vie fausse, chacun le sait

 

Il me faudra sans doute plusieurs semaines pour m’en remettre, mais ouf, Don Quichotte pointe son nez pour 26 représentations !

Bon !  Nous serons déjà en décembre !

 

Gageons que les pauvres danseurs qui n’auront rien dansé d’aussi technique depuis leur passage à New York cet été vont tous se blesser à qui mieux mieux, et ce sera à nouveau le jeu des chaises musicales, A remplace B blessé, qui remplaçait C blessé, qui remplaçait D blessé, etc… avec un peu de chance, je pourrai peut être dégoter une place pour Ganio/ Gilbert ?  Il m’étonnerait que Leriche reprenne le rôle de Basilio, et sur un rôle aussi technique, qui d’autre à part Ganio ? (Il a d’ailleurs été nommé sur ce rôle !) Je suis preneuse aussi de Pujol ou de Renavand en Kitri ! pour les garçons ???

 

Comme il y aura 26 représentations, des danseurs premiers danseurs ou sujets, seront peut être sur les rôles-titres.

Ce que j’aime dans ce ballet, c’est qu’il permet aussi de découvrir beaucoup de danseurs/seuses dans des rôles secondaires merveilleux : les deux amies, la reine des dryades, cupidon, la demoiselle d’honneur, le chef des gitans, et les rôles comiques aussi !

Sur youtube, traine une version avec Guillem/ Letestu/Osta absolument sublime dans l’acte du rêve de Don Quichotte !

Et j’ai encore le souvenir de Ciaravola  et Guillem en reine des dryades ! O Temps, suspends ton vol!!!!

 

Après retour vers l’abstrait avec Forsythe – que j’adore - et Trisha Brown

Bon, j’attendrais les distributions, car le Slozony m’avait émerveillée la première fois avec Dupont/legris/ Leriche

Revu par la suite avec d’autres interprètes, ce n’était plus du tout pareil ; toute la magie s’était enfuie

Idem pour Forsythe – Si Ciaravola danse In the middle, je serai là, sinon, et bien, je m’en passerai !

 

Je zapperai sans vergogne la compagnie Prejlocaj (dans Eldorado, les danseurs se roulent sur les tables pendant une heure….)  arte avait consacré toute une soirée à mettre en images les gros egos des deux artistes : Stockhausen et Prejlocaj; juste indigestes!

 

Je me débrouillerai pour prendre des places pour voir Ciaravola en Carmen ! Mais pourquoi ne pas avoir repris le Jeune Homme plutôt que rendez-vous, si longuet ? (Mis à part le pas de deux final !) Quand au Loup… je ne suis pas fan non plus…

 

J’attendrais les distributions pour Kaguyahine de Kylian  et la troisième symphonie ( Malher) de Neumeier !

 

Sauf si Leriche danse le Faune, je n’irai pas à la soirée «  fourre tout » où sont réunis Béjart/ Cherkaoui/ Robbins, Nijinsky  (l’oiseau de feu, le Faune, l’après-midi d’un faune, et la création de Cherkaoui sur Boléro) - Mon dernier Faune version Robbins avec Cozette m'a paru interminable!!!! On a déjà eu droit il y a dix ans au Faune ( Nijinsky) et Faune ( Robbins) et ça n'est pas une bonne idée... !

 

Viendra l’été : ce sera le moment de casser ma tire lire pour voir la Sylphide de Ganio/Ciaravola (en espérant qu’ils la redansent ensemble)  et le tonique Signes de Carlson (mais la aussi, en attendant les distributions, car revue la dernière fois sans Belarbi et sans Gillot, ce n’était plus aussi magique !)

 

Ce sera la fin de la saison…  

 

Ah, on devrait retrouver la belle Eleonora Abbagnato... !

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10 mai 2012 4 10 /05 /mai /2012 08:09

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Dix ans après avoir vu Guillem/Hilaire/Romoli/Gillot, j’ai enfin revu Manon, de McMillan, d’après l’Abbé Prévost. Ce chorégraphe a l’art de narrer une histoire avec mille détails. ;  mieux que personne il donne de l’épaisseur à ses personnages qu’on suit dans leur méandre psychologique, dans leur questionnement, leur doute, leur choix, leurs émotions aussi facilement que si on lisait un livre. Les rôles secondaires tirent les ficelles, ce qui fait que tout le monde est important même si le ballet repose énormément sur les deux héros. Le plateau grouille de vie, car il y a toujours une intrigue, une confidence, un jeu quelque part sur scène pendant que d’autres dansent.

