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Shabastet

  • : Danse et... danses!!!
  • : Blog sur la danse en général et l'opéra de paris en particulier rédigé par Valérie Beck, administratrice du forum danses pluriel
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Noureev

 

Danser, telle la phalène sous la lune, le pinceau du calligraphe, ou l'atome dans l'infini 

                                              

marie-taglioni-in-zephire.jpg

29 décembre 2009 2 29 /12 /décembre /2009 21:06

Avec Nicolas Leriche : Albrecht

Laétitia Pujol : Giselle

M A Gillot : Myrtha

W Romoli : Hilarion

 


 

J'ai vu ce ballet sur scène une bonne dizaine de fois : j'ai vu danser l'inoubliable Pontois, plusieurs fois,  Thesmard, Platel, Clerc, et Loudières...  et depuis ces dernières saisons, je retourne le voir dans la distribution Leriche/ Pujol

En 2003, lorsque j'ai vu que Pujol serait la Giselle de Leriche, je n'étais pas ravie; je trouvais que cette danseuse était une parfaite technicienne mais quelle manquait cruellement de sens artistique...

Et ce fut le choc : l'une des plus belles Giselle! J'ai fini en larmes et bien décidée à revoir ce couple s'il  dansait de nouveau ensemble... ce qui fut le cas, la saison suivante!

Du coup, cette année, lorsque j'ai vu que pour Noël, le ballet serait donné une fois encore avec ce même couple, j'étais bien décidée à y retourner... j'ai failli ne pas avoir de places ( lire Colère contre l'opéra de Paris) mais ma ténacité a finalement payé ( et la chance aussi!)

J'ai assisté, comme l'an dernier pour le Lac des Cygnes, a une représentation qui frise la perfection...

Nicolas Leriche est mon danseur préféré à l'opéra de Paris, parce que de tous, il est le plus généreux sur scène, se mettant sans cesse en danger pour offrir une danse où l'émotion l'emportera sur la perfection technique : il n'en manque pas ( puissance, intensité, félinité, présence, charisme, élévation des sauts...) mais c'est toujours la sensibilité, l'émotion, l'interprétation qu'il privilégie avant la poudre aux yeux, ( comme Noureev, en fait)  ce qui fait que tous les rôles dont il s'empare vivent longtemps dans la mémoire du spectateur; pour moi, il est comme les " anciens" les Noureev, les Vassiliev,  ceux qui ont une personnalité riche, profonde, qu'ils transmettent à leur rôle. D'autres à l'opéra ont une danse plus " noble" mais m'ennuient davantage...

Nicolas Leriche a été nommé danseur étoile sur ce rôle... et on ne peut qu'être émue, marquée par ce personnage de Prince, qui séduit une jeune paysanne par ennui peut être, puis tombe vraiment amoureux, la trahit malgré lui, asiste impuissant à sa mort, s'en prend à Hilarion, qu'il rend responsable,  mais réalise aussitôt sa méprise : il a   lui aussi sa part de responsabilité dans la mort de la petite, s'en repend, et au second acte, vêtu d'une longue cape noire et portant des lys blancs, il vit enfin son amour   tandis que Giselle   déjà fantôme,lui offre son pardon...    lorque le jour se lève, il se demande si finalement, il n'a pas rêvé tout cela,  s'il n' a pas été le jouet d'une hallucination... c'est Nicolas Leriche qui construit son personnage ainsi, car dansé par d'autres, il peut être beaucoup plus " basique".

Leriche donne à son personne une telle intensité que son jeu est lisible, limpide sans être caricatural; on comprend tout ce que ressent ce prince, pris entre devoir et amour, ennui et quête du bonheur, remords et volonté de faire aimer, même dans la mort...

J'ai lu quelque part, sur un forum : " quel intêret de sauter trente fois sur soi même pour implorer le pardon de Myrtha?"

Cette personne faisait référence à la série d'entrechats 6  tout à la fin du ballet... le danseur à  le choix  : il peut faire une diagonale de sauts, puis quelques entrechats 6, ou bien rien d'autre que cette série d'entrechats, ce qu'à choisit Leriche

Mais là aussi, ces sauts répétés prennent tout leur sens lorsque c'est lui qui les danse : on y voit non pas une supplication bêbête d'un garçon apeuré,  mais le paroxysme de tout ce qu'il a vécu avant et qui explose dans ses sauts : son amour, son désespoir, sa quête du pardon, sa volonté d'aller au bout de son amour, quitte à en mourir.... et Leriche nous dit tout cela... rien qu'avec cette série d'entrechats... du grand art, n'est ce pas?

D'autant que loin de faiblir, cette série d'entrechats, gagne en puissance, en élévation, reste parfaitement musicale, jusqu'au dernier, emportant le spectateur dans une émotion qui lui serre la gorge...

 


 

 L'opéra a pris le parti de reprendre les décors d'Alexandre Benois de 1926 ... décor peint, mais si poétique!!! J'adore voir les branches nues et noirs des arbres, se tordrent dans un ciel étoile au dessus des tombes...

Si l'acte un fut magnifique de simplicité, de danse limpide et lumineuse, où l'amour de Giselle et d'Albrecht, simple et frais,   qui illumine la scène,  sombre tout à coup dans le drame... le second  acte,lui, atteint le sublime :  de tout le répertoire classique, à mes yeux, c'est le plus beau :

  les Willis   légères et désincarnées à souhait, animées d'un même souffle, glissaient dans la nuit, irréelles, froides, cruelles, et irresistibles...précises dans les gestes, leurs pieds d'acier sous leurs longs tutus blancs exécutaient tous ensemble ces rites étranges qui condamnent à mort qui les voix. Leurs bras fluides et mouvants s'ouvraient en corole par dessus leur tête, souple comme les lys déposés sur la tombe de Giselle :  sur elles régne l'implacable Myrtha, dansée par une MA Gillot hiératique et mystérieuse qui en impose.

comme je l'ai écrit dans mon compte rendu sur le forum danser en France de C Schemm, ce qui a fait la parfaite réussite de ce spectacle tient à la cohésion de l'ensemble, les artistes étaient tous en osmose... je me réjouis de sa sortie en video dans quelques mois... en attendant, ne rater pas la retransmission de ce ballet sur France 3, le 1er janvier à 23h30!!!

lire aussi : à quoi tient la réussite d'un spectacle .

 


A lire sur ce blog :

 mon compte rendu complet sur cette soirée

Giselle, ballet romantique

Giselle, esthétique d'un ballet

Giselle, point de repère technique

La willis, conte gothique par Shana

forum de Cathy Schemm et site dédié à l'opéra de Paris :

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29 décembre 2009 2 29 /12 /décembre /2009 20:36

compte rendu écrit sur le site de Cathy, danser en france/le forum


albrecht : Nicolas leriche
Giselle : Laetitia Pujol
HIlarion : W Romoli
MYrtha : M A GIllot

pas de deux : Philbert/ Thibault
Bathilde : Natacha Quernet
Son père : R Wilk


Ce fut une perfection !..... :pros!

C'est la troisième fois que je vois cette distribution: la première en 2003, la seconde, en 2005 et j'en redemande encore !
Je me réjouis vraiment que ce soit cette distribution ( pour les rôles titres) qui soient captés, parce que N Leriche est vraiment au sommet de sa forme physique et artistique

Et chose incroyable, jamais il n'a été aussi léger! Des receptions de sauts félins comme il sait les faire mais sans aucun bruit ! :shock:


Bref, mais revenons au début :D
Pourquoi une perfection?
Parce qu'il y a une parfaite cohésion de bout en bout
que ce soit le corps de ballet, les roles secondaires, ou les roles titres, on sent un formidable travail d'équipe!.....

et cela, je ne l'ai pas toujours vu à l'opéra de Paris ces dernières années

Il est vrai que c'est la troisième fois que cette même équipe est réunie, et peut être que le travail fait sur la scène a joué en la faveur de tous ces danseurs, pour rendre le tout vivant, naturel, beau, émouvant...
De l'art comme je l'aime de plus profond de mon être


Je n'ai pas vu Dupont avec Leriche donc ne pourrai comparer, mais le couple Pujol / Leriche est vraiment totalement en osmose

D'un bout à l'autre du ballet, on est emporté pour leur amour malheureux, tragique, et lors du grand pas de deux du second acte, j'étais bouleversé comme rarement

Comment Nicolas Leriche fait il au premier acte pour nuancer autant son personnage?
séducteur, puis séduit, puis amoureux, puis complètement emabarassé lorsque sa fiancé arrive , mais le regrettant aussitôt, puis totalement dépassé par ce qui arrive :la mort de la petite paysanne dont il est vraiment tombé amoureux!
Mille nuances de jeux nous montre qu'il est un prince mais qu'il ne voit pas en Giselle qu'une amourette de passage; que du plus profond de son être, il aspire à autre chose, et qu'il aime vraiment

Giselle au premier acte est d'une fraicheur fantastique, réservée, mais espiègle, amoureuse et heureuse comme on l'est à cet âge quand on aime la première fois
Mais ce qui est encore plus fabuleux : ce sont toutes les failles qu'on sent dans ce personnage : derrière sa joie se cache un mal être, une souffrance, comme si la folie guettait
Elle surgit tout à coup sans prévenir : comme la scène de la marguerite ou on pressent ce qui engloutira la raison de Giselle

le corps de ballet est impeccable! Enjoué, enlevé, il y a beaucoup de plaisir et de joie sur scène, techniquement ensemble, et ce bonheur est complètement communicatif

Hlarion/Romoli a beaucoup de présence, mais il campe un Hilarion traditionnel, brutal, jaloux, sans "nuance", qui fait peur!

Très convaincant, même si j'avais beaucoup aimé les nuances apportées par Yann Bridard au personnage lors d'une autre saison

Et puis l'écuyer d'Albrecht est fantastique : bravo à S Elizabé qui rend son personnage totalement crédible, attachant
Il est si protecteur face au prince, il incarne le bon sens absolu!

Encore à citer l'extraordinaire R Wilk qui se tire toujours avec maestria des petits rôles ( l'homme dans Sylvia par exemple)
Là, ce prince en impose, on sent tout le poids qu'il peut faire peser sur sa cour, tout l'étau qui peut se resserer autour de ces gens
Sa fille Bathilde est une merveilleuse Bathilde ( même si j'ai encore en moi la vision de Laurence Laffon) princesse belle, à l'aise dans le monde qui est le sien, qui montre un interet à la fois sincère et un peu condescendant pour la petite paysanne

Pas de deux

E Thibault
en super grande forme!!!
techniquement impeccable ( je n'ai rien remarqué à la reception de ces sauts) mais je n'arrive à voir en lui un jeune marié, paysan de surcroit!
mais sa technique est vraiment impressionnante

Quand à A Philbert, très belle technique, grande grâce, mais quelque chose d'un peu trop précieux pour moi; un peu trop manièré.

Il est difficile en peu de temps de faire exister un couple sur scène, et je n'ai pas trop cru à celui là, même si leur danse était vraiment techniquement irréprochable!!!

Dans la scène de la folie, Pujol semble complètement passer dans un autre monde; elle est déjà dans l'autre monde
Les danseurs qui l'entourent semblent ne pas avoir leur place sur scène, et même quand il sont en mouvements, ils semblent décalés, tant elle parvient a faire exister cet autre monde, monde parallèle à ce moment là!
ce monde parallèle, qui l'a happé et dont elle ne sortira plus...

En même temps, elle ne surjoue pas, elle reste simple, très naturelle
Ce sont des détails qui font la différence, un regard, un poignet, une façon de faire un pas!

bref!

Comme toujours après le premier acte, je ne quitte pas mon siège, car il faut que je me remette!

Le second acte fut une perfection!!!


MAIS je n'ai pas aimé les éclairages de ???? impossible de trouver le nom
1) le ciel étoilé n'apparait pas! ( jadore voir ce ciel peint, étoilé, noir et brillant qui apparait au milieu des branches tordus des arbres :là rien!!!
2) il y a toujours ces auréoles jaunes sur les tutus : ça ne fait pas du tout clair de lune, mais tutus mal lavés!
3) la pénombre est trop forte, et gâche vraiment quelque chose

Dommage!


Myrtha surgit!....
et voilà M A Gillot qui apparait
; j'ai d'abord cru qu'elle était tiré par des fils invisibles et en ai été étonnée!!! :shock: elle ne touchait pas le sol! j'aurais pu rester des heures à la regarder glisser ainsi, au milieu des arbres du cimetière....
en fait, si, et c'est en regardant ses pieds que j'ai vu son secret
elle relache ses chevilles avec tant de maitrise que ses avances glissent, irréelles, sur le sol; avec cela une immobilité parfaite du buste !
elle incarne un fantôme hiératique, froid, blessé, pétri d'un amour propre froissé qui cache une souffrance enfouie
Sublime!
il n'y a qu'une chose qui m'a un peu gênée : ce sont ces jetés attitudes, ou les mouvements de la tête étaient très marqués, comme si elle cherchait la force dans ses épaules.
Mais malgré cela, sans importance, peut être, son personnage existe vraiment de bout en bout et s'inscrit parfaitement dans la dramaturgie

Pujol est un fantôme plein de souffrances, d'amour et de pardon
elle n'est peut être pas la plus parfaite Giselle sur le plan de l'immatérialité ( ce dont on parlait l'autre jour, cette sensation d'air) mais émotionnellement, c'est très profond; tout est intériorisé sans une fois de plus en faire trop

Avec Leriche, le couple est bouleversant; il peut enfin s'aimer dans ce monde de fantôme et partager pour quelques instants un amour qui leur a été impossible sur terre

petit détail

j'avais devant moi deux adorables fillettes de 6 et 9 ans
la petite de 6 n'a pas arreté de gigoter pendant tout le spectacle, parce qu'elle voulait comprendre et questionnait sa mère ou sa soeur, elle se hissait sur ses bras, passait d'un côté de l'autre
pas grave, cela ne me genait pas et je me disais quelle chance elle à de voir cela si jeune :D

mais pendant ce fameux pas de deux :elle n'a plus bougé pendant cinq longues minutes!
elle etait happée par le couple! pétrifiée devant cette beauté :shock:

Il faut dire que le passage très lent ou Albrecht soulève Giselle et qui souvent se ralentit ( ce qui a été le cas, mais naturellement) a été ici un sommet invraissemblable d'émotion! c'est comme si tout à coup, tout s'était suspendu dans le temps : leriche pujol ont arrété le temps !
Cette fillette s'en souviendra longtemps!

et puis, Leriche, le plus bel Albrecht que j'aie vu ces dix dernières années, surtout hier! :a:l
sa dernière variation était pleine de fougue et de desespoir, et comme l'avait dit Turlututu, sa série d'entrechat qui à la fin, loin de faiblir rebondit de plus en plus, dans " l'énergie du desespoir"!!! :shock:
idem pour les entrechats de Giselle lorsqu'elle recule : une frénésie, une vivacité, mais toujours musicale!!