Ce qui parait blanc ne l’est pas, ce qui parait noir ne l’est pas non plus. Au final, on est face à des héros très humains, faits de grandeurs et d’une certaine bassesse aussi. Ainsi la pureté de Desgrieux se trouble-t-elle lorsqu’il triche aux cartes pour gagner de l’argent et récupérer Manon. Une autre facette surgit alors. Mais à la fin, c’est son courage et son amour qui l’emportent. Lescaut est un être somme toute assez abject mais il nous bouleverse par sa mort, dramatique, cruelle, injuste. Manon a plusieurs visages qui évoluent tour à tour au cours de l’histoire. Malgré son goût de l’argent, d’une vie facile, elle reste terriblement attachante : son amour pour Desgrieux est profond, sincère, même si elle fait d’autres choix : elle l’aime. Et cet amour entre les deux héros donne ce souffle unique à ce récit qui décrit les turpitudes  grandes ou petites des uns et des autres et les actes héroïques inattendus.L’univers de McMillan n’est jamais tendre ; sur scène, il y a trois morts et un viol. Cela rappelle un peu les ambiances «  shakespeariennes » qu’il affectionne.

Pour le langage chorégraphique, McMillan reste toujours très sobre ; il fait beaucoup avec peu. Ses pas de deux sont de véritables défis aux lois de l’équilibre. Les danseurs ont la redoutable tâche d’en gommer toute la virtuosité, toute la difficulté pour n’en montrer que l’émotion, le lyrisme, ou le drame.

Quand je lis ici et là, «  le rôle de Manon n’est pas technique », je me dis que les gens qui écrivent cela n’ont jamais dansé. Réaliser toutes les figures acrobatiques des pas deux en leur donnant la justesse de ton, la légèreté, la fluidité, tout en étant en parfait accord avec son partenaire – cela veut dire  lui faire totalement confiance – est un travail de très haut vol. D’ailleurs, notre chère Guillem a pris soin dans les bonus de On the edge, de montrer un  « raté » en répétition, sur un pas de deux de Manon. Ils sont vertigineux, et le pire c’est que le plus redoutable sur le plan technique et dramatique arrive à la toute fin du ballet, après deux heures de danse. Les artistes doivent donc puiser dans leurs dernières forces pour aller au bout sans faiblir.

 

J’avais le souvenir très net des interprétations de Hilaire/Guillem/Romoli et Gillot mais j’avais hâte de découvrir Ganio et Ciaravola qui m’avaient tellement bouleversée dans Onéguine cet hiver et que j’avais adoré dans la Sylphide il y a quelques années. Ils ont littéralement donné leur âme. Le corps de ballet et les autres personnages n’était pas en reste non plus. Mention spéciale à Monsieur de G M, l’excellent Eric Monin – on le dirait tout droit sorti du film de Tavernier «  que la fête commence ! » et à Hugo Viglioti en chef des mendiants. Yann Saiz fut très charismatique aussi et, tout comme son brahmane dans la Bayadère en avril, il a su rendre son Lescaut très ambigu et très attachant. Sa danse offrait beaucoup de présence, de puissance, et son ivresse était bien jouée aussi, sans en faire trop. Pas aussi comique que celle de Romoli vu dix ans plus tôt, mais bien sentie. Seul  le personnage de la maîtresse de Lescaut dansé par Daniel ne m’a pas emballée ; jolie à ravir, sensuelle, ravissante, cette danseuse n’a pas véritablement créé de lien avec Yann Saiz qui lui, en créait un avec elle. Je me rappelle la relation Romoli/Gillot, c’était toute autre chose. Deux vieux lascars s’entendant comme larrons en foire, ils avaient le choix de tirer l’interprétation du côté de la complicité  plutôt que de l’amour.

 

J’adore le premier acte, l’ambiance de la place qui grouille de vie, l’arrivée des calèches, la foule colorée qui emplit peu à peu l’espace. Le premier pas de deux entre Manon et Desgrieux fut tout simplement sublime : le mot qui me reste en tête est « pureté » ; il y a une telle osmose entre les deux artistes qu’ils n’en forment plus qu’un. Manon, charmée par la fraîcheur et l’ardeur de Desgrieux s’abandonne à ce pas de deux avec une joie toute simple qui transporte et nous fait véritablement revivre l’amour tel qu’on l’éprouve quand il nous « tombe » dessus. Le texte dit pudiquement que Manon est «  plus expérimentée » que Desgrieux, et que c’est sans doute à cause de son amour des plaisirs qu’on l’envoie au couvent.

Au début, le Desgrieux de Ganio est plein de grâce, d’élégance, et de cet élan du cœur, qui n’est pas encore la passion, mais cette attirance inévitable qui entraîne vers l’autre, sans même qu’on s’ en rende compte. Manon-Ciaravola l’observe, intriguée, puis se laisse à son tour charmer.

Dès le début les deux héros nous touchent, on les aime. J’ai été émue aux larmes par ce premier pas de deux. Il est si rare de trouver cette qualité artistique portée à ce point de perfection. Les qualités de danse et de cœur sont là, qui nous transportent entièrement.

Lorsqu’on les retrouve ensuite dans la chambre, on découvre une Manon heureuse, toute éperdue d’amour, en accord total avec le chevalier. Elle est primesautière, espiègle, toute à sa   passion et à son bonheur. La danse, fluide, donne l’illusion de la simplicité. «  Danser comme on respire » prend ici tout sons sens. L’irruption du frère accompagné de Monsieur de GM qui vient lui offrir une vie de luxe va donner une direction inattendue à l’histoire. Manon hésite, elle est vraiment à deux doigts de refuser mais finalement accepte le marché de son frère. Elle suit Monsieur de GM pour un manteau et un collier. Il faut souligner ici la justesse d’interprétation des trois personnages. Du grand art.

 

Dans le second acte, McMillan instaure une ambiance vraiment très particulière, à mi-chemin entre les liaisons dangereuses de Laclos – qui ne seront écrites que 60 ans plus tard - et le film de Tavernier « que la fête commence ».

Ciaravola a une conception personnelle de Manon. Pas facile de rendre attachante une fille qui aime les plaisirs, quitte son amant sans un mot pour une parure,  devient la maîtresse d’un homme de pouvoir, et entretient des liens ambigus avec un frère qui est une crapule. Seule une artiste de cœur, qui s’engage totalement dans son rôle et a le sens des nuances peut montrer que Manon est plus qu’une simple fille amoureuse des plaisirs de la vie et du luxe.  Ciaravola sait restituer tour à tour être une amoureuse sincère, une manipulatrice, une sœur pleine de tendresse, une amante, une jeune femme espiègle, mais aussi une âme torturée par ses propres choix.  Sa Manon, plus guidée par la peur de la misère que par la quête des plaisirs, forme avec Lescaut son frère un duo plein d’ambiguïté et de tendresse. Elle ne le juge pas, elle l’aime de tout son coeur. Et elle lui fait confiance.

Consciente d’avoir quelque chose d’unique qui attire les hommes – on le ressent vraiment dans la scène où elle passe de bras en bras -  elle en tire profit, comme le lui demande son frère. Elle enjôle Monsieur de G pour mieux parvenir à ses fins : ce n’est pas  la quête des plaisirs qui la pousse. On n’est pas dans un tableau de Boucher, où les femmes libertines relèvent leur jupe et leur chemise, car elles sont faites pour le plaisir charnel. Pendant le long solo, Isabelle Ciaravola, dans sa robe noire, fascinante, a la certitude de plaire, de mener le jeu, et au début du solo, elle se montre déterminée à ne pas changer de destinée quoiqu’il se passe. Elle se détourne sans cesse de Desgrieux et finit par lui expliquer qu’il ne peut pas lui offrir cette vie là. 

Le choix de Ciaravola peut étonner car elle s’éloigne de la Manon faussement candide mais perverse sans le vouloir par goût des plaisirs dont le roman a fait le portrait. Mais c’est si justement interprété, si formidablement traduit par la danse et les émotions qu’elle dégage, qu’on adhère aussitôt à cette conception personnelle du personnage. Au fond, elle me rappelle l’interprétation de Deneuve dans Manon 70 qui ne supporte pas la misère et fait donc un choix d’argent plutôt que de cœur.

Revoir Desgrieux met Manon mal à l’aise non parce qu’elle l’a trahi, mais parce qu’il lui rappelle qui elle est vraiment. Elle ne peut oublier qu’elle aussi l’aime toujours. Elle finit donc par lui suggérer de jouer aux cartes pour gagner de l’argent afin de pouvoir partir avec lui. 

La scène de jeu fut un grand moment. Il  faut voir Ganio tricher aux cartes, prendre un plaisir évident à rouler les joueurs les uns après les autres pour récupérer Manon. Plus question de pureté, de candeur. Par amour, il est prêt à tout. Pendant ce temps, Manon et Lescaut, ses complices donnent le change autour de la table de jeu. M de G M est berné ainsi qu’un de ses amis. On lit la fureur sur leur visage quoiqu’ils se contiennent.