voilà
l'ensemble des willis était parfait, et vraiment la nuit et les fantômes, le noir, le blanc, l'argent, c'est tout un univers magique et effrayant à la fois que je retrouve depuis trente longues années avec la même émotion

merci à tous ces sublimes artistes pour ce moment d'exception!!!!
et bravo à toute l'équipe de danse, de costumiers et de décorateurs!
un travail d'équipe parfait!!! :a:l

ps : le public

je ne vais jamais voir de spectacle l'après midi
la,je n'ai pas eu le choix

j'avais les vamps derrière moi :
-qu'il saute haut, ce petit jeune homme!
-et t''as vu cette petite?
- oh, oui, elle est bien mignonne!
- c'est la petite de la télé?
- oh, c'est seyant, ces petites jupes qui volent!
- et la musique!
-oui, ça me rappelle les valses de vienne

etc, etc!

d'ailleurs, pendant tout le premier acte, il y avait un petit brouhaha de voix et de commentaires .... :roll:
les chut des uns et des autres n'y faisaient rien...
là aussi, ce n'est pas très grave, sauf quand les vamps se sont mises à chanter en coeur pendant le second acte.... :roll:

argh! !!!!!! :shock:
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29 décembre 2009 2 29 /12 /décembre /2009 20:30

compte rendu écrit sur  le forum du site de cathy, danser en france


J'ai toujours beaucoup aimé JC Gallota
déjà à l'époque de son groupe de recherche, Emile Dubois, j'adorais son travail
j'ai aimé Docteur Labus, Dom Juan, les Variations d ' Ulysse et d'autres...

Son Nosferatu a un parfum bien à lui que je garderai longtemps en mémoire
Oh, rien à voir avec une histoire de vampire qu'on nous raconterait pour nous terroriser, non.
Ce n'est pas narratif, mais il se dégage de cette oeuvre une atmosphère pesante, sombre, où pourtant des moments de pure poésie scintillent tout à coup, comme une arrivée d'air frais

Le décor, réduit, présente dans les cintres une sorte de grand puits d'où vient la lumière, souvent sombre, parfois orangée
La scène est encadrée par de grands piliers de béton
et c'est dans ce no man's land souterrain qu'ont lieu les rencontres du monde d'en bas...


Sur quatre pièces de Dusapin, certaines un peu conventionnelles, d'autres très inspirées, s'organisent des duos, des solos, des quatuors, des scènes de groupe
Les danseurs ont d'abord travaille dans le silence avant de travailler en musique
cela se sent et c'est très bien; car il y a tout un travail qui se fait sur une pulsation interne et collective qui anime la danse d'une façon assez organique. comme si tous ces corps n'appartenaient qu'à un seul être aux multiples incarnations

La musique et la danse oblige a un état d'éveil; les yeux doivent s'habituer à la scène peu éclairéeainsi, par contraste, la chevelure de Juliette Gernez, les bras d'Alice Renavan, la peau de Mitéki Kudo scintillent comme sous un clair de lune...

les corps se tendent, s'agitent, sont frénétiques, enchainent des figures à une vitesse hallucinante, puis c'est le repos, le temps suspendu, le temps d'un duo où tout s'arrête.
Magnifique travail de rythme de la part des danseurs!
J'ai particulièrement aimé, outre Martinez, Kudo, Isoart, le couple Renavand/ Young qui crèvent, eux aussi la scène. Le langage de gallota leur va comme un gant!
Renavant a acquis une toute récente maturité sur scène, elle irradie! Je l'ai toujours adoré, mais là, elle acquiert vraiment du poids en scène...

Pendant tout le spectacle, les questions se pressent sans qu'on puisse s'attarder sur aucune; le temps presse, quelque chose se passe qui ne durera pas, alors on attend, on s'attend à quelque chose...mais la frénésie nous gagne... à quoi assiste t'on? qu'est ce qui se trame dans ces sous sols?

Nosferatu
est le genre d'oeuvre qui laisse le spectateur dans un état étrange sans que l'on sache à quoi on a assisté
un peu comme le grand Meaulne quand je le lisais : impossible à chaque fois de me rappeler l'histoire, mais bien l'état dans le quel le livre m'avait plongé
c'est pareil pour nosfératu
c'est sombre, comme par une nuit sans lune, et pourtant quelque chose se trame et s'incarne sous nos yeux, sans qu'on puisse soulever un coin du voile....
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29 décembre 2009 2 29 /12 /décembre /2009 20:22

petit compte rendu écrit sur le forum de Cathy, danser en france dont je suis modératrice



La première chose qui m'a étonnée a été la laideur des costumes et des décors du premier acte
Ces tons délavés, ces grands pans de murs façon béton.... :roll:
et puis le premier acte a commencé... très bien dansé mais quel ennui...
heureusement, une petite surprise m'attendait. J'étais assise au premier rang mais complètement sur le côté, juste devant les timbales et les cuivres graves ( tuba trombonne... d'ailleurs Mr le Tuba, vous avez bien rigolé....)
et là, juste devant il y avait Mathilde Froustey qui se trouvait de ce côté.
Je l'adore et quel régal de la regarder danser... c'est ci facile pour elle!
j'ai pu observer ses expressions, sa technique, sa légéreté, son bonheur de danser, et sa beauté....

Le Prince n'a pas grand chose à faire, mais dès que Nicolas s'est mis à danser, ça y était, je retrouvais ce qui fait que j'aime la danse classique; tout est devenu vivant, humain...
Karl Paquette affirme une très belle présence sur scène, et leur pas de deux a été le sommet de ce premier acte.
Il s'opérait une vraie magie entre els deux danseurs qui se confirma au second acte
Nicolas, prince qui a le "mal de vivre" et qui obeit aux injonctions de cet imposant précepteur... qui semble si peu en harmonie, en accord avec le monde qui l'entoure et qui l'ennuie... a danse la variation qu'on pourrait appelé " la mélancolie" avec la sensibilité qui le caractérise, une grande sobriété, l'émotion étant "sur le fil"

Le second acte

Je m'attendais à tout mais pas à cela! je trouve toujours Letestu froide, mauvaise actrice... technique sublime mais manque d'âme...

Et là.... j'ai vu le plus beau cygne blanc de ma vie! même ma Guillem adorée fut oubliée

Odette arrive : frémissement des pieds, mouvements de la tête quand elle lisse ses plumes très expressifs, précision, grâce, fluidité, féminité, douceur, tendresse, detresse, bras on ne peut plus souples...
je n'avais jamais vu cette danseuse faire oublier sa technique à ce point. On en voit plus qu'une princesse cygne, d'une grâce à couper le souffle, d'une tristesse à pleurer soi même, d'une beauté et d'une irréalité renversante, d'une expressivité immense
j'avais une grande attente, connaissant la chorégraphie par coeur. et cet artiste a été au délà de mon attente...
et cette expressive douceur... j'ai commencé à larmoyer et cela n'a fait que s'amplifier avec le duo de l'acte 2!
et puis ce cygne d'abord effrayé qui essaie de fuir, qui semble si fragile...
mon Dieu, quel osmose entre le couple! on n'entendait plus un bruit dans la salle, il se passait vraiment quelque chose d'extraordinairement magique et beau à cet instant... Le prince fond d'amour, et on le sent à ce moment aussi vulnérable que le cygne. Les serments furent douloureux à voir, car on n'avait l'impression que ces deux êtres étaient aussi perdus l'un que l'autre, et que leur amour n'allait pas suffir à les protéger...
comment ont 'ils fait pour se rendre aussi vulnérables? c'est le mystère de l'art...
bref, dès le pas de deux finis, il y a eu un soulèvement collectif dans la salle d'applaudissement et de bravos hurlés, comme une grande vague collective... ça transporte ( je ne suis jamais la dernière à crier mon enthousiasme non plus!!!! 8)

on a déjà beaucoup parlé des quatre petits cygnes... mais c'est vrai : une perfection!!!! mon Dieu... ces mouvements de tête qui peuvent avoir l'air si bêtes étaient " très danses russes". Un jeu de miroir entre ces danseuses, parfaitemet immatérielles!!!
et les cygnes!!!!! bien sûr, on repense à Doisneau en ce disant... dur à vivre, peut être, mais quel résultat, quel magie!!!! les danseuses étaient parfaites, désolée d'avoir un vocabulaire si pauvres ce matin... mais voir toutes ces danseuses animées d'un seul et même souffle, nous offrir un spectacle de cette précision et de cette magie!!!!

quand au pas de trois avec Paquette!!! Les trois artistes étaient en état de grâce!!! Je trouve toujours le rôle de Rothbart   grotesque, mais là, il prenait toute sa mesure!!! ce magicien devient réel, et pas une attraction ratée d'un ballet conte de fée... de plus, l'intelligence de Noureev fait que tout de suite, on comprend que ce monde imaginaire n'est peut être que le rêve eveillé peuplé de beauté et de cauchemard d'un prince fragile et apeuré... ah Noureev, vous êtes vivant quand on danse vos ballets... c'est si vrai, et j'ai beaucoup pensé à vous hier soir.... vous nous manquez toujours.....

Du coup, le troisième acte.... :roll: retrouver les robes tabliers des danses napolitaines, la fadeur des costumes hongrois, les robes bizarres des espagnoles :roll: non, ce n'est pas ma tasse thé!!! c'étati très bien dansé mais pour moi, d'un total ennui.... même si Mathilde a parfaitement bien dansé la danse napolitaine... :wink:

Le cygne noir on sent que Letestu a beaucoup pensé à ce personnage; elle essaie de faire d'Odette une femme très complice de Rothbart, qui va se jouer du prince et s'en délecte à l'avance; magnifique technique, belle présence, mais il manque ce petit quelque chose qui signe :shock: les grands cygnes noirs, et la Guillem reste pour moi la référence!

Bref et acte 4 alors là.... retour de l'émotion pure et indicible.... c'est le moment de préciser les progrès immenses de Karl Paquette; je l'ai toujours beaucoup apprécié mais là : technique et corps affiné, moins de lourdeurs dans la réception des sauts, plus d'amplitude, présence qui s'affirme, brio, précision des receptions, pas de bavure des pieds....vraiment, j'ai vu un danseur prendre un nouvel envol ce soir. Paquette avait déjà une belle dimension artistique, maintenant, il devient un danseur précis, à la technique qui brille....
une fois encore le trio est parfaitement en harmonie; Leriche et Letestu ( les portés, extraordinaires, d'une hauteur, d'une amplitude et d'une facilité) forment vraiment un couple déchirant... et leur fin tire les larmes....

L'orchestre... je m'attendais au pire surtout en me trouvant où j'étais, mais vraiment, j'ai été surprise aussi... j'étais le nez sur les musiciens j'entendais surtout la section cuivres- percussions, mais l'équilibre n'était pas rompu avec les bois et les cordes comme souvent, où chaque famille joue un peu pour soi....

bref, la plus belle soirée classique depuis longtemps!!!!
:D

Un infini merci aux danseurs....
et plus particulièrement à Letestu... j'attends avec impatience le DVD, pour la revoir danser.... :shock: :shock:

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29 décembre 2009 2 29 /12 /décembre /2009 20:20

  L'évènement est de taille... c'était l'an dernier l'anniversaire de la naissance de Serge Lifar mais l'opéra, résolument, n'avait rien fait... malgré les réclamations en tout genre de milliers de balletomanes qui aiment S Lifar, aucune soirée n'avait été donnée...

M Dominique Delouche avait sorti un film qui s'appelle "Apollon Musagète" mais cela était resté très confidentiel...

Donc cette année, l'opéra décide enfin de donner deux des très nombreux ballets de Lifar, le magnifique " suite en blanc" et le bouleversant "Mirage"

 


 

Mais qui est Serge Lifar?

 

 

 

Lifar est russe, il est venu à Paris à l'époque des ballets russes, puis est resté en France après leur dissolution. Il s'établit donc à l'opéra de  Paris en 1929. C'était un danseur aux qualités physiques très particulières : lyrisme, puissance, présence...

Mais c'est surtout un chorégraphie novateur, qui travaille avec les artistes de son temps. Il serait prétentieux de définir en quelques mots le style Lifar, si particulier. Disons simplement en quelques mots, que ce chorégraphe qui maitrise parfaitement le vocabulaire classique et le respecte, l'enrichit à sa manière et innove aussi. Ainsi, il utilise la 6ème position ( pieds parallèles), les décalés, c'est à dire que le corps se dévie de son axe, ( il peut appliquer cela à toutes les positions)... et puis tous les mouvements sont travaillés en longueur, comme pour atteindre l'infini, cela leur donne un délié, une poésie aérienne, qui ressort beaucoup dans les Mirages par exemple.

 

chauviré en position pied parellèle, position très lifarienne

On en veut toujours beaucoup à S Lifar, de ne pas avoir fui Paris pendant l'Occupation, et d'avoir continuer à créer...

Lui dira simplement qu'il ne voulait pas abandonner la danse et ses danseurs...

Voilà en quelques mots.

En 1990, l'Opéra avait donné plusieurs soirées Lifar qui comprenait : Icare, Ishtar, Roméo et Juliette, Suite en blanc, Mirages...

 

 


 

Legris et Loudière en répétition, dans le magnifique film de D Delouche, " comme les Oiseaux"

 

J'ai été bouleversée par Mirages...  homme   fuit son ombre, croit trouver le bonheur éternel dans les joies fugitives de ce monde, et se retrouve à la fin du ballet face à son ombre qui sort d'un coffre : sa solitude

I Chauviré qui a créé le rôle ( et d'autres de Lifar) explique qu'au départ l'Ombre n'avait pas un très grand rôle et que peu à peu il s'est étoffé. Elle dit encore que dès les premières notes, il se passe quelque chose de bizarre et de très fort sur le plateau... que tout le monde peut ressentir...

J'ai eu la chance il y a seize ans de voir E Maurin, émouvante au delà des mots,   et puis la sublime K Averty dans le rôle de la  femme. J Y Lormeau dansait le jeune homme...  I Guérin dansait Ishtar... seize ans après, la soirée entière est intacte...

 

Dans les films de D Delouche, ce qui est magnifique, c'est que l'on voit la transmission   directe des ballets: les étoiles qui ont brillé sur scène dans le passé transmettent le rôle à leur tour à d'autres étoiles et ainsi de suite...

Sur la photo, on voit Atanasoff, Chauviré, faire répéter Legris et Loudière... tout est étudié :la technique, mais aussi le style, l'esprit du ballet : rien n'est laissé au hasard, et c'est tellement beau de voir que bien souvent, au dela de la technique pure que ces artistes de 70 ans ou plus n'ont plus, il reste l'esprit, l'âme du ballet, et la connaissance parfaite du " texte"...

La danse, art éphémère qui est ainsi transmise par le geste, par l'exemple, par le corps, auquel rien ne peut se substituer....

 


 

En plus de Suite en Blanc et de Mirage, sera donné l'envol d'Icare de T Malandain: mais un autre article y sera consacré...

Si vous le pouvez, ne ratez pas cette soirée...

 


 

les films dominique delouche sont distribués par Doriane. Un coffret de 4 dvd regroupant huit films est sorti : Maia, Katia et Volodia, Y Chauviré, Vyrouboba, S Peretti, Violette Verdi et Balanchine, et puis Loudière et A Markova... tous reposent sur la transmission de ballets, de styles, auxquels les danseurs ont consacré leur vie entière...

Merci à lui pour toutes ces merveilles....