Le pas de deux suivant dans la chambre confirme que Desgrieux n’a plus les illusions du début : Ganio passait d’une émotion à une autre en quelques instants : tout est en contradiction, en ébullition en lui :  partagé entre son amour pour Manon et  sa colère parce qu’elle l’a abandonné, il rit dès qu’elle le taquine, comme un môme,  mais se reprend aussitôt : il voudrait qu’elle change de vie, qu’elle renonce à ses bijoux, mais voilà, c’est sa Manon, elle règne sur son cœur,  et désarme même la violence qui s’empare de lui. L’osmose entre les deux artistes leur a permis de jouer cette scène avec une limpidité confondante. La très grande intensité dramatique qui monte progressivement atteint son point culminant avec l’irruption de M. de GM, sa brutalité, et la mort, bouleversante de Lescaut. Le pouvoir a le dernier.

 

Dans le troisième acte, dès les premiers instants, McMillan instaure encore une autre ambiance ; les couleurs ont changé. Les tons dorés, fauves ont disparu. Des gris bleutés, des beiges, des bleus pastel font sentir l’intense lumière du soleil dont on se cache sous les ombrelles. On sent le soleil, la chaleur, l’air saturé du port. On n’est plus que compassion pour les pauvres filles aux cheveux mal taillés, accablées de fatigue qui descendent du bateau, après une traversée qu’on imagine éprouvante sur tous les plans et qui sont malmenées par les officiers du port ; Desgrieux est là, qui veille de tout son cœur sur sa Manon,  épuisée, si frêle sur ses longues jambes, et qui essaie de lui donner sa force et son courage.

La scène avec le geôlier – Aurelien Houette, parfaitement horrible - met mal à l’aise tant elle est réaliste malgré la distance de mise dans un ballet, la fureur de Desgrieux et le meurtre éveille en nous des sentiments de joie sauvage et « primaire », mais la fuite dans le bayou nous serre la gorge et la mort de Manon nous fait verser plus de larmes que jamais. Dans un vert vénéneux, au milieu des marécages brumeux et malsains, Manon reverra des pans de sa vie passée ; les forces la quittent malgré le soutien de son amoureux.

 

Les mots ne rendront pas les émotions qui naissent pendant ce si court troisième acte : la compassion est sans doute celui qui résume le mieux tout ce que l’on peut ressentir face à l’amour intact de Desgrieux qui chérit sa Manon de toute la force de son cœur, qui en prend soin, qui la porte littéralement jusqu’à son dernier souffle

 

Ce dernier pas de deux va rester gravé dans mon cœur pour toujours. La beauté de Desgrieux/Ganio conjuguée à la fragilité de Manon/Ciaravola, qui avance, comme un animal blessé sur ses pointes qui se tordent, la virtuosité des doubles tours dans les portés, l’abandon des deux artistes, leur sublime entente artistique, fait que l’on est alors en fusion totale avec les deux héros. Tout reste cependant sobre, habité, juste. Les distances s’effacent, on ressent ce qu’ils vivent, on souffre avec eux. Et la compassion nous inonde toute entière. Y a-t-il un plus beau sentiment dans l’humanité que celui là ?

 

À leur salut, ils ont reçu une ovation méritée. Ganio avait encore les yeux pleins de larmes – et moi aussi, - et  sur le visage de Ciaravola on lisait encore tout le tragique de sa fin, les violences subies, la mort venue si vite.

Comme toujours ces deux artistes de cœur sont venus saluer et remercier leur public avec une grande humilité. Quelle leçon !

 

Je me désole de la saison de l'opéra de Paris l'année prochaine, qui n'aura pas de rôle de cette sorte à offrir à ces deux superbes artistes.  ( prochain article!)

Je réserve déjà dans ma tête toutes leurs Sylphides à venir!

 

 

 

  

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5 avril 2012 4 05 /04 /avril /2012 20:26

Zakharova-Tchaikovsky

 

La Bayadère – Zakharova/ Bullion/ Pagliero – 4 avril 2012

 

J’avais longtemps hésité à prendre des places pour cette série. Mes dernières Bayadères étaient décoratives, sans âme, terriblement décevantes.

À cause de distribution tardive, j’ai raté les derniers Solor de Nicolas Leriche et l’ai amèrement regretté.