 


 

Soirée Lifar Malandain, à l'affiche de l'opéra de Paris du 10 au 28 octobre; prix des places de 10 à 80 euros

place à l'amphithéatre à 20 euros de bonne qualité ( celles que je prends)

plus d'info ici : http://www.operadeparis.fr/Saison0607/Spectacle.asp?Id=992

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29 décembre 2009 2 29 /12 /décembre /2009 20:19

compte rendu écrit sur le forum du site de Cathy, danser en france


c'était la dernière ce soir!!

ce que j'oublierai ce soir, je l'écrirai demain mais c'est bien d'écrire à chaud!!!

commençons dans le désordre!!!

Les Mirages! :D
je redoutais de mourir d'ennui en voyant Aurélie Dupont danser l'Ombre, et, O, miracle... je comprends ENFIN l'enthousiasme que susicte cette danseuse
j'ai encore la chair de poule de la revoir danser

et POURTANT
j'étais au dernier rang de l'amphi, mal assise, avec une chaleur à mourir et j'ai eu un début de crise de spasmophilie (merci le yoga, mes exo de respiration m'ont permis de ne pas quitter la salle!!!) :lol:

sublime Aurélie!!!
une ombre fidèle, implacable, mais si humaine en la fois

elle comprend l'âme profonde, humaine du jeune homme... et le ramène toujours à ce qu'il est...

tout était hyper musical, fluide, une danse parfaite, humaine mais comme leeflet d'un miroir : sans concession , sans flatterie... le couple formé avec Legris ( quel juvénilité dans ce rôle!!!) frôlait le sublime...

Malgré ce couple sublime, en parfaite osmose, je n'ai pas retrouvé la magie de la première fois (il y a seize ans)
quelque chose s'est perdu peut être? ou est ce moi?
j'ai trouvé les éclairages trop sombres
assise tout en haut, au tout dernier rang et sans jumelles, je n'ai rien pu voir des expressions, ce qui est normal, mais les mouvements eux mêmes étaient noyés dans l'ombre... parfois, on devinait plus qu'on ne voyait les bras et les mains d'Aurélie, tant la lumière était sombre sur scène...

e ballet m'a paru vieillot, mal fichu...avec notamment des longueurs...
je me suis copieusement ennuyé avec la Lune, avec Chimère, avec les anges de la mort...

un peu moins avec le Marchand ( K Paquette, en pleine forme!!!)

la femme,la sublissime Ciaravola, vraiment magnifique, ne m'a pas fait oublié la magie connue avec K Averty 16 ans plus tot
je sais, c'est bête de comparer, et Ciaravola n'y est pour rien du tout... quand on garde un souvenir aussi fort, aussi précieux, il est difficile de s'en défaire


Pour en revenir l'Ombre et au jeune homme, j'aurais bien aimé un ballet où eux seuls auraient dansé!!!

On ne voit plus la technique de Legris, on ne voit que sa danse... il est souple comme un chat, tantôt enjoué, tantôt désespéré, on sent toute la jeunesse du personnage et ses attentes face à la vie, et le couple qu'il forme avec l'Ombre est l'un des plus beaux que j'ai vu ces derniers temps...

bref, un Mirage inégal, mais où les rôles titres m'ont profondément émue!
j'ai frissonné, j'ai eu les larmes aux yeux, j'ai tout oublié quand ils étaient sur scène


j'avais regardé, et regardé encore le dvd de Delouche où on voit Loudière répéter la variation, avec ses brusques changements : la froideur, la douceur, le lyrisme, l'implacabilité...
j'avais donc des attentes... mais Aurélie a été tellement en profondeur dans ce rôle!!!! c'était superbe, émouvant, beau, profond, touchant, humain
Un grand grand moment de danse pour moi!!!

Ensuite, Icare de Maladain!!
Alessio Carbone a remplacé B Pech : superbe!!!
le ballet a une atmosphère bien a lu, un peu onirique, un peu hors du temps, un peu " science fiction" et pendant 25 minutes j'ai oublié le rembourrage du strapontin, mes genoux enfoncés dans le dos de mon voisin,ma gorge desséché par la poussière, la chaleur étouffante...

j'ai été captivée :shock:
Certes, il y a quelques " redites" notamment quand les six couples dansent en décalé le motif dansé par le premier couple, c'est un procédé employé un peu trop souvent à mon gout!

mais je suis entrée sans problème dans cet univers Malandien, et j'ai regretté que l'oeuvre soit si courte
Malandain a un univers bien à lui : pas de poudre aux yeux, chaque geste, aussi simple ou limpide soit il est chargé de sens, de force
A Carbone a dansé avec une présence, un force, mais aussi une facilité déconcertante!!!
L'ensemble emportait le spectateur!
et puis j'ai enfin découvert la toute frêle Nolwen Daniel!
belle silhouette toute gracile, bras magnifiques, grand délié dans le buste, belle présence! j'ai beaucoup aimé cette danseuse!

j'ai beaucoup beaucoup aimé la partition aussi, et bravo au pianiste
qui possède un très beau toucher et un son riche et varié!!!

et puis avant d'aller dormir quelques mots sur Suite en blanc

je ne goute plus du tout ce genre d'oeuvre, je m'ennuie, mais heureusement à l'Opéra de Paris, plein de talents m'ont quand même fait passer un moment de danse fabuleux !!!

citons en premier Myriam Ould Braham!!!
j'adore la fluidité, l'ouverture de ses bras, sa présence... elle irradie! elle a eu des équilibres fantastiques, une faculté à arrêter le mouvement pour le reprendre comme si de rien n'était
elle a un délié,un moelleux dans les mouvements que j'adore
une grande amplitute, un grand souffle alimentent ses mouvementss
sa danse n'est pas étriquée, mais est pleine de respiration
et puis on dirait une fée sur la scène : elle est magique!


idem pour Fanny Fiat, qui m'a éblouie

Et puis Agne Letestu, magnifique aussi dans la Cigarette!
Et enfin J G Bart : quelle superbe technique, sure, fiable, sans fausse note ni mauvais gout!!! tout est parfaitement placé, mais sans raideur, sans " académisme"; tout semble naturel, aisé, comme s'il inventait les pas au fur et à mesure et non forçait son corps à les exécuter.

beaucoup de beaux et talentueux danseurs

mais l'oeuvre en elle même ne m'a pas emballée comme autrefois...
le Finale était très enlevé, avec des moments de pure virtuosité, et les danseurs donnaient toutes leurs tripes!!!


je retiens de cette soirée :
Aurélie dans l'ombre ( je l'avais adoré dans O Slozony, O composite, mais pas dans les autres rôles notamment la Bayadère!) et M Legris

Icare, de Malandain, pour ce bel univers intemporel

et Myriam Ould Braham, pour ce quelque chose de plus...

voilà, peut être quelques détails supplémentaires demain!!! :D
 
 
 

Messagede shana » Dim Oct 29, 2006 9:02 am

quelques petits " rajouts"!

tout d'abord les décors, les costumes ( Alain Lagarde) et les éclairages de ( Jean Claude Asquié) de Icare de Malandain

ils servaient parfaitement l'oeuvre, étaient plutôt inhabituels : sol violet avec cercle or à la fin de l'oeuvre, ombre ( mais qui ne noyaient pas les mouvements des danseurs) opposition ou contraste : un vrai beau travail!

le sol qui se relevait en vagues-volutes dans le fond de la scène créait aussi un espace insolite

j'ai beaucoup aimé cette sobriété, ces moyens simples mais efficaces, tant pour la chorégraphie que pour les décors et les costumes

cela rend la chorégraphie lisible, lui donne une grande limpidité

quand à la musique, c'était une oeuvre en un seul bloc, avec différents mouvements, et un thème qui revenait au piano au fil de l'oeuvre, notamment à la fin
l'écriture du piano très contrastée rappelle au début les répétitifs américains, elle va parfois jusqu' au " cri" mais elle reste très structurée, avec des mélodies " chantantes".
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29 décembre 2009 2 29 /12 /décembre /2009 20:12

 

Samedi soir, j'étais donc à l'opéra garnier, pour une soirée longtemps attendue, celle qui rendait ( enfin) hommage à Serge Lifar...