C’est finalement mon envie de voir Zakharova au moins une fois sur scène qui a eu raison de mes réticences… en vidéo, j’oscillais entre la fascination et un certain agacement devant l’étalage d’une technique grandiloquente, qui nuit à la qualité de l’interprétation…

 

Je n’avais pas particulièrement d’attente, mais beaucoup de curiosité.

 

Que dire d’autre si ce n’est que cette soirée fut un enchantement d’un bout à l’autre ?

 

Zakharova totalement investie dans son personnage avait à ses côtés le Solor de Bullion, plus poète que technicien : leur premier pas de deux fut une merveille de fraîcheur, de jeunesse, de fluidité, de tendresse. Comment ne pas croire que ces deux-là sont jeunes et aiment pour la première fois ?

 

Le brahmane de Yann Saiz était tout en nuances, et en sentiments contradictoires. Mais il fallait être près ou avoir des jumelles, je pense pour apprécier son subtil jeu de scène.

Allister Mandin campait un Fakir expressif, très présent ; il donne de l’épaisseur à ce rôle un peu ingrat, et on a plaisir à le voir à chacune de ses apparitions.

 

On comprend dès l’entrée de Nikya, que la sincérité des émotions l’emportera sur la démonstration de technique. Je ne m’attendais pas à une telle sobriété de sa part, après l’avoir vue danser dans  la Belle au bois dormant d’une façon un peu tape à l’œil, à la télé cet hiver.

Ce fut pourtant son choix ;  poésie, spiritualité, douceur, telle apparaît-elle dès son sa première variation.

Son face à face avec le brahmane, montre toute une étendue d’émotion, qui va de la colère au doute,  de la fragilité à la puissance. Elle est déterminée à ne pas aimer cet homme, terriblement puissant, et face auquel elle vacille parfois, comme la flamme d’une bougie dans un courant d’air;  c’est son amour pour Solor qui  lui donne  la force de s’opposer au brahmane.

Théâtralement, tout le duo mimé est d’une lisibilité confondante ;  face à elle, Yann Saiz sort aussi de sa réserve

 

 

Quant à la confrontation avec Gamzatti,  c’était une vraie réussite.

 

Pagliero campe une princesse imbue d’elle-même, très consciente de sa supériorité, de son statut, de sa richesse ; qui se montre condescendante et faussement généreuse avec Nikya avant de dévoiler son véritable jeu, anticipant finalement par ce jeu la scène où le serpent caché dans les fleurs tuera la Bayadère.

Les émotions montaient vers  les spectateurs en vagues successives de plus en plus fortes, les laissant à la fin de l’acte, la gorge nouée…   

Nikya d’abord intimidée, refuse le bracelet que lui tend Gamzatti avec étonnement ; elle ne comprend pas très bien pourquoi celle-ci l’a fait venir dans son palais, et lui fait ce présent,  mais elle ne se méfie de rien ; lorsque la princesse la projette littéralement devant le portrait de Solor pour lui annoncer avec une joie cruelle ses fiançailles, la Bayadère, totalement bouleversée,   perd pied quelques instants. Mais quand Gamzatti lui dit, «  tout ici est à moi, le palais, les richesses, et Solor, toi, tu n’es qu’une porteuse d’eau, Nikya se rappelle que Solor lui a juré son amour au dessus du feu sacré, et ce souvenir lui donne l’audace de se dresser face à la princesse ; la violence éclate de part et d’autre, jusqu’à ce que dans un moment de rage,  Nikya s’empare d’un couteau et se jette sur Gamzatti, apeurée.

La servante intervient à temps, et Nikya réalise l’horreur de son acte et fuit le palais. Gamzatti retrouve sa superbe et se jure de   briser Nikya.

 

Le rideau tombe, et on est cloué sur son fauteuil, submergé par toutes ces émotions…

  

 

 

Le second acte – mis à part les réserves sur les costumes refaits d'une façon honteuse parce qu'ils sont totalement dépareillés!!!! – fut flamboyant

Un corps de ballet très ensemble, très dansant, avec sur les visages une vraie joie de danser !

À noter la très jolie danseuse Manou d’Aubane Philbert accompagnée par deux élèves de l’école de danse pleines de grâce et de vivacité

 

L’idole Dorée d’E. Thibault a un certain panache…même s’il n’a plus l’élevation d’autrefois.

Je goûte toujours aussi peu la danse indienne, qui me rappelle les séances d’aérobie de Jane Fonda, mais bon, je dois convenir qu’hier soir, tout était très enlevé, avec cette joie à danser communicative.

Au milieu de cette euphorie,  l’arrivée de Nikya créée un vrai malaise.

 

La première partie de sa variation tout en douleur et en musicalité a suspendu le temps ; la deuxième partie, avec cette joie un peu hystérique, parce que Nikya reprend espoir et croit que Solor lui restera fidèle, comme il lui a promis, était presque brouillonne ; comme si la Bayadère à cet instant précis perdait la tête.

Pendant cette variation, il se passe beaucoup de choses sur scène : chaque personnage incarne une gamme de sentiments variés qui va de la rage contenue (Gamzatti) au malaise teinté d’un peu de lâcheté (Solor) en passant par “mais on ne va pas la laisser faire !” du Maharadja (Phavorin, très bien !)

 

Par ailleurs, le solo de Solor ne manquait pas de brio, mais on sentait le danseur terriblement concentré ; ce qui a nui à cet abandon dans la danse qui est si jubilatoire pour le spectateur.

 

À la mort de Nikya, Gamzatti et le rajah quittent la scène royalement semblant dire “et bien voilà qui est fait ! bon débarras” tandis que Solor réalise trop tard que l’irréparable vient de se produire

 

D’ailleurs la variation de Gamzatti, odieuse à souhait, - je n’irai pas à dire qu’elle n’a pas à se forcer !!!- était très réussie techniquement parlant – à la fin de cette variation, la demoiselle a eu une façon de se planter sur la scène en laissant les bras en l’air comme pour signifier «  vous avez vu ? » le tout accompagné d’un sourire carnassier… ma foi !

 

 

Le troisième acte passa comme un rêve…c2299e24488dad15916c2c8f53bf14f6.jpg

 

La descente fut belle : prise dans cette soirée magnifique, j’ai fermé les yeux sur les deux ou trois ombres un peu fatiguées, car les autres étaient parfaites

Un grand moment de poésie, qui montre que l’ONP n’a pas dit son dernier mot ! On peut garder espoir ! Le niveau est prêt à « repartir» pour peu qu’il soit relancé…

 

Des trois solistes, c’est Giezendanner et sa joie à danser qui a le plus illuminé la scène d’une présence poétique, légère, gracieuse

Bourdon, terriblement concentrée,  avait un masque en guise d’expression ; sa danse était un peu raide, un peu figée ; par un moment, elle s’est rappelé qu’elle devait sourire, a grimacé un demi-sourire, puis s’est de nouveau concentrée à l’extrême

Laffon fut une ombre élégante et dansante

 

 

Quant à Zakharova, elle avait dû tronquer son corps de chair par un corps empli d’air pendant l’entracte ; quelle légèreté ! Une ballerine en état de grâce !

Elle n’est plus qu’une Ombre au royaume des ombres, évanescente, impalpable, face à un Solor inconsolable, dans un état second.

Les pas de deux auraient encore gagné en beauté si Bullion n’avait pas lui aussi été si concentré, si à l’écoute de sa partenaire ; il était aux petits soins pour elle, à en perdre cet abandon dans la danse qui me fascine tant chez Guillem ou Leriche, ou même cet hiver chez Ciaravolla et Ganio… peut être que quelques répétitions de plus leur auraient permis d’aller plus loin dans la confiance réciproque de l’un pour l’autre…

 

Le pas de deux au voile montrait que les ajustements n’étaient pas tout à fait terminés…

Mais malgré tout, il y avait un charme, une magie, un quelque chose qui passait comme un rêve et nous emportait vers un au-delà sublime…

 

Zakharova m’a  conquise par son sens de la scène, du jeu théâtral,  sa musicalité, et surtout, sa grande simplicité, jusque dans les saluts ! On ne voit jamais l’effort quand elle danse, on ne voit que son personnage.

 

 

Par rapport à nos étoiles ?

 

Rien de plus rien de moins, si je m’en réfère à Dupont, Pujol, Ciaravolla, Osta, Letestu au fil des rôles dans lesquels je les ai vues. ( Je n'ai vu que Dupont et Guérin dans le rôle)

C’est juste une question de style, de façon de bouger, plus «  orientale» plus souple au niveau du buste, des bras, du port de tête

 

J’étais heureuse de rencontrer une Bayadère aussi attachante, aussi émouvante…  

photos extraites du site de Zakharova et de celui de Noureev.org sans but commercial.

Le choix de la photo de Zakharova résume toute sa simplicité de cette soirée.

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