Au programme, Suite en Blanc et Mirages encadraient une création contemporaine, " l'envol d'Icare" du chorégraphe T Malandain.

Personnellement, si je n'attendais pas Suite en Blanc avec impatience, il n'en était pas de même pour les Mirages qui m'avaient laissé un souvenir puissant, inoubliable, inaltérable. Mais quels allaient être les effets du temps sur mes souvenirs?

 


 

 

Après avoir assité à l'amphithéâtre de la Bastille à un " plein feux" mené par Malandain lui même et Jérémie Bélingart sur la création intitulée " l'envol d'Icare", j'étais très curieuse de découvrir cette oeuvre. Malandain m'avait  mise en appétit, si je puis dire... Ce chorégraphe bourré d'humour, d'humanité, de gentillesse, et bouillonant de danse, de références en tous genres est l'un des plus attachants que j'aie vu lors de ces "pleins feux"...

L'Envol fut assurément pour moi le meilleur moment de la soirée.

La chorégraphie simple, mais lumineuse, exécutée par quatorze danseurs, est mise en valeur par un décor très dépouillé, mais pas glacial, et des costumes qui servent avant tout la danse; les lumières étaient magnifiquement créées, faisant partie intégrante de l'histoire symbolique qui nous était racontée.

Icare-Minotaure-Thésée fut dansé par Alessio Carbone ( je ne me suis pas encore remise de son interprétation de la fille, dans le Mandarin Merveilleux!) avec une puissance, une poésie, un charisme et une grande facilité technique. A ses côtés, la diaphane Nolwen Daniel, première danseuse, curieusement boudée par l'opéra ces dernières années et très peu distribuée : elle était tout simplement magnifiquement évanescente, fragile, lumineuse, comme une phalène dans la nuit... 

 Malandain, tout chorégraphe contemporain qu'il soit, ne délaisse pas le langage classique pour autant : certains le lui reprochent ( il faut faire du neuf absolument!) d'autres se servent de lui pour dire " que le langage classique n'est pas mort"

Du coup, certains journaux ont critiqué cette création, d'autres l'ont ensencé. Mais si on lit entre les lignes, on voit que " danse classique = tradition= droite" et pour d'autres " danse classique= opéra de paris= bourgeois= passé" et voilà où en est la critique de nos jours!!!

 


 

Suite en Blanc fut interprété avec virtuosité par les danseurs de l'opéra de Paris, en tête fanny Fiat, Myriam Ould Braham ( ma préférée de la soirée sur ce ballet) A Letestu, et J G Bart...

mais quel ennui! quel académisme! Malgré la virtuosité technique de ces fabuleux danseurs, j'ai parfois pensé à autre chose, j'ai regardé ma montre...

Mon goût si prononcé pour la danse classique et son langage a bien changé ces dernières années... je préfère à présent moins de fouettés, de pirouettes, de grands jetés, mais un univers, un quelque chose qui vous emporte dans un monde que moi même je n'aurais pas l'idée d'imaginer...

là, j'avais l'impression d'être dans ma classe de danse, et de répéter les pas appris autrefois,   de regarder les danseurs les exécuter... de la technique, de la technique...  et même une certaine esthétique désuète, parfois ridicule...

J'ai parfois l'impression que ce genre de ballet sert à l'administration de l'opéra à savoir " qui est solide sur scène" dans le langage académique. Le concours de promotion n'est pas loin!!

Il est sur que dans ce genre d'exercice, Myriam Ould Braham a été excellentissime : des équilibres arrêtés, parfaits... elle suspend le temps,  et hop, relance le mouvement avec une aisance d'extra-terrestre... elle est fluide, ses mouvements sont moelleux, ses ports de bras onctueux, sa ligne : superbe!!! quelle artiste!

Quand je m'ennuie pendant un ballet, je cherche toujours l'artiste qui me permet de me dire : je suis la pour la danse : ce qui s'est passé ce soir là avec elle!


 

 Et puis les Mirages!

Ah, les Mirages; quand je les avais vu la première fois, il y a seize ans, j'avais frissonné des pieds à la tête pendant toute la représentation... cette ombre obstinée qui suit pas à pas le Jeune homme bondissant... qui lui montre que quoiqu'il fasse, ou qu'il aille, il est seul, et le restera...

allai-je retrouver la même émotion? La même intense tristesse qui vous noue la gorge?

Hélas non!!! Mille fois non!!!

Comme ce ballet m'a paru vieillot, surfait, bavard : plus rien n'était comme dans mon souvenir :  des longueurs, un décor désuet, une atmosphère vieillote...

Mais O miracle : une interprête bouleversante...

D'ordinaire, je n'aime pas Aurélie Dupont : je la trouve froide, j'ai toujours l'impression qu'elle s'économise, qu'elle se retient, qu'elle garde son âme pour elle...

Mais là : une révélation pour moi : son ombre était bouleversante : implacable et humaine tout à la fois.

La technique d'Aurélie? Une perfection...!

Pas un geste de trop, tout est précis, mais sans calcul, tout est musical, juste, simple et totalement habité...

Elle formait avec Manuel Legris que j'aime depuis toujours un couple parfait, en osmose... M Legris a une technique parfaite, une vitalité, une jeunesse étonnante... ce qui fait que tout le bavardage, les longueurs du ballet ont été gommés grâce à eux deux...

 


 

Voyez vous, c'est cela lorsque l'on aime la danse: on peut être déçue par un ballet, par deux ballets, mais tout à coup, il y a dans ce ballet un ou des interprêtes qui dansent avec leur coeur, leur âme, et sans adhérer à l'esthétique, à l'histoire du ballet, on n'en est pas moins touché par ces interprêtes qui sont en état de grâce, et qui du coup, nous transmettent un peu de leur magie... c'est cela, le monde de l'art : partager, être touché par la magie, par l'état de grâce des artistes, obtenu à force de labeur, et de labeur.. mais sur scène, il n'y parait rien...

C'est à chaque fois pour moi une révélation

Voir l'âme des danseurs à travers leurs corps, à travers le langage chorégraphique qu'ils doivent sublimer...

Je reverai longtemps Aurélie Dupont, dansant l'Ombre... avec un vocabulaire d'une richesse que je ne lui soupçonnais pas... avec une sensibilité que je ne lui connaissais pas... avec une musicalité merveilleuse...

Ma soirée de ballet ne m'a pas enchanté par les ballets vus, mais bien par les interprêtes...

Du fond du coeur : Merci à eux!!!!


 

Les pleins feux de l'opéra de Paris, autrefois appelé " passeports" sont des répétitions publiques, et totalement gratuites,  qui ont lieu une fois tous les deux mois,dans l'amphithéâtre... on est a deux pas des danseurs et des chorégraphes ou maitre de ballet... c'est passionnant!!!

 

 


 

Les photos : suite en blanc, par l'opéra de Paris, finale

ballet biarritz, compagnie de thierry malandain

E Maurin, dans les mirages

 

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29 décembre 2009 2 29 /12 /décembre /2009 20:10
 

  Nosferatu a un parfum bien à lui que je garderai longtemps en mémoire.  Oh, rien à voir avec une histoire de vampire qu'on nous raconterait pour nous terroriser, non.
Ce n'est pas narratif, mais il se dégage de cette oeuvre une atmosphère pesante, sombre, où pourtant des moments de pure poésie scintillent tout à coup, comme une arrivée d'air frais au milieu de toute cette noirceur. Dans toute cette obscurité, la chevelure de Juliette Gernez  sera comme un rayon de soleil,  les bras d'Alice Renavand, deux serpents de lumière, la peau de Mitéki Kudo scintille comme sous un clair de lune...

Le décor, réduit, présente dans les cintres une sorte de grand puits d'où vient la lumière, souvent grise, parfois orangée.
La scène est encadrée par de grands piliers de béton. On imagine dans les coulisses la prolongation du décor dévoilé sur scène : des corridors sans fin,  peuplés d'êtres d'un monde sans lumière.
C'est dans ce no man's land souterrain qu'ont lieu ces étranges rencontres. La vampirisation n'est qu'un "signe" de reconnaissance, une appartenance à un clan... comme la " famille" du film " le Survivant" d'après une nouvelle de Matheson...

 

 

 

 


 

 

 

 


 
Sur quatre pièces de Dusapin, certaines un peu conventionnelles, d'autres très inspirées, s'organisent des duos, des solos, des quatuors, des scènes de groupe.
Les danseurs ont d'abord travaillé dans le silence avant de travailler en musique. On le sent à cette pulsation interne et collective qui anime la danse d'une façon assez organique, comme si tous ces corps n'appartenaient qu'à un seul être aux multiples incarnations.
 
La scénographie , difficile à suivre, oblige le spectateur à «  lâcher prise » sur sa façon de recevoir habituellement un spectacle. Il faut se laisser « hanter » pour entrer dans Nosfératu. 

La musique, la danse et la scène peu éclairée obligent a un état d'éveil : les yeux doivent s'habituer à la pénombre, l'esprit, a une mise en scène qui n'est pas linéaire. Les oreilles doivent accepter l' absence de thématique musicale : rien ne peut donc  être relié dans la mémoire. Il n'y aura   pas "d'affect", au sens romantique du terme.  Nosfératu est un ballet qui refuse l'effet.

Que se passe-t-il ?
 Des êtres se retrouvent, dansent, se quittent, se combattent, s'aiment.   
Les corps se tendent, s'agitent, sont frénétiques, enchainent des figures à une vitesse hallucinante, puis c'est le repos, le temps suspendu, le temps d'un duo où tout s'arrête. Les duos, sans être très innovants sur le plan chorégraphiques, sont des moments où le spectateur peut poser son regard, rêver un peu, quitter le monde brut et frénétique de ces rencontres sans logique.
 On ne peut que saluer le magnifique travail de rythme  des danseurs!
Les relachés, les mouvements si rapides qu'on pense impossibles à exécuter, la frénésie incessante qui laisse parfois place à un «  temps suspendu », tout est travaillé en profondeur. Cela demande beaucoup de virtuosité de la part des danseurs. ( sublimes Martinez, Kudo, Isoart, Renavand, Yong, Gernez)

 


 
Pendant tout le spectacle, les questions se pressent sans qu'on puisse s'attarder sur aucune; le temps presse, quelque chose se passe qui ne durera pas, alors on attend, on s'attend à quelque chose...mais la frénésie nous gagne... à quoi assiste t'on? qu'est ce qui se trame dans ces sous sols?

Nosferatu est le genre d'oeuvre qui laisse le spectateur dans un état étrange sans que l'on sache à quoi on a assisté
un peu comme le grand Meaulne quand je le lisais : impossible à chaque fois de me rappeler l'histoire, mais bien l'état dans le quel le livre m'avait plongée 
 C'est sombre, comme par une nuit sans lune, et pourtant quelque chose se trame et s'incarne sous nos yeux, sans qu'on puisse soulever un coin du voile...
 
 
_________________
 
 
 photos issus du site de l'opéra de Paris : www.operadeparis.fr

 
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29 décembre 2009 2 29 /12 /décembre /2009 20:04

petit compte rendu écrit sur critical dance, danser en français à l'issu de la représentation. Je le livre tel qu'il a été écrit, c'est à dire, en un trait


representation du dimanche 23 octobre

Ganio, Osta, Hilaire, Guerri, Isoart

Je suis ressortie heureuse de cette representation, car j'y ai ressenti des émotions très fortes à plusieurs reprises. Mais le ballet en lui même ne m'a pas entièrement convaincue : des scènes très fortes émotionnellement ou poétiquement voisinnent ( à mon avis) avec des scènes plus bavardes et un peu creuses... ce qui fait que pendant le spectacle je passais du plus vif intêret à un certain ennui.

La musique ne va pas avec le propos?
Mais justement, si! Je n'avais pas envie d'écouter les 4 saisons, et NLR leur restitue une force dramatique a laquelle je ne m'attendais pas. La danse revivifie cette oeuvre cent fois écoutées... c'est quand même très fort! et pourtant, que de fausses notes : qu'a cela ne tiennent, par la danse les 4 saisons étaient comme rajeunies, comme rendues à leur propos universel. Par ailleurs, la musique n'est pas que charmante et légère : le final de l'hiver, le dernier mouvement de l'été, le deuxième de l'automne ont une puissance dramatique qui enfant ( et aujourd'hui en voyant Ganio) me bouleversait à me faire pleurer. Je les trouvais pleine de souffrance!) sans parler de tous ces frottements de seconde au clavecin qui crée quelque chose d'hypnotique, de mystérieux et non pas de léger!

Vois t'on un Caligula fou, sanguinaire, orgiaque?
Non, ce n'est pas le premier propos ; ce n'est pas ce qu'a voulu N Leriche, précisément puisqu'en lisant la vie des douze césars il a découvert des facettes inconnues de Caligula
pendant tout le spectacle je n'ai pu m'empêcher d'imaginer J Belingard, et je me suis dit : c'est comme pour Ivan le Terrible
NLR campait un Ivan despotique, fort, Martinez campait un Ivan fou! fou d'amour, entre autre! ( en simplifiant)
Là, en voyant Ganio, on voit un Caligula malade, fragile, terrassé par des crises d'épilespie, un Caligula qui passe d'une émotion à une autre sans transition... dans son premier grand solo ( sur l'été) Ganio a donné une énergie, une virtuosité, un drame a sa danse qui m'ont clouée sur mon fauteuil... j'adore cet artiste! et pourtant, j'étais si déçue de ne pas voir Bélingart que je ne m'attendais pas à être aussi receptive...
plus le spectacle a avancé, plus Ganio a donné tout son registre d'artiste à son personnage; j'envie ceux qui le verront dans trois ou quatre representations; et puis je salue son courage : ce n'était pas ce jour là qu'il devait danser: il devait avoir un trac... ses dernières variations montrent tout ce qu'il y a en lui : maturité, virtuosité, fougue, passion...

lorsqu'il est en scène et qu'il ne danse pas, il incarne un Caligula un peu perdu, comme un homme qui manquerait de repères, comme un enfant poussé trop vite sur la scène du pouvoir

l'utilisation de la scène est très interessante : avant scène pour la pantomime, fond de scène pour l'imaginaire de Caligula, tout ce qu'il ne peut pas atteindre ( heu, c'est mon interprétation) puisque la lune descend et monte par cet escalier. scène utilisé pour l'espace dansé, arrière colonne pour ce qui se trame dans l'ombre, ciel pour le monde du destin? sur cette vaste toile noire qui surplombe la scène sont projetées des videos qui sont étranges (on peut imaginer ce qu'on veut : poussière d'étoiles, monde microcosme, cellule vue au microscope)

j'ai adoré toutes les scènes de pantomime

Hilaire est certes fabuleux, mais en plus, ces quatre figures blanches qui se meuvent comme en miroir ( les trois hommes en jupes blanches m'ont rappelé les Parques, ou des figures du destin) rompent le temps du drame. Ensuite, lorsque la pantomime se déplacera sur la scène avec la musique non plus electronique ( très belle) mais avec celle de Vivaldi, on sait que les choses vont changer
ces scènes sont très réussies, novatrices, poétiques, et captivantes : a chaque fois je retenais mon souffle, j'étais aspirée par l'intentité du mouvement et sa concentration. C'est au moment où le mouvement se suspend, quitte le domaine de l'énergie brute ou du monde plastique ( on danse suivant des codes, on crée des figures, on donne à l'énergie qui nous habite tout son poids en dansant) pour entrer dans celui plus subtil où le coprs joue avec l'énergie, la sculpe, lui donne une forme, au lieu de se laisser porter par elle, que tout se joue. Hilaire était parfaitement à l'aise avec ce langage et on oubliait tout le reste du ballet pendant les quelques minutes pendant lesquels il dansait. J'ai compris pourquoi NLR avait choisi ces scènes pour le passeport, et j'ai ainsi pu les savourer pleinement.

Caligula ne raconte pas une histoire,
mais présente plutôt les différentes facettes de l'empereur : son amour de la lune, ( évanescente C M Osta) sa folie, sa cruauté envers les sénateurs, son amour pour son cheval
cette scène qui aurait pu être d'un ridicule achevé est l'une des plus belles du ballet ( rien que pour elle, cela vaut la peine de voir Caligula!)
j'ai vraiment repensé à ce cavalier espagnol faisant faire des mouvements d'école à son cheval qui visiblement l'aimait de tout son coeur de cheval!
là, on voit Caligula dresser à la longe Isoart-Incitatus, et c'est terriblement poétique et émouvant; Caligula entre tout à coup dans une autre dimension.

Les scènes du corps de ballet sont inégales : j'ai trouvé certaines moi aussi un peu scolaires mais d'autres inventives et très réussies.
J'ai beaucoup aimé voir des filles dans le groupe des garçons et des garçons dans le groupe des filles.
Les costumes suggèrent plus qu'ils imposent... celui de Caligula intrigue. On se demande : qu'est ce? que veut il dire?

NLR dit qu'en lisant la vie de Caligula, il a été étonné d'avoir de l'empereur une vision autre que celle qu'il connaissait,qu'on connait habituellement et que c'est cela qu'il a voulu exploiter.

Bref, un ballet que je reverrai volontiers pour explorer certaines choses, et voir le rôle de Chearea par Romoli.
Le travail chorégraphie est riche, profond, mais un peu inégal. Ce n'en est pas moins une oeuvre inspirée, où l'on sent tout l'univers de NLR. J'en redemande!


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28 décembre 2009 1 28 /12 /décembre /2009 20:28

critique écrite sur le forum danser en français/ciritical dance
mis tel quel! bonne lecture!


Soirée du 5 juillet


Quelle belle soirée ce fut!
évidemment, pas la soirée idéale, où tous les rôles sont dansés comme on les rêve....
mais l'émotion était au rendez vous, alors, que demander de plus?

Juliette-Pujol a toutes les qualités pour devenir une GRANDE Juliette
pour une prise de rôle : bravo!

elle campe une Juliette juvénile et malicieuse au premier acte et forme avec sa nourrice, l'excellente Ghyslaine Reichert un duo plein de tendresse, de fraîcheur, de charme.
Sa virtuosité sert une danse pleine d'espièglerie, tourbillonnante, avec le côté bouillonnant de la jeunesse...
le couple qu'elle forme avec Benjamin Pech ne fonctionne malheureusement pas toujours, parce que ce danseur, a la très belle technique, n'a pas toujours su être Roméo : on le sent retenu, parfois, beaucoup de trac, je pense... il a tout pour être un magnifique Roméo, s'il arrive à s'abandonner totalement à son personnage.
Heureusement, L Pujol lui insufflait une énergie, une vitalité, une passion qui rendaient certaines scènes passionnées et vibrantes
Lorsqu'il était seul, ou avec ses compagnons, cela retombait un peu

Juliette Pujol m'a fait pleurer : surtout à partir du deuxième acte, dans les adieux, et puis bien sûr dans la terrible scène de la robe... sans parler du troisième acte où son réveil et sa mort ont été bouleversant
d'ailleurs, lorsqu'elle est revenue saluer, elle était encore dans son rôle
elle a énormement donnée... je pense qu'au fil des ans, sa Juliette va devenir exceptionnelle.

J'attendais bien évidemment E Thibaut : et bien, quelle présence, ce danseur! il eclipsait tout le monde! il était déchainé, ce mardi soir! il s'est amusé, et moi avec lui, de le voir sautiller en tous sens... a peine est il en scène qu'on ne voit plus que lui...! :D
quelle technique : agile comme un chat, facétieux, des élévations de sauts magnifiques, une grande virtuosité...
quand au personnage, je serai moins dure que Cathy et Jean Luc :wink:
certes, sa mort ne boulerverse pas, comme d'autres que j'ai pu voir, je ne sais pas pourquoi, on n'arrive pas à s'émouvoir, mais en revanche, le voir sautiller, s'amuser, faire des farces, courir les jupons, taquiner à tort et travers, était un bonheur pur... s'il a la chance de redanser ce rôle et de l'approfondir un peu, de lui donner plus de poids, il me convaincra tout à fait... :D
J'ai beaucoup aimé C Duquenne en Benvolio... on sent la aussi toute la fraicheur de la jeunesse, mais Benvolio est moins cervelle brûlée que que Mercutio... le tandem était très drôle...

J'ai adoré Celine Talon en Dame Capulet : après Laétitia, c'est elle qui m'a complètement emballée!!! c'est la première fois que je vois une dame Capulet de cette envergure : à la fois, elle tient son rang, noue des relations "bizarres" avec Tybalt, aime sa fille, mais ne se laisse pas mener par elle, conventions oblige, s'efface devant son mari, en impose à sa cour, et pourtant on la sent pleines de contradiction
je ne sais pas comment cette danseuse fait pour faire passer tout cela en une soirée, sans avoir necessairement besoin de " faire quelque chose"
Vraiment bravo! je me suis attachée et interessée à ce personnage qui d'habitude ne me fait ni chaud ni froid, et plein de choses m'ont été révélé à travers elle....

Evidemment, Romoli campaint un Tybalt idéal... très noir...

Revenons au ballet que j'ai vu de très nombreuses fois :
la scène du bal qui d'habitude me barbe, hormis les pas de deux des deux protagonistes ou leur solo, m'a profondément ébranlée : les robes et costumes rouge profond, l'énergie violente des groupes, la férocité des attitudes, la colère bouillonante; tout y était : jamais je ne l'avais encore vu danser comme cela; on n'avait pas l'impression d'un bal, mais d'une danse préparatoire à la guerre, comme dans certaines tribus!
c'était très intelligemment menée, et Céline Talon et W Romoli y étaient sans doute pour beaucoup
du coup, cette scène guerrière tendait un écrin idéal aux facéties des compagnons de Romeo et aussi au coup de foudre : le contraste n'en était que plus saisissant


l'ensemble du ballet était menée avec energie et conviction ce qui permettait d'accepter plus aisémment certaines longueur du ballet.
J'aime beaucoup tous les registres utilisés dans cette chorégraphie. C'est l'histoire d'une bataille, d'un grand amour... la violence ne cède pas le pas devant l'amour... et la crypte, toute noire, où Roméo tue Paris, se tue après une danse macabre avec Juliette ( re-formidalbe Pujol qui l'a encore m'a tiré les larmes!) où s'éveille puis meurt Juliette atteint des sommets dans l'intensité dramatique
Shakespeare est immense, Noureev ne s'en tire pas mal non plus :wink:
Facétie, amour, meurtre, fantômes, lyrisme ( exil de Romeo qui rêve, Rosaline...) poésie ( jardins la nuit, ville endormie) scène de rue, scène de bataille, séparation, tragédie.... bref, pendant deux heures trente, toute la comédie humaine passe devant nos yeux qui en redemande....

 

